La devise de Salvator« aut tace aut loquere meliora silentio » (« Soit se taire, soit dire des choses meilleures que le silence ») figure sur son autoportrait de laNational Gallery deLondres.
Il naît à l'Arenella, dans la banlieue de Naples, le 20 ou le. Son père, Vito Antonio de Rosa, est arpenteur. Comme il souhaitait que son fils devînt avocat ou prêtre, il le fait entrer au couvent des pèressomasques. Cependant, Salvator préfére les arts et en secret travaillait avec son oncle maternel,Paolo Greco, pour apprendre la peinture et il va chez son propre beau-frère,Francesco Francanzano, élève deRibera puis chezAniello Falcone, en même temps que chezDomenico Gargiulo, ou chez Ribera lui-même. Selon certaines sources, il aurait passé son temps dans une vie errante avec des bandits. À l'âge de dix-sept ans, il perd son père et, comme sa mère était sans ressources avec au moins cinq enfants, il se retrouve sans soutien financier.
Il continue son apprentissage avec Falcone, en l'aidant à réaliser ses scènes de bataille. Dans cet atelier, on dit que Lanfranco remarqua son travail et lui conseilla d'aller à Rome, où il resta de 1634 à 1636.
Revenu à Naples, il se met à peindre des paysages étranges, envahis par la végétation, des rivages déchiquetés, des montagnes et des grottes. Rosa fut parmi les premiers à peindre des paysages « romantiques », avec une prédilection pour les scènes pittoresques et souvent agitées, ainsi que les scènes crues où l'on voyait des bergers, des brigands, des marins et des soldats. Ces premiers paysages se vendent à bas prix par l'intermédiaire de petits marchands. Cette sorte de peinture lui convenait particulièrement.
Il revient à Rome en 1638-1639 où il est hébergé par le cardinal Francesco Maria Brancaccio, évêque deViterbe. C'est pour l'église Santa Maria della Morte de Viterbe qu'il peignit son premier et l'un de ses rares retables représentant l'Incrédulité de saint Thomas.
Rosa a beaucoup de facilité pour la peinture : ainsi laBataille héroïque de 1664 est peinte en huit jours. À Rome, il se lie d'amitié avecPietro Testa etClaude Gellée dit Le Lorrain. Il s'intéresse à toute une série d'arts : la musique, la poésie, l'écriture, la gravure à l'eau-forte et la comédie. Il a un cercle d'amis choisis, comme le poète et philosopheGiovanni Battista Ricciardi, avec lesquels il aborde des thèmes philosophiques et littéraires[1]. Pendant un carnaval à Rome, il écrit une pièce de théâtre et la joue sous le masque deCoviello ; son personnage se moque de Rome et distribue des ordonnances médicales burlesques contre les maladies du corps et plus particulièrement celles de l'esprit. Sous ce costume, il se moque lourdement des grosses comédies interprétées dans leTrastevere sous la direction de Bernini... Curieusement Salvator Rosa et Jean-Baptiste Poquelin, ditMolière (1622-1673), sont contemporains.
Ses pièces de théâtre eurent du succès, mais elles lui valurent des ennemis puissants à Rome parmi les mécènes et les artistes, y comprisBernini lui-même. À la fin de1639, il doit se réfugier àFlorence où l'a invité le cardinal Gian-Carlo de Médicis. Il y reste huit ans. Une fois sur place, Rosa réunit une sorte d'atelier et de salon de poètes, de dramaturges et de peintres – ce qu'on a appelé l'Accademia dei Percossi (« l'Académie des Frappés »). Dans le milieu artistique rigide de Florence, il présente ses toiles montrant des paysages sauvages. Malgré son influence, il attire peu de vrais élèves. Un autre peintre et poète,Lorenzo Lippi, partage avec Rosa l'hospitalité du cardinal et fréquente le même cercle d'amis. Lippi l'encourage à continuer le poèmeIl Malmantile racquistato. Il est en bons termes également avec Ugo et Giulio Maffei et loge avec eux àVolterra, où il écrit quatre satires,Musique,Poésie,Peinture etGuerre. Vers la même époque, il fait son autoportrait, à présent à laNational Gallery de Londres.
En 1646, il revient à Naples et il semble qu'il ait sympathisé avec l'insurrection deMasaniello, comme le suggère un passage dans l'une de ses satires. Il est douteux cependant qu'il ait participé réellement à la révolte. On a raconté que Rosa, avec d'autres peintres (Coppola,Paolo Porpora,Domenico Gargiulo, Dal Po,Marzio Masturzo, les deux Vaccari et Cadogna), tous sous les ordres d'Aniello Falcone qui est leur capitaine, ont formé laCompagnia della Morte, qui se proposait de faire la chasse aux Espagnols dans les rues, sans même épargner ceux qui chercheraient asile dans un lieu sacré. Il peint un portrait de Masaniello - probablement d'après ses souvenirs plutôt que sur le personnage vivant. À l'approche dedon Juan d'Autriche, cetteCompagnia sanguinaire se dispersa.
D'autres racontent qu'à ce moment il s'enfuit pour se joindre à des brigands desAbruzzes. Bien qu'il soit difficile de faire entrer cet épisode dans les dates de sa carrière que nous connaissons, en 1846 un ballet romantique tiré de cette histoire et intituléCatarina fut présenté à Londres par le chorégrapheJules Perrot et le compositeurCesare Pugni.
Finalement, après un voyage à Venise avec Ricciardi[1], il revient à Rome en 1649 et y reste. Il y peint quelques sujets importants, et fait preuve d'une disposition d'esprit peu commune qui le fait passer du paysage à l'histoire avecDémocrite au milieu des tombes,La Mort de Socrate,La Mort de Regulus (tous deux à présent en Angleterre),La Justice quittant la Terre etLa Roue de la Fortune. Cette dernière œuvre, satirique, soulève une tempête de controverses. Rosa, pour arranger les choses, publie une description de sa signification (où il atténue passablement les faits réels), ce qui ne l'empêche pas de se trouver à deux doigts d'une arrestation. C'est vers cette époque que Rosa écrit sa satire appeléeBabylone, sous laquelle il faut lire évidemment le nom de Rome.
Tout autour de lui gronde une hostilité sourde. On prétend que les satires qu'il a publiées ne sont pas de lui, mais qu'il les a volées à d'autres. Rosa repousse ces accusations avec indignation, bien qu'à la vérité les satires traitaient de façon si fouillée de personnes, d'allusions et d'anecdotes classiques, qu'on a bien du mal à voir à quel moment de sa carrière si remplie Rosa aurait pu avoir meublé son esprit avec une telle multitude de détails assez érudits. On a le droit peut-être de supposer que les amis littérateurs à Florence et Volterra lui ont donné des conseils sur la matière de ses satires, comme sur leur composition, il n'en reste pas moins qu'elles sont absolument et entièrement de lui. Pour confondre ses détracteurs, il écrit alors la dernière de la série, intituléeEnvie.
L'Ombre de Samuel apparaissant à Saül chez la pythonisse d'Endor 1668, musée du Louvre.
Parmi les peintures de ses dernières années, on trouve l'admirableBataille avec les navires brûlant au large dans un carnage qui n'en finit pas, ainsi queSaül et laSorcière d'Endor, peint en quarante jours et peut-être sa dernière œuvre (maintenant aumusée du Louvre),Pythagore et les Pêcheurs etLe Serment de Catilina (auPalais Pitti). Dans sa peinture de paysage, il décrit une nature inquiétante et sinistre, très éloignée du paysage idéal dePoussin etLorrain qu'il avait pratiqué au début de sa carrière[2].
Alors qu'il travaille à une série de portraits satiriques, dont le dernier devait être le sien, Rosa est frappé d'hydropisie. Il meurt six mois plus tard. Dans ses derniers moments, il se marie avec une Florentine du nom de Lucrèce, qui lui a donné deux fils, dont l'un devait lui survivre, et il meurt plein de repentir. Il est enterré dans l'église des Anges, où l'on a placé un portrait de lui. Après les difficultés de sa première jeunesse, Salvator Rosa avait réussi à se constituer une coquette fortune.
C'était un graveur de mérite, avec une série représentant des petits soldats, qui lui valut beaucoup de popularité et d'influence, et d'un certain nombre de sujets plus grands et très ambitieux.
Indiscutablement Rosa a été un maître dans cette tendance qui a conduit au romantisme et au pittoresque. On discute toujours pour savoir quelle influence a eue son travail dans les décennies ou les siècles suivants. Wittkower déclare à juste titre que c'est dans ses paysages, pas dans ses grands drames historiques ou religieux, que Rosa exprime vraiment l'étincelle originale qui était innée en lui. Il peut les avoir écartés comme de simples bagatelles comparés à ses autres thèmes, mais ces toiles d'un académisme conventionnel ont souvent retenu son côté rebelle. En général, dans les paysages il a évité les campagnes calmes, idylliques et pastorales d'un Claude Gellée dit Le Lorrain et d'un Paul Brill, et il a créé des fantaisies inquiétantes et mélancoliques, noyées dans les ruines, peuplées de brigands. Le contraste entre les artistes de son temps se lit bien dans ces vers écrits en 1748 parJames Thomson[3] :
« Whate'er Lorraine light touched with softening hue Or savage Rosa dashed, or learned Poussin drew. »
Dans un temps où les artistes devaient humblement se soumettre à leurs employeurs, Rosa avait une fière indépendance, qui proclamait le rôle spécial de l'artiste. « Notre richesse doit consister en choses de l'esprit et dans un contentement de nous-mêmes que nous buvons à petites gorgées, pendant que d'autres se repaissent dans la prospérité. » Il refusait de peindre sur commande ou de s'entendre à l'avance sur un prix. Il choisissait lui-même ses sujets. Il déclarait peindre « pour me sentir pris dans des transports d'enthousiasme et je n'utilise mes pinceaux que lorsque je me sens moi-même emporté ». Cet esprit de tempête est devenu l'enfant chéri des romantiques britanniques.
La satire sur laMusique étale l'insolence et la débauche des musiciens et la honte des cours et des églises qui les encouragent. Celle sur laPoésie insiste sur la pédanterie, le plagiat, l'adulation, l'affectation et l'impudeur des poètes – et aussi sur leur pauvreté et la négligence avec laquelle on les traitait. On y trouve une sortie très vigoureuse contre l'oppression des dirigeants et des aristocrates. La gloire duTasse est assurée ;Dante est présenté comme dépassé etl'Arioste comme un corrupteur.
Celle contre laPeinture fulmine contre l'imagerie qui traite des sujets sur le ton du misérabilisme, comme les mendiants (bien que Rosa doive sûrement avoir été responsable en partie de ce dévoiement de l'art), et contre l'ignorance et l'obscénité des peintres et leurs astuces commerciales. C'est pour lui une faute contre le bon goût de peindre les saints et les saintes vautrés et à moitié nus. La satire contre laGuerre (qui contient un panégyrique de Masaniello) se moque de la folie des soldats mercenaires, qui se battent et qui meurent pendant que les rois restent chez eux. Il y fustige la conduite abominable des rois et des seigneurs, leur hérésie et leur incrédulité.
DansBabylon ofrece, Rosa se représente comme un pêcheur, Tirreno, constamment malchanceux dans ses prises sur l'Euphrate, il converse avec un indigène du pays, Ergasto. Babylone (Rome) est traitée très sévèrement et Naples ne vaut pas mieux.
L'envie (la dernière des satires, généralement considérée comme la meilleure, même si on voit mal pourquoi) représente Rosa en train de rêver que, comme il est sur le point d'inscrire en toute modestie son nom au seuil du temple de la gloire, la déesse ou le diable de l'Envie lui barre le passage. Il s'ensuit un long échange d'invectives réciproques. Ici nous avons le portrait, fortement appuyé, du principal détracteur romain de Salvator (nous ne savons pas s'il a jamais été identifié), et le peintre proteste qu'il ne condescendrait jamais à faire n'importe quel travail licencieux, correspondant aux indécences qui sont alors en vogue dans la peinture.
Salvator Rosa ainventé la peinture romantique-impressionniste[réf. nécessaire] dans l'histoire de l'art : « Ses paysages sauvages et plus de 2 000 marines sont si impressionnants qu'ils ont submergé l'esprit des artistes duXIXe siècle, principalement en Grande-Bretagne[4]. »
Salvator Rosa ouvre aussi dans son œuvre la page du fantastique, et de l'obscur, par son tableauL'Umana Fragilità.
Il a très souvent mis dans son œuvre des traits d'esprit humoristiques et satiriques, et qui ensemble font probablement de lui aussi le premier « caricaturiste de l'histoire ». L'exemple de ce qu'il a courageusement vécu avec son tableauAllégorie de la Fortune duGetty Center, et une remarquable synthèse de son caractère satirique courageux et de son coup de pinceau génial[5].
Salvator Rosa peut être considéré comme un des plus grands graveurs italiens duXVIIe siècle[6]. Ses gravures resteront célébrées au cours du XVIIIe et du XIXe siècles[7]. Au niveau technique, il a été influencé par ses contemporains commeGiovanni Benedetto Castiglione etGiuseppe de Ribera. Imprimée vers la moitié du siècle (1656/1658), sa série d'estampesDiverse Figure (connues aussi commeCapricci ouFigurine) avait eu un énorme succès parmi ses contemporains, ce qui explique les nombreuses reproductions duXVIIe siècle. Les personnages de cette récolte ont été une référence pour beaucoup de jeunes artistes pendant des siècles[8]. Le Gabinetto Nazionale delle Stampe di Roma conserve plusieurs éditions de cette série, mais la plus complète est surement celle conservée au British Museum de Londres[9].
Soldat et personnages sur un rocher (pastiche de), huile sur toile, 42 x 32 cm, legs d'Albert Pomme de Mirimonde à la RMN, affecté au musée de Gray,Gray (Haute-Saône),musée Baron-Martin
Paysages, 1639-1645
Marine avec tours, v. 1640 Palais Pitti, Florence
Paysage le soir, 1640-1643 Collection particulière
Paysage rocheux avec un chasseur et des guerriers (v. 1660), toile, 142 × 192 cm[2]
Paysage avec des pêcheurs (1660-1665),Paysage avec saint Jérôme (1670-1673),Paysage avec une tour et une barque en construction (1660-1665),Chantilly,Musée Condé
Ensemble de peintures commandées pour l'église Santa Maria di Montesano à Rome entre 1662 et 1677 :Daniel dans la fosse aux lions,Jérémie tiré de la citerne,La Résurrection de Lazare,La Révélation de Raphaël,Le Portement de croix,Le Christ ressuscité,Chantilly,Musée Condé
Scène de l'histoire grecque : Thales imposant à la rivière de couler des deux côtés de l'armée Lydian (1663-1664), huile sur toile, 73 × 97 cm,Musée national d'Australie-Méridionale
Scène de l'histoire grecque : Le fils sourd-muet du roi Crésus empêche les Perses de tuer son père (1663-1664), huile sur toile, 73 × 97 cm,Musée national d'Australie-Méridionale
Poète, musicien, acteur comique et chanteur, il a crééMichelemmá (en françaisMichelle, en anglaisMichelle ma belle), devenue la référence des chansons napolitaines et des chansons d'amour napolitaines - maintenant parmi les plus romantiques du monde[24].
Une des stations dumétro de Naples, devenue expression artistique contemporaineMetro dell'Arte : métro de l'art de la ville, porte le nom de la rue Salvator Rosa, où elle se trouve.
DansLe Corricolo de 1843Éternel guide culturel touristique de Naples d'Alexandre Dumas, Salvator Rosa devient l'artiste-héros légendaire de la ville parthénopéenne. (Le Corricolo- Chapitre XXX - L'église del Carmine.)
↑a etbStefanoCausa,« Biographies », dans Mina Gregori,Le Musée des Offices et le Palais Pitti, Paris, Éditions Place des Victoires,(ISBN2-84459-006-3),p. 664