Localisation de Sainte-Sophie dans le centre de Constantinople.Pierre de la basilique commandée parThéodoseII subsistant aujourd'hui, montrant l'Agneau de Dieu.
Sur le site de Sainte-Sophie de Constantinople se trouvait une église commandée par l'empereurConstantin en[5]. Elle fut probablement érigée sur les ruines d'un ancien temple d'Apollon, sur une colline surplombant lamer de Marmara[6]. C'est l'empereurConstanceII qui consacra ce premier édifice, le[7]. C'était alors la plus grande église de la ville, elle était communément appeléeΜεγάλη Ἐκκλησία (Megálē Ekklēsíā, « la Grande Église »). On suppose qu'il s'agissait d'un bâtiment en pierre au toit de bois. Au début duVe siècle, l'empereurFlavius Arcadius ratifia la déposition et l'exil de l'archevêque de Constantinoplesaint Jean Chrysostome, à la suite d'un bras de fer avec le patriarcheThéophile d'Alexandrie que Jean avait été chargé de juger. L'édifice fut alors incendié lors d'une émeute en[8].
Il fut reconstruit en par l'empereurThéodoseII. Le bâtiment retrouva un plan basilical classique sous la direction de l'architecteRoufinos. La basilique fut consacrée le. Un siècle plus tard, elle subit une nouvelle fois le même sort funeste, le pendant lasédition Nika, révolte du peuple envers l'empereur Justinien[9] qui a embrasé la ville deConstantinople pendant six jours. Des vestiges subsistent devant le mur ouest de l'édifice actuel depuis. De ces ruines, on distingue un escalier de cinq marches accédant à un portique, et trois portes vers lenarthex. Le bâtiment faisait 60 mètres de large.
Après les émeutes de Nika en, l'empereurJustinien entreprend de refonder l'édifice dont il pose lui-même lapremière pierre.
Le, à peine quelques jours après la destruction de la seconde basilique, l'empereurJustinien prit la décision de la reconstruire, cette fois beaucoup plus grande et majestueuse que les deux précédentes, en la dédiant à la sagesse divine.
Justinien choisit comme architectes le physicienIsidore de Milet et le mathématicienAnthémius de Tralles, qui mourut un an plus tard. Les architectes dessinèrent un bâtiment inspiré duPanthéon de Rome et de l'art chrétien primitif d'Occident. Ce style, qui connaît une certaine diversité de conceptions et de plans, est aujourd'hui qualifié de « byzantin ». Cettearchitecture byzantine a inspiré, à son tour, des architectesarabes,vénitiens etottomans. La construction de l'église est décrite par l'historien byzantinProcope de Césarée, dans son ouvrageSur les monuments (Περὶ κτισμάτων,De Ædificiis).
L'empereur avait fait venir des matériaux de tout l'Empire : des colonnes hellénistiques dutemple d'Artémis à Éphèse, duporphyre d'Égypte, dumarbre vert deThessalie, des pierres noires de la région duBosphore, d'autres de couleur jaune en provenance deSyrie. Le roimérovingien deParis,ChildebertIer (†), répondant à une ambassade envoyée par Justinien, fit expédier à Constantinople du marbre noir deMoulis (Couserans) pour la décoration de la Grande Église[10]. Plus de dix mille ouvriers furent employés pour cette construction.
La nouvelle église apparut immédiatement comme une œuvre majeure de l'architecture, le reflet des idées créatives des deux architectes. Il est possible que ceux-ci se soient inspirés des théories deHéron d'Alexandrie, dans la réalisation d'un dôme aussi considérable, couvrant un si large espace entièrement dégagé.Elle n'a plus alors son plan basilical pour un plan byzantin très sophistiqué et particulier[pas clair][11]. L'empereur put inaugurer la nouvelle église le, avec le patriarcheMennas, avec faste et solennité. La construction ne prit que 5 années et 10 mois. Les décors intérieurs, particulièrement lesmosaïques, ne furent achevés que sous le règne de l'empereurJustinII (-).
Des tremblements de terre, en août et le, causèrent des fissures sur le dôme principal et la demi-coupole de l'abside. Le, un nouveau séisme provoqua la destruction totale du dôme central, qui s'écroula sur l'ambon, l'autel et leciborium, les détruisant entièrement. L'empereur ordonna une restauration immédiate, faisant appel àIsidore le Jeune, neveu d'Isidore de Milet. On utilisa cette fois des matériaux aussi légers que possible, et on donna à l'édifice ses mesures actuelles : rehaussé de 6,25 m, le dôme atteignit alors sa hauteur totale de 55,6 m[12].
Sainte-Sophie était le siège dupatriarche orthodoxe de Constantinople et le lieu d'accueil principal des cérémonies impériales byzantines, comme le couronnement des empereurs. L'église jouait aussi le rôle de lieu d'asile pour les malfaiteurs.
En, l'empereurLéon l'Isaurien émit un certain nombre d'édits contre la vénération des images. Il ordonna à l'armée de détruire lesicônes, inaugurant ainsi la périodeiconoclaste, durant laquelle Sainte-Sophie fut dépouillée de toute représentation peinte ou sculptée. Après un bref répit sous l'impératriceIrène, le mouvement reprit de l'ampleur : l'empereurThéophile (-), dernier partisan de l'iconoclasme byzantin, interdit les images sculptées. Une double porte debronze portant sonmonogramme fut installée à l'entrée sud de l'église.
En, un nouveau séisme fit beaucoup de dégâts, au point que l'Église orthodoxe de Constantinople commémore tous les 26 octobre le « jour du grand et effrayant tremblement de terre »[13].
L'église souffrit fortement d'abord d'un incendie en, puis d'un nouveau séisme le, qui provoqua l'écroulement de la moitié de la coupole. L'empereurBasileIer fit les réparations nécessaires.
Le, une nouvelle secousse, très importante, détruisit encore la coupole. L'empereurBasileII chargea l'architecte arménienTrdat, créateur des grandes églises d'Ani etAgine, de restaurer le dôme[14]. Ces réparations de grande ampleur, qui touchèrent aussi bien l'arche occidentale que la moitié de la coupole, durèrent six ans. L'église rouvrit ses portes le.
Dans son livreDe caerimoniis aulae Byzantinae (Livre des Cérémonies), l'empereurConstantinVII Porphyrogénète (-) donne tous les détails sur les cérémonies célébrées à Sainte-Sophie, tant par l'empereur que par le patriarche.
L'église subit deux séismes en et[15]. Selon certains auteurs, lesarcs-boutants du côté ouest (et éventuellement d'autres aujourd'hui englobés dans d'autres structures) auraient été ajoutés au cours de la période latine[16]. Le premier patriarche latin,Thomas Morosini, orna l'autel de colonnes de marbres prélevées dans une autre église[17].
Les Byzantins reprirent la ville en. En, l'empereurAndronic II Paléologue fit construire quatre nouveaux arcs-boutants à l'est et au nord. Après de nouveaux dégâts causés dans le dôme par un nouveau séisme en octobre, d'autres parties du bâtiment s'écroulèrent le. L'église ne put rouvrir ses portes qu'en, une fois les réparations menées à bien par les architectes Astraes et Peralta.
AuXVIe siècle, le sultanSoliman le Magnifique (-) rapporta deux chandeliers colossaux de saconquête de la Hongrie. Ils furent placés de chaque côté dumihrab. Mais au cours du règne deSélim II (-), le bâtiment commença à montrer des signes de fatigue et dut être stabilisé par l'ajout de contreforts externes massifs. Ces travaux d'envergure furent accomplis par le grand architecte ottomanSinan, qui construisit les deux autres grands minarets de l'extrémité ouest du bâtiment, la loge originale du sultan et le mausolée deSélimII, au sud-est, en 1577. Les mausolées deMourad III etMehmed III furent construits à ses côtés dans les années.
D'autres additions ont été réalisées plus récemment, comme leminbar (estrade pour les sermons) décoré de marbres, et laloggia pour lemuezzin. Le sultanMouradIII (-) plaça des deux côtés de la nef les deux grandes urnes hellénistiques enalbâtre, transportées depuisPergame. Le sultanMahmoudIer ordonna la restauration de l'édifice en et ajouta unemédersa (une école coranique, actuellement la bibliothèque du musée), une soupe populaire (pour la distribution aux pauvres), une bibliothèque et, en, une fontaine d'ablutions rituelles(Şadırvan), transformant ainsi le bâtiment en unkülliye, c'est-à-dire un vaste complexe social. Dans le même temps furent construits une nouvelle galerie pour le sultan ainsi qu'un nouveaumihrab.
La mieux connue des restaurations de Sainte-Sophie fut celle menée entre et par le sultanAbdülmecid, accomplie par plus de 800 ouvriers dirigés par deux architectes suisses, les frèresGaspare etGiuseppe Fossati. Les travaux portèrent sur la consolidation de la coupole et des voûtes, le redressement des colonnes et la révision de la décoration intérieure et extérieure. Les mosaïques de la galerie furent nettoyées. Les ancienslustres furent remplacés par de nouvelles suspensions plus facilement accessibles. Les Fossati ajoutèrent unminbar (chaire) et six panneaux calligraphiés, qui seront remplacés en par huit panneaux circulaires.
Intérieur de Sainte-Sophie à la fin du XIXe siècle (juxtaposition d'épreuves photographiques des années 1880)[23]
En, les Fossati construisirent une nouvelle galerie du sultan dans lestyle néo-byzantin, reliée au pavillon royal situé derrière la mosquée. À l'extérieur du bâtiment furent érigés un nouveau bâtiment pour le gardien du temps et une nouvellemédersa. Les minarets furent modifiés de manière à égaliser leurs hauteurs respectives. La restauration achevée, la mosquée fut rouverte dans de fastueuses cérémonies, le.
On notera également le travail de l'architecte françaisAlexandre Raymond (-), ayant vécu durant cinquante années à Constantinople, auteur deLa Basilique d'Ayia-Sophia de Constantinople,88 représentations des ornements et mosaïques de Sainte-Sophie avant sa conversion en mosquée – dont le Christ Pantocrator de la coupole centrale recouvert, auXIXe siècle, de versets du Coran.
En, ledernier gouvernement Jeunes-Turcs dirigé parTalaat Pacha, dont le pays est vaincu par les puissances de l'Entente à l'issue de laPremière Guerre mondiale, projette de dynamiter Sainte-Sophie[réf. nécessaire]. Après la chute de l'Empire ottoman, l'édifice perdde facto son statut de « grande mosquée de l'empire » et n'a dès lors plus de statut supérieur par rapport aux autres mosquées de Turquie[24].
À son arrivée au pouvoir,Mustafa Kemal Atatürk décide de poursuivre la restauration de Sainte-Sophie ; la direction des travaux est attribuée auByzantine Institute of America en[25]. Le, une récitation duCoran enturc est organisée à Sainte-Sophie et diffusée à la radio, dans le contexte d'une réforme dont l'objectif est de« turquifier l'islam »[24]. En, Atatürk désaffecte le lieu du culte pour« l'offrir à l'humanité », il fait décrocher les grands panneaux circulaires portant le nom d'Allah, de Mahomet et des califes : Sainte-Sophie devient unmusée. Pour l'historienEdhem Eldem, cette transformation« incarne la laïcisation du pays et la promotion de l'universalisme occidental »[26].
Elle est ainsi, en, le deuxième musée le plus visité de Turquie avec 2 890 873 visiteurs derrière lepalais de Topkapı (2 980 450 visiteurs) et devant lemusée Mevlâna (2 817 386 visiteurs)[27].
En, le gouvernementMenderes fait remettre en place les grands panneaux aux caractères arabes[28] portant les noms d'Allah et de Mahomet, qui avaient été retirés par Atatürk[26].
En, une mission de l'UNESCO en Turquie constate plusieurs altérations : le plâtre s'effrite, la pollution a sali les parements de marbre, des fenêtres sont cassées, des peintures décoratives sont endommagées par l'humidité, le toit en plomb est vétuste. Les efforts de restauration de l'édifice sont renforcés et continuentà ce jour[C'est-à-dire ?].
Sainte-Sophie a souffert de séismes à de nombreuses reprises : en,,,,,,,,,,,,,, et. Aussi est-elle équipée de capteurs sismiques depuis 1991 dont les informations sont transmises en temps réel à des chercheurs de l'université du Bosphore. Elle fait également l'objet d'une simulation par ordinateur pour prédire son comportement en cas de séisme majeur[29].
Le long héritage de Sainte-Sophie, successivementbasilique chrétienne, mosquée et musée très fréquenté, pose un défi délicat en matière derestauration. L'héritage iconographique de mosaïques chrétiennes est progressivement dévoilé mais des créations artistiques musulmanes doivent être détruites pour les mettre au jour. Les restaurateurs tentent de conserver les deux expressions artistiques et religieuses.
En, une centaine de militants issus duParti de la grande unité, un partiislamiste etnationaliste, font campagne pour que le musée redevienne une mosquée, notamment en organisant une prière musulmane sous la coupole byzantine. En,Bülent Arınç, vice-Premier ministre et porte-parole du gouvernement islamo-conservateur deRecep Tayyip Erdoğan, déclare envisager que cette transformation ait lieu. À cet effet, une commission parlementaire a été créée[26].
En, l'USCIRF (United States Commission on International Religious Freedom) condamne les tentatives du Parlement turc de modifier le statut de Sainte-Sophie et de transformer ce musée en mosquée. Dans une déclaration rendue publique à l'époque, l'USCIRF écrit :
« Faire d’Hagia Sophia une mosquée serait clairement un geste provocateur et de division. Le message qui serait perçu est que le gouvernement actuel n’a que peu ou aucune considération pour la sensibilité des communautés religieuses minoritaires turques, en particulier son ancienne communauté chrétienne[30]. »
Le ministère grec des Affaires étrangères réagit par une déclaration écrite :« L’obsession proche dusectarisme de pratiquer des rites musulmans dans un monument du patrimoine culturel mondial est incompréhensible et révèle un manque de respect et de lien avec la réalité. » Le ministère a ajouté que de telles pratiques étaient en contradiction avec les valeurs des sociétés modernes, démocratiques et laïques[31].
Durant la campagne desélections municipales turques de 2019, le, le présidentRecep Tayyip Erdoğan déclare que« le temps est venu » de faire de Sainte-Sophie une mosquée à la place du musée actuel.« Une telle décision serait susceptible de provoquer la colère des chrétiens et d’attiser les tensions avec la Grèce voisine », commenteLe Monde. Erdoğan affirme que cela serait une demande du peuple turc et annonce attendre la fin des élections avant de prendre sa décision sur le statut de Sainte-Sophie après les élections[32].
Le, la Cour suprême de Turquie donne son feu vert au changement du statut de Sainte-Sophie[33].
Si les autorités turques transforment l'édifice en mosquée, cela constituera une menace pour toute « civilisation chrétienne », ainsi que pour la « spiritualité » et l'« histoire » de la Russie, s'alarme le patriarche de l'Église orthodoxe russeCyrille. Il ajoute que cela« blesserait profondément le peuple russe », qui,« aujourd'hui comme hier, accueille avec amertume et indignation toute tentative d'humilier ou de fouler aux pieds le patrimoine spirituel millénaire de l'Église constantinopolitaine »[34],[35].
Depuis, les mosaïques de l'abside sont masquées en permanence par de grands voiles blancs.
Le, le décret de transformation de Sainte-Sophie en mosquée est publié[36], suscitant de nombreuses condamnations au niveau international. Ainsi, de nombreux États et organisations internationales font part de leurs protestations ou inquiétudes concernant le changement de statut, dont laFrance[37], laGrèce, lesÉtats-Unis[38], laRussie[39], l'Union européenne[40], ou encore l'UNESCO[41] qui« regrette profondément l’absence de dialogue et d’information » sur ce changement de statut de l'édifice byzantin pris sans concertation.
Sainte-Sophie est située sur l'emplacement deszones historiques d'Istanbul (765,5 hectares) inscrites en auPatrimoine mondial de l'Unesco[2]. Le comité du Patrimoine mondial de l'Unesco a demandé à la Turquie de présenter d'ici le un rapport sur l'état de conservation de la basilique, exprimant« sa profonde préoccupation » sur les conséquences de sa transformation en mosquée[48].
Vue de la conception faite d'unecoupole flanquée de demi-coupoles enabsides et absidioles, dégageant au maximum un immense volume intérieur libre de toute structure et éclairé de nombreuses fenêtres.Parmi les colonnes monumentales du niveau inférieur, celles des quatre coins de la « nef » centrale, qui soutiennent les absidioles, sont enporphyre rouge.
Sainte-Sophie est le monument le plus important de l'architecture byzantine. Sa décoration intérieure de marbre couvrant tous les sols et les murs, sesmosaïques à fond d'or couvrant autrefois toutes les voûtes et coupoles (aujourd'hui en grande partie couvertes sous les enduits ou disparues), ses colonnes monumentales en diverses roches précieuses, son plan complexe et original mais cohérent, sa couverture en coupole et demi-couples qui semble suspendue dans les airs, ses nombreux étages de fenêtres distribuant abondamment la lumière dans tout l'édifice, et surtout l'immensité du volume intérieur qui a pu être dégagé, font sa valeur technique et artistique. Justinien a lui-même supervisé l'achèvement de la basilique, la plus grande jamais construite à ce moment, qui devait rester la plus grande église du monde jusqu'à l'achèvement de lacathédrale Notre-Dame du Siège de Séville.
La basilique de Justinien est à la fois le point culminant des réalisations architecturalespaléochrétiennes dérivées de l'Antiquité tardive romaine, et le premier chef-d'œuvre de l'architecture byzantine, qui marquera profondément tout leMoyen Âge qu'elle inaugure d'un point de vue architectural. Son influence s'est exercée profondément et de manière durable, sur l'architectureorthodoxe orientale, mais aussi tout autant sur celles de l'Église catholique et dumonde musulman, et elle est restée un modèle insurpassé et admiré durant des siècles.
Coupe de Sainte-Sophie.Sainte-Sophie sous Justinien. En haut : plan à l'étage supérieur. En bas : plan au rez-de-chaussée.
Le bâtiment principal de la basilique (sans les annexes ni la galerie dunarthex) forme un espace rectangulaire de 77 mètres de longueur sur 71 mètres de largeur au sol[49].
Le plan et la structure interne sont complexes, mais ils répondent à une logique d'ensemble qui aboutit à une grande unité de l'espace. Il s'agit de la synthèse de deux sortes de plans traditionnels de l'architecture byzantine, très différents eta priori inconciliables : leplan basilical, en longueur avec unenef bordée de colonnades, éclairée latéralement par des fenêtres hautes, et menant à uneabside, et leplan centré dominé par une grande coupole au milieu de l'édifice entourée d'absides et d'absidioles.
Ici, la « nef » principale, très large, est constituée par le carré central, qui mesure 100 pieds byzantins de côté (un peu plus de 32 mètres), couvert par la coupole sur pendentifs, auquel s'ajoutent deux très largesabsides (de la même largeur que le carré central et la coupole) sur deux côtés opposés, couvertes par des demi-coupoles et mesurant 50 pieds byzantins de profondeur. Ces deux absides sont chacune élargies sur leurs côtés par deux grandesabsidioles, également couvertes par des demi-coupoles plus petites.
On obtient ainsi au total une nef environ deux fois plus longue que large. Les deux autres côtés du carré central sont bordés par les colonnades (ouvrant sur des bas-côtés très larges), surmontées par un second niveau de colonnades moins hautes (donnant sur les tribunes, qui sont tout aussi vastes), qui supportent elles-mêmes de hauts murs demi-circulaires qui ferment ces deux côtés vis-à-vis de l'extérieur et qui sont percés par deux étages de fenêtres hautes, le tout formant ainsi une très haute nef basilicale éclairée latéralement.
Cela est permis parce que ces murs ne sont pas porteurs : la coupole repose en effet uniquement sur quatre gros piliers grâce à la technique despendentifs qui permet de libérer entièrement les quatre côtés du carré central. Au-delà des quatre énormes piliers, ces colonnades se poursuivent dans les absidioles latérales des deux grandes absides, puisque chaque absidiole est portée en son centre par deux colonnes, en porphyre rouge afin qu'elles soient plus visibles. Les quatre gros piliers s'insèrent donc dans les longues colonnades latérales ainsi formées, ils sont décorés de fausses colonnes de porphyre ou de marbre vert selon les côtés, intégrées au décor de placage, pour simuler symboliquement la continuité des colonnades à travers ces piliers ; ils se trouvent ainsi comme camouflés dans les lignes générales de la nef, leur aspect est du moins considérablement allégé.
Les colonnes monumentales de la basilique, de diverses tailles et formes selon leur fonction, sont constituées de différentsgranites,marbres,porphyres, et l'on peut calculer que les plus importantes pèsent au moins 70 tonnes. Huit d'entre elles auraient été transportées depuis les temples deBaalbek. Les chapiteaux en marbre blanc sont très délicatement sculptés de feuilles d'acanthe et donnent l'impression d'être creux ; ils sont typiquement byzantins, dérivés des ordrescorinthien etionique.
Lacoupole semble à première vue ne reposer sur aucun appui solide, et parait flotter en apesanteur au-dessus d'une galerie d'arcades ininterrompues de 40 fenêtres, qui contribuent largement à inonder de lumière l'intérieur polychrome de la basilique. Les réparations successives au cours de l'histoire ont fait perdre au dôme sa base circulaire parfaite : elle apparaît aujourd'hui comme quelque peu elliptique et irrégulière, d'un diamètre variant de 31,24 m à 30,86 m. Son diamètre maximal est un quart plus petit environ que la coupole duPanthéon deRome. À l'intérieur, elle culmine à 55,6 m au-dessus du sol. Elle reste de loin la plus grande coupole maçonnée d'Istanbul, et ses dimensions ne furent jamais dépassées pendant près d'un millénaire d'architecture byzantine dans lebassin méditerranéen, ni plus tard par l'architecture ottomane.
La coupole est assise sur quatrependentifs triangulaires concaves, qui permettent de la faire reposer sur quatre piliers aux quatre coins de l'espace central dont le plan au sol est carré, sans nécessiter de mur porteur sur les côtés du carré. Cette solution était déjà appliquée par les architectes romains pour des constructions de moindre ampleur. Elle est connue sous les noms de « rachat du plan carré » ou « rachat de l'octogone », et devient classique dans les constructions byzantines et postérieures.
Dans le cas de Sainte-Sophie, les pendentifs reportent les forces exercées par la coupole sur quatre piliers massifs disposés aux quatre angles. Ils sont contrebutés par deux immenses demi-coupoles, à l'est (abside qui donne sur labêma) et à l'ouest (celle qui donne sur l'entrée du bâtiment), mais les côtés nord et sud ne sont pas contrebutés. Les grands arcs des pendentifs y sont seulement fermés par de hauts murs légers et ajourés qui reposent sur deux niveaux de colonnes. Il en résulte un déséquilibre des forces de poussée. Cette disposition bilatérale est la cause directe de tous les désordres que la basilique a connu tout au long de son histoire, au point qu'il a fallu, à l'époque ottomane, doter le bâtiment d'énormes contreforts et arches adossés sur les côtés nord et sud, qui ont fortement altéré son aspect extérieur.
Les architectes byzantins puis ottomans ont montré que le contrebutement équilibré, soit par un plan octogonal supportant mieux les forces verticales (basilique Saint-Vital deRavenne), soit par des contreforts suffisamment robustes et écartés (mosquée Süleymaniye), soit encore par un plan centré assumé avec des demi-coupoles sur les quatre côtés (mosquée bleue) ou d'autres coupoles sur pendentifs (église des Saints-Apôtres de Constantinople), apporte à ce problème une solution simple et définitive. Mais les architectes de Sainte-Sophie ont fait un choix de hardiesse architecturale, ils tenaient visiblement à conserver un plan basilical en longueur partagé par un seul axe de symétrie, formant un volume principal intérieur plus unitaire et monumental, pour être visible d'un seul coup d'œil depuis l'entrée, avec des tribunes et des fenêtres latérales, chose qu'un plan centré cruciforme ne permet pas.
Les deux grandes jarres demarbre (ou d'onyx) appartiennent à lapériode hellénistique. Ces énormes vasesmonolithes furent rapportés dePergame durant le règne du sultanMouradIII. La porte de bronze marquant l'entrée latérale dans le narthex au sud-ouest, dite la « belle porte » (Güzel Kapı), provient d'un temple grec, probablement de la ville deTarsus.
Réservée à l'empereur, la porte impériale était la porte principale d'entrée de la basilique, entre l'exonarthex et l'esonarthex. Sa partie supérieure est ornée d'une mosaïque byzantine représentant le Christ et l'empereurLéon VI le Sage.
Une longue rampe, à partir de la partie nord du narthex extérieur, mène à la galerie supérieure.
La galerie supérieure, traditionnellement réservée à l'impératrice et à sa cour, présente la forme d'unfer à cheval qui entoure lanef jusqu'à l'abside. Lesmosaïques les mieux conservées sont situées dans la partie sud de la galerie.
La loge de l'impératrice est située dans le centre d'une galerie supérieure au-dessus de la galerie de narthex. De là, l'impératrice et les dames de la cour dominaient les cérémonies avec une vue d'ensemble sur l'intérieur de la basilique. Une pierre verte marque l'emplacement dutrône de l'impératrice.
À l'extérieur, on eut recours au simplestucage des murs, qui révélait le dessin des voûtes et des coupoles ; c'est du moins l'état dans lequel le monument nous est parvenu, après de nombreuses réfections. Le revêtement externe actuel jaune et rouge a été ajouté par l'architectesuisseGaspare Fossati au cours de sa restauration de la basilique auXIXe siècle.
Extérieur
Photographie montrant les caractéristiques ottomanes sur la façade qui ont été enlevées plus tard ().
À l'origine, du temps deJustinien, le décor intérieur comportait surtout des placages demarbre sur la plupart des murs, dont il subsiste une bonne partie, et desmosaïques à fond d'or sur toutes les voûtes, beaucoup moins préservées. Beaucoup de ces décorations représentaient des motifs abstraits ou végétaux, peuplés d'oiseaux et autres animaux. Mais on trouvait déjà en ce temps-là de nombreuses mosaïques figuratives, comme en témoigne l'éloge funèbre dePaul le Silentiaire.
Lesécoinçons des arcades du premier niveau regardant vers le vaisseau central sont décorés d'une dentelle de feuilles d'acanthe entrelacées, sculptées en relief dans le marbre blanc. C'est un motif assez similaire à ceux des chapiteaux typiquement byzantins des colonnes qui portent ces arcades. Au-dessus, les écoinçons des arcades de la galerie supérieure sont, quant à eux, revêtus de marqueteries de marbre (opus sectile), représentant des motifs végétaux en plaquettes demarbre blanc découpées avec précision, incluses dans un fond de marbre noir, avec quelques disques de porphyre qui ne manquent pas de rappeler lesopus sectile de l'Antiquité romaine. Lesintrados de ces arcades supérieures sont décorés de mosaïques à fond d'or représentant desrinceaux de vigne. Ces décorations sont d'origine, de la période justinienne, et constituent un témoin de la richesse décorative de cette époque.
Décoration des arcades inférieures regardant vers le vaisseau central : entrelacs de feuilles d'acanthe délicatement sculptées dans le marbre blanc, c'est un motif assorti à ceux des chapiteaux byzantins qui portent les arcades.
Les arcades du niveau supérieur, du côté regardant vers le vaisseau central, ont conservé leur riche décor de marqueteries de marbre (opus sectile) et leurs mosaïques àrinceaux de vigne en dessous.
Nombre d'objets précieux ou miraculeux,reliques,icônes vinrent enrichir progressivement le trésor de la basilique.
Au cours des siècles, l'église fut décorée de riches mosaïques. La totalité des voûtes et coupoles et certains murs étaient couverts de mosaïques à fond d'or. Elles figuraient la Vierge Marie, Jésus, les saints, des anges, ou bien des empereurs et impératrices, ou encore des motifs végétaux et géométriques dans un style purement décoratif.
Lacrise iconoclaste dans les années à voit la destruction de la quasi-totalité des mosaïques de la période primitive dans les églises de Constantinople, dont Sainte-Sophie ; ce sont surtout les mosaïques figuratives qui sont les plus visées. Il est de nos jours très difficile d'imaginer la richesse décorative et picturale qu'elles pouvaient représenter. Pour observer des ensembles de mosaïques byzantines de la période primitive, il faut se reporter dans les églises de la ville deRavenne, comme à labasilique Saint-Vital, même si les mosaïques de Sainte-Sophie devaient être un peu différentes. Les mosaïques détruites ont été peu à peu remplacées par d'autres, mais le style a fortement évolué au fil des siècles et n'a pas retrouvé la richesse ornementale des premiers temps.
En-, le bâtiment est restauré par deux frères suisses, Gaspare et Giuseppe Fossati, qui obtiennent du sultanAbdülmecid la permission de relever toutes les mosaïques qu'ils seront amenés à découvrir au cours des travaux. Toutefois, il n'est pas prévu de les restaurer, et même, les Fossati doivent masquer à la peinture certaines figures qu'ils viennent de relever en détail : c'est le cas des visages de deux mosaïques deséraphins découvertes au cours des travaux sur les pendentifs, au centre de l'édifice. Les deux autres figures deséraphins symétriques des pendentifs ne sont pas retrouvées par les Fossati, qui les recréent entièrement. Dans d'autres cas, les Fossati s'efforcent de combler à la peinture les parties de mosaïques endommagées, au point de parfois les redessiner complètement.
Les archives des Fossati (conservées aux archives cantonales deBellinzone en Suisse)[52] sont parfois les uniques sources de mosaïques aujourd'hui disparues, recouvertes de plâtre ou peut-être détruites par le violent tremblement de terre de. Parmi celles-ci figuraient une grande mosaïque duChrist pantocrator sur le dôme, une mosaïque au-dessus d'une « porte des Pauvres » non identifiée, une grande image d'une croix incrustée de pierres précieuses et un grand nombre d'images d'anges, desaints, depatriarches et dePères de l'Église. La plupart des images manquantes se trouvaient sur les deuxtympans.
Les mosaïques de la Porte impériale ornent letympan qui surmonte la porte réservée à l'empereur.
D'après leur style, on peut les dater de la fin duIXe siècle ou du début duXe siècle. L'empereur représenté avec unhalo (ou nimbe) pourrait êtreLéonVI le Sage ou son filsConstantinVII Porphyrogénète : il s'incline devant le Christ pantocrator, qui est assis sur un trône incrusté de pierres précieuses et donne sa bénédiction, la main gauche sur un livre ouvert[53]. On peut lire sur le livre : « ΕIΡΗΝΗ ΥMIΝ. ΕΓΩ ΕIMI ΤΟ ΦΩϹ ΤΟΥ ΚΟϹMΟΥ ». « La paix soit avec vous. Je suis la Lumière du monde. » (Jean 20:19 ; 20:26 ; 8:12.) Les deux médaillons, de chaque côté des épaules du Christ, figurent, à sa gauche, l'archange Gabriel, tenant unehoulette, et à sa droite, sa mère, Marie. L'ensemble forme ainsi la scène de l'Annonciation. Cette mosaïque exprime le pouvoir temporel conféré par le Christ aux empereurs byzantins.
Les mosaïques dutympan de l'entrée sud-ouest datent de944. Elles furent redécouvertes lors des restaurations de Fossati, en1849. La Vierge Marie est assise sur un trône sans dossier décoré de pierres précieuses. L'Enfant Jésus est assis sur ses genoux, donnant sa bénédiction et tenant un rouleau dans sa main gauche. À droite se tient l'empereur Constantin, en costume de cérémonie, présentant à Marie un modèle de la ville. L'inscription à son côté dit : « ΚΩΝϹΤΑΝΤΙΝΟϹ Ο ΕΝ ΑΓΙΟΙϹ ΜΕΓΑϹ ΒΑϹΙΛΕΥϹ », « Constantin, le grandbasileus (roi) parmi les saints ». À gauche se tient l'empereur Justinien, offrant Sainte-Sophie avec, au-dessus de lui, l'inscription : « ΙΟΥϹΤΙΝΙΑΝΟϹ Ο ΑΟΙΔΙΜΟϹ ΒΑϹΙΛΕΥϹ », « Justinien, lebasileus (roi) digne d'être chanté ». Les médaillons, des deux côtés de la tête de la Vierge, portent les monogrammes « ΜΡ » et « ΘΥ », abréviation de « ΜΗΤΗΡ ΘΕΟΥ », « Mère de Dieu ».
Depuis que Sainte-Sophie est redevenue une mosquée en, ces mosaïques sont masquées en permanence par de grands voiles blancs, bien que les autorités aient initialement prévu de les ouvrir en dehors des heures de prière[54].
La mosaïque de l'empereur Alexandre est assez difficile à trouver, cachée dans un coin très sombre du plafond du deuxième étage. Elle représente l'empereurAlexandre III (« ΑΛΕΞΑΝΔΡΟϹ »), dans son manteau impérial, tenant un rouleau dans sa main droite et unorbe (ouglobus cruciger, globe portant une croix) dans la gauche. Un dessin de Fossati montre que la mosaïque a survécu jusqu'en, et on pensait qu'elle avait été détruite dans le tremblement de terre de. Elle fut redécouverte en, sous une simple couche de peinture[55].
Cette mosaïque de la galerie sud date duXIe siècle. LeChrist pantocrator, vêtu d'une robe bleu foncé (comme c'est l'usage dans l'art byzantin), est assis au milieu, sur fond d'or, donnant sa bénédiction de la main droite et tenant laBible de la gauche. De chaque côté de son visage sont disposés les monogrammes « ΙϹ » et « ΧϹ », pour « ΙΗϹΟΥϹ ΧΡΙϹΤΟϹ » (Iēsous Khristos). Il est flanqué deConstantin IX Monomaque et de son épouse l'impératrice Zoé, tous deux en costumes de cérémonie. L'empereur présente une bourse qui rappelle le don qu'il a fait à l'église, alors que Zoé tient un livre, symbole de sa propre donation, portant ces mots : « ΚΩΝϹΤΑΝΤΙΝΟϹ ΕΝ Χ(ΡΙϹΤ)Ω ΤΩ Θ(Ε)Ω ΠΙϹΤΟϹ ΒΑϹΙΛΕΥϹ », « Constantin, pieux empereur dans le Christ Dieu ». L'inscription du côté de l'empereur dit : « ΚΩΝϹΤΑΝΤΙΝΟϹ ΕΝ Χ(ΡΙϹΤ)Ω ΤΩ Θ(Ε)Ω ΑΥΤΟΚΡΑΤΩΡ ΠΙϹΤΟϹ ΒΑϹΙΛΕΥϹ ΡΩΜΑΙΩΝ Ο ΜΟΝΟΜΑΧΟϹ », « Constantin, pieux empereur dans le Christ Dieu, roi des Romains, Monomaque ». L'inscription de l'impératrice se lit comme suit : « ΖΩΗ Η ΕΥϹΕΒΕϹΤΑΤΗ ΑΥΓΟΥϹΤΑ », « Zoé, la très pieuse Auguste ». Ni le visage, ni le nom de l'empereur ne sont ceux d'origine. Il est possible que la mosaïque ait d'abord représenté le premier mari de Zoé,Romain III Argyre, ou son fils adoptif,Michel IV le Paphlagonien.
Mosaïque des Comnène.Mosaïque d'Alexis Comnène (pilier droit).
La mosaïque desComnène est située, elle aussi, sur le mur oriental du côté sud de la galerie. Elle a été exécutée après. La Vierge Marie (« ΜΡ ΘΥ ») est debout au milieu, dans sa robe bleu foncé habituelle dans l'art byzantin. Elle tient sur ses genoux le Christ enfant, qui donne sa bénédiction de la main droite tout en tenant un rouleau dans sa main gauche. Sur son côté droit, l'empereurJean II Comnène (« ΙΩ(ΑΝΝΗϹ) ΕΝ Χ(ΡΙϹΤ)Ω ΤΩ Θ(Ε)Ω ΠΙϹΤΟϹ ΒΑϹΙΛΕΥϹ ΠΟΡΦΥΡΟΓΕΝΗΤΟϹ, ΑΥΤΟΚΡΑΤΩΡ ΡΩΜΑΙ(ΩΝ) Ο ΚΟΜΝΗΝΟϹ », « Jean, pieux empereur dans le Christ Dieu,Porphyrogénète [c'est-à-dire né dans la pourpre], roi des Romains,Comnène ») est représenté dans un costume brodé de pierreries.
Il tient à la main une bourse, symbole d'une donation impériale à l'église. L'impératriceIrène de Hongrie (« ΕΙΡΗΝΗ Η ΕΥϹΕΒΕϹΤΑΤΗ ΑΥΓΟΥϹΤΑ », « Irène, la très pieuse Auguste ») se tient au côté gauche de la Vierge, en vêtements de cérémonie, présentant un document. Leur fils aîné, le coempereur Alexis Comnène (« ΑΛΕΞΙΟϹ ΕΝ Χ(ΡΙϹΤ)Ω ΠΙ(ϹΤΟϹ) ΒΑϹΙΛΕΥϹ ΡΩΜΑΙ(ΩΝ) », « Alexis, dans le Christ, pieux empereur des Romains »), est représenté sur unpilastre de côté. Ses traits tristes sont le reflet de sa mort, la même année, de latuberculose. On peut comparer ce groupe avec la mosaïque de l'impératrice Zoé, qui lui est antérieure d'un siècle, et voir l'évolution : l'expression des portraits se trouve maintenant plus réaliste, autrement dit, moins idéalisée. L'impératrice a des cheveux blonds tressés, des joues roses et des yeux gris, propres à montrer ses origines hongroises. L'empereur est représenté dans la dignité.
Ladéisis : la Vierge et Jean Baptiste implorent le Christ.
La mosaïque de ladéisis (grecΔέησις : « supplication ») date probablement de. C'est le troisième panneau de la loge impériale de la galerie supérieure. Cette mosaïque est considérée comme un chef-d'œuvre pour la douceur des traits et de l'expression des visages, et aussi comme le début de la renaissance de l'art pictural byzantin. Le style est celui des peintres italiens de la fin desXIIIe – XIVe siècles, commeDuccio. LaVierge Marie (« ΜΡ ΘΥ ») et saintJean le Baptiste (« Ο ΑΓΙΟϹ ΙΩ. Ο ΠΡΟΔΡΟΜΟϹ » : saint Jean Prodromos, c'est-à-dire Précurseur), tous deux de trois-quarts, implorent l'intercession duChrist pantocrator (« ΙϹ ΧϹ ») pour lespéchés de l'humanité lors duJour du jugement. La partie inférieure de la mosaïque est très détériorée, probablement à cause de la pluie venant de la fenêtre voisine.
Les mosaïques du tympan nord, situées très en hauteur, figurent quelques saints personnages, parmi lesquels on reconnaît saintJean Chrysostome (« ΙΩΑΝΝΗϹ Ο ΧΡΥϹΟϹΤΟΜΟϹ », Jean la bouche d'or) et le patriarcheIgnace de Constantinople, dit le Jeune (« ΙΓΝΑΤΙΟϹ Ο ΝΕΟϹ »), debout, vêtus de robes blanches brodées de croix et tenant des bibles richement ornées. Les autres ont disparu, probablement lors du tremblement de terre de.
Intérieur de la mosquée parProsper Marilhat avec les premiers panneaux rectangulaires.
Avant, des panneaux similaires existaient déjà dans l'édifice, installés lors de sa restauration en 1847-1849 par le sultanAbdülmecid, sous la direction des frèresGaspare etGiuseppe Fossati. Mais ces panneaux originaux étaient rectangulaires, plus petits, et n'étaient qu'au nombre de six, Hassan et Hussein n'étant pas encore inclus[60]. Le choix de ces huit noms, que l'on retrouve à cette époque dans un grand nombre de commandesottomanes, en particulier architecturales, est le signe des ambitionspanislamiques de cet empiresunnite, les deux derniers noms (Hassan et Hussein) étant destinés à faire écho dans lemonde chiite[60]. C'est ainsi qu'on trouve dès 1851 des panneaux semblables à ceux installés à Sainte-Sophie en, portant les mêmes huit noms, en plus petits, dans lamosquée Hırka-i Şerif(en) à Istanbul ; ils y sont calligraphiés par le sultan Abdülmecid en personne, qui a fait construire cette mosquée pour abriter un manteau du prophète[60],[61]. On retrouve le motif de ces panneaux jusqu'au début duXXe siècle dans le wagon-mosquée duchemin de fer du Hedjaz, où la calligraphie est presque identique à ceux de Sainte-Sophie[60].
Lors de la conversion de Sainte-Sophie en musée en, ces panneaux auraient dû être retirés mais n'ont pu l'être car ils ne passaient pas les portes[62]. Ils ont donc été simplement décrochés et exposés dans le musée. Ils ont été à nouveau accrochés en, pour le500e anniversaire de laprise de Constantinople par les Ottomans et la conversion de la basilique en mosquée.
Selon Talip Mert de l'université de Marmara,« en termes de taille, les panneaux de Sainte-Sophie sont uniques, et en termes de valeur artistique, ils sont parmi les plus importants de l'histoire de la calligraphie »[57].
↑Marie-Christine Fayant et Pierre Chuvin, Traduction et commentaire de laDescription de Sainte-Sophie de Constantinople dePaul le Silentiaire,, éditions A. Die, Paris 1997.
↑Les diptyques de l'Église de Grèce (publication annuelle) mentionnent plus simplement et laconiquement : « Mémoire du grand séisme » après « Mémoire de Démétrios, Grand martyr et Myrovlyte ».
↑Lynn Jones,Between Islam and Byzantium, Agh'tamar and the visual construction of medieval Armenian Rulership, Ashgate Publishing Limited, 2007, 98.
↑D. Jacoby,The Urban Evolution of Latin Constantinople (1204–1261) dans N. Necipoglu,Byzantine Constantinople: Monuments, Topography and Everyday Life, Leiden, 2001,p. 285-286.
↑Julie Bonnéric, « L'archéologue et l'historien face à l'objet : Pour une approche technique, fonctionnelle et symbolique des lampes »,Les Carnets de l'Ifpo,IFPO,(lire en ligne).
↑Tania Kambourova, « Modalités du don. Temporalité et tradition dans les mosaïques de Sainte-Sophie »,Images Re-vues,[1].