Plaque sur la maison de Romain Gary à Vilnius où il vit de 1917 à 1923.
Durant toute sa vie d'adulte[1], dans ses œuvres, dont la relecture montre le « jeu picaresque de ses multiples identités »[2], mais aussi dans des déclarations aux médias, ainsi que dans des déclarations officielles, Romain Gary donne des versions diverses de ses origines, faisant varier : son nom (Kacew,de Kacew, prononcé[kat͡sɛf]) ; son lieu de naissance (région deKoursk en Russie, Vilno en Lituanie) ; la nationalité de son père (russe,géorgien,tatar,mongol) ; celle de sa mère (juive, russe, française) ; informations elles-mêmes souvent déformées par les médias (« Kiev »[3], « en Russie près de la frontièrepolonaise »[4]). Il va jusqu'à renier son père — se présentant comme un « bâtardjuifrusse, mâtiné deTartar »[5] — ou encore laisse entendre, et courir la légende, dans divers écrits et entretiens, qu'il est le fils du comédien russeIvan Mosjoukine[6].
Son père, Arieh-Leïb (« lion » en hébreu et en yiddish, d'où la francisation en « Léon ») Kacew, est né en 1883 àVilnius ; en 1912, il est associé dans l'atelier et magasin de fourrures familial (rue Niemecka / Daïtsche Gas = ruelle allemande) et fait partie de la DeuxièmeGuilde des marchands. Il est aussi administrateur de la synagogue de la rue Zawalna. Il fait donc partie de la moyenne bourgeoisie de Vilnius.
Parmi les frères de la mère de Roman Kacew, le plus important pour la vie du romancier est Eliasz. Il a émigré en France, et il est le père de Dinah (1906), qui épousera Paul Pavlowitch (1893-1953) et donnera naissance àPaul-Alex Pavlowitch (1942-).
Gary naît sous le nom de Roman Kacew (yiddish : רומן קצבRoman Katsev ;russe : Рома́н Ле́йбович Ка́цев,Roman Leibovich Katsev) àVilna (actuelle Vilnius, faisant alors partie de l'Empire russe)[13],[14].
Dans ses livres et interviews, Gary offre de nombreuses versions différentes de l'origine de ses parents, leurs ancêtres, leurs occupations et son enfance. Sa mère, Mina Owczyńska (1879—1941), est une actrice juive deŠvenčionys (Svintsyán)[15],[13] et son père, Arieh-Leib Kacew (1883—1942), un homme d'affaires deTrakai (Trok)[16],[17], aussi d'originelituanienne juive. Romain Gary affirmera être le fils biologique de la star du cinémaIvan Mosjoukine, avec qui sa mère avait travaillé et à qui Gary ressemble physiquement. Mosjoukine apparaîtra d'ailleurs dans son roman autobiographiqueLa Promesse de l'aube[18].
En 1915, la famille est déportée en Russie, après la mise en place d'une mesure générale d'expulsion des Juifs de la zone du front. Ils y passeront plusieurs années, mais les informations sur ce séjour sont obscures. Dans ses livres, Romain Gary évoque des séjours àKoursk et àMoscou, un voyage à travers la Russie en traîneau et en train, la rencontre de matelotsrévolutionnaires dans un port non précisé ; durant cette période, Mina aurait été comédienne, participant aussi à l'agitprop révolutionnaire[19]. Aucune source indépendante ne confirme ces assertions.
Retour à Vilnius, puis départ en Pologne (1921-1928)
En, la présence de Mina et son fils est attestée à Vilnius, grâce au registre des locataires d'un immeuble auno 16 de la rue Wielka-Pohulanka (appelée aujourd'hui rueJonas Basanavičius[20]). Leur retour est sans doute rendu possible par lapaix de Riga () qui met fin à la guerre entre la Russie soviétique et la jeune république de Pologne. Ils vivent quelques années à Vilnius, où le père de Gary, démobilisé, les rejoint à une date inconnue.
En 1925, le couple se sépare. Leïb Kacew fonde un nouveau foyer avec Frida Bojarska, avec qui il a deux enfants, Walentyna (1925) et Pawel (1926). Le divorce est prononcé en[21]. Leïb Kacew se remarie presque aussitôt avec Frida (les quatre membres de cette famille mourront durant laSeconde Guerre mondiale[5]). Romain Gary n'a pratiquement rien dit ou écrit sur la période où son père vit avec eux à Vilnius, ni sur la séparation et le divorce. Il a cependant revu son père en 1933 à Varsovie[22]. Il évoque des cours particuliers (violon, escrime, tir au pistolet, danse), mais pas les écoles qu'il a fréquentées. En mars ou, peu avant la séparation, sa mère l'emmène àBordighera où il voit la mer pour la première fois[23].
Gary est élevé par sa mère, qu'il présente comme une actrice de théâtre[24]. Après la séparation, elle connaît des problèmes financiers, car elle ne dispose plus des revenus du magasin de fourrures de son mari, et son petit atelier de chapeaux lui rapporte peu. En, elle quitte Vilnius avec son fils pour Švenčionys, puis ils s'installent en 1926 àVarsovie, où sont déjà présents d'autres membres de la famille Owczynski, notamment un frère de Mina, Boris (1890-1949), avocat, chez qui ils sont hébergés[25]. Gary semble avoir été scolarisé dans un collège polonais (le collège Górskiego[26]), où il est en butte à unantisémitisme au moins verbal. Il suit aussi des cours particuliers de français.
En, ils obtiennent un visa touristique pour la France. Sa mère est persuadée que, dans ce pays, son fils pourra s’accomplir pleinement en tant que diplomate ou artiste[27].
Mina Owczynska et son fils, âgé de14 ans, arrivent àMenton le. Ils s'installent àNice, où se trouvent déjà Eliasz, le frère de Mina, et sa famille. Le, Romain commence sa scolarité aulycée Masséna, et est intégré directement en classe de4e[28]. Mina entame les démarches pour obtenir une autorisation de séjour, laquelle est accordée sous réserve qu'elle n'occupe aucun emploi[29]. Obligée de gagner sa vie, elle vend d’abord « au noir » des articles de luxe dans les grands hôtels de Nice ou deCannes, puis elle s'occupe de vente immobilière[30]. Un de ses clients lui confie finalement la direction d'un petit hôtel, la pension Mermonts, au7 boulevard François-Grosso[31].
Utilisant désormais son prénom francisé (Romain), son fils se distingue au lycée en classe de français, obtenant en 1929 le premier prix de récitation et en 1931 et 1932 celui de composition française. Mais « dans les autres matières, excepté l'allemand qu'il parle et écrit très correctement, il est médiocre[32] ». Ses amis de l'époque sont comme lui des élèves étrangers ou issus de familles d'origine étrangère : François Bondy[33] (1915-2003) ; Alexandre Kardo Sissoeff[34] ; Sigurd Norberg[35] ; René et Roger Agid, dont les parents dirigent plusieurs grands hôtels de Nice (et un àRoyat, Puy-de-Dôme), principalementL'Hermitage àCimiez[36] ; à ce titre, ils connaissent directement la mère de Romain.
Roman Kacew commence des études de droit àAix-en-Provence en, puis part l'année suivante les poursuivre àParis, probablement grâce à l'aide financière que lui apporte son père peu après leur rencontre àVarsovie durant l'été 1934[38]. Il obtient unelicence de droit en, tout en suivant en parallèle unepréparation militaire supérieure aufort de Montrouge : « En attendant son incorporation dans l'armée française, Gary, au terme de médiocres études, bûchait sa procédure[39]. » Il révise au petit jour et passe l'essentiel de son temps à écrire.
C'est à cette époque qu'il publie ses premières nouvelles dansGringoire, un hebdomadaire qui n'est pas au départ orienté à l'extrême droite. La première,L’Orage, y paraît le, ce qui lui permet de ne plus dépendre financièrement de sa mère qui, minée par undiabète insulinodépendant, s'est usée à la tâche pour préparer l'avenir de son fils[40]. Gary renonce aux rétributions que lui verse l'hebdomadaire quand le journal affiche des idéesfascistes etantisémites ; il écrit à la rédaction une lettre pour dire en substance : « Je ne mange pas de ce pain-là[41]. » En 1937, plusieurs éditeurs refusent son premier roman,Le Vin des morts[40].
Naturalisé français le[42], Roman Kacew est incorporé le dans l'Armée de l'air à labase aérienne de Salon-de-Provence[43]. À l'issue d'une formation d'élève officier de réserve de trois mois à l'école d'observation d'Avord près de Bourges, il passe l'examen de sortie en. Parmiles 290 candidats, il est l'un des deux élèves de la promotion à échouer. L'échec tient probablement à ladiscrimination dont il est victime : bien que français, sa naturalisation est trop récente[44]. Il reçoit le grade, le plus bas, decaporal. Breveté mitrailleur, il se contente du grade de sergent[45].
Il est breveté officier observateur en[51], promu lieutenant le[52].
En, il est rattaché enGrande-Bretagne augroupe de bombardement Lorraine. Il est affecté à la destruction des bases de lancement desmissiles V1. C'est durant cette période que Romain Kacew choisit le nom de Gary — signifiant enrusse « brûle ! » à l'impératif[53] — qui est retenu par l'état civil à partir de 1951[54] : « Romain Gary » devient son nom francisé à l'état civil français en octobre de cette année[55].
Sa mère, qu'il aimait par-dessus tout et qui l'avait poussé à « devenir quelqu'un », meurt le ; dansLa Promesse de l'aube, l'écrivain raconte ne l'avoir appris qu'en 1944, lors de son retour à Nice après la guerre[56] :
« Le ruban vert et noir de la Libération bien en évidence sur ma poitrine, au-dessus de la Légion d'honneur, de la croix de guerre et de cinq ou six autres médailles (...) je revenais à la maison après avoir démontré l'honorabilité du monde, après avoir donné une forme et un sens au destin d'un être aimé. […]
À l'hôtel-pension Mermonts où je fis arrêter la jeep, il n'y avait personne pour m'accueillir. On y avait vaguement entendu parler de ma mère, mais on ne la connaissait pas. Mes amis étaient dispersés. Il me fallut plusieurs heures pour connaître la vérité. Ma mère était morte trois ans et demi auparavant, quelques mois après mon départ pour l'Angleterre (…). Au cours des derniers jours qui avaient précédé sa mort, elle avait écrit près de deux cent cinquante lettres, qu'elle avait fait parvenir à son amie en Suisse. (...) Je continuai donc à recevoir de ma mère la force et le courage qu'il me fallait pour persévérer alors qu'elle était morte depuis plus de trois ans. Le cordon ombilical avait continué à fonctionner. »
En réalité, cet épisode est une invention littéraire : Romain Gary, qui connaissait l'état de santé de sa mère, a rapidement été averti « par un télégramme très brutal »[57] du décès de celle-ci, veillée par ses amis de jeunesse Sylvia Stave et René Agid auxquelsLa Promesse de l'Aube est dédié, ladite mère n'ayant jamais rédigé la moindre lettre[58].
En tant qu'observateur, il remplacePierre Mendès France dans l'équipage dusous-lieutenantArnaud Langer. Le lieutenant Gary se distingue particulièrement le alors qu'il se trouve dans l'avion de tête d'une formation de six appareils. Il est blessé, et le pilote Arnaud Langer est aveuglé ; Gary guide ce dernier, le dirige, réussit le bombardement, et ramène l'avion à sa base. Cette version est peut-être romancée, car l'opérateur radio,René Bauden, prétend que la blessure reçue par Romain Gary ne lui aurait pas permis de ramener l'appareil à sa base, et aurait causé son évanouissement.
En 1937 Romain Gary écrit un premier roman,Le Vin des morts, qui est refusé par plusieurs éditeurs[63] (il sera publié pour la première fois en 2014). En 1945, il écritÉducation européenne et le publie aux éditionsCalmann-Lévy. Le livre est distingué par leprix des Critiques, et sa carrière est lancée. Il publie plusieurs romans mais c'est avecLes Racines du ciel, récompensé duprix Goncourt en 1956, qu'il rencontre le grand public. Il reçoit leprix Durchon-Louvet de l’Académie française pour l'ensemble de son œuvre la même année. À partir de la publication deLa Promesse de l'aube, en 1960, il se consacre de plus en plus à son activité d'écrivain, écrivant également sous divers pseudonymes, dont l'ultime et le plus connu, Émile Ajar, marque la fin de sa carrière avec quatre romans. Fait unique, il obtient pourLa Vie devant soi un second prix Goncourt le, déclenchant à la fin desannées 1970 « l'affaire Émile Ajar » lorsqueGisèle Halimi, l'avocate de Gary, annonce le choix initial de son client Ajar de refuser le prix, ce qui incite la presse à enquêter sur celui qu'elle croit être le véritable auteur,Paul Pavlowitch[64].« Ce que l'on appelle “l'affaire Ajar” cache en fait une véritable tentative de renouvellement identitaire et artistique[65] ».
Dès l’immédiataprès-guerre, entre 1946 et 1956, la figure littéraire durescapé de la Shoah hante l’œuvre romanesque de Romain Gary qui s'interroge sur la question : comment vivre après Auschwitz ? C’est Tulipe, dans l'œuvre homonyme (1946), qui au sortir deBuchenwald s’installe dans le « nouveau monde » deHarlem ; c’est Vanderputte, dansLe Grand vestiaire (1948), qui a dénoncé un réseau derésistants ; c’est lecompagnon de la Libération, Jacques Rainier, dansLes Couleurs du jour (1952), qui voit l’idéal de laFrance Libre se déliter et s’engage comme volontaire enCorée ; c’est Morel, dansLes Racines du ciel (1956), qui a survécu à l’expérienceconcentrationnaire en imaginant des troupeaux d’éléphants battre la savane. Ce n'est qu'avec l'œuvre d'Émile Ajar qu'une réponse viendra sublimer ses premiers écrits : « Celle d'unaltruisme désintéressé, d'une banalité du bien qui contraste avec labanalité du mal d'unEichmann[66],[67]. »
L'œuvre littéraire de Romain Gary est marquée par un refus opiniâtre de céder devant la médiocrité humaine. Ses personnages sont fréquemment en dehors du système parce que révoltés contre tout ce qui pousse l'homme à des comportements qui lui font perdre sa dignité. Ils oscillent entre la souffrance de voir leur monde abîmé, et la lutte pour garder coûte que coûte l'espérance. Romain Gary vit lui-même ces combats, mêlant admirablement le dramatique et l'humour. Ainsi, dansChien blanc (1970), récit autobiographique écrit dans le contexte de lalutte pour les droits civiques aux États-Unis dans les années 1967-1968, il écrit : « ll est soûl, affirma solennellement Saint-Robert, et c'était un peu vrai, bien que je ne touche jamais ni à l'alcool, ni à la marijuana, ni au LSD, parce que je suis trop acoquiné avec moi-même pour pouvoir tolérer de me séparer d'une aussi agréable compagnie par le truchement de la boisson ou de la drogue. Mais je me soûle d'indignation. C'est ainsi d'ailleurs que l'on devient écrivain[68]. » Puis : « J'écris pendant une heure ou deux : cette façon d'oublier… Lorsque vous écrivez un livre, mettons, sur l'horreur de la guerre, vous ne dénoncez pas l'horreur, vous vous en débarrassez[69]… ».
En 1978, lors d'un entretien avec la journaliste Caroline Monney[70], lorsque celle-ci lui pose la question : « Vieillir ? », Romain Gary répond : « Catastrophe. Mais ça ne m'arrivera pas. Jamais. J'imagine que ce doit être une chose atroce, mais comme moi, je suis incapable de vieillir, j'ai fait un pacte avec ce monsieur là-haut, vous connaissez ? J'ai fait un pacte avec lui aux termes duquel je ne vieillirai jamais »[71].
Romain Gary se suicide le avec sonBrowning GP, se tirant une balle dans la bouche[72],[73]. Il laisse une lettre mystérieusement datée « Jour J » et dans laquelle est notamment écrit : « Aucun rapport avecJean Seberg » (l'actrice se serait elle-même suicidée le)[74].Compagnon de la Libération, il a droit aux honneurs militaires français suivis d'une mélopée russe lors de ses obsèques à l'église Saint-Louis des Invalides le. Le, sa dernière compagneLeïla Chellabi disperse ses cendres, selon son vœu, en mer Méditerranée au large deMenton[75].
Dans un recueil de confidences sous la forme d'entretiens livrés à la radio en 1980, Romain Gary fait cette déclaration :« La seule chose qui m'intéresse, c'est la femme, je ne dis pas les femmes, attention, je dis la femme, la féminité[76] ».
L'une des premières histoires importantes est celle nouée avec une jeune journaliste suédoise qu'il rencontre à Nice en, Christel Söderlund. Jeune mère de famille, déjà mariée, elle suit Romain quand il va étudier à Paris. Elle envisage de divorcer ; après quelques mois elle rentre en Suède y retrouver son mari[77].
Ilona Gesmay est une autre femme importante dans la vie de Roman Kacew. Jeune femme d'origine hongroise de quatre ans son aînée, elle inspire l'auteur deLa Promesse de l'aube, deLa nuit sera calme et d'Europa. Comme sa famille lui coupe les vivres, elle rentre àBudapest en ; elle survit à la guerre frappée deschizophrénie. Ils ne se reverront plus jamais[78]. Romain Gary raconte dans la nouvelleÀ bout de souffle[79] qu'elle est la seule femme qu'il ait jamais aimée et qu'il admirait ses yeux « gris angora »[80]. Il y explique également qu'il continue à recevoir des lettres d'elle à partir de 1953, toutes identiques. Il lui répond, il reçoit toujours la même réponse. Un jour, il apprend qu'Ilona est internée dans un hôpital psychiatrique en Belgique et qu'elle lui écrit inlassablement la même lettre pendant les quelques dizaines de minutes de lucidité qu'elle a par jour. Les lettres qu'elle reçoit de Romain Gary sont interceptées par les médecins qui ne souhaitent pas provoquer un choc à la jeune femme. La sœur de cette dernière expliquera à Romain Gary qu'Ilona, lorsqu'elle est lucide, demande toujours des nouvelles de « son Romain »[81].
En, bien que l'amour d'Ilona continue à le hanter[82], Roman Kacew épouseLesley Blanch, femme de lettres britannique rencontrée l'année précédente.
En 1959, il fait la connaissance de l’actrice américaineJean Seberg dont il tombe amoureux et avec qui il entame une liaison. En 1963, il divorce et se marie avec l'actrice. Leur fils,Alexandre Diego Gary, nait en 1962 mais Romain, grâce à ses relations, réussit à faire établir un acte de naissance daté de 1963 pour sauvegarder les apparences[83]. Un acte de mariage secret est retrouvé dans les années 2010 en Corse, ainsi qu'un témoin photographe de l'époque. Entre 1964 et 1970, Romain Gary se rend souvent àMajorque, où il possède une villa, près d'Andratx[84].
En 1968, lorsque Romain Gary apprend que sa femme entretient une liaison avecClint Eastwood pendant le tournage deLa Kermesse de l'Ouest, il prend l'avion et provoque l'acteur enduel au revolver ; le « cow-boy américain » se défile[85]. Romain Gary et Jean Seberg se séparent et divorcent en 1970.
En 1978, il rencontreLeïla Chellabi, danseuse puis mannequin, animatrice de radio et parolière[86].
La disparition de Romain Gary fait éclater la vérité sur le véritable auteur des quatre romans signés du pseudonymeÉmile Ajar. Un proche parent de Romain Gary,Paul Pavlowitch (son petit-cousin), avait tenu le rôle d’Ajar auprès de la presse (notamment auprès d’Yvonne Baby dansLe Monde[87] et de l'hebdomadaireLe Point qui retrouve « Ajar » dans leLot et publie deux semaines durant en 1975 des articles et une interview littéraire de Paul Pavlowitch parJacques Bouzerand, à la veille du prix Goncourt). Romain Gary a déjà envoyé en 1930 des manuscrits à la NRF sous les pseudonymes de François Mermont (du nom de l’hôtel-pension à Nice dont sa mère est gérante) ou de Lucien Brûlard (allusion àStendhal et autre variation sur le thème du feu — voir ci-après) qui ne sont cependant pas acceptés. Romain Gary est ainsi le seul écrivain à avoir été récompensé deux fois par leprix Goncourt, ce qui est officiellement impossible en vertu des règles de ce concours. Il a remporté son premier prix sous son nom d'usage, pourLes Racines du ciel, en 1956, et la seconde fois sous le pseudonyme d’Émile Ajar, pourLa Vie devant soi, en 1975. Les deux noms se ressemblent, dans le cadre d'une volonté de mystification ambigüe (enrusse,Gary signifie « brûle ! » (2e personne du singulier à l'impératif) alors qu'Ajar, qui fut le nom d'actrice de sa mère, signifie « braise »[53] [жар])[88]. En outre, il est possible de retrouver des phrases typiques de Gary dans les textes d'Ajar[89].
La mystification Ajar–Gary ne serait pas passée inaperçue de tous. Dans son roman autobiographiqueLe Père adopté,Didier van Cauwelaert rapporte qu'une étudiante de la faculté de lettres de Nice, qu'il nomme Hélène, a préparé, deux ans avant la révélation publique, un mémoire soutenant, au grand désarroi de ses professeurs, que Gary et Ajar sont une seule et même personne[90].
Ajoutons qu'Ajar et Gary ne furent pas ses seuls pseudonymes (en tant qu'écrivain publié) puisqu'il est aussi l'auteur d'un polar politique sous le nom de Shatan Bogat (« Satan le riche » en russe[91]) :Les Têtes de Stéphanie et d'une allégorie satirique contre l'ONU signée Fosco Sinibaldi (Fosco veut dire « sombre » enitalien mais c'est aussi un prénom, Sinibaldi serait un hommage àGaribaldi[92]) :L'Homme à la colombe.
En 2007 est dévoilée une statue de Romualdas Kvintas, « Le Garçon avec une galoche », qui représente le petit héros de laPromesse de l'aube, âgé de 9 ans, s’apprêtant à manger une chaussure pour séduire sa petite voisine, Valentina. Elle est placée àVilnius, en face du 16 Basanavičius où le romancier a habité avec sa mère[95].
En 2007-2008,La Vie devant soi est adapté au théâtre parXavier Jaillard dans une mise en scène deDidier Long et remporte troisMolières (meilleure adaptation théâtrale, meilleure comédienne, meilleure production théâtrale).
↑Anissimov 2004, ch. 17,p. 100 ; dans son romanLa Promesse de l'aube, il reconnaît lui-même les difficultés qu'il a rencontrées lors de ses études secondaires et le manque d'intérêt qu'il éprouve pour les études supérieures, auxquelles il s'astreint essentiellement pour répondre aux désirs de sa mère.
↑Mireille Sacotte,Mireille Sacotte commente la promesse de l'aube de Romain Gary, éd. Gallimard, 2006,p. 223.
↑Note suivante au pied de son lit : « Jour J. Aucun rapport avecJean Seberg. Les fervents du cœur brisé sont priés de s’adresser ailleurs. On peut mettre cela évidemment sur le compte d’une dépression nerveuse. Mais alors il faut admettre que celle-ci dure depuis que j’ai l’âge d’homme et m’aura permis de mener à bien mon œuvre littéraire. Alors, pourquoi ? Peut-être faut-il chercher la réponse dans le titre de mon ouvrage autobiographique : « La nuit sera calme » et dans les derniers mots de mon dernier roman : « Car on ne saurait mieux dire ». Je me suis enfin exprimé entièrement. » cité par D. Bona,Romain Gary, Paris, Mercure de France-Lacombe, 1987,p. 397-398.
↑Jean-François Hangouët,Romain Gary. À la traversée des frontières,Gallimard,,p. 86-87.
↑« Si jamais on la retrouve, évidemment elle vivra avec nous. » annonça Romain à Lesley (cité dans Myriam Anissimov,Romain Gary, Le Caméléon, Folio, 2006, deuxième partie,p. 162).
↑Pour donner plus de véracité à son personnage, Gary accepte le principe d'une rencontre entre Ajar-Pavlowitch et son éditeurSimone Gallimard, puis avec Yvonne Baby, fin septembre 1975 à Copenhague. Source : Paul Pavlowitch, entretien avec Yvonne Baby,Le Monde, 10 octobre 1975,p. 20.
↑Entretien avec Caroline Monney,Romain Gary, L'affaire homme, Folio, 2005,p. 300.
↑Jérémy Gallet, « Romain Gary entre dans la Pléiade », surwww.avoir-alire.com,(consulté le) :« L’œuvre de l’écrivain fait aujourd’hui son entrée dans la prestigieuse collection de la Pléiade […] Ces écrits sont édités sous la direction de Mireille Sacotte ».
Europe, « Romain Gary », Maxime Decout et Julien Roumette (dir.), juin-,no 1022-1023.
Hélène Staes, « La France libre à travers l'itinéraire de trois compagnons de la Libération »,Les cahiers de la Fondation de la Résistance,Fondation de la Résistance,vol. 1,,p. 36