Pour les articles homonymes, voirBougre.
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Robert le Petit (1173-1239), plus connu sous le nom deRobert le Bougre, est uninquisiteurdominicain duXIIIe siècle[1].
Ancien « parfait »cathare dans le Milanais, il y gagne son surnom de « bougre », terme utilisé à l'époque pour désigner un hérétique (de « Bulgare » à cause de la parenté supposée entre le catharisme et lebogomilisme bulgare). Revenu dans les rangs de l'orthodoxie catholique, jusqu'à l'intransigeance, il rejoint l'ordre des dominicains.
En 1233, lepapeGrégoire IX le nomme inquisiteur enBourgogne. Son zèle et son efficacité, nourris de son expérience passée, le mènent à des vagues d'exécutions, qu'il défère cependant toujours au bras séculier : la règle constante était, en effet, que l'Eglise catholique n'exécute pas elle-même. Il se distingue notamment àla Charité-sur-Loire, où il fait mener 50 hérétiques au bûcher. Il se heurte alors aux archevêques deReims et deSens, choqués par ce qu'ils considèrent comme une atteinte à leurs droits canoniques. En effet, les règles de l'Inquisition et la répartition des pouvoirs se voulaient très précises et prévues avec soin ; quand la lutte contre les Cathares fut décidée, il apparut que les évêques qui devaient la mener étaient cependant empêchés par les limites géographiques de leurs diocèses ; la papauté décida alors d'instituer des "légats apostoliques", de sorte que coexistaient deux inquisitions, l'épiscopale - les évêques, dans les limites de leur diocèse - et la légatine, dont l'étendue était déterminée par l'autorité romaine. Les juges eux-mêmes étaient contrôlés par des assesseurs - des religieux, des magistrats, des juristes... - qui veillaient à la validité des dénonciations, des preuves et de tous les aspects de la procédure. Comme tous les légats apostoliques, Robert était astreint à l'obligation de ne prononcer des peines que sur l'avis conforme des évêques diocésains, ou, en leur absence, de leur vicaire, "ut in tante animadversionis judicio, non postponenda pontificum auctoritas intercedat" (De Laborde, "Layettes du trésor des Chartes", tome III, Paris).
Suspendu en 1234 par le même pape Grégoire IX, il peut reprendre son activité dès l'année suivante, cette fois avec le titre d'inquisiteur général du royaume de France ("per universum regnum Franciae"), mais avec de sévères conseils de prudence : le pape recommandait que Robert agît avec le conseil des évêques et des religieux. Rien n'y fit : il se montra de nouveau encore plus impitoyable, cette fois non seulement contre les hérétiques, mais également contre ceux qui ne les dénonçaient pas. Son activité brutale lui vaut le surnom demalleus haereticorum, le « Marteau des hérétiques[2] ». Robert reprend ses tournées : de 1236 à 1239, il mène l'Inquisition àChâlons-en-Champagne,Cambrai,Péronne,Douai etLille, totalisant une cinquantaine d'hérétiques conduits au bûcher par le bras séculier. En 1239, il se tourne de nouveau vers la Champagne. Profitant de la foire deProvins pour organiser une vaste rafle, il traduit 186-187 personnes et les condamne au bûcher auMont Wimer, selon le chiffre fourni par le chroniqueur cistercienAubry de Trois-Fontaines, témoin oculaire[3].
Mais l'action de Robert le Bougre entrait toujours en conflit avec les règles ordinaires du fonctionnement de l'Inquisition, notamment son caractère collégial, et continuait de trahir l'esprit des enquêtes et des procédures telles qu'elles avaient été fixées depuis le décret de Lucius III, édicté à Vérone en 1184. Irrité, Grégoire IX, après instruction, le démit de ses fonctions et le condamna à l'emprisonnement perpétuel[4]. Mais nous ne pouvons êtes sûrs que la peine fut appliquée dans toute sa rigueur : les peines de l'Inquisition, même les plus sévères, étant souvent atténuées voire effacées[5], ce que reconnaît aussiHenry-Charles Lea dans son "Histoire de l'Inquisition", il n'est pas impossible que Robert ait fini ses jours dans un des couvents de son ordre, simplement astreint à des pénitences d'ordre spirituel.