Il estgénéralissime etcommandant en chef desarmées françaises sur lefront de l'Ouest pendant laPremière Guerre mondiale de décembre 1916 à mai 1917. Il est alors relevé de ses fonctions, et remplacé par le généralPétain, en raison des controverses encore vives aujourd'hui autour de ses options stratégiques, particulièrement meurtrières notamment auChemin des Dames. Dès sa mort, il est cité comme la victime de ceux qui« ont cherché des boucs émissaires au lieu d’avouer leurs fautes[1] ».
La famille Nivelle est d'origine poitevine et protestante, dePamproux dans lesDeux-Sèvres. Le père de famille, Marie Jacques Auguste Nivelle est militaire ; son épouse Theodora Luisia Sparrow vient duKent[2].
Chef d’escadron, en 1901 ; lieutenant-colonel, en 1908 ; il sert enIndochine en tant qu'officier d'artillerie, participe au corps expéditionnaire envoyé enChine, avec legénéral Voyron qui l’avait réclamé dans son état-major, pour réprimer larévolte des Boxers. Breveté d’état-major, il sert à l’état-major de l’armée, en 1900, puis enAfrique, enAlgérie[4].
Le,Joffre, qui trouve Pétain trop défensif àVerdun, décide de le nommer au commandement de la2e armée jusqu'au et sa charge au commandement àVerdun se termine le, soit jusqu'au lendemain de la fin de la bataille. Quant à Pétain, il est promu au commandement duGroupe d'armées du Centre, Nivelle prend son commandement le. Il échoue à reprendre aux Allemands lefort de Douaumont aux côtés dugénéral Mangin, opération durant laquelle la critique lui attribuera peu de considérations pour la vie humaine[b]. Le fort sera quand même repris. Cette opinion est néanmoins aujourd'hui combattue par les travaux deDenis Rolland qui défend la thèse que cette réputation de boucher est le résultat de la construction du mythe du « sauveur de Verdun » où, pour élever Pétain, il était politiquement avantageux de dévaloriser les autres généraux[6]. Nivelle perd, en, lefort de Vaux, qui sera repris en. Il soutient les propositions d'attaque de son subalterne, legénéral Mangin. Ensemble, ils reprennent les forts de Douaumont et de Vaux, et mèneront cette offensive jusqu'à la victoire, le. À partir du, les Allemands sont obligés de retirer des troupes pour faire face à labataille de la Somme. Nivelle stoppe leur dernière offensive près dufort de Souville.
Le, tandis que la ville de Verdun reçoit la Légion d'Honneur, la Croix de Guerre et plusieurs décorations étrangères, le général Nivelle reçoit la plaque de grand officier de la Légion d'honneur. Jusqu'à Nivelle conduit des offensives pour regagner le terrain perdu. En, il lance la grande offensive menée par le général Mangin, le fort de Douaumont est repriset, en, le fort de Vaux.
« Si l'histoire me reconnaît le droit de juger les généraux qui opérèrent sous mes ordres, je tiens à affirmer que le vrai sauveur de Verdun fut Nivelle, heureusement secondé par Mangin[7]. »
À la suite de ces victoires, le, et parce que ses promesses d'une victoire rapide séduisaient la commission de l'Armée à la Chambre, il est choisi pour remplacer comme commandant en chef des armées legénéral Joffre, élevé à la dignité demaréchal de France, qui depuis labataille de la Marne n'a obtenu aucun résultat décisif et est jugé trop statique.
Il décide de mettre fin à laguerre d'usure menée autour deVerdun et de revenir à « l'attaque brusquée » : il compte emporter la décision par des attaques frontales massives à l'abri d’un rideau de feu. De mère britannique, il parle couramment l'anglais.Lloyd George, à son poste depuis deux mois, accepte, sans le soutien de son gouvernement ou de son roi, de placer des troupes britanniques sous son commandement.
Nivelle ne bénéficie néanmoins pas de la liberté d'action de son prédécesseur. Autant Joffre montait ses offensives comme il l'entendait, autant Nivelle doit rendre des comptes et se voit imposer de nombreuses modifications. Il ne trouve une adhésion totale ni parmi les politiques ni parmi les militaires[8].
Fin, la date de l'attaque conjointe avec les troupes britanniques sur le front entreVimy etReims est fixée pour. Le front a la forme d'un angle droit : entre Vimy etSoissons, le front est d'orientation nord-sud et ouest-est entre Soissons et Reims. Tandis que les Anglais attaqueront sur la ligne entre Vimy et Soissons, les Français le feront entre Soissons et Reims afin d'affronter les Allemands selon deux directions différentes. Sûrement pour prévenir une telle offensive, dont l'ampleur ne permet pas de garder le secret absolu, les Allemands se replient du au sur laligne Hindenburg. Leur front est réduit de70 kilomètres, permettant d'économiser de nombreuses divisions. L'angle droit de la ligne de front est gommé : la ligne de défense s'étend désormais dans une direction nord-ouest/sud-est de Vimy à Reims en passant par leChemin des Dames. LesAlliés mettent une semaine à se rendre compte de l'ampleur de ce retrait. Le plan initial de l'offensive est désormais caduc. Nivelle et ses généraux adaptent leur projet à cette situation nouvelle et dissocient l'attaque anglaise sur Vimy de l'attaque française qui se centrera sur le Chemin des Dames.
Le, legouvernement Briand est remplacé parcelui d'Alexandre Ribot qui prend pour ministre de la GuerrePaul Painlevé, hostile à Nivelle[8]. Devant répondre aux critiques de militaires comme de politiques, Nivelle se sent discuté et offre sa démission début[1]. Celle-ci est refusée et le pouvoir politique, inquiet d'un possible effondrement dufront russe, décide de maintenir la date de l'offensive[8].
On a prétendu que garder un secret n’était pas le fort de Nivelle, et il aurait parlé de son offensive au cours d’un diner[9] ; il parlait également de son projet aux journalistes —sans toutefois en exposer le plan précis. Les Allemands saisirent plusieurs exemplaires de son plan d’attaque àSapigneul dans la sacoche d'un sergent-major et àMaison-de-Champagne dans une tranchée qu’ils avaient conquise. Informé, Nivelle, sûr de lui, ne voulut pas modifier son plan d’opérations. Les Allemands auront donc eu le temps de se préparer à accueillir les Français et leurs alliés[10]. Le front allemand de 60 km, entre l'Ailette et le Nord deReims, passe de six à douze divisions, il y a en outre douze divisions de réserve prêtes à être jetées sur leChemin des Dames. L'offensive, déclenchée le, n’a donc aucun effet de surprise contre une très forte défense, et labataille du Chemin des Dames, également nommée « offensive Nivelle », se solde par un échec et est très coûteuse en vies humaines : lesAlliés perdent 350 000 hommes (morts ou blessés) pour un gain de terrain minime. Elle n'est cependant pas sans résultats, car les Allemands perdent aussi beaucoup d'hommes et de matériel.
Néanmoins, c'est l'opération de trop[8]. Nivelle paraît alors découragé, brisé, vieilli de dix ans[11]. Painlevé, qui ne cessait de le dénigrer avec le soutien en coulisse de Pétain, le remplace très rapidement par ce dernier, le[1]. Nivelle pâtit surtout du fait que chacun avait fondé ses espoirs sur lui[8] ; bientôt allaient éclater lesmutineries de 1917.
Surnommé dès les premiers jours de la bataille du Chemin des Dames « le boucher » du fait de son obstination, cette prétendue obstination est encore une constructiona posteriori avec les manœuvres de Painlevé[6]. Il est aujourd'hui démontré que la prise de commandement par le général Pétain a conduit à autant de pertes dans le secteur du chemin des Dames[6]:235. Finalement, l'offensive du Chemin des Dames s'est soldée par moins de pertes que les offensives deChampagne 1915 (179 500),Somme en 1916 (194 000) ou la défense de Verdun en 1915 (348 300)[6]:236 ; elle s'est déroulée dans un temps bien plus court aussi. Une commission d'enquête est instituée. Dirigée par le général de divisionJoseph Brugère, elle statue sur la responsabilité du général Nivelle :« Pour la préparation comme pour l'exécution de cette offensive, le général Nivelle n'a pas été à la hauteur de la tâche écrasante qu'il avait assumée[12]. »
L'ancienne tombe de Robert Nivelle au cimetière de Passy (division 10).
En, il est nommé président de lacommission interalliée de Berlin. Atteint par la limite d’âge en, il quitte le conseil supérieur de la guerre et il est maintenu en activité sans limite de durée. Mort d'une double congestion pulmonaire le dans le16e arrondissement de Paris, son corps est inhumé aucimetière de Passy, suivi par un cortège, le suivant. Une cérémonie a lieu autemple protestant de l'Étoile vers8 h 30, présidée par le pasteur Monod, puis leministre de la GuerreAndré Maginot prononce l'éloge funèbre[6]:310,[13]. Enfin sa dépouille est transférée dans le caveau des gouverneurs auxInvalides le[6]. Sa seconde épouse, née Marie-Joséphine Glamard, est morte en 1950 à87 ans.
(Nota : la médaille militaire se porte en avant de la LH pour les officiers généraux ayant commandé au front, attention selon La Grande Chancellerie aucun texte officiel n'existe et il s'agit d'une simple habitude)
↑Denis Rolland,Nivelle. L'inconnu du Chemin des Dames, Paris, Imago,,p. 19-21.
↑a etbMargaux Rousset, « Robert Nivelle, Tulliste controversé : La mauvaise réputation du Général Nivelle remise en question par Denis Rolland »,La Montagne,(ISSN0767-4007,lire en ligne, consulté le).
PeterSimkins, MichaelMichael Hickey, GeoffreyJukes et HewStrachan,The First World War : The War To End All Wars, Oxford, Osprey,(ISBN978-1-78200-280-2).