Movatterモバイル変換


[0]ホーム

URL:


Aller au contenu
Wikipédial'encyclopédie libre
Rechercher

Richard Cœur de Lion

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Wikipédia:Bons articles

Vous lisez un « bon article » labellisé en 2026.

Page d’aide sur l’homonymie

Pour les articles homonymes, voirRichard Cœur de Lion (homonymie),Cœur de Lion,Cœur etRichard Ier.

Richard Ier
Illustration.
Un des deuxgisants de Richard Cœur de Lion : celui de l'abbaye de Fontevraud.
Titre
Roi d’Angleterre,duc de Normandie,comte d'Anjou,du Maine etde Touraine

(9 ans, 7 mois et 3 jours)
Couronnement en l'abbaye de Westminster
PrédécesseurHenri II
SuccesseurJean
Duc d'Aquitaine

(26 ans, 9 mois et 26 jours)
AvecAliénor(1137-1204)
Henri II(1152-1189)
PrédécesseurAliénor etHenri II
SuccesseurAliénor etJean
Biographie
DynastiePlantagenêt
Date de naissance
Lieu de naissancePalais de Beaumont (Oxford,Angleterre)
Date de décès (à 41 ans)
Lieu de décèsChâlus (Limousin,France)
SépultureAbbaye de Fontevraud
PèreHenri II
MèreAliénor d'Aquitaine
ConjointBérengère de Navarre
EnfantsPhilippe de Cognac(illégitime)

Image illustrative de l’article Richard Cœur de Lion
Monarques d'Angleterre
modifier 

Richard Ier ditCœur de Lion, né le aupalais de Beaumont àOxford, et mort le au siège duchâteau de Châlus-Chabrol, estroi d'Angleterre,duc de Normandie,comte du Maine etcomte d'Anjou de 1189 à sa mort, etduc d'Aquitaine etcomte de Poitiers dès 1171 ou 1172.

Fils d’Henri II et d’Aliénor d'Aquitaine, élevé en Angleterre et en Anjou, Richard réside plus tard dans le duché d'Aquitaine. Il est solennellement intronisécomte de Poitiers etduc d’Aquitaine en 1171 ou 1172, à l'âge de quatorze ans. Après la mort de son frère aînéHenri le Jeune en 1183, il devient héritier présomptif de lacouronne d’Angleterre, mais aussi de l'Anjou, de laNormandie et duMaine. À la mort de son père en 1189, il est couronnéroi d'Angleterre et hérite des terres qui constituent l'Empire Plantagenêt. Pendant son règne, qui dure dix ans, il ne séjourne pas plus d'une année dans le royaume d’Angleterre.

Il dirige avecPhilippe Auguste latroisième croisade, au cours de laquelle il effectue la conquête de l'île deChypre et contribue à laprise de Saint-Jean-d'Acre. Il remporte deux victoires décisives contreSaladin, àArsouf et àJaffa, mais ne parvient pas à lui reprendreJérusalem. Capturé à son retour par le ducLéopold d'Autriche, qui le livre à l'empereurHenri VI, il est libéré un an plus tard contre une rançon colossale. Ilcombat ensuite le roi de France, Philippe Auguste, son ancien compagnon de croisade, afin de récupérer les territoires occupés pendant son absence. Il meurt en 1199 des suites d'une blessure reçue lors du siège duchâteau de Châlus-Chabrol.

En son temps, il est considéré comme un héros, et souvent décrit comme tel dans la littérature. Sa réputation de bravoure lui vaut le surnom de « Cœur de Lion ». Redoutable chef de guerre, il fait également construire une série de châteaux dont il dirige lui-même les travaux. Poète, on connaît de lui deux compositions enlangue d'oc et enlangue d'oïl. Sa vie a inspiré de nombreux récits légendaires et fabuleux.

Biographie

[modifier |modifier le code]

Famille et enfance

[modifier |modifier le code]
Miniature médiévale représentant Henri II et Aliénor d'Aquitaine.
Henri II etAliénor d'Aquitaine.

Richard naît le 8 septembre 1157, probablement aupalais de Beaumont àOxford en Angleterre[1],[2]. Il est confié à une nourrice du nom de Hodierna[3]. Troisième fils d’Henri II d'Angleterre et d'Aliénor d'Aquitaine, Richard n’est pas destiné à succéder à son père. On ne sait rien de son éducation[4]. Richard passe ses premières années en Angleterre, auprès de sa mère. Début mai 1165, Henri II, qui séjourne en Normandie, fait venir àRouen Aliénor et Richard. Aliénor s'installe ensuite àAngers avec ses enfants[5]. En 1168, conformément à la coutume qui veut que le deuxième fils hérite du patrimoine maternel[6], Richard est pressenti par Henri pour succéder à Aliénor à la tête duduché d'Aquitaine, avec le titre decomte de Poitiers[7]. En cela, Henri II se plie également à la volonté de son épouse, dont Richard semble avoir été le fils préféré[8]. C'est Aliénor qui dispense au jeune Richard, pendant les cinq années suivantes, sa formation dans l'art de gouverner les hommes[3]. Dès 1168, le jeune garçon grandit àPoitiers[9],[10] dans une atmosphère depoésie courtoise, s'exerce à l'équitation, au maniement des armes et à la chasse[11]. Richard parle le françaisd'oïl de son père dans sa vie quotidienne et pratique lalangue d'oc de sa mère, les deux langues étant parlées à la cour de Poitiers[12] (ainsi que lepoitevin-saintongeais)[13]. Il connaît lelatin mais n'apprendra jamais l'anglais de son temps, qui n'est pas en usage à la cour d'Angleterre. Les élites s'expriment alors en latin et enanglo-normand[14].

Fiançailles avec Aélis de France

[modifier |modifier le code]

Le 6 janvier (à l'Épiphanie) 1169[15],[16], lors de la rencontre de Montmirail, Richard prêtehommage au roi de France pour l'Aquitaine et il est fiancé àAélis de France, fille du roiLouis VII le Jeune[17],[18],[19]. Henri II la fait venir à sa cour de manière à pouvoir prendre possession des terres constituant sa dot : le comté d'Aumale et lecomté d'Eu. Par le traité de Montlouis en 1174, Henri II renouvelle la promesse du mariage. Mais, selon une rumeur deGiraud de Barri, peu après la mort de sa maitresseRosemonde Clifford, en 1176, Henri II l'aurait remplacée dans son lit par la jeune Aélis de France, âgée de seize ans, et aurait retardé le mariage[20]. En 1177, le papeAlexandre III intervient pour le sommer, sous peine d'excommunication, de procéder au mariage convenu. LeBerry devait être la dot de l'épousée. Henri renouvelle sa promesse en décembre 1183 puis à l'époque du Carême de 1186, mais ne la tient toujours pas. Entretemps, Aélis aurait donné la vie à un fils, la rumeur voulant qu'il soit l'enfant d'Henri II[21],[22]. Après la mort d'Henri II le, Richard fait venir Aélis à Rouen en. Mais en 1191, en Sicile peu de temps avant l'arrivée deBérengère de Navarre, qu'il choisit finalement d'épouser à la place d'Aélis, il avertit le roi de FrancePhilippe Auguste qu'il ne saurait prendre sa sœur comme femme en raison du déshonneur dont il l'accuse.Roger de Hoveden, historien sérieux peu enclin aux ragots, rapporte les propos de Richard : « Je ne rejette pas ta sœur ; mais il m'est impossible de l'épouser, car mon père a couché avec elle et a engendré d'elle un fils. »[23],[24]

Duc d'Aquitaine et comte de Poitou

[modifier |modifier le code]
Contre-sceau représentant un homme en armure, à cheval, tenant une épée.
Contre-sceau équestre du roi Richard (1195),Historial de la Vendée.

Dès 1169, Richard qui réside auprès de sa mère en Aquitaine, est associé aux actes émis par la duchesse. Aliénor emploie alors la formule « Moi et mon fils Richard » dans plus de la moitié de ses chartes[25],[26]. Le, le frère aîné de Richard,Henri le Jeune, est couronné roi d’Angleterre du vivant de son père. Il est ainsi dénommé pour le différencier de son père, puisqu’il ne règne pas encore. En, Henri II tombe gravement malade et procède alors à une « donation-partage » entérinant les dispositions antérieures. Richard reçoit l'Aquitaine. En 1171, Aliénor et Richard parcourent l'Aquitaine, où, lors d'une « tournée de réconciliation », ils annulent les confiscations et les sanctions établies par Henri II. Ils posent la première pierre dumonastère Saint-Augustin de Limoges. Richard, ayant atteint la majorité légale de quatorze ans, est solennellement investi du comté de Poitou et intronisé duc d'Aquitaine en mai 1171[27] ou en juin 1172[6], lors de deux cérémonies d'investiture àSaint-Hilaire de Poitiers, puis peu après, dans lacathédrale Saint-Étienne de Limoges[28],[29],[30]. Richard reçoit à Poitiers des mains de l'archevêque de Bordeaux et de l'évêque de Poitiers la lance et la bannière, symboles du pouvoir ducal, puis à Limoges l'anneau sacré de sainteValérie, patronne de l'Aquitaine[31].Geoffroy de Vigeois note dans sa chronique :« Le roi Henri a transmis à Richard, par la volonté de sa mère Aliénor, le duché d'Aquitaine ». Henri II continue toutefois à porter le titre de duc d'Aquitaine jusqu'à la fin de son règne, et du vivant de son père on désigne Richard sous le titre de comte de Poitou[6].

Révolte de 1173-1174

[modifier |modifier le code]
Article détaillé :Révolte de 1173-1174.

En février 1173, à l'occasion des fiançailles de Jean avec l'héritière de Maurienne,Alix de Savoie, Henri attribue à Jean les châteaux de Chinon, Loudun et Mirebeau, qu'Henri le Jeune pense lui appartenir en propre, suscitant le mécontentement de son aîné[32],[33],[34]. Richard, à qui Aliénor a remis son duché, se voit relégué en troisième position, malgré les investitures solennelles, lorsque le comte de Toulouse prête hommage à Henri II puis à Henri le Jeune, à Limoges le 25 février 1173, pour une terre qu'Aliénor estime relever de son duché[35],[24]. Le, Henri le Jeunese révolte contre son père, le roi Henri II, et s'enfuit à la cour de son beau-père, le roi de France[36]. Il est soutenu par ses frères Richard etGeoffroy II de Bretagne, ainsi que par les principaux barons du Poitou et de l’Aquitaine[37]. Déjà dotés de fiefs par leur père, les fils d’Henri II espèrent le remplacer effectivement au pouvoir, poussés en cela par leur mère,Aliénor d'Aquitaine[38]. Elle incite Richard à rejoindre le roi de France à Paris où il estfait chevalier par ce dernier[39]. Avec l’appui du comtePhilippe de Flandre, les fils d’Henri II lancent une offensive en Normandie en[40]. Le roi d’Angleterre réagit promptement et reprend une à une les forteresses normandes. En novembre 1173, Aliénor est reconnue et arrêtée alors qu'elle s'enfuit vers la cour de France et est livrée à son mari. Elle est tout d'abord placée sous bonne garde auchâteau de Chinon[41], prélude à une captivité de plus de quinze ans en Angleterre, en résidence très surveillée dans la forteresse royale d'Old Sarum (Salisbury), et dans divers autres châteaux : « C'est en Angleterre, dans la tour de Salisbury, que le roi enferma sa conjointe, la propre mère de ses enfants, par peur qu'elle récidive dans une conspiration », noteGeoffroy de Vigeois[42]. Richard continue seul la lutte en Aquitaine[43]. Le 8 septembre 1174, une trêve est conclue, àGisors, entre les deux rois. Mais à cette date, contrairement à ses frères, Richard résiste encore en Poitou[44],[45]. Henri II gagne ensuite le Poitou avec une armée composée de mercenairesbrabançons. Assiégé àSaintes, puis retranché auchâteau de Taillebourg, Richard est contraint de se rendre ; il implore le pardon de son père, à Poitiers, le[46],[47],[48]. Ses deux frères l’imitent quelques jours plus tard, rétablissant la paix entre Henri II et ses fils[46].

Pacification de l'Aquitaine

[modifier |modifier le code]

Le 30 septembre 1174, la paix est signée àMontlouis, en terre angevine, entre Henri II et ses fils. Richard reçoit deux « domaines convenables », des châteaux non fortifiées dans le Poitou, et perçoit la moitié des revenus du comté[49],[50],[46]. En janvier 1175, il part, à la demande d'Henri II, « pacifier » l'Aquitaine révoltée[51], semblant agir comme simple mandataire de son père dans son propre duché[52],[53]. Dans les faits, Henri donne à Richard le plein contrôle des forces armées du duché, dont il reçoit le gouvernement[54] ; mais si Richard remplit un rôle de « vice-roi »[55], il doit néanmoins exécuter les ordres de son père et lui envoyer des rapports, comme l'atteste Roger de Hoveden[56],[19]. En 1175, Richard reprend tour à tourAgen,Aixe, puisLimoges[57]. Les rebelles sont vaincus et sévèrement châtiés. Tandis que son frère aîné s'illustre dans les tournois, Richard gagne lors de ces combats le surnom de « Cœur de Lion » que l'Histoire lui conservera[58]. En 1176, Henri le Jeune et Richard escortent leur sœurJeanne jusqu’àSaint-Gilles-du-Gard, où elle rejoint son futur époux, le roiGuillaume II de Sicile[59]. Au début de l’année 1177, Richard lance une nouvelle expédition destinée à sécuriser les chemins deSaint-Jacques-de-Compostelle ; il s’empare successivement deDax et deBayonne. Il rentre ensuite à Poitiers et renvoie les mercenaires brabançons que lui avait confiés son père[60],[61]. À la fin de l'année 1177, Richard est à la cour de son père Henri II àAngers, en compagnie de ses frères. En 1179, lors d'une nouvelle campagne destinée à châtier les seigneurs rebelles Geoffroy IV de Rancon etVulgrin d'Angoulême, Richard s'empare en trois jours duchâteau de Taillebourg, une forteresse jugée imprenable. Richard démontre à cette occasion son ardeur au combat et sa bravoure, se portant à l'avant de ses troupes, lors de l'assaut final contre les défenseurs[62],[63]. En, il assiste au couronnement du roiPhilippe II de France àReims ; il lui rend également hommage pour le duché d'Aquitaine[64].

En 1182-1183, Richard poursuit la lutte contre les barons rebelles, et doit faire face à une coalition armée par les seigneurs deLimoges,Angoulême,Ventadour etTurenne, bientôt ralliés par le comte de Périgord. Richard ravage alors le Limousin et fait montre d'une brutalité envers les barons révoltés dont quelques chroniqueurs se sont fait l'écho.Roger de Hoveden, dans une première version, retouchée après l'avènement de Richard sur le trône d'Angleterre, relate ainsi : « Car il enlevait de force les épouses, les filles et les parentes des hommes libres, et il en faisait ses concubines; et lorsqu'il avait éteint en elles ses ardeurs libidineuses, il les livrait à sesmilites en guise de courtisanes. » Cette brutalité sert bientôt de prétexte à Henri le Jeune, jaloux de l'autonomie de son cadet, pour soutenir les seigneurs aquitains dans leur révolte. Lorsqu'Henri II, pour apaiser son aîné, tente de lui obtenir l'hommage de ses frères, Richard s'y refuse catégoriquement à moins que l'Aquitaine, provenant de sa mère, ne lui soit reconnue « en pleine légitimité ». Henri le Jeune s'y oppose et les luttes reprennent, envenimées par le nouveau roi de France, Philippe Auguste, ravi d'y voir l'opportunité de semer la division chez ses adversaires[65]. Richard, en grande difficulté et menacé en Aquitaine, doit bientôt faire appel à son père qui a des raisons de craindre pour sa vie. Mais Henri le Jeune est bientôt à court d'argent, malgré les mercenaires envoyés par son beau-frère Philippe Auguste. En, Henri le Jeune, pressé par les troupes de son père et de Richard, tombe gravement malade[66].

Héritier de l'Empire Plantagenêt

[modifier |modifier le code]
Une carte du royaume de France en 1180.
L'Empire Plantagenêt (en rouge) vers 1180.

La mort d'Henri le Jeune, le, à Martel, met fin à la rébellion. Richard devient l'héritier désigné mais est peu désireux d'endosser le rôle de roi présomptif privé de tout pouvoir et n'envisage absolument pas de renoncer à « son » Aquitaine. Or il est bien dans les projets d'Henri II de l'en évincer au profit de Jean[67]. Henri convoque ses deux fils, le 29 septembre 1183, en Normandie. Richard refuse ce remaniement et regagne le Poitou prêt à défendre son héritage maternel. Ses frères Geoffroy et Jean s'allient alors contre lui et commencent à ravager le Poitou. Richard engage, à partir de 1184, un chef mercenaire, le fidèleMercadier[68],[69]. L'année 1184 voit la reprise des hostilités entre les fils. Henri les convoque alors en Angleterre, à l'automne 1184 et les réconcilie avant Noël. Aliénor, présente à Westminster à la demande de son mari, tient un rôle manifeste dans leur réconciliation et l'accord de paix qui en découle. La paix ne dure guère car peu après Noël Richard reprend aussitôt les armes contre son frère Geoffroy. Henri fait alors venir Aliénor en Normandie, la rétablit (en apparence) dans ses États et exige de Richard qu'il remette l'Aquitaine à sa mère.Roger de Hoveden raconte l'événement :« …celui-ci- (le roi) ordonna de sommer son fils Richard de rendre sans délai à sa mère la reine Aliénor tout le Poitou et ce qui en dépend, parce que c'était son héritage… Lorsqu'il prit connaissance du message de son père, Richard acquiesça aux sages conseils de ses amis : il déposa les armes et revint à son père en toute docilité… »[70],[71]. Plusieurs chartes ratifient un accord qui ne tient cependant pas longtemps. Geoffroy, probablement poussé par le roi de France, persiste à réclamer une partie de l'Anjou, ce qui ferait de lui presque l'égal de Richard. Geoffroy meurt brutalement en août 1186, des suites de blessures reçues lors d'un tournoi. En mai 1187 les escarmouches reprennent avec le roi de France[72]. Cependant Richard, qui a servi de médiateur entre son père et le roi de France, permet d'obtenir une trêve de deux ans, s'attirant par la même occasion les bonnes grâces de Philippe Auguste. Il se rend peu après à la cour de France, où il tisse des liens d'affection avec le roi de France. Ce rapprochement, qui est aussi la marque d'une nouvelle alliance politique, inquiète le vieux roi. Les chroniqueurs rapportent qu'« ils mangent à la même table et que même la nuit ne les sépare pas ». Philippe informe Richard que son père projette de marier Aélis à Jean, et de l'évincer au profit de son cadet[73],[74]. Richard fait finalement hommage à son père, non sans s'être au préalable emparé de son trésor et avoir fortifié ses châteaux du Poitou[73].

Miniature du XIIIe siècle représentant le roi Richard assis, tenant dans sa main gauche une abbaye, et dans sa main droite une épée.
Richard Ier, roi d'Angleterre. Miniature duXIIIe siècle issue de laChronica maiora deMatthieu Paris,British Library.

Philippe Auguste soutient alors le comteRaymond de Toulouse, dont Richard tente d'annexer les terres[75]. En, Philippe Auguste affronte à nouveau Henri, recevant cette fois le soutien militaire de Richard. Ce dernier reprend les hostilités contre son propre père, qu'il combat victorieusement dans la vallée de la Loire. Jean sans Terre participe également à ce complot[76]. Le, Richard, qui est cette fois aux côtés de son père, capture le chevalierGuillaume II des Barres[77]. Le 18 novembre 1188, une entrevue est organisée, àBonsmoulins en Normandie, entre le roi d’Angleterre et le roi de France. Richard demande alors à son père de le désigner clairement comme son héritier et de lui remettre enfin Aélis. Devant l'attitude évasive d'Henri, Richard tourne ostensiblement le dos à son père et prononce l’hommage lige au roi Philippe Auguste pour l’ensemble de ses domaines continentaux, ce qui correspond à une déclaration de guerre à l'encontre de son père[78],[79]. Richard passe ensuite les festivités de Noël à Paris en compagnie de Philippe. Richard s’oppose à son père parce qu'il lui reproche d'avoir partagé le lit de la princesseAélis, avec laquelle il devait se marier. Henri, voulant éviter un incident diplomatique, ne confesse pas son erreur de conduite. Richard, décidé à se rendre en Terre sainte, demande également à son père de laisser son frère Jean partir avec lui ; il craint en effet qu’Henri ne profite de son absence pour faire couronner son fils cadet à sa place[80]. La guerre reprend au printemps 1189 et une nouvelle entrevue est fixée entre les deux rois, cette fois àColombiers. Aucun accord n’est trouvé et le 4 juillet 1189, Henri II, totalement défait, est contraint de reconnaître Richard comme son seul héritier, au traité d'Azay-le-Rideau. Transporté à Chinon, le vieux roi Henri, abandonné de tous, meurt deux jours plus tard, le[81],[76].

Accession au trône d’Angleterre

[modifier |modifier le code]
Miniature représentant Richard, assis, recevant la couronne d'Angleterre de la main d'un archevêque.
Le couronnement de Richard. Miniature duXIVe siècle issue desChroniques de Saint-Denis,British Library.

Après avoir assisté aux funérailles de son père àFontevraud, Richard gagne la Normandie où, le 20 juillet 1189, il est ceint de l’épée ducale par l’archevêque de RouenGautier de Coutances. Le 22 juillet, il rencontre Philippe Auguste qui lui réclame, sans succès, le Vexin normand et lechâteau de Gisors[82],[83]. Richard s’embarque peu après pour l’Angleterre àBarfleur, en compagnie de son frère Jean, et débarque àPortsmouth. Il retrouve sa mère Aliénor, libérée au préalable parGuillaume le Maréchal, ce dernier fidèle du vieux roi qui vient de se mettre à son service[84],[85], et se rend àWestminster où il doit être couronné. D’après le chroniqueurBenoît de Peterborough, « le royaume tout entier se réjouit de l’arrivée du duc[86] ». Richard estoint et couronné roi d’Angleterre, le, en l’abbaye de Westminster, des mains de l’archevêque de Cantorbéry,Baudouin de Forde. Les premières mesures du roi sont consacrées à la préparation de sonexpédition en Terre sainte[87],[88],[89],[90],[19].

Le jour même du couronnement, la ville deLondres est le théâtre de violentesémeutes anti-juives. Tandis que Richard participe à un banquet organisé en son honneur, une délégation juive venue porter des présents au roi est violemment repoussée par la foule, ou par les gardes. C'est alors qu'une rumeur, affirmant que le roi a ordonné l'extermination des juifs, se répand parmi la populace de Londres. La foule se rue aussitôt sur les maisons des juifs et les saccagent, ou bien y mettent le feu. Richard dépêche son grand justicier,Ranulf de Glanville, afin de mettre fin aux massacres, mais celui-ci se montre incapable de calmer la foule déchaînée. Les émeutes font une trentaine de victimes, tuées ou brûlées[91]. Au cours de l'hiver 1189-1190, d'autres massacres ont lieu dans toute l'Angleterre, notamment àYork, où se trouve l'une des communautés juives les plus prospères. Environ cent cinquante juifs trouvent la mort après un assaut mené par les émeutiers contre lechâteau. Les mesures prises par Richard pour châtier les émeutiers sont quasiment sans effet, les autorités publiques étant en majeure partie du côté des assaillants. Par ailleurs les nobles ayant participé aux pogroms se sont déjà croisés, et sont donc placés sous la protection de l'Église. Si trois émeutiers sont bien pendus, c'est pour s'en être pris à des biens appartenant à des chrétiens, rapporteMatthieu Paris[92],[93].

Fiançailles avec Bérengère de Navarre

[modifier |modifier le code]

À la fin de l'année 1189, Richard, qui n'a pas encore de descendance légitime, doit organiser son union. Dès 1185, il a envisagé d'épouserBérengère, la fille du roi deNavarre,Sanche VI, rencontrée à la cour de son père. Le trouvèreAmbroise évoque l'attirance de Richard pour Bérengère : « le roi l'avait beaucoup aimée depuis qu'il était comte de Poitiers : son désir la convoitait ! » L'intérêt stratégique de cette alliance est évident, car elle peut apporter à Richard un soutien contre le comte de Toulouse, les vicomtes de Béarn et les barons gascons, souvent rebelles[94]. Richard se rend, début février 1190 puis en juin 1190, àLa Réole et à la frontière de la Navarre pour rencontrer la noblesse gasconne et son futur beau-père, afin de discuter des termes du mariage[95],[96]. Aliénor ne peut qu'approuver cette union qui est évoquée lors du conseil de famille tenu à Nonancourt, en Normandie, en mars 1190[97]. La rupture de ses fiançailles, longues de vingt et un ans, avec Aélis est entérinée[98],[99],[100],[101].

La troisième croisade

[modifier |modifier le code]
Article détaillé :Troisième croisade.

Préparatifs

[modifier |modifier le code]
Une peinture du XIXe siècle représentant le roi Richard, casqué et couronné, portant sur le torse une grande croix blanche.
Richard Cœur de Lion représenté en croisé parMerry-Joseph Blondel,château de Versailles, 1841.

Peu après son accession au trône, Richard désigne sa mère Aliénor comme régente en son absence et lui octroie des ressources financières considérables. Pour gouverner avec elle en Angleterre, il lui associe une sorte de « conseil de régence » :Hugues du Puiset, évêque de Durham, et surtout, après la mort de Guillaume de Mandeville,Guillaume de Longchamp, évêque d'Ely, son chancelier et grand justicier du royaume[102],[103],[88],[104]. Afin de lever des fonds pour la croisade, il recourt à la vente massive d'offices. Le chroniqueurBenoît de Peterborough note amèrement que « tout lui [est] vendable, aussi bien puissance, domination, comtés, vicomtés, châteaux, villes, butins et autres choses semblables[105] ». Grâce au produit de ces ventes, Richard acquiert un immense trésor en argent : il augmente également les taxes et dépense la majeure partie du trésor de son père. Il rassemble et emprunte autant d’argent qu’il le peut, libérant par exemple le roi d’ÉcosseGuillaume le Lion de son hommage en échange de dix millemarcs d'esterlins[106], et vendant nombre de charges officielles et autres droits sur des terres. Par ailleurs, c’est grâce aux réformes importantes de son père en matière de législation et de justice qu’il lui est possible de quitter l’Angleterre pour une longue période. Pour s'assurer de l'allégeance de Jean sans Terre dont il se défie, Richard lui confie lecomté de Mortain ainsi que des terres dans leLancashire, lesCornouailles, leDevon, leDorset et leSomerset[107]. Il autorise aussi son mariage, le 20 août 1189, avec la richeIsabelle de Gloucester[108],[109]. Richard conserve toutefois le contrôle des principaux châteaux de ces comtés pour l'empêcher d'acquérir trop de pouvoir, car déjà à cette période il envisage de désigner son neveuArthur, comme son héritier au trône[110]. En 1190, Jean doit promettre de ne pas se rendre en Angleterre pendant les trois années suivantes. Cette mesure sera néanmoins levée à la demande d'Aliénor[111],[112],[113]. Richard désigne par ailleurs, avec l'accord d'Aliénor, son neveuOtton IV de Brunswick, comme son héritier pour le comté de Poitou et le duché d'Aquitaine[114],[115].

Richard craint quePhilippe Auguste n’usurpe ses territoires en son absence ; leroi de France a les mêmes craintes vis-à-vis de son rival anglais, aussi les deux rois partent ensemble pour la Palestine[116]. Ils s'engagent à défendre les territoires l'un de l'autre pendant qu'ils seront à la croisade[117]. Richard gagneDouvres et débarque en France en. Il est reçu àCalais par le comtePhilippe de Flandre, et apprend peu de temps après la mort sans héritier de son beau-frère Guillaume II de Sicile. Richard rencontre à nouveau le roi de France au gué deSaint-Rémy-sur-Avre, pour arrêter les détails de l'expédition. Ils se jurent une alliance mutuelle, et s'engagent avec leurs vassaux respectifs à ne pas mener d'hostilités pendant la durée de leur pèlerinage[118]. Le départ des croisés a lieu le àVézelay, à l'issue d'une cérémonie solennelle[119].

Le, Richard s'embarque àMarseille pour latroisième croisade ; sa flotte est confiée àRobert de Sablé, vassal ducomté du Maine et futurgrand maître de l'ordre du Temple[120]. En Angleterre, les relations de Guillaume Longchamp avec les frères de Richard,Jean etGeoffroy sont cependant difficiles[121],[122].

Au cours de l'été 1190, tandis que Philippe Auguste gagne directementMessine où il débarque le, Richard rejoint la Sicile en longeant par bateau la côte italienne : il fait étape àNice,Savone,Gênes,Pise,Ostie puisSalerne[123],[124]. ÀMileto, accompagné d'un seul chevalier, il s'empare d'un oiseau de proie appartenant à un villageois ; il est aussitôt attaqué par tous les habitants du village et doit utiliser son épée pour pouvoir leur échapper[125]. Il atteint finalement Messine en grande pompe le[124]. Son arrivée contraste avec le débarquement plus modeste de Philippe[124].

Passage de la croisade par la Sicile

[modifier |modifier le code]
Miniature représentant les rois Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion, en armure, sur des chevaux caparaçonnés.
Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion. Miniature duXIVe siècle issue de l’Histoire d'Outremer deGuillaume de Tyr,BnF.

Les vents contraires empêchent les deux rois de gagner la Terre sainte ; Richard et Philippe sont contraints de passer l’hiver en Sicile[126]. Leroyaume normand de Sicile traverse une grave crise de succession depuis la mort du roiGuillaume II de Sicile sans héritier direct[124]. Le papeClément III, hostile auxHohenstaufen, apporte son soutien au cousin du roi,Tancrède de Lecce, aux dépens de l'héritière désignée,Constance de Hauteville, femme de l'empereurHenri VI[124]. Couronné roi de Sicile en, Tancrède est soutenu par la majeure partie des barons de Sicile et d’Apulie, qui refusent d’être gouvernés par un souverain allemand[127].

Lors de son accession au trône, Tancrède a emprisonné la reineJeanne, veuve de Guillaume et sœur de Richard, et lui a confisqué les biens dont elle a hérité du roi de Sicile. Dès son arrivée, Richard réclame la libération de sa sœur et la remise de sondouaire[124]. Pendant ce temps, la présence des deux armées étrangères cause des troubles parmi la population de Messine, exaspérée par le comportement des soldats[128]. Grecs, musulmans et Lombards sont agacés par l’attitude des croisés, qui agissent en Sicile comme en terrain conquis[129].

Le, Richard occupe lemonastère de Saint-Sauveur afin de faire pression sur Tancrède ; des rixes éclatent peu après entre les soldats anglais et la population de Messine. En représailles à l’attaque d’un campement aquitain par les habitants de la ville, Richard prend Messine d'assaut le[130]. Il ordonne l’érection d’un château sur les hauteurs de la ville, qu’il nomme « Mate-Grifons ». La ville est ensuite remise aux Templiers et Hospitaliers. Un accord est rapidement trouvé avec Tancrède et un traité de paix est ratifié le 11 novembre 1190. Selon ce traité, la reine Jeanne reçoit vingt mille onces d’or en dédommagement de son douaire ; Richard reçoit une somme équivalente et un mariage est projeté entre son neveuArthur, âgé de trois ans, et la fille de Tancrède ; Arthur de Bretagne est par ailleurs désigné héritier de Richard, si le roi meurt sans descendance[131],[132]. Le traité ébranle les relations entre l’Angleterre et leSaint-Empire et provoque la révolte deJean sans Terre, qui espère succéder à Richard à la place de son neveu. En, Richard et Philippe signent un nouveau traité d'alliance, autorisant Richard à épouserBérengère de Navarre à la place d'Aélis contre le versement de dix mille marcs d'argent et la remise deGisors. Richard doit également prêter hommage pour la Bretagne armoricaine[133],[134]. Un autre mariage est également évité à Messine. Philippe Auguste, veuf depuis un an, aurait manifesté un vif intérêt pour Jeanne. Roger de Hoveden rapporte que « le roi de France montrait alors un visage si réjoui que le peuple disait qu'il allait l'épouser ». Richard, totalement opposé à cette union, envoie prestement sa sœur dans un couvent jusqu'au départ de Philippe[22],[135].

Le, Aliénor et Bérengère débarquent à Messine, en compagnie de Richard, venu accueillir sa mère et sa fiancée àReggio. Aliénor repart le 2 avril, laissant Bérengère sous la garde de Jeanne jusqu'au mariage. À Messine, Richard et Aliénor s'entretiennent sur la situation très critique du gouvernement de l'Angleterre et la crise qui l'agite. Richard entend utiliser son demi-frèreGeoffroy et exige que ce dernier soit consacré archevêque d'York, afin de contrecarrer les pouvoirs rivaux d'Hugues du Puiset et de Guillaume de Longchamp, et les agissements de Jean[136],[137]. Lors de son séjour en Sicile, Richard rend également visite au moineJoachim de Flore, qui prophétise la déroute des infidèles en Terre sainte[138],[19].

Conquête de Chypre

[modifier |modifier le code]
Miniature représentant Richard, son épouse, sa sœur et trois autres compagnons sur une barque, voguant vers la Terre sainte ; sur la partie inférieure, une représentation de la mer, transparente, contenant quatre poissons imagés.
Richard naviguant vers la Terre sainte, en compagnie deBérengère et deJeanne. Miniature duXIVe siècle issue de l’Histoire d'Outremer deGuillaume de Tyr,BnF.

L'armée de Richard, forte de 200 navires et 17 000 soldats, prend la mer le[19]. Richard s'arrête sur l’îlebyzantine deRhodes pour éviter une tempête. Il la quitte en mai mais une nouvelle tempête amène sa flotte àChypre, où trois de ses navires s'échouent. L'attitude hostile du princeIsaac Doukas Comnène provoque, le, le débarquement de la flotte de Richard dans le port deLimassol, qui est prise d'assaut[19],[139]. Le, Richard y célèbre son mariage avecBérengère de Navarre, qui est couronnée reine d'Angleterre par l'évêque de Blois[140],[19]. La sœur de Richard,Jeanne, l’a suivi depuis la Sicile et assiste à la cérémonie. Le mariage ne produit pas d’héritier et les opinions divergent sur l’entente entre les époux. Bérengère sera absente de la cérémonie d'ostension de la couronne, à Winchester en 1194[141],[142]. Elle ne posera en effet jamais le pied en Angleterre durant le règne de son mari[143].

Après une vaine tentative de pourparlers avec Isaac, Richard entreprend la conquête de l'île. Il est renforcé par un contingent en provenance deSaint-Jean-d'Acre mené parGuy de Lusignan[19]. Les quelques Latins de l’île se joignent à lui ainsi que les Grecs, révoltés par les sept années du joug tyrannique d’Isaac[144]. Après avoir été défait àKolossi, à l'ouest de Limassol, Isaac réorganise sa défense à Trémithoussia, sur la route menant à la capitaleNicosie, où se livre une bataille décisive le. Nicosie est prise mais Isaac poursuit la résistance[144]. Une armée commandée par Guy de Lusignan prend alors le port deCérines et capture la femme et la fille d'Isaac[144]. Ce dernier capitule et se rend à Richard, qui devient le nouveau maître de Chypre[144]. Le butin est considérable. Richard installe des garnisons latines et impose un lourd tribut aux Grecs en échange du maintien de leurs coutumes[144].

Avant son départ pourSaint-Jean-d'Acre, Richard confie l'île de Chypre à ses lieutenantsRichard de Canville etRobert de Thurnham[145]. L'île devient une base d’approvisionnement destinée à la croisade. Le 8 juin, un groupe de Chypriotes fidèles à l’empereur se révolte, mais ce mouvement est maté par Robert de Thurnham[146]. Au bout de quelques semaines, Richard décide de vendre l'île à son amiRobert de Sablé, le grand-maître de l'ordre du Temple, pour cent mille ducats. Les Templiers y installent pendant quelques années leur première base en Orient avant de la vendre àGuy de Lusignan[147].

La rapide conquête de Chypre, mettant en évidence de réelles capacités stratégiques, rehausse le prestige de Richard aux yeux de ses contemporains. Elle a aussi un impact très important sur l'Orient latin[148]. D'un côté, l'île, pleine de ressources, devient un centre de ravitaillement assuré pour la Terre sainte et une escale sûre pour les armadas italiennes[149]. D'un autre côté, elle participe au déclin de l'Orient latin en attirant les colons européens et barons syriens[Note 1].

Reconquête de la Terre sainte

[modifier |modifier le code]
Miniature représentant les rois Richard et Philippe, assis sous un dais fleurdelisé, recevant une clé de la part de deux individus à genoux ; en arrière-plan une représentation imagée de la citadelle de Saint-Jean-d'Acre.
Richard et Philippe recevant les clés de Saint-Jean-d'Acre durant la troisième croisade.Enluminure issue desGrandes Chroniques de France de Charles V (v. 1370),BnF,département des manuscrits.

Richard débarque àSaint-Jean-d'Acre le, presque deux mois après Philippe Auguste[139]. La ville,assiégée depuis deux ans par les Francs, eux-mêmes encerclés par l'armée deSaladin, commence à être à bout. L'arrivée du roi Richard, à la fois fabuleux combattant et tacticien, renforce considérablement le moral des croisés[150]. À la suite des assauts répétés menés par les Français et les Anglais au début du mois de juillet, les habitants de la ville entament rapidement des pourparlers de reddition. La ville capitule le 12 juillet. Les habitants sont considérés comme prisonniers de guerre ; ils peuvent toutefois se racheter contre la restitution de prisonniers chrétiens, le paiement d'une rançon de 200 000 dinars d'or, et la remise de laVraie Croix. Le lendemain, les croisés font leur entrée dans Saint-Jean-d'Acre[151].

Dans la querelle de succession qui opposeGuy de Lusignan àConrad de Montferrat, Richard se range du côté de Guy, son vassal enPoitou. Les rois croisés parviennent à un accord selon lequel Guy conserve la couronne de Jérusalem jusqu'à sa mort, après quoi celle-ci sera confiée à la descendance de Conrad et d'Isabelle de Jérusalem[152],[153]. Le, le roi de France accompagne Conrad àTyr puis s'embarque pourBrindisi, laissant en Terre sainte un contingent mené par le ducHugues de Bourgogne[154]. Richard prend dès lors le commandement de l'armée franco-anglaise. Le, il fait exécuter 2 700 prisonniers musulmans, avec femmes et enfants, en raison du retard pris par Saladin pour satisfaire les termes de la capitulation de Saint-Jean-d'Acre[155],[156], mais aussi pour des motifs d'ordre stratégique et pour répondre aux massacres de prisonniers chrétiens par Saladin[Note 2]. À la suite de cette exécution de masse le conflit entre chrétiens et musulmans se durcit et « l'on se massacre avec un entrain accru », comme le souligne le chroniqueur arabeBahâ ad-Dîn[157]. Richard se lance alors dans la conquête du littoral palestinien[158].

Miniature représentant le roi Richard assistant depuis un balcon à l'exécution des prisonniers musulmans, effectuée sur une estrade en bois ; sur la partie inférieure, une foule de prisonniers vêtus de blanc tenus par des hommes en armes, et des personnes venues assiter à l'exécution.
Richard ordonnant le massacre des prisonniers musulmans. Miniature extraite desPassages d'outremer par Sébastien Mamerot et Jean Colombe,XVe siècle,BnF.

Avant de prendre la direction de Jérusalem, l'armée de Richard se donne pour objectif la ville deJaffa, un port proche de la Ville sainte. Les chevaliers, les fantassins ainsi que les bagages légers prennent la route du littoral ; les engins de siège et les bagages lourds sont quant à eux transportés par mer pour être débarqués à Jaffa[156]. Harcelé par les troupes de Saladin sur son flanc droit, mais protégé par la flotte croisée sur son flanc gauche, Richard dirige son armée vers le sud le long du littoral[159]. Malgré quelques escarmouches, les troupes franques progressent en bon ordre jusqu'aux environs d'Arsouf[160]. C'est sur ce terrain dégagé et vaste, favorable à l'action de ses archers montés, que Saladin décide d'engager le combat avec les Francs. Avec l'appui de renforts turcomans, Saladin engage labataille d'Arsouf le dans une position stratégique très favorable : les croisés sont encerclés, adossés à la mer. Richard ne perd pas son calme et tente une habile manœuvre d'encerclement pour écraser totalement l'armée adverse[161]. Mais unhospitalier et un chevalier anglais chargent pour la gloire, entraînant avec eux quelques autres chevaliers. Richard doit alors charger avec toute la cavalerie pour éviter une désorganisation potentiellement fatale[161]. Après de durs combats, les croisés remportent la victoire. Celle-ci n'est cependant pas complète ; elle ne conduit qu'à disperser et repousser l'armée ennemie, Richard n'ayant pu réaliser le mouvement tournant qui lui aurait permis une victoire décisive. Elle renforce néanmoins le moral des croisés, peu après la capture de Saint-Jean-d'Acre, et diminue le prestige de Saladin auprès de ses troupes[162].

Gravure du XIXe siècle représentant, au premier plan, un croisé à cheval et en armure frappant un soldat musulman avec une masse d'armes ; au second plan, des combattants à cheval en ordre serré tenant des épées et des lances.
Richard et Saladin combattant à labataille d'Arsouf en 1191. Gravure deGustave Doré.

Saladin est contraint de se retirer àRamla, sur la route deJérusalem, d'où il guette les prochains mouvements des croisés[162]. Richard poursuit son avancée jusqu'àJaffa mais marque un temps d'arrêt de deux mois pour reconstruire les fortifications de la ville et faire reposer ses hommes[162],[163]. L'armée de Saladin reste une menace pour les croisés et Richard refuse de s'aventurer plus avant[164]. Le sultan en profite pour renforcer les défenses de Jérusalem et raser la ville d'Ascalon[164]. Saladin mène contre les Francs unepolitique de la terre brûlée afin de les empêcher définitivement de reprendre pied et de s'établir à l'intérieur du pays[163]. Richard demeure néanmoins confiant en ses chances de reprendre la ville de Jérusalem ; dans une lettre datée du, il écrit :« Sachez qu'avec l'aide de Dieu, vingt jours après Noël [c'est-à-dire à la mi-janvier 1192], nous espérons prendre Jérusalem et le Sépulcre du Seigneur, ensuite nous regagnerons notre pays. »[165]

Richard et Saladin entament des pourparlers en vue d'une trêve[166]. Le roi d'Angleterre exige dans un premier temps la restitution de Jérusalem et de l'ensemble du territoire à l'ouest duJourdain, ainsi que la Vraie Croix[166]. Après avoir essuyé un refus, Richard propose un mariage entre sa sœurJeanne et le frère de Saladin,Al-Adel, ainsi que la restitution des villes côtières récemment conquises[166],[167]. Le, Richard participe à un banquet organisé par Al-Adel àLydda[166]. En parallèle, des négociations sont menées entre Saladin et Conrad de Montferrat, par l'entremise deRenaud de Sidon[166],[167]. Durant cette période, les combats entre les deux armées sont sporadiques ; Richard échappe néanmoins de justesse à une embuscade alors qu'il se livre à lafauconnerie[168].

Miniature montrant un chevalier couronné suivi de son escorte à cheval atteignant pied d'une forteresse.
L'arrivée de Richard Cœur de Lion àBetenoble. Miniature duXIVe siècle.BnF.

Le 22 novembre 1191, l'armée de Richard gagne Ramla, préalablement rasée et vidée de ses habitants par Saladin[169],[170]. Richard passe Noël àLatroun puis gagne la forteresse deBetenoble, à une vingtaine de kilomètres de Jérusalem[170]. Les barons syriens et les maîtres du Temple et de l'Hôpital lui déconseillent néanmoins de mener un assaut contre la Ville sainte[170]. La saison est mauvaise et ces derniers savent qu'ils ne pourront tenir Jérusalem une fois tous les croisés repartis[Note 3].

« Ils disaient que même si la cité était prise, ce serait une entreprise fort périlleuse si elle n'était pas aussitôt peuplée de gens qui y demeurassent car les croisés, tous autant qu'ils étaient, dès qu'ils auraient fait leur pèlerinage, retourneraient dans leur pays, chacun chez soi, et une fois dispersés, la terre serait perdue à nouveau[171]. »

— Ambroise,Estoire de la guerre sainte.

Le visage de Richard, portant une couronne, d'après le gisant de Rouen.
Un des deux gisants de Richard Cœur de Lion : celui de lacathédrale de Rouen (XIIIe siècle).

Le 20 janvier 1192, Richard et les restes de son armée retournent à Ascalon, où ils demeurent près de quatre mois pour en reconstruire les fortifications[172],[173]. Conrad refuse de lui venir en aide, tandis que le contingent français se replie à Saint-Jean-d'Acre[172]. En difficulté financièrement, et à la tête d'une armée affaiblie, Richard entame de nouvelles négociations de paix avec Saladin[174]. Afin de mettre définitivement un terme à la querelle entre Guy de Lusignan et Conrad de Montferrat, il convoque une assemblée de barons à Ascalon et invite ces derniers à se choisir un chef. Tous désignent le marquis de Montferrat et supplient Richard de l'établir comme roi[175]. Richard envoie donc son neveuHenri de Champagne en ambassade àTyr pour confier à Conrad le royaume de Jérusalem[176]. Alors qu'il prépare la cérémonie de couronnement, ce dernier est subitement assassiné le par deuxismaëliens[176]. Pour ne pas laisser le royaume sans roi, sa veuve Isabelle est remariée quelques jours plus tard, le 5 mai 1192, à Henri de Champagne[177],[178].

Le 22 mai 1192, Richard s'empare de la forteresse deDaron[177]. Il est renforcé peu après par les troupes françaises d'Henri de Champagne, qui l'enjoignent d'attaquer à nouveau Jérusalem[179]. Richard reçoit au même moment de mauvaises nouvelles en provenance d'Angleterre : Jean, soutenu par des barons anglais et la complicité de Philippe Auguste, complote afin de s'emparer du royaume. Richard informe ses proches de son intention de quitter la Palestine[180]. Il ne s'engage qu'à contrecœur dans cette nouvelle campagne[179]. Après un séjour d'un mois à Beit Nouba et plusieurs escarmouches entre croisés et musulmans, Richard renonce et ordonne la retraite[181].

Le 26 juillet 1192, Richard est àSaint-Jean-d'Acre et prépare une nouvelle opération en direction deBeyrouth[182]. Plus au sud, Saladin en profite pour attaquerJaffa par surprise. Après cinq jours de siège et de bombardements, la ville cède et les Francs sont contraints de se replier vers la citadelle. Une barque est envoyée à Acre pour annoncer l'événement. Le, la citadelle est sur le point de céder lorsque Richard débarque avec une petite armée ainsi que l'appui de navires pisans et génois. Les troupes musulmanes sont repoussées et l'armée de Saladin prend la fuite jusqu'àYazour[183]. Les 4 et, unecontre-offensive musulmane est de nouveau écrasée et Saladin est contraint de se replier vers Jérusalem[184]. Les deux hommes débutent alors des pourparlers de paix qui se poursuivent pendant un mois. Le, Richard signe avec Saladin letraité de Jaffa, une trêve de « trois ans, trois mois, trois jours et trois heures » autorisant les pèlerins chrétiens (y compris les croisés actuels en qualité de pèlerins sans armes) à visiter les Lieux saints sans avoir à payer de taxes ou droits, ni à subir de vexations[185]. Richard fait également libérer les prisonniers chrétiens, notammentGuillaume de Préaux. Il refuse cependant de se rendre à Jérusalem, puisqu'il « n'a pu l'arracher des mains de ses ennemis »[186]. Richard finit par rembarquer à Saint-Jean-d'Acre le, en direction de l'Angleterre[187],[188].

Capture de Richard en Autriche

[modifier |modifier le code]
Miniature représentant un homme à cheval, en tenue de voyageur, arrêté par deux hommes en armes, portant un bouclier et une épée.
La capture de Richard à Vienne. Miniature duXIIe siècle extraite duLiber ad honorem Augusti dePierre d'Éboli,Bibliothèque de la Bourgeoisie de Berne.

Le mauvais temps contraint d'abord Richard à faire escale sur l'île deCorfou, possession de l'Empire byzantin[188]. Afin d'éviter d'être capturé, il se déguise en marchand puis monte à bord d'un bateau pirate qui le dépose près deZara[189]. Richard poursuit son voyage par voie terrestre à travers laCarinthie et l'Autriche, dans le but de rejoindre les terres de son beau-frèreHenri le Lion[188]. Le, il est reconnu et arrêté alors qu'il effectue une halte dans une auberge deVienne[190]. Il est amené devant le ducLéopold d'Autriche, son ennemi depuis qu'il l'a humilié à Acre[191] ; le duc le fait étroitement garder, nuit et jour, par des chevaliers en armes, mais il n'est pas mis aux fers[192]. Après un séjour de trois mois au château deDürnstein, Richard est livré à l’empereurHenri VI contre la somme de soixante-quinze millemarcs d’argent[193] ; il est ensuite détenu au château deTrifels[194].

Vitrail représentant Richard, portant une couronne et plaidant sa cause, encadré par des hommes en armes ; en arrière-plan, un château-fort.
Comparution de Richard Cœur de Lion devant l'empereurHenri VI du Saint-Empire àHaguenau en 1193, vitrail deLéo Schnug, auMusée historique de Haguenau.

En, Richard est conduit devant ladiète d’empire àSpire pour y être jugé[19]. Il est de nouveau accusé d'avoir fait assassinerConrad de Montferrat, et de trahison envers la Terre sainte ; calomnies dont Richard « avec impétuosité et habileté se disculpe victorieusement »[195],[19]. L'empereur fixe la rançon de Richard à cent cinquante millemarcs d’argent du poids de Cologne, soit 34 tonnes de ce métal[196]. Bien que les conditions de sa captivité ne soient pas strictes, il est frustré par l’impossibilité de voyager librement. De cet emprisonnement est tirée la légende deBlondel de Nesle, relatée auXIIIe siècle dans lesRécits d'un ménestrel de Reims[197],[198],[199]. En raison de la protection canonique accordée par l'Église aux croisés, le papeCélestin IIIexcommunie le duc Léopold et menace d'interdit l'empereurHenri VI. Philippe Auguste est de même menacé d'interdit s'il vient à envahir les terres du roi d'Angleterre[200],[201]. Le roi de France s'empare néanmoins de laforteresse de Gisors en[202].

Aliénor d'Aquitaine parvient à faire libérer Richard, le, contre le versement de cent mille marcs d’argent et la remise de plusieurs otages. Richard est par ailleurs contraint de devenir le vassal de l’empereur, avec le devoir de payer un tribut de cinq mille livres sterling par an[203]. Richard et Aliénor gagnent ensuiteCologne, puisAnvers. Ayant appris la libération de Richard, Philippe Auguste aurait envoyé un message à Jean sans Terre : « Prenez garde, le diable est lâché[204]. »

Guerre contre Philippe Auguste

[modifier |modifier le code]
Article détaillé :Guerre franco-anglaise de 1194-1199.
Miniature médiévale représentant des chevaliers en armure sur des chevaux caparaçonnés, dont deux chevaliers couronnés, combattant au pied d'une forteresse.
Philippe Auguste (à gauche) et Richard Cœur de Lion (à droite) lors de labataille de Gisors, en 1198.Chroniques de Saint-Denis,XIVe siècle,British Library.

Le 10[205] ou[143], Richard débarque au port deSandwich, en compagnie d'Aliénor, et retrouve l'Angleterre, où il reçoit un bon accueil[206]. Le dimanche 17 avril 1194, Richard procède à un nouveau couronnement, plus exactement à une cérémonie solennelle d'ostension de la couronne[207], dans lacathédrale de Winchester. Aliénor, qu'il tient à honorer et à remercier pour son action, se tient dans le chœur, face à Richard. Bérengère, vraisemblablement restée sur le continent, n'est pas mentionnée par les chroniqueurs[142],[208],[207],[143]. Durant son absence,Jean sans Terre s'est allié au roi de France afin de récupérer les terres de son frère. Richard reprend immédiatement à son frère les forteresses deNottingham et deTickhill[209]. Décidé à reprendre les territoires cédés par son frère au roi Philippe Auguste, Richard s'embarque àPortsmouth avec Aliénor et cingle vers laNormandie le[207]. Il confie le gouvernement du royaume à l'archevêqueHubert Gautier[19] et ne reviendra plus en Angleterre[208],[19].

Richard débarque àBarfleur, où il est accueilli avec enthousiasme par les Normands, puis gagneLisieux[210]. Il reçoit alors le ralliement de son frère Jean sans Terre, à qui il accorde son indulgence : « N'ayez crainte, Jean, vous êtes un enfant. Vous avez été en mauvaise garde. Ceux qui vous ont conseillé le paieront[211]. » Richard se met ensuite en route pourVerneuil-sur-Avre, assiégée par Philippe Auguste. Richard campe àL'Aigle, non loin de Verneuil. Le roi de France, sentant qu'il ne pourra pas faire face à Richard, profite des fêtes de la Pentecôte pour lever le siège le 29 mai, abandonnant une partie de son camp et de son approvisionnement. Richard entre triomphalement à Verneuil le 30 mai[212]. Dès lors, Richard a pour dessein de reprendre le contrôle des forteresses objet du traité signé en janvier entre Philippe et Jean, ou d'en empêcher la prise, car tous les gouverneurs n'ont pas accepté les clauses de ce traité. Il descend sur l'Anjou.

Le roi Philippe Auguste, après avoir abandonné le siège de Verneuil le 28 mai, se dirige versÉvreux d'où il chasse Jean et saccage la ville, sans même épargner l'église Saint-Taurin[213]. Et tandis qu'il assiège et détruit le château de Fontaine puis Châteaudun, à la mi-juin, les troupes de Richard, aidées des contingents navarrais du frère de Bérengère, Sanche de Navarre, encerclentLoches et investissent le château sans grand succès. Richard, pour sa part, se trouve à Tours le 11 juin, où il impose amendes et confiscations aux bourgeois et aux chanoines ralliés au roi de France. Le 13 juin il rejoint ses troupes à Loches. La ville est prise d'assaut dès le lendemain. Cette prise est une grande victoire en raison de sa position stratégique. Richard peut alors en peu de temps pacifier la région et la rallier à lui[214].

Article détaillé :Bataille de Fréteval (1194).

Philippe talonne Richard le long de la Loire afin de réduire sa liberté de manœuvre. Les deux rois se rejoignent le 3 juillet, près deVendôme. Le, tandis que Richard provoque son adversaire au combat àFréteval, Philippe s'enfuit avec son armée[19]. Richard engage la poursuite, laissant le reste de ses troupes sous le commandement deGuillaume le Maréchal. À l'approche de Richard, le roi de France abandonne ses bagages et se réfugie dans une église. Richard, le croyant devant lui, le pourchasse, aidé parMercadier qui lui fournit une nouvelle monture. Selon Jean Flori, « Richard a, ce jour-là, réellement l'intention de tuer Philippe ou pour le moins de le faire prisonnier[215] ». Il ne parvient pas à capturer son rival, mais s'empare de son camp, de son trésor et de ses archives. La perte du sceau royal et de nombreuses chartes et documents fiscaux et domaniaux, à Fréteval, serait à l'origine de la création desArchives royales[Note 4]. Cette bataille permet à Richard et à ses armées de prendre un ascendant certain ; il poursuit la pacification de l'Aquitaine, et soumet les barons révoltés[216]. Dans une note àHubert Gautier en date du, Richard résume ainsi les précédents combats :

« Sachez que, par la grâce de Dieu qui en toutes choses soutient le droit, nous nous sommes emparés de Taillebourg, de Marcillac et de tout le territoire de Geoffroi de Rancon ; aussi la ville d'Angoulême, Châteauneuf-sur-Charente, Montignac, Lachaise, tous les autres châteaux et tout le territoire du comte d'Angoulême ; nous avons capturé la ville et la citadelle d'Angoulême en une seule soirée ; nous avons pris en tout 300 chevaliers et 40 000 soldats. »

— Roger de Hoveden,Chronica magistri, 3.256–7[19].

Richard et Philippe signent une trêve, dite deTillières-sur-Avre, le ; celle-ci, favorable au roi de France puisqu'elle préserve lestatu quo, se maintient jusqu'en. Le mois suivant, des pourparlers de paix s'engagent à nouveau ; en gage d'un accord de paix, Aélis est rendue à son frère qui la marie aussitôt àGuillaume II de Ponthieu[217]. Les négociations prennent fin à la suite de la destruction du château deVaudreuil par Philippe. Richard gagne leBerry où il récupère le terrain conquis et s'empare d'Issoudun. En novembre, les opérations militaires se succèdent enNormandie et en Berry ; en décembre, une nouvelle trêve est signée[218].

En janvier 1196, Richard et Philippe signent untraité de paix, àLouviers, favorable au roi d'Angleterre[219],[19]. Richard cèdeGisors et leVexin normand à Philippe, qui lui abandonne les différentes conquêtes qu'il a faites en Normandie et ses prétentions sur le Berry et l'Auvergne. Quelques mois après le traité, la guerre reprend en Normandie, et c'est là que serait intervenu un épisode semi-légendaire, décrit parGuillaume le Breton dans saPhilippide[220] : Richard assiège lechâteau de Gaillon, défendu parLambert Cadoc. Du haut de la tour, Cadoc repère Richard et le blesse d'un trait d’arbalète ; le trait atteint le roi au genou et tue son cheval[19],[221]. Ironiquement, c'est Richard lui-même qui avait recruté Lambert Cadoc auPays de Galles ainsi que d'autres mercenaires gallois, afin de combattre le roi de France, mais une partie de ces Gallois, dont Lambert Cadoc, poussés par leur haine des Normands et des Saxons, ont fait défection et rejoint l'autre camp[222].

Vue aérienne d'un château-fort en ruine surplombant un village près d'un fleuve, en Normandie.
Château-Gaillard en Normandie, la forteresse tant voulue par Richard.

Après une courte trêve, la guerre reprend à l'été 1196. Le roi d'Angleterre envahit la partie duVexin sous contrôle français. Battu devantAumale, Richard fait construire une série de châteaux, dontChâteau-Gaillard, auxAndelys, dont il dirige lui-même les travaux[223]. Il ordonne également la construction des châteaux deRadepont dans la vallée de l’Andelle,Montfort-sur-Risle dans la vallée de laRisle,Orival sur la roche Fouet surplombant la Seine en amont deRouen au-dessus d’Elbeuf, et fait améliorer lechâteau de Moulineaux surplombant la Seine en aval de Rouen. En parallèle, Richard sécurise son flanc sud en mariant sa sœur Jeanne avec le comteRaymond VI de Toulouse[224]. Il parvient également à soustraire deux puissants alliés de Philippe, qui passent dans le camp anglais :Baudouin de Flandre etRenaud de Boulogne[225]. Les deux comtes deviennent, comme l'affirme l’Histoire de Guillaume le Maréchal, « les hommes et fidèles du roi d’Angleterre[224]. »

En septembre 1197, à l'occasion de la mort de l'empereurHenri VI, Richard est pressenti par les princes allemands pour lui succéder. Le roi d'Angleterre repousse cette proposition mais soutient la candidature de son neveu,Otton de Brunswick, fils d'Henri le Lion et de sa sœur aînéeMathilde d'Angleterre. L'année précédente, Richard avait par ailleurs remis à Otton lecomté de Poitou[226]. Le roi d'Angleterre mène en parallèle une vaste offensive diplomatique, et tisse des liens d'amitié avec plusieurs princes européens :Dietrich de Hollande,Henri de Limbourg,Henri de Brabant, etAdolphe d'Altena[227].

Miniature représentant deux hommes couronnés, séparés par un homme portant le galero de cardinal.
Médiation dePierre de Capoue entre Richard et Philippe en 1199. Miniature duXIVe siècle issue desGrandes chroniques de France deJean II le Bon,British Library

La guerre reprend au printemps 1197, avec la capture de l'évêquePhilippe de Dreux par les troupes de Mercadier. Philippe est contraint d'affronter Baudouin de Flandre devantArras, tandis que Richard lance une offensive enAuvergne. Le roi d'Angleterre remporte de nouveaux succès diplomatiques en ralliant à lui des vassaux de Philippe : les comtesHugues de Saint-Pol,Baudouin de Guînes,Geoffroy du Perche etLouis de Blois[228]. En, Richard bat une première fois Philippe Auguste entreGamaches etVernon, puis une deuxième fois le 27 lors de labataille de Gisors[229]. Le, les deux rois signent une trêve de cinq ans favorable à Richard[229].

Mort de Richard à Châlus

[modifier |modifier le code]
Article détaillé :Mort de Richard Cœur de Lion.
Gisant de Richard, à l’abbaye de Fontevraud.

Fort de ses réussites, Richard décide de soumettre l'aristocratie aquitaine. En mars 1199, une nouvelle révolte ducomte d'Angoulême l'oblige à mener ses armées en Limousin[230]. Le, Richard rejointMercadier ausiège duchâteau de Châlus-Chabrol[231], possession du vicomteAdémar V de Limoges, dont il est venu châtier la révolte et prendre les châteaux[232]. Le 26, le roi est atteint à l'épaule par uncarreau d'arbalète[19]. L'auteur du tir n'est pas identifié avec certitude, les récits des chroniqueurs divergeant sur ce point.Roger de Hoveden, dans un récit très romancé, accuse le chevalierBertrand de Gourdon, qui aurait été ensuite écorché par Mercadier, mais qui vit pourtant toujours en 1231, comme le démontre l'abbé Arbellot[233]. De façon beaucoup plus certaine selon Jean Flori,Mathieu Paris,Raoul de Diceto etBernard Itier (dans une note marginale de laChronique deGeoffroy de Vigeois) ainsi queRoger de Wendover évoquent un petit noble local,Pierre Basile[234]. Gervais de Canterbury est l'un des rares chroniqueurs à rendre Jean Sabraz responsable de la mort du roi.Guillaume le Breton, dans un récit qui tient plus du mythe que de l'histoire mentionne un certain Dudon[235],[236]. Le carreau est retiré mais lagangrène s'installe. Les chroniqueurs s'accordent sur le fait que Richard fait venir l'auteur du trait mortel, lui accorde son pardon et demande qu'il soit épargné[237]. Richard meurt onze jours plus tard, le, au château de Châlus qui est tombé entre-temps. Aliénor se trouve à son chevet, arrivée à temps pour assister aux derniers instants de son fils. Sur son lit de mort, Richard désigne son frère Jean pour lui succéder sur le trône d'Angleterre et à la tête de l'Empire Plantagenêt[234],[238],[239],[240]. Archétype du roi chevalier aux yeux de ses contemporains, Richard est mort « en prince désireux de faire régner l'ordre féodal dans ses domaines »[241].

Gisant finXIIIe siècle du tombeau de Richard en lacathédrale de Rouen dans lequel se trouvait son cœur, selon ses dernières volontés « en remembrance d'amour pour la Normandie »[242]

Le corps de Richard est inhumé en l’abbaye de Fontevraud, le 11 avril 1199 (dimanche des Rameaux), avec les honneurs royaux, par l'évêque de Lincoln[243]. Aliénor commande alors un gisant polychrome, daté d'environ 1200 par les historiens de l'art et les archéologues[244]. Son cœur embaumé est enfermé dans un reliquaire et enterré dans un tombeau, surmonté plus tard d'un gisant à son effigie, en lacathédrale de Rouen, et ses entrailles sont déposées en l'église duchâteau de Châlus-Chabrol[245]. Cette partition du corps (dilaceratio corporis, « division du corps » en cœur, entrailles et ossements) avec des sépultures multiples est une pratique initiée au milieu duXIe siècle par les chevaliers et souverains duroyaume d'Angleterre et duSaint-Empire romain germanique morts encroisade ou loin du lieu de sépulture qu'ils avaient choisi[246].

Selon le chroniqueurRoger de Hoveden,Philippe de Cognac, fils illégitime supposé de Richard, aurait vengé la mort de son père en assassinant Adémar de Limoges[247],[248],[249].

Le 25 avril 1199,Jean sans Terre est intronisé duc de Normandie et, le 27 mai 1199, il reçoit la couronne d'Angleterre à Westminster. Les barons d'Anjou, du Maine et de Touraine le rejettent initialement, lui préférantArthur de Bretagne, le neveu de Richard et de Jean. Mais le choix de Jean convient à l'aristocratie anglo-normande et il doit beaucoup à l'influence d'Aliénor, qui redoute l'ingérence du roi Philippe Auguste[250],[251]. Le règne de Jean verra le délitement de l'Empire Plantagenêt, après lacommise des fiefs continentaux prononcée par le roi de France, en avril 1202[252],[253]. En mars 1204, Philippe Augustes'empare de Château-Gaillard etachève la conquête du duché de Normandie[254].

Autour de Richard

[modifier |modifier le code]

Héritage

[modifier |modifier le code]

Richard est accusé par ses contemporains de faire peu pour l’Angleterre, qu'il semble considérer uniquement comme une source de revenus pour financer son expédition en Terre sainte[255]. Cette situation se reproduit à son retour, lorsqu'il s'agit de financer la guerre contre Philippe Auguste ;Raoul de Coggeshall note qu'« aucune époque ni aucun récit historique ne relate l'histoire d'un roi qui ait exigé et pris autant d'argent à son royaume que celui-ci l'a extorqué et amassé dans les cinq années qui suivirent son retour de captivité »[19]. Les chroniqueurs, souvent ecclésiastiques, jugent défavorablement le règne de Richard en fonction de sa politique financière, qu'ils estiment trop lourde sur l'Église[256]. Les registres semblent toutefois suggérer que ses sujets anglais ont été relativement épargnés, en comparaison de ses sujets normands. La levée de telles sommes témoigne par ailleurs d'une administration particulièrement efficace[19].

Lors de la nomination de ses principaux ministres, Richard choisit généralement les hommes les plus compétents, commeRobert de Thurnham en Anjou, Geoffroi de la Celle en Aquitaine et Guillaume Fitzralph en Normandie. En Angleterre, Richard désigneHubert Walter, l'un de ses ministres les plus brillants, pour administrer le royaume en son absence[19]. C'est aussi Richard qui, malgré les pressions ecclésiastiques, persuade l'archevêque de rester en fonction jusqu'en 1198. C'est enfin le roi qui, lorsque Hubert abandonne sa charge de justicier, trouve un remplaçant tout aussi compétent pour lui succéder : Geoffroy Fitz Peter. Richard n'éprouve aucune difficulté à gouverner depuis l'étranger. Il intervient fréquemment dans les affaires civiles et ecclésiastiques de l'Angleterre, et ne néglige jamais ses devoirs de souverain. Des plaideurs anglais viennent ainsi lui rendre visite afin de demander justice durant les séjours de Richard en Sicile et en captivité[19].

Après son accession au trône en 1189, Richard favorise l'intégration des Poitevins dans les cercles de la cour. C'est son chancelier en Poitou, Guillaume Longchamp, issu d'une famille de chevaliers, qui prend la tête du gouvernement anglais en son absence de 1189 à 1191. Son origine modeste est toutefois considérée de manière négative par la noblesse anglaise, qui accuse le chancelier d'être le « petit-fils d'un paysan ». La carrière de Guillaume est caractéristique de ces « hommes nouveaux » recrutés par les Plantagenêts pour administrer leur royaume[257]. Vers la fin de son règne, le gouvernement de Richard se militarise : les soldats constituent la majeure partie de l'entourage royal ; ce phénomène se poursuivra sous le règne de Jean sans Terre[258].

Les médiévistes, en grande majorité, acceptent désormais de reconnaître le règne de Richard comme « une période essentielle dans l'affirmation ou la transformation des structures administratives et financières des domaines Plantagenêt ». Et c'est notamment en raison de ses nombreuses absences motivées par la guerre, que Richard a pérennisé et poursuivi « la mise en place d'une machine administrative très efficace », initiée par son père[259].

De son vivant, Richard est reconnu comme un soldat infatigable et un chevalier d'une grande valeur. Ses contemporains reconnaissent en lui un porte-flambeau et un champion des valeurs de la chevalerie[260]. De fait, Richard est une parfaite illustration des vertus chevaleresques mises en avant dans l'idéologie Plantagenêt : prouesse, largesse et courtoisie[261]. Ces vertus trouvent leur accomplissement en Terre sainte, où il agit en véritable « soldat du Christ »[262]. Après sa mort, cette renommée lui assure l'image d'un guerrier-héros légendaire, digne des récits les plus fabuleux[197],[263]. Conscient de l'utilité d'une telle réputation, Richard glorifie ses propres exploits dans des lettres destinées à une large diffusion. Il s'associe au monde littéraire, comme lorsqu'il quitte Vézelay à cheval en brandissant l'épée Excalibur. Il est aussi un pragmatique : en Sicile, il échange l'épée du roi Arthur contre quatre navires de transport et quinze galères[19].

Richard ne séjourne sans doute pas plus d'une année en Angleterre, sur les dix de son règne. Mais cette image traditionnelle, véhiculée par les historiens anglais qui veulent voir en Richard un « mauvais roi peu préoccupé du gouvernement de son royaume et soucieux avant tout d'aventures chevaleresques », est combattue par les médiévistesJean Flori et John Gillingham[264]. « Roi chevalier, il n'en était pas moins un monarque de valeur. »[265]

Caractère et réputation

[modifier |modifier le code]
Richard Cœur de Lion d'après une miniature duXIIIe siècle.

Les Anglais l’appellentRichard I ouRichard the Lionheart ; les FrançaisRichard Cœur de Lion ; et lesSarrasins l'appellentMelek-Ric ouMalek al-Inklitar (roi d'Angleterre)[266].

Richard reçoit également deBertran de Born le surnom deOc e no[Note 5] en raison de son impulsivité et sa tendance à changer rapidement d'humeur[267]. Sa vie est marquée par de nombreux retournements de conduite, et par la prise soudaine de résolutions contraires. Après avoir mené de nombreuses actions contre son père, il part en guerre avec la même résolution contre ses anciens partisans. Il tient probablement ce trait de caractère de son père Henri II, qui était également impulsif et violent[268]. Pour John Gillingham, le surnomOc e no renvoie au contraire à la détermination de Richard et à son esprit de décision[269].

La réputation de courage et de vaillance qui lui valut le surnom deCœur de Lion est apparue très tôt, sans doute dès la troisième croisade.Ambroise, dont l’Estoire de la guerre sainte fut rédigée du vivant de Richard, raconte les faits d'armes du « preuz reis, le quor de lion »[270],[271]. Ce surnom apparaît également dans une notice nécrologique rédigée par le chroniqueurBernard Itier[271]. Le troubadourGaucelm Faidit, qui fut l'un de ses compagnons de croisade, décrit dans le détail les exploits de Richard en Terre sainte ; dans une de ses chansons, il affirme que niCharlemagne niArthur n'auraient pu rivaliser avec Richard[272]. Plus d'un demi-siècle plus tard, la réputation de Richard est encore vivace en Terre sainte ; ainsiJean de Joinville :

« Le roi Richard fit tant d'exploits outre-mer la fois où il y fut que, quand les chevaux des Sarrasins avaient peur de quelque buisson, leurs maîtres leur disaient : “Crois-tu, faisaient-ils à leurs chevaux, que ce soit le roi Richard d'Angleterre ?” Et quand les enfants des Sarrasines criaient, elles leur disaient : “Tais-toi, tais-toi, ou j'irai chercher le roi Richard, qui te tuera !” »

— Jean de Joinville,Vie de Saint Louis, 558[273].

Cette réputation de bravoure est partagée par les sources musulmanes. SelonIbn al-Athîr, un historien arabe duXIIIe siècle, Richard fut « l'homme le plus remarquable de son temps par sa bravoure, sa ruse, son activité, sa patience. À cause de lui les Musulmans furent éprouvés par une calamité qui n'avait pas sa pareille[274]. »Bahā' ad-Dīn, le biographe de Saladin, décrit également Richard comme « un homme très puissant, de grand courage et de cœur élevé ». Il note aussi que le roi d'Angleterre fut « inférieur au roi de France par son royaume et par son rang », mais « supérieur en richesses, plus fameux et plus preux dans la bataille[275] ».

Chevalier et poète

[modifier |modifier le code]

Richard est un mécène, protecteur destroubadours ettrouvères de son entourage, car il a plus que ses frères d'immenses ressources matérielles à sa disposition. Élevé à la cour de Poitiers, auprès de sa mère, il montre un goût prononcé pour la chose littéraire[276]. Il est également poète[19],[277]. Il est lui-même intéressé par l'écriture et la musique. Son jongleur attitré, le trouvèreAmbroise, souligne la capacité d'improvisation de Richard, lorsque celui-ci répond parsirventès interposés aux critiques acerbes d'Henri de Bourgogne, à Jaffa[278]. On attribue à Richard deux poèmes qui nous sont parvenus. Le premier est un sirventès adressé àRobert IV Dauphin d'Auvergne (Dalfi d'Alvernha) en langue d’oc (ou tout au moins en ancien français avec des mots et tournures occitans[279]) ,Dalfin je us voill desrenier, le second est unecomplainte (diterotrouenge) en langue d'oïl,Ja nus homs pris[277],[280]. PourMartin Aurell, au vu des dernières recherches de Charmaine Lee[281], et contrairement à ce qu'affirmaitPierre Bec, nous savons maintenant que cette chanson a été écrite en langue d'oïl, et la tradition manuscrite le prouve[282],[283]. Richard compose cette chanson dédiée à sa « comtesse-sœur »,Marie de Champagne, durant sa captivité en Allemagne. SelonJean Flori cette complainte « fournit à la postérité une nouvelle image de cet homme aux talents multiples, roi, chevalier, poète et troubadour »[284] ; mais également « trouvère » (poète de langue d'oïl), si l'on s'appuie sur les travaux de Charmaine Lee[281] :

Culte du roi Arthur

[modifier |modifier le code]

Sous le règne de Richard la figure mythique duroi Arthur est transformée en un culte. C'est d'ailleurs en 1191 que les reliques d’Arthur et deGuenièvre sont découvertes dans l'abbaye de Glastonbury. L'implication des Plantagenêts dans cette découverte n'est pas avérée, mais elle est très probable[288]. Cette découverte permet de lier la dynastie des Plantagenêts avec la figure du roi Arthur, et d'utiliser ce prestigieux personnage littéraire comme un parent spirituel[289]. Jouant sur cette filiation légendaire, Richard offre àTancrède de Lecce, à l'occasion de l'accord final de mars 1191 àCatane, l'épée mythique du roi Arthur, Caliburn (Excalibur)[133],[Note 6].

Robin des Bois

[modifier |modifier le code]

La légende deRobin des Bois, d'abord située sous le règne d'Édouard II (vers1322), est déplacée pour la première fois parJohn Major en 1521, pour la situer au règne de Richard Ier[290]. En outre, il n'y a pas de certitude historique sur Robin, qui peut avoir vécu auXIIe siècle, auXIIIe ou XIVe siècle. C'est donc bien plus tard qu’est établi un lien entre les deux hommes, en affirmant que le but poursuivi par Robin est de restaurer Richard sur le trône usurpé par le prince Jean lors de la captivité de Richard, entre 1192 et 1194, alors qu'en réalité Richard n'avait guère plus de soutien populaire en Angleterre que son frère Jean[291].

Sexualité

[modifier |modifier le code]

L’amitié entre Philippe Auguste et Richard, qui se connaissaient depuis l'enfance, a parfois été assimilée à une relationhomosexuelle, notamment par l'historien britannique John Harvey, en 1948[292]. Pour l'historien britannique John Gillingham, biographe de Richard Cœur de Lion, cette idée d'un roi homosexuel, apparue auXXe siècle, s'appuie sur des interprétations anachroniques des éléments connus[19]. Pour lui, la sexualité de Richard ne peut être établie avec certitude[19]. William E. Burgwinkle reconnait qu'il n'y a pas de preuves formelles de son homosexualité, bien qu'il soutienne cette thèse[293].

Certains chroniqueurs duXIIe siècle, notammentBenoît de Peterborough, parlent d'« amour » entre les deux jeunes hommes qu'étaient alors Richard etPhilippe Auguste, et soulignent qu'ils partageaient le même lit[294].

Quoi qu'il en soit, ses contemporains le supposenthétérosexuel[19]. L'historienJean Flori, pas plus que le médiévisteMartin Aurell, n'adhère à la thèse d'un roi homosexuel[267]. Pour lui, conclure à une relation homosexuelle relève d'une interprétation trop « moderne » du terme « amour » et il ajoute que partager la même assiette et le même lit, comme le relate Roger de Hoveden en 1187,« n'avait pas alors la connotation sensuelle qu'on peut y déceler aujourd'hui ». C'est en réalité une démonstration éminemment politique de confiance mutuelle et la preuve d'une alliance stratégique, un « pacte militaire », qui en vient d'ailleurs à inquiéterHenri II[295],[296],[297]. Toutefois, sur la base des récits des pénitences de Richard en 1191 et 1195 pour un péché d'ordre sexuel, peut-être le « péché deSodome », Jean Flori conclut à la probabilité d'unebisexualité[298].

À 34 ans, Richard épouseBérengère de Navarre. Le couple se voit très rarement et ce mariage est avant tout un mariage de convenance, bien que le trouvère Ambroise, proche de Richard, mentionne que celui-ci aime Bérengère depuis qu'il est comte de Poitiers[299],[300]. D'après le chroniqueur contemporainRoger de Hoveden, après l'avertissement d'un ermite et étant tombé subitement malade, en 1195, Richard fait pénitence pour s'être éloigné de sa femme et se réconcilie charnellement avec elle[301],[302]. Le mariage est cependant un « échec sentimental » et ne produira pas d'héritier[303].

Le chroniqueur contemporain Benoît de Peterborough accuse aussi Richard deviols sur des femmes du peuple[304]. Selon le chroniqueur Walter de Guisborough, Richard exige qu'on lui amène des femmes, alors qu'il approche de sa fin. Pour Jean Flori, Richard semble avoir été « avant tout, comme son père et comme ses aïeux, un jouisseur. »[305]

Descendance

[modifier |modifier le code]

Richard a un fils illégitime,Philippe de Cognac (mort après 1201)[19], avec une maîtresse inconnue, « dans sa jeunesse en Aquitaine ». Il lui donne la main d'Amélie, « héritière de Cognac, alors sous sa tutelle »[249].

Ascendance

[modifier |modifier le code]
Ascendance de Richard Ier d'Angleterre
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
32.Geoffroy II de Gâtinais
 
 
 
 
 
 
 
16.Foulques IV d'Anjou
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
33.Ermengarde d'Anjou
 
 
 
 
 
 
 
8.Foulques V d'Anjou
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
34.Simon Ier de Montfort
 
 
 
 
 
 
 
17.Bertrade de Montfort
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
35.Agnès d'Évreux
 
 
 
 
 
 
 
4.Geoffroy V d'Anjou
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
36.Jean de Beaugency
 
 
 
 
 
 
 
18.Élie Ier du Maine
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
37. Paule du Maine
 
 
 
 
 
 
 
9.Érembourg du Maine
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
38.Gervais II de Château-du-Loir
 
 
 
 
 
 
 
19. Mathilde deChâteau-du-Loir
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
39. Éremburge
 
 
 
 
 
 
 
2.Henri II d'Angleterre
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
40.Robert Ier de Normandie
 
 
 
 
 
 
 
20.Guillaume Ier d'Angleterre « le Conquérant »
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
41.Arlette de Falaise
 
 
 
 
 
 
 
10.Henri Ier d'Angleterre
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
42.Baudouin V de Flandre
 
 
 
 
 
 
 
21.Mathilde de Flandre
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
43.Adèle de France
 
 
 
 
 
 
 
5.Mathilde d'Angleterre
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
44.Duncan Ier d'Écosse
 
 
 
 
 
 
 
22.Malcolm III d'Écosse
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
45. Suthen
 
 
 
 
 
 
 
11.Mathilde d'Écosse
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
46.Édouard de Wessex
 
 
 
 
 
 
 
23.Marguerite de Wessex
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
47.Agathe
 
 
 
 
 
 
 
1. Richard Ier d'Angleterre
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
48.Guillaume V d'Aquitaine
 
 
 
 
 
 
 
24.Guillaume VIII d'Aquitaine
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
49.Agnès de Bourgogne
 
 
 
 
 
 
 
12.Guillaume IX d'Aquitaine
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
50.Robert Ier de Bourgogne
 
 
 
 
 
 
 
25.Hildegarde de Bourgogne
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
51.Ermengarde d'Anjou
 
 
 
 
 
 
 
6.Guillaume X d'Aquitaine
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
52.Pons de Toulouse
 
 
 
 
 
 
 
26.Guillaume IV de Toulouse
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
53.Almodis de la Marche
 
 
 
 
 
 
 
13.Philippa de Toulouse
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
54.Robert de Mortain
 
 
 
 
 
 
 
27. Emma de Mortain
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
55. Mathilde de Montgomery
 
 
 
 
 
 
 
3.Aliénor d'Aquitaine
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
56.Hugues Ier de Châtellerault
 
 
 
 
 
 
 
28.Boson II de Châtellerault
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
57. Gerberge d'Angoulême
 
 
 
 
 
 
 
14.Aymeric Ier de Châtellerault
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
58.Aimery IV de Thouars
 
 
 
 
 
 
 
29.Aliénor de Thouars
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
59. Aremgarde de Mauléon
 
 
 
 
 
 
 
7.Aénor de Châtellerault
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
60. Archambaud Borel
 
 
 
 
 
 
 
30. Barthélémy deL'Île-Bouchard
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
61. Agnès de L'Ile-Bouchard
 
 
 
 
 
 
 
15.Dangereuse de L'Isle Bouchard
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
62.
 
 
 
 
 
 
 
31. Gerberge de Blaison
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
63.
 
 
 
 
 
 
 

Dans l'art et la culture

[modifier |modifier le code]
Article détaillé :Richard Cœur de Lion dans l'art et la culture.

Notes et références

[modifier |modifier le code]

Notes

[modifier |modifier le code]
  1. Prawer 2001,p. 121 :« Durant son règne, Guy, seigneur de Chypre, organisa une émigration méthodique à partir de la Terre sainte vers son nouveau royaume. »
  2. Ce massacre est jugé défavorablement par les historiens René Grousset et Joshua Prawer. Grousset parle d'un « acte de barbarie inouïe, perpétré de sang-froid, sans l'excuse d'une prise d'assaut » ; il reproche à Richard de faire preuve en cette occasion d'une « totale absence d'esprit politique » (Grousset 1991,p. 100-101). Prawer évoque une « atrocité inouïe, bien rare même à l'époque ». Celui-ci note toutefois que cet acte est jugé favorablement par les chroniqueurs chrétiens de l'époque, qui « justifient cet acte et y voient une vengeance agréable à Dieu » (Prawer 2001,p. 77).
  3. L'historien René Grousset évoque à cette occasion les « atermoiements » de Richard, « tacticien fougueux » mais « stratège indécis et timoré ». Il affirme qu'après sa victoire à Arsouf, le roi d'Angleterre aurait pu s'emparer de la Ville Sainte, alors sans défense (Grousset 1991,p. 116-117). Pour Joshua Prawer, Richard manqua de caractère en se rangeant à l'avis de ses conseillers : « il savait commander ses soldats au combat, mais non dominer les esprits » (Prawer 2001,p. 70).
  4. Flori 1999,p. 214 :« À cette époque, la chancellerie, et les archives, voire la caisse de l'État, sont encore dans une large mesure nomades, itinérantes, et suivent le roi dans ses déplacement, y compris sur le champ de bataille. »
  5. « Oui et non » enlangue d'oc.
  6. PourFlori 2004,p. 204-205, cet échange de cadeaux intervient le 4 mars 1191, et l'épée, nomméeCaliburne par Hoveden, pourrait aussi être une épée, également légendaire, « forgée par le forgeron de Wayland », extraite du trésor royal d'Henri II, donnée au grand-père de Richard,Geoffroy le Bel, lors de son adoubement en 1128 par le roiHenri Ier d'Angleterre.

Références

[modifier |modifier le code]
  1. Flori 1999,p. 11.
  2. Gillingham 2002,p. 24.
  3. a etbGillingham 2004b,p. 27.
  4. Flori 1999,p. 23.
  5. Flori 2004,p. 115.
  6. ab etcTurner 2011,p. 233.
  7. Flori 1999,p. 36-37.
  8. Flori 1999,p. 38.
  9. Aurell 2024,p. 49 et 135.
  10. Cosson 2017,p. 33 et 39.
  11. Pernoud 1988,p. 25.
  12. Flori 2004,p. 53.
  13. Aurell 2024,p. 262.
  14. Flori 1999,p. 20.
  15. Gervais de Canterbury,cf.Cosson 2017,p. 25
  16. Aurell 2024,p. 46.
  17. Robert de Torigni,« Chronique », dansChronicles of the reigns of Stephen, Henry II, and Richard I,t. 4, éd. R. Howlett,p. 240.
  18. Flori 2004,p. 123.
  19. abcdefghijklmnopqrstuvwxyz etaaGillingham 2004a.
  20. Flori 2004,p. 171-172.
  21. (en) John Ashdown-Hill,Royal Marriage Secrets : Consorts & Concubines, Bigamists & Bastards, The History Press,,p. 87.
  22. a etbAurell 2024,p. 64.
  23. Aurell 2024,p. 63-64.
  24. a etbFlori 2004,p. 173.
  25. Aurell 2024,p. 49.
  26. Cosson 2017,p. 39.
  27. Aurell 2024,p. 49 et 216.
  28. Aurell 2024,p. 216.
  29. Flori 2004,p. 133-134.
  30. Cosson 2017,p. 29-30.
  31. Flori 1999,p. 40.
  32. Cosson 2017,p. 49.
  33. Madeline 2023,p. par 10.
  34. Aurell 2024,p. 51.
  35. Cosson 2017,p. 155.
  36. Flori 2004,p. 141.
  37. Pernoud 1988,p. 35.
  38. Pernoud 1988,p. 36.
  39. Flori 2004,p. 149.
  40. Pernoud 1988,p. 37.
  41. Flori 2004,p. 153.
  42. Aurell 2024,p. 52-53.
  43. Flori 2004,p. 153-155.
  44. Turner 2011,p. 276.
  45. Flori 2004,p. 155.
  46. ab etcPernoud 1988,p. 39.
  47. Flori 1999,p. 47.
  48. Flori 2004,p. 154-156.
  49. Turner 2011,p. 277.
  50. Flori 2004,p. 156.
  51. Turner 2011,p. 278.
  52. Richard 1903,p. 181-182.
  53. Flori 1999,p. 48.
  54. Cosson 2017,p. 60.
  55. Turner 2000,p. 58.
  56. Cosson 2017,p. 65-66.
  57. Pernoud 1988,p. 42-43.
  58. Flori 2004,p. 174-175.
  59. Flori 1999,p. 52.
  60. Flori 1999,p. 53.
  61. Pernoud 1988,p. 45-46.
  62. Cosson 2017,p. 135-136.
  63. Flori 1999,p. 55-56.
  64. Flori 1999,p. 57-58.
  65. Flori 2004,p. 174-176.
  66. Flori 1999,p. 63.
  67. Pernoud 1988,p. 64.
  68. Hercule Géraud, « Mercadier. Les routiers au treizième siècle »,Bibliothèque de l'École des Chartes,vol. 3,‎,p. 417-447(lire en ligne).
  69. Cosson 2017,p. 135.
  70. Richard 1903,p. 233.
  71. Flori 1999,p. 70.
  72. Flori 2004,p. 178-184.
  73. a etbFlori 1999,p. 74.
  74. Flori 2004,p. 187.
  75. Flori 1999,p. 77.
  76. a etbAurell 2003,p. 27.
  77. Flori 1999,p. 78.
  78. Flori 1999,p. 79-80.
  79. Pernoud 1988,p. 70-72.
  80. Pernoud 1988,p. 73.
  81. Pernoud 1988,p. 74.
  82. Flori 1999,p. 90.
  83. Flori 2004,p. 195-196.
  84. Flori 2004,p. 191.
  85. Georges Duby,Guillaume le Maréchal ou Le meilleur chevalier du monde, Paris, Gallimard,coll. « Folio histoire »,, 189 p.(ISBN 2-07-032344-7),p. 148-150.
  86. Pernoud 1988,p. 76-83.
  87. Flori 1999,p. 94.
  88. a etbAurell 2024,p. 61.
  89. Flori 2004,p. 198.
  90. Pernoud 1988,p. 84-88.
  91. Prawer 2001,p. 25-27.
  92. Flori 1999,p. 319-320.
  93. Prawer 2001,p. 27-32.
  94. Gillingham 1980,p. 166-167.
  95. Gillingham 1980,p. 162-163.
  96. Turner 2011,p. 314.
  97. Turner 2011,p. 311-314.
  98. Flori 2004,p. 202, 209.
  99. Cosson 2017,p. 105.
  100. Flori 1999,p. 99, 103.
  101. Aurell 2024,p. 62, 112-113.
  102. Flori 1999,p. 99.
  103. Flori 2004,p. 201.
  104. Turner 2011,p. 313.
  105. Pernoud 1988,p. 90.
  106. Pernoud 1988,p. 95.
  107. Aurell 2024,p. 61-62.
  108. Flori 1999,p. 91.
  109. (en) W. LewisWarren,King John, Londres, Methuen,(ISBN 0-413-45520-3),p. 39-40.
  110. Warren 1991,p. 39.
  111. Flori 1999,p. 91-92.
  112. Aurell 2024,p. 62.
  113. Warren 1991,p. 40.
  114. Aurell 2024,p. 71 et 142.
  115. Cosson 2017,p. 109-110.
  116. Flori 1999,p. 100.
  117. Flori 1999,p. 87.
  118. Pernoud 1988,p. 94-97.
  119. Pernoud 1988,p. 101.
  120. Alain Demurger,Les Templiers : une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Paris, Seuil,,p. 375.
  121. Pernoud 1988,p. 197-198.
  122. Aurell 2024,p. 181.
  123. Flori 1999,p. 110.
  124. abcde etfRunciman 1987,p. 37-38.
  125. Flori 1999,p. 312-313.
  126. Flori 1999,p. 112.
  127. Flori 1999,p. 114.
  128. Runciman 1987,p. 39.
  129. Flori 1999,p. 113.
  130. Flori 1999,p. 116.
  131. Aurell 2024,p. 142.
  132. Flori 1999,p. 117.
  133. a etbAurell 2024,p. 63.
  134. Flori 1999,p. 128.
  135. Flori 1999,p. 115-116.
  136. Turner 2011,p. 315-318.
  137. Aurell 2024,p. 64-65.
  138. Flori 2004,p. 209-210.
  139. a etbPrawer 2001,p. 65.
  140. Cosson 2017,p. 106-107.
  141. Aurell 2024,p. 156.
  142. a etbFlori 1999,p. 209.
  143. ab etcTurner 2011,p. 325.
  144. abcd eteRunciman 1987,p. 43-47.
  145. Flori 1999,p. 137.
  146. Marie Tranchant, « Une stratégie au service de la réussite : Robert de Thurnham, un officier anglais en Aquitaine (1189-1211) »,Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest,vol. 127,no 4,‎(lire en ligne).
  147. Grousset 1991,p. 134.
  148. Flori 1999,p. 137-138.
  149. Grousset 1991,p. 89.
  150. Prawer 2001,p. 66.
  151. Prawer 2001,p. 67.
  152. Runciman 1987,p. 51.
  153. Prawer 2001,p. 76.
  154. Runciman 1987,p. 52.
  155. Runciman 1987,p. 50-53.
  156. a etbPrawer 2001,p. 77.
  157. Flori 1999,p. 155-157.
  158. Flori 1999,p. 158.
  159. Runciman 1987,p. 54.
  160. Prawer 2001,p. 78.
  161. a etbGrousset 1991,p. 108.
  162. ab etcRunciman 1987,p. 57.
  163. a etbPrawer 2001,p. 83.
  164. a etbRunciman 1987,p. 58.
  165. Prawer 2001,p. 84.
  166. abcd eteRunciman 1987,p. 59.
  167. a etbPrawer 2001,p. 89.
  168. Runciman 1987,p. 60.
  169. Flori 1999,p. 168.
  170. ab etcRunciman 1987,p. 61.
  171. Pernoud 1988,p. 180.
  172. a etbRunciman 1987,p. 62.
  173. Flori 1999,p. 169.
  174. Runciman 1987,p. 63.
  175. Grousset 1991,p. 123-125.
  176. a etbRunciman 1987,p. 64.
  177. a etbFlori 1999,p. 171.
  178. Runciman 1987,p. 66.
  179. a etbRunciman 1987,p. 67.
  180. Flori 1999,p. 172.
  181. Runciman 1987,p. 68-70.
  182. Flori 1999,p. 176.
  183. Prawer 2001,p. 98-99.
  184. Gillingham 2002,p. 214-225.
  185. Flori 1999,p. 178-179.
  186. Pernoud 1988,p. 192.
  187. Flori 1999,p. 181.
  188. ab etcRunciman 1987,p. 74.
  189. Flori 1999,p. 185-186.
  190. Flori 1999,p. 188.
  191. Flori 1999,p. 146 et 188.
  192. Flori 1999,p. 188-189.
  193. Flori 1999,p. 193.
  194. Pernoud 1988,p. 218-219.
  195. Flori 1999,p. 195.
  196. Pernoud 1988,p. 223 ; 226.
  197. a etbLejeune 1958,p. 322.
  198. Flori 1999,p. 191.
  199. Pernoud 1988,p. 220.
  200. Aurell 2024,p. 67.
  201. Flori 1999,p. 189.
  202. Pernoud 1988,p. 224-225.
  203. Flori 1999,p. 204.
  204. Pernoud 1988,p. 231.
  205. Flori 2004,p. 241.
  206. Pernoud 1988,p. 229.
  207. ab etcAurell 2024,p. 69.
  208. a etbFlori 2004,p. 242.
  209. Pernoud 1988,p. 230.
  210. Pernoud 1988,p. 235.
  211. Pernoud 1988,p. 236.
  212. Flori 1999,p. 211-212.
  213. Flori 1999,p. 212.
  214. Flori 1999,p. 212-213.
  215. Flori 1999,p. 213.
  216. Flori 1999,p. 213-215.
  217. Flori 1999,p. 218.
  218. Flori 1999,p. 215-219.
  219. Flori 1999,p. 219.
  220. Géraud 1842,p. 418.
  221. Baptiste Capefigue,Histoire de Philippe-Auguste,(lire en ligne),p. 312.
  222. Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire - Société des amis de la Bibliothèque nationale et des grandes bibliothèques de France,(lire en ligne),p. 892.
  223. Flori 1999,p. 221.
  224. a etbBilloré 2014,p. 259.
  225. Flori 1999,p. 222-223.
  226. Chauou 2001,p. 189, n. 69.
  227. Billoré 2014,p. 260.
  228. Flori 1999,p. 226.
  229. a etbPernoud 1988,p. 248.
  230. Aurell 2003,p. 29.
  231. Favier 2015,p. 639.
  232. Flori 1999,p. 247-248.
  233. Abbé FrançoisArbellot, « La vérité sur la mort de Richard Cœur de Lion »,Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin,‎,p. 161-260(lire en ligne).
  234. a etbCosson 2017,p. 129.
  235. Gillingham 1989,p. 16.
  236. Flori 1999,p. 234-253.
  237. Flori 1999,p. 234-237.
  238. Flori 1999,p. 234-235.
  239. Flori 2004,p. 261-262.
  240. Aurell 2024,p. 70.
  241. Flori 1999,p. 255.
  242. Anne-Marie Carment-Lanfry,La cathédrale Notre-Dame de Rouen, Rouen, Lecerf,,p. 126.
  243. Flori 1999,p. 246.
  244. Aurell 2024,p. 242.
  245. Flori 1999,p. 235.
  246. AlexandreBande,Le cœur du roi : les Capétiens et les sépultures multiples,XIIIe – XVe siècles, Paris,Éditions Tallandier,, 254 p.(ISBN 978-2-84734-467-7,présentation en ligne).
  247. Généalogie d'Adémar V de Limoges sur le site Medieval Lands qui cite en référence :(en) C.Given-Wilson et A.Curteis,The Royal Bastards of Medieval England, Routledge,,p. 126.
  248. Flori 2004,p. 260.
  249. a etbAurell 2024,p. 98.
  250. Aurell 2024,p. 70-71.
  251. Flori 2004,p. 262.
  252. Aurell 2024,p. 74.
  253. Cosson 2017,p. 225.
  254. (en) Ralph V.Turner,King John : England's Evil King?, Stroud, History Press,, 240 p.(ISBN 978-0-7524-4850-3),p. 102.
  255. Pernoud 1988,p. 91.
  256. Flori 1999,p. 262.
  257. Turner 2000,p. 60.
  258. Turner 2000,p. 61.
  259. Maïté Billoré, « La noblesse normande dans l'entourage de Richard 1er »,La cour Plantagenêt (1154-1204), Civilisation Médiévale,vol. 8,‎,p. 151-166, p. 155-156(lire en ligne)
  260. Flori 2003,p. 175.
  261. Flori 2003,p. 179.
  262. Flori 2003,p. 182.
  263. Loomis 1915.
  264. Flori 1999,p. 12 et 487 (note 2).
  265. Flori 1999,p. 485.
  266. Amin Maalouf,Les Croisades vues par les Arabes,J'ai lu,, 318 p.(ISBN 2-290-11916-4), partie V,chap. XI (« L'impossible rencontre »)
    Citation deBohadin, secrétaire particulier et biographe de Saladin,p. 239.
  267. a etbFlori 1999,p. 49.
  268. Pernoud 1988,p. 41-42.
  269. Flori 1999,p. 50.
  270. Flori 2003,p. 176-187.
  271. a etbFlori 1999,p. 265.
  272. Flori 2003,p. 177.
  273. Jean de Joinville (trad. Jacques Monfrin),Vie de Saint Louis, Le Livre de Poche,coll. « Lettres gothiques »,,p. 479.
  274. Deabes 2003,p. 191.
  275. Flori 1999,p. 388.
  276. Lejeune 1958,p. 321.
  277. a etb« Richard Ier Cœur de Lion », Dictionnaire de la musique, Larousse, 2005.
  278. Martin Aurell,cf. conférence de 2021, « Poésie et politique : La croisade de Richard Cœur de Lion (1190-1194) », à 31'.
  279. Aurell 2024,p. 269 et 429 (note 59).
  280. Gillingham 2002,p. 255.
  281. a etb(en) Charmaine Lee, « RS 1891 », surUniversity of Warwick,(consulté le).
  282. Aurell 2024,p. 269.
  283. Conférence de Martin Aurell, Poésie et politique : la croisade de Richard Cœur de Lion (1190-1194), 2021,à 33'.
  284. Flori 1999,p. 198-199.
  285. Arbellot 1878,p. 259-260.
  286. Pernoud 1988,p. 232.
  287. Victor Pierre Laurens,Le Tyrtée du Moyen âge : Histoire de Bertrand de Born, vicomte d'Hautefort, Paris,(lire en ligne),p. 241-243.
  288. Fanny Madeline (dir.),« Penser l’Empire normand et Plantagenêt avec des cartes : itinéraires royaux et pensée politique de l’espace », dans911-2011. Penser les mondes normands médiévaux, Presses universitaires de Caen,, 443-474 p.(lire en ligne).
  289. Chauou 2001,p. 203-230.
  290. John C.Leeds,« Universals, Particulars, and Political Discourse in John Mair’s Historia Maioris Britanniae », dansThe Impact of Latin Culture on Medieval and Early Modern Scottish Writing, Medieval Institute Publications(lire en ligne),p. 85–104.
  291. (en) James Clarke Holt,Robin Hood,Thames & Hudson,,p. 36.
  292. Burgwinkle 2004,p. 73.
  293. Burgwinkle 2004,p. 74.
  294. Burgwinkle 2004,p. 76.
  295. Richard 1903,p. 239.
  296. Aurell 2024,p. 133.
  297. Flori 1999,p. 454-455.
  298. Flori 1999,p. 456-464.
  299. Flori 2004,p. 209.
  300. Burgwinkle 2004,p. 78.
  301. Flori 1999,p. 458.
  302. Burgwinkle 2004,p. 81.
  303. Flori 2004,p. 215.
  304. Burgwinkle 2004,p. 79.
  305. Flori 1999,p. 464.

Bibliographie

[modifier |modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Biographies en français

[modifier |modifier le code]

Biographies en anglais

[modifier |modifier le code]

Ouvrages généraux

[modifier |modifier le code]

Études régionales

[modifier |modifier le code]

Maison Plantagenêt

[modifier |modifier le code]

Troisième croisade

[modifier |modifier le code]

Autres travaux

[modifier |modifier le code]

Voir aussi

[modifier |modifier le code]

Articles connexes

[modifier |modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes

[modifier |modifier le code]

Richard Cœur de Lion
Précédé parSuivi par
Henri II
Roi d'Angleterre
1189-1199
Jean
Duc de Normandie
1189-1199
Comte du Maine
1183-1199
Comte d'Anjou
1189-1199
Arthur Ier de Bretagne
Henri II etAliénor
Duc d'Aquitaine etComte de Poitiers
1189-1196 et 1199
Jean
v ·m
Chronologie de laPremière maison d'Anjou de 930 à 1204

930

942

958

987

1040

1060

1068

1109

1129

1151

1189

1199

1204

 

 

 

v ·m
Chronologie desjarls et ducs de Normandie de 911 à 1204
Maison de Normandie
Jarls
Ducs
Blason des ducs de Normandie
Maison de BloisÉtienne (1135-1144)
Maison Plantagenêt
v ·m
Wessex etJelling
(924-1066)
Normands etBlois
(1066-1154)
Plantagenêt
(1154-1485)
Tudor
(1485-1603)
Stuart
(1603-1707)
En 1707, Anne devient la premièrereine de Grande-Bretagne.
v ·m
Auvergne
Dauphiné
Gascogne
Languedoc
Limousin etPérigord
Poitou etSaintonge
Provence
Cet article est reconnu comme « bon article » depuis saversion du 6 février 2026 (comparer avec la version actuelle).
Pour toute information complémentaire, consulter sapage de discussion et levote l'ayant promu.
La version du 6 février 2026 de cet article a été reconnue comme « bon article », c'est-à-dire qu'elle répond à des critères de qualité concernant le style, la clarté, la pertinence, la citation des sources et l'illustration.
Ce document provient de « https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Richard_Cœur_de_Lion&oldid=233235217 ».
Catégories :
Catégories cachées :

[8]ページ先頭

©2009-2026 Movatter.jp