De tous les fleuves s'écoulant en Méditerranée, le débit du Rhône est le deuxième plus important après celui duNil, si l'on ne tient pas compte de lamer Noire, où se jettent en particulier leDanube et leDon. Finissant son cours dans une mer sans marée, le fleuve a formé undelta avec des bras qui se sont déplacés principalement d'ouest en est au cours de l'histoire. Désormais endigué, ce delta est figé, hormis lors de crues exceptionnelles comme en 1993, 1994 et 2003.
Selon la légende, le nom de ce fleuve remonte à la venue de Grecs en provenance deRhodes. En effet, ils vinrent faire du commerce avec la bourgade Ligure située sur le haut de la colline de l'Hauture, Thelinée (plus tard Arles) se trouvant juste au-dessus d'un fleuve important qui se dirigeait vers la Méditerranée toute proche. Ces Grecs de Rhodes lui donnèrent le nom de leur ville, Rhodes d'où par la suite le couloir rhodanien et plus tard les Romains le nommèrentRhodanus.Pline l'Ancien, dans sonHistoire naturelle, estimait que le Rhône tire bien son nom deRhoda ouRhodanusia, colonie deRhodiens bâtie jadis à l’une de ses embouchures, aux environs d'Aigues-Mortes.
En réalité, le nom est pré-celtique ou plus probablementceltique, même si les plus anciennes attestations du nom se trouvent chez les auteurs grecs ou romains.
Albert Dauzat propose un radical indo-européen*rod-, alternance de*red- « couler »[7],[8] suivi par un suffixe atone pré-latin-ǎnus. Mais il n'exclut pas un préfixe intensifro- et le radical celtique ou pré-celtiquedan-[7]. Cette hypothèse est corroborée parPierre-Yves Lambert qui signale le même élémentdanu- dans le nom celtique duDanube (Danuuios) et le rapproche de l'irlandaisdánae « audacieux, hardi, violent »[9]. Une racine indo-européenne*dānu- « fleuve » se retrouverait dans le nom duDon, de*dā- « couler »[8].
Dans les autres langues qu'on rencontre le long de son cours, le Rhône est appelé :
Där Rottu enwalser. Enallemand, la formedie Rhone est usitée, sauf enHaut-Valais où on utiliseder Rotten sous l'influence du walser ;
(Lo) Rôno[ (lɔ).ˈro.nɔ] enarpitan. Les noms des rivières n'ont normalement pas d'article, mais l'utilisation d'un article est aujourd'hui commune pour certains grands fleuves sous l'influence du français ;
(Lo) Ròse[ (lu).ˈrɔ.ze] enoccitanprovençal. Ici aussi, les noms des rivières n'ont normalement pas d'article, mais l'utilisation d'un article est aujourd'hui commune pour certains grands fleuves sous l'influence du français.
En Suisse, le bassin versant du Rhône n'est pas contigu. En effet, il est constitué de deux zones distinctes l'une de l'autre. Le cours principal du Rhône ainsi que ses affluents directs coulent dans le sud-ouest du pays avant de rejoindre leLéman, néanmoins une partie du bassin versant duDoubs arrose les cantons deNeuchâtel et duJura dans le nord-ouest de la Suisse. Le Doubs rejoint laSaône enBourgogne qui elle-même rejoint le Rhône àLyon. Ainsi les eaux du bassin versant du Rhône se rejoignent très en aval de la sortie du territoire suisse. De même, l'Arve dont le cours et le bassin sont très majoritairement situés en France, rejoint le Rhône dans lecanton de Genève.
En France, d'autres bassins versants plus petits voisinent celui du Rhône, ceux de l'Argens et duVar sur sa rive gauche ou l'Hérault sur sa rive droite.
Peu avant d'atteindre Brigue, il reçoit les eaux de laMassa en provenance duglacier d'Aletsch (plus grand glacier des Alpes). La vallée qu'il emprunte porte dès lors son nom, lavallée du Rhône. Cette vallée coule tout d'abord en direction de l'ouest sur une trentaine de kilomètres jusqu'àLoèche, puis vers le sud-ouest sur une cinquantaine de kilomètres jusqu'àMartigny. C'est une vallée intérieure desAlpes, elle est parallèle à la ligne de crête desAlpes bernoises au nord et desAlpes valaisannes au sud. De ces deux massifs coulent de nombreux torrents de montagne.
La vallée du Rhône dans le Chablais et l'embouchure du fleuve dans le Léman.
ÀMartigny, où il reçoit les eaux de laDranse sur sa rive gauche, le cours du Rhône fait un fort virage en direction du nord. En direction duLéman, il passe àSaint-Maurice dans un verrou glaciaire qui a longtemps donné à la vallée du Rhône une importance stratégique pour le contrôle des cols alpestres. Le Rhône marque ensuite la frontière entre lescantons du Valais (rive gauche) et deVaud (rive droite), séparant leChablais valaisan et leChablais vaudois. Il se jette dans le Léman à l'est du lac à proximité duBouveret et de laréserve naturelle des Grangettes. Le plongeon des eaux brunâtres du fleuve, chargées d'alluvions, sous celles du lac produit un tourbillon en surface, appelé localement « bataillière », à une centaine de mètres de la rive[11],[12],[13].
Sur une partie de son étendue le Léman marque lafrontière entre la France et la Suisse. Sur sa rive gauche le Léman reçoit laMorge. Cette rivière marque la frontière entre la Suisse (Valais) et la France (Haute-Savoie). Elle pénètre dans le Léman àSaint-Gingolph, village situé de part et d'autre de la frontière. Toujours sur sa rive gauche, il reçoit les eaux de laDranse entreThonon-les-Bains etÉvian-les-Bains. Sur sa rive droite le lac reçoit laVenoge et laMorges. Les termes de Haut-Lac (région de laRiviera vaudoise, du Chablais suisse etLavaux), Grand-Lac (Lausanne, Évian) et Petit-Lac (entreYvoire et Genève) sont utilisés, même si le lac ne constitue qu'une seule entité.
L'émissaire du Léman se trouve à l'ouest du lac àGenève, où le niveau du lac est maintenu par lebarrage du Seujet. À Genève, il reçoit les eaux de l'Arve en provenance dumassif du Mont-Blanc. L'Arve, dont la température de l'eau ne dépasse pas14 °C[14], fait chuter la température du Rhône, dans le secteur deLa Jonction, et en aval, d'environ8 °C, car l'eau du Léman en surface, a une température d'environ20 °C, enété. Cette différence de températures peut s'avérer dangereuse pour lesbaigneurs, s'ilsnagent en amont et en aval de la Jonction, car ils risquent l'hypothermie et une réduction de laforce musculaire, voire lanoyade[15]. Plusieurs personnes se noient chaque année[16], avec une surreprésentation des hommes jeunes et des étrangers parmi les victimes[17]. La méconnaissance des lieux est impliquée[18]. Une autre explication incrimine la précarité[19].
Après avoir quitté la Suisse, le fleuve pénètre dans le sud dumassif du Jura par ledéfilé de l'Écluse. Le cours du Rhône devient alors très encaissé, et le fleuve disparaissait même sous les calcairesurgoniens en amont deBellegarde (pertes du Rhône) et de la confluence de laValserine, affluent de rive droite. Le canyon du Rhône et les pertes sont aujourd’hui noyés sous le lac de retenue dubarrage de Génissiat. À Bellegarde, le fleuve oblique en direction du sud, reçoit les eaux duFier en rive gauche, longe la plaine autrefois marécageuse deChautagne et passe à proximité dulac du Bourget auquel il est relié par lecanal de Savières. Il poursuit son cours en direction de l'ouest, quitte leJura après les rapides deSault Brénaz, reçoit les eaux de larivière d'Ain en rive droite. Il longe le plateau de laDombes et atteintLyon où il reçoit laSaône, son plus long affluent. Le système le plus long du bassin du Rhône n'est d'ailleurs pas le fleuve éponyme, mais leDoubs, qui mesure environ950 kilomètres depuis sa source jusqu'à la Méditerranée (453 kilomètres de la source à la Saône,167 kilomètres deVerdun-sur-le-Doubs à Lyon, et330 kilomètres de Lyon àPort-Saint-Louis-du-Rhône).
Les grands travaux d'aménagement économique du Rhône ont été principalement le fait de laCompagnie nationale du Rhône qui a également pour mission d'entretenir et moderniser ces aménagements. On lui doit l'édification d'ouvrageshydroélectriques qui ont permis de réguler les crues tout en produisant de l'énergie non polluante, de plus de quinze milliards dekWh en 2007.
Le trafic fluvial reste important malgré l'absence d'un canal à fort gabarit entre le Rhône et leRhin (la mise à grand gabarit ducanal du Rhône au Rhin, commencée partiellement à l'est, a été abandonnée sous legouvernement Jospin et l'impulsion deDominique Voynet alors ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement). Il bénéficie du report amorcé des modes de transport, en partie, vers le fluvial. En 2007, 6 200 bateaux ont passé les écluses de Bourg-lès-Valence.
Des conventions sont signées avec les communes pour organiser l'aménagement de ports de plaisance ou d'espace de mise à l'eau. C'est ainsi que le port deCruas a été inauguré le.
La protection de l'environnement est devenue l'une des priorités de la CNR. Diverses actions sont en cours en faveur de la faune, la flore et l'amélioration de la qualité de l'eau. L'entretien des sites classésNatura 2000 est tout particulièrement suivi, par exemple le traitement de formations envahissantes d'ambroisies et de jussies àViviers enArdèche. D'autres actions écologiques ont été entreprises le long du fleuve. Ainsi, en Suisse, lebois de Finges est devenu une réserve naturelle protégée ; de ce fait, la construction de l'autoroute A9 nécessite une traversée entièrement souterraine du site. Les travaux ont commencé en 2004 et dureront entre quinze et vingt ans[21],[22].
En amont du Léman, le Rhône, lui-même originaire d'un glacier et le réceptacle de cours d'eau glaciaires, possède unrégime hydrologique influencé par une composante glaciaire important : son débit augmente fortement en période de fonte des glaces, ses eaux sont également chargées de matière en suspension ayant la même origine.
Le régime hydraulique du Rhône est caractérisé par des maxima automnaux liés aux pluies méditerranéennes, et printaniers en raison de la fonte des neiges. L'hiver présente souvent des débits soutenus mais moins marqués et le régime hydraulique minimum est estival.
Longtemps qualifié de « fleuve fantasque », en raison de ses crues puissantes (plus de 11 000 m3/s à l’aval)[26],[27], il est d’usage de parler de « fleuve dompté » depuis l’aménagement, sur sa partie française, par la CNR. En amont, sur sa partie suisse, il a subi denombreux aménagements. Les crues de 1993-1994 et de 2002-2003 ont montré que l’aménagement hydroélectrique ne gère que les débits ordinaires, mais n’empêche en aucun cas la formation de grandes crues similaires à celles duXIXe siècle.
Le Rhône se caractérise par la diversité de son bassin versant :
apports alpins soutenus entre mai et juillet (fonte des neiges et des glaciers) ;
apports océaniques d’hiver, à crues lentes (Saône) ;
apports méditerranéens et cévenols à crues violentes d’automne et étiages sévères d’été.
Il en résulte un régime hydrologique très complexe, et une très grande diversité dans la formation des crues et leur déroulement. On distingue les types de crue suivants[28] :
les crues océaniques, dans lesquelles laSaône joue un rôle prépondérant ;
les crues méditerranéennes extensives (janvier 1994), avec une forte contribution des affluents méditerranéens de rive gauche (Durance, notamment) ;
les cruescévenoles (septembre 2002) avec un rôle prépondérant des affluents méditerranéens de rive droite (Ardèche,Cèze,Gardon) ;
les crues généralisées (type 1856) qui sont les plus dommageables.
Débit moyen mensuel (enm3/s) Station hydrologique : V7200010 - Le Rhône àBeaucaire pour un bassin versant de 95 590 km2 et à 6 m d'altitude[1] (08/06/2013 - données calculées sur92 ans de 1920 à 2011)
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Vers175av. J.-C., une importantecrue du fleuve recouvre une large partie d'Arles et provoque la destruction irrémédiable des quartiers sud. Ces quartiers périphériques méridionaux sont par la suite abandonnés pendant deux siècles. Vers150, on a la trace d'une importante crue àArles. Vers280, des sources historiques indiquent une crue importante àLyon, ravagée par une inondation[34]. L'archéologie confirme àArles la destruction par les eaux d'un habitat romain à la fin duIIIe siècle. L’année346 voit une crue généralisée du Rhône[35].
En563, un éboulement situé avant le Léman forme un barrage sur le Rhône avec montée des eaux en amont. La rupture du barrage provoque une vague d'eau qui créa des dégâts importants en aval y compris sur les berges duLéman. Cet événement appelécatastrophe du fort de l’Écluse ouéboulement deTauredunum est signalé parGrégoire de Tours[36] etMarius d'Avenches. En579 ou580 (plus probablement en 580), a lieu une crue d'automne avec inondation àLyon et àArles. ÀLyon,Grégoire de Tours rapporte :« au commencement d'octobre, après deux jours de pluies continuelles, le Rhône et la Saône entrèrent en crue. Chose qui ne s'était jamais produite, les deux rivières vinrent se rejoindre au milieu de la presqu'île et formèrent un courant si violent qu'une partie des murs de la ville fut renversée, d'où l'on peut juger du nombre de maisons qui durent être entraînées par les eaux. » ÀArles, lecirque romain est abandonné après cette catastrophe.
En808, une crue de printemps fait écrire« Cette année, l'hiver fut très « mou » et très pernicieux. On fut affligé à sa suite d'inondations terribles » et est suivie, l'année suivante, d'une crue d'hiver généralisée :« En 809, l'inondation surpassa toutes les inondations connues. Elle emporta les moissons des champs riverains et força les habitants des bords de rivières à chercher un refuge sur les hauteurs. L'abondance des pluies en fut la cause. Elle atteignit son apogée le 28 décembre. »Lors de l'hiver821-822, des crues généralisées affectent la France :« Il y eut en France une si grande abondance de pluie que les fruits de la terre en furent perdus et qu'on ne put rien semer au printemps suivant. Les rivières sortirent de leur lit et les eaux se répandirent au loin dans les campagnes. »868 voit une crue historique généralisée des fleuves à la suite de « pluies incessantes ».
En1226, la crue d'automne (17 septembre[37]) et des inondations àAvignon ont lieu peu de jours après la reddition de la ville aux troupes du roiLouis VIII qui assiégeaient la cité depuis 10 juin. À quelques jours près, la cité eût été sauvée.
En1308, une lettre du comte de ProvenceCharles II évoque les cultures détruites, les ponts emportés et les bestiaux noyés à la suite d'une crue.1345 voit des inondations catastrophiques. ÀArles, à la suite des inondations de1352, le Chapitre ne peut plus être ravitaillé correctement (d'après un texte du 5 octobre 1352). Les inondations catastrophiques se répètent en1353,1358,1368 ou1373 (cette dernière crue est mal datée, probablement de1372). La crue du 14 novembre1396 fait écrire au chroniqueur arlésienBertrand Boysset : « […] il y eut un grand déluge d’eau du Rhône et des marais… et noyaMontlong,La Cape, laHaute-Camargue et les marais salants dePeccais. […] (À Arles) L’eau monta du lundi soir au mardi à l’heure de tierce, de onze palmes de hauteur… (soit environ 2,20 m). J’ai eu tant d’eau dans ma maison que cela recouvrait les six premières marches de l’escalier. » Les crues d'octobre1398, décembre1401 et février1404 sont aussi signalées par le chroniqueur arlésien Bertrand Boysset.
ÀTarascon, il est rapporté que« le 16 juin1424, des inondations du Rhône mettent la ville en grand péril ». À la fin de cette même année 1424, le conseil et les syndics de Tarascon se préoccupent de faire réparer les brèches ouvertes dans les levées du Rhône[38]. EnCamargue, 80 % au moins des blés sont anéantis par cette inondation. Une crue de printemps avec des inondations frappe la Camargue en1426 et1432. En1433, une crue d'automne se produit àAvignon :« après plusieurs jours de pluies continuelles, le Rhône, laDurance et laSorgue avaient débordé et inondé les bas quartiers de la ville. Le 29 novembre, les eaux atteignirent la porte de la chapelle des Pénitents Gris. Les eaux se retirèrent le1er décembre. »
1442 : crue de printemps (avril) avec de nombreux dégâts recensés dans la campagne arlésienne.
1471 : crue d'automne décrite àLyon et dans la région d'Avignon. Pour Lyon, un texte mentionne : « […] remise accordée à Pierre Sales, fermier de la barre du pont du Rhône, sur le prix de son bail. Dans sa requête adressée au consulat Pierre Sales explique que "le passaige de ladite barre a esté de bien petite valeur" à cause de l'inondation qui eut lieu au mois d'octobre (1471) […] »
1544 (ou1548 ou1554 ?) : crue d'automne (vers le 13 novembre) ; inondations généralisées au sud d'Avignon.
Au mois de novembre de l’an 1544, il pleut abondamment en Provence, provoquant une inondation qui fit renverser une partie des murailles de la ville d’Avignon, déterrant les corps des cimetières. Le Rhône a tellement débordé, que depuis laDurance jusqu’à la mer, toute la campagne ne fait qu’un avec elle, à tel point, nous ditHonoré Bouche que l’on peut se rendre par bateau deChâteaurenard àEyragues ou àSaint-Rémy.
EnCamargue vers 1550, on rapporte une défluviation duPetit-Rhône au niveau deSylvéréal à la suite d'une grosse crue. Le tracé actuel date de cette époque.
1564 : crue automnale (fin novembre - début décembre) à Arles. « Sur le chemin du retour, la caravane royale (Charles IX et sa mèreCatherine de Médicis) fut immobilisée dans Arles par une crue du Rhône. Il entra, le jeudi 16, à Arles, où les eaux le retinrent pendant trois semaines. Il quitta la cité le 7 décembre… »
1583 : crue estivale. Le, une crue brutale et dévastatrice entraîne l’écroulement d’une partie desRemparts d'Arles
1587 : crue et modification du tracé du Rhône dans son delta. Une grande inondation bouleverse le lit du Rhône et crée le chenal du Bras de Fer, qui constitue alors l'une des trois embouchures (appelées "graus") du Grand Rhône[39]
1593 : crue du grand Rhône la veille de Pâques (mars-avril)
1674 : crue d'automne (novembre) et inondations catastrophiques
Inondation signalée à Avignon
Gros dégâts sur les travaux de dessèchement des marais entre Arles et Tarascon. En 1674, l'inondation fut si terrible qu'en 1683, alors qu'une autre inondation majeure se produisit, les réparations des dégâts de 1674 n'étaient pas encore achevées, ce qui entraîna nombre de procès, notamment avec la communauté de Tarascon[40].
1678 : crue de printemps signalée le 16 avril 1678
1694 : crue d'automne (vers le 15 novembre). Le pont d'Arles est emporté le 15 novembre : « Le 15 novembre 1694, le pont d'Arles résista à une grande crue mais, par comble de malchance, celui de Tarascon ne résista pas et ses débris, emportés par le courant, vinrent heurter et briser le premier. »
Au cours duXVIIIe siècle, des ouvrages d'endiguement insubmersibles furent construits, principalement par les riverains[41].Entre1705 et1719, crues et inondations quasi annuelles.
1705 : crue d'automne (octobre) et inondations. Les eaux du Rhône détruisent les ouvrages de dessèchement autour d'Arles.
1708 : crues et inondations (hiver, printemps, les deux ?). Dans ses Mémoires,Louis Pic dit que dans l’été 1708, les inondations et les chaleurs ont provoqué des fièvres : « plus de la moitié des habitants furent attaqués, de sortes qu’elles donnèrent la mort à un grand nombre de personnes ».
1709 : crue de printemps après le rude hiver 1709. En mars 1709 : « en un temps que le pays (Camargue) est tout inondé et que la plus grande partie des habitants a déserté ».
1711 : crue d'hiver (début février) et inondations.
Dans ledelta du Rhône, cette crue provoque une nouvelle fois un changement du tracé du fleuve : encombré par les vases, les eaux quittent le chenal du Bras de Fer pour se jeter dans un canal artificiel[42]
AuxSaintes-Maries-de-la-Mer, cette crue se conjugue avec un niveau élevé de la mer qui provoque la destruction du pays : « il s’agit au départ d’une grosseur du Petit-Rhône d’ampleur exceptionnelle, à la suite de fortes pluies ayant provoqué la fonte des neiges précocement tombée sur l’arrière pays montagneux. Et bientôt, par violente tempête de sud-est la mer menace immédiatement la ville et le terroir, sans rencontrer de défense efficace ».
ÀArles, cote de 5,27 m ; dans cette cité, un dessin deE. Tassy, conservé dans une collection particulière, représente l’actuelle place Voltaire et le quartier de la Cavalerie inondés et couverts de barques.
La crue est très forte en amont deLyon et exceptionnelle en aval à cause des apports de laSaône. À Lyon, pendant tout le mois de novembre, le centre de la ville est sous les eaux ; six cents maisons s’écroulent.
LaCamargue est inondée. Le 3 novembre 1840, le delta, des salins d’Aigues-Mortes (Peccais) jusqu’àPort de Bouc, est entièrement submergé. Aigues-Mortes doit fermer les portes de la ville pour ne pas subir ce même sort. « Le grand fleuve, qui venait de rompre ses digues, reconquit son ancien domaine et baigna les murailles de la ville subitement transformée en île ; les portes furent fermées. Pendant plusieurs jours, les plus gros bateaux du Rhône vinrent accoster les remparts comme de véritables quais, et purent ainsi ravitailler la population protégée par son enceinte contre cet ennemi d'une autre nature. »
1841 : crue d'automne (octobre) avec des inondations. « Le, il se produit de terribles inondations qui portent leurs ravages sur la Camargue. »
1843 : crue d'automne (novembre). ÀBeaucaire le niveau mesuré est supérieur à celui de 1841. Les salins d'Aigues-Mortes sont encore inondés.
ÀAvignon, le, l'inondation emporte une partie des remparts entre la porte Saint-Roch et la porte Saint-Dominique.
ÀLyon, les dégâts[46] sont très importants. La crue cause des dégâts énormes dans le territoire de la rive gauche en pleine période de construction et entraîne la mort de dix-huit personnes dans la commune de laGuillotière.
Le photographeÉdouard Baldus, à la demande de l’administration des Beaux-arts réalise un reportage (probablement un des tout premiers reportages photographiques) sur les inondations dévastatrices du Rhône, àLyon[47],Avignon[48] etTarascon. Nous disposons aussi des clichés réalisés parLouis Froissard photographe du Service municipal de la voirie de Lyon[49].
Toujours à Arles, une gravure de Gérardin dans leMonde Illustré représente l'avenue de Tarascon inondée à hauteur de la paroisse actuelle du Trébon, avec des gens secourus par barques.
1896 : crue d'automne (novembre). Le une crue est signalée àSablons (Isère) ainsi qu'àGrigny (métropole de Lyon).
En 1934, laCompagnie nationale du Rhône (CNR) reçoit la concession des travaux d'aménagement du Rhône. Cette entreprise est depuis chargée de l'aménagement général du fleuve, en particulier pour la production hydroélectrique et la navigation[41].
1910 :crue d'hiver (janvier). Le une crue est signalée àGrigny (métropole de Lyon).
1918 :crue d'hiver (décembre). Le une crue est signalée àGrigny (métropole de Lyon).
1923 :crue d'hiver (décembre). Le une crue est signalée àGrigny (métropole de Lyon).
1928 :crue d'hiver (février). Le une crue est signalée àSablons (Isère) ainsi qu'àGrigny (métropole de Lyon).
1936 : crue d'hiver (janvier) ; quartiers d'Avignon à nouveau inondés.
1944 : très fortes crues en Isère. Les crues de novembre (qui succèdent à celles du printemps) sur le haut cours du fleuve sont parmi les plus importantes depuis plusieurs siècles. La région en amont de Saut-Brénaz est particulièrement sinistrée. Au Bouchage des maisons s'écroulent, le bétail doit être évacué sur des « plates » vers les villages voisins (Buvin, Vézeronce, Morestel). Le « Rhône » de 1944 reste dans les mémoires locales l'évènement le plus traumatique vécu par les habitants de cette région. Le le niveau des plus hautes eaux de la crue est repéré àGrigny (métropole de Lyon).
1955 :crue d'hiver (janvier). Le une crue est signalée àGrigny (métropole de Lyon).
1957 :crue d'hiver (février). Le une crue de même ampleur[50] que celle de 1928 est signalée àGrigny (métropole de Lyon).
2003 : crue d'automne (début décembre). À cette date, il s'agit de la plus grande crue historique mesurée avec un « débit instantané » de 13 000 m3/s le 4 décembre à3 h àBeaucaire[53]. LaCompagnie nationale du Rhône (CNR) dans son rapport de synthèse indique un « débit horaire » supérieur à 12 500 m3/s[54]. Le débit a été depuis révisé à 11 500 m3/s ± 5 %[55]. Les dégâts sont particulièrement dramatiques dans la plaine du Bas-Rhône (au sud de Tarascon)[56] par suite de rupture des digues.
Les digues cèdent au nord d'Arles et toute l'agglomération construite au nord-est de la cité depuis 1900 est sous les eaux, qui sont bloquées au sud et à l'est par les digues du canal du Viguerat. Pour la seule ville d’Arles, la Fédération Française des Assurances (FFA) comptabilise plus de 8 000 sinistrés.
Plus au sud, d'autres digues cèdent en aval deFourques[57] sur la rive droite du Petit Rhône, et la Petite Camargue jusqu’àAigues-Mortes est submergée comme lors des inondations de.
Les deux dernières crues ayant eu des conséquences économiques et humaines si catastrophiques en particulier dans la plaine du Bas-Rhône, au sud de Tarascon à Arles, qu'elles ont entrainé la mise en chantier duPlan Rhône.
Le cours du Rhône est communément divisé en cinq tronçons hydrographiques, du point de vue du profil en long et de la contribution hydro-sédimentaire des affluents[58],[59] : le Rhône alpestre suisse (de la source aulac Léman), le Haut-Rhône (du lac Léman à la confluence avec laSaône à Lyon), le Rhône médian (de Lyon à la confluence avec l'Isère à Valence), le Bas-Rhône (de Valence à la confluence avec leGardon à Arles), et ledelta du Rhône enCamargue.
Le Rhône prend sa source dans lemassif du Saint-Gothard, dans lesAlpes suisses. Il naît de la fonte duglacier du Rhône. Il emprunte une longue vallée étroite en Valais pour rejoindre leLéman à la hauteur de la commune duBouveret. Entre sa source et le lac, le Rhône reçoit les eaux d'environ200 torrents.
Le Rhône suisse a subi de nombreux aménagements visant à maîtriser son cours et diminuer les effets néfastes de sescrues :première correction entreprise entre 1863 et 1894, seconde correction entre 1930 et 1960, et troisième correction en cours depuis 2008, devant durer25 à 30 ans.
Le Léman agit comme un bassin de décantation et marque de fait une rupture nette dans le transport sédimentaire entre le cours amont et aval du fleuve. Le tracé du Rhône en aval du Léman prend forme durant leMiocène[60],[61] et il connaît une évolution majeure durant lacrise de salinité messinienne[62]. La diversité du bassin versant influe sur les conditions de production et de fourniture sédimentaire : diversité géologique, héritage des formations glaciaires, conditions morphoclimatiques contrastées de dégradation des sous-bassins…
La dynamique fluviale naturelle du Rhône et de ses affluents est fortement marquée par l'héritage des dernières glaciations.
Sur la partie amont, jusqu'à Lyon pour le Rhône et Valence pour l'Isère, les glaciers quaternaires (dernier maximum glaciaire il y a environ 18 000 ans) ont laissé des alternances de zones surcreusées (les ombilics) et de zones proéminentes (les verrous). Les ombilics sont occupés par des lacs glaciaires lorsqu'ils étaient situés à l'écart des cours d'eau principaux capables de les réalluvionner (lac d'Annecy, lac du Bourget). En revanche, s'ils étaient situés sur un axe d'écoulement majeur, ils ont été alluvionnés en tout ou partie, mais sans que la continuité du transit des graviers ait pu toujours être rétablie : le Léman n'est que très partiellement alluvionné par le Rhône suisse, la plaine de Brangue-Le Bouchage, en amont de Lyon, est alluvionnée, mais la pente y était encore faible (zone de marais).
Sur la partie aval, la remontée rapide du niveau marin à la fin de la dernière glaciation il y a quelque 10 000 ans (remontée de 120 m :transgression flandrienne) a forcé le Rhône à déposer ses alluvions (formation de la Camargue) : les graviers n'arrivaient toujours pas jusqu'à la mer, et se déposaient à l'entrée du delta. La plupart des affluents ont eu du mal à suivre la remontée du niveau du fleuve : ils déposent leurs alluvions grossières à l'entrée de la plaine du Rhône et se terminent par un lit à méandres mobiles (Ouvèze,Aygues,Ardèche,Cèze,Gardon).
Entre ces deux secteurs, le Rhône montre un profil plus ou moins lissé avec une faible épaisseur d'alluvions, un substratum proche et des pentes relativement fortes.
Letransit sédimentaire couvre une large gamme de matériaux. On distingue classiquement deux modes de transport : le transport parcharriage sur le fond des alluvions grossières et le transport ensuspension des sédiments fins.
Les graviers et galets n’atteignaient pas la mer : ils contribuaient à l’alluvionnement à l’entrée du delta. Les apports de graviers sont aujourd’hui insignifiants.
Les limons et argiles sont emportés loin des côtes et contribuent à la sédimentation pélagique. En définitive, seuls les sables jouent un rôle actif dans la dynamique sédimentaire du littoral.
À l'embouchure du bras du Grand Rhône les sédiments se déposent pour créer le delta sous-marin. Sa morphologie prend une forme lobée, avec dès la sortie du fleuve une zone peu profonde où sédimentent les sables charriés à la base de la colonne d’eau. Les houles modèlent sur ce lobe une barre d’embouchure discontinue qui forme un ressaut entre 1 et 2 m de profondeur. Cette barre se déplace lentement sous l’effet des crues qui la «poussent» vers le large, entrainant ces sédiments à plus grande profondeur vers le talus sous-marin. Ce talus de forte pente (30 degrés), descend jusqu’à 40 m de profondeur environ. Il est aussi constitué par les sédiments plus fins (silt, argiles) apportés par le fleuve et qui sédimentent après la barre[63].
Les quantités de sédiments apportées au débouché du Rhône sont contrôlées par la dynamique du fleuve. Les particules les plus grossières (sables) se déposent immédiatement pour former unebarre d’embouchure. Ces sédiments sont ensuite repris et transportés pour partie vers les plages voisines lors des évènements intenses que sont les crues et les tempêtes marines. L’intensité de cette reprise varie en fonction du paroxysme de chaque événement et de leur succession dans le temps. Ce rapport de force entre les dynamiques fluviales et marines régule celle de la barre d’embouchure et plus indirectement celles des plages rhodaniennes[64].
Dynamique sédimentaire du Rhône : l'exemple du Valentinois
Le trait dominant de la plaine deValence est une surface déprimée, encadrée au nord, à l’est et au sud par des collines ou lambeaux de plateaux surtout molassiques, de formes et de hauteurs modérées (200 à 300 m).
Le fond molassiqueMiocène fut recouvert par lesalluvions fluvio-glaciaires de l’Isère, dont les terrasses marquent aujourd’hui encore la forme de la plaine, et les dépôts périglaciaires des rivières descendant dumassif du Vercors et formant descônes de déjection entre les buttes molassiques. Plus au sud, les dépôts périglaciaires abondants de laDrôme formèrent, à laconfluence, une vaste plaine alluviale en éventail qui rejeta progressivement le cours du Rhône au pied des versants ardéchois.
Le Rhône apporta ses propresalluvions : par endroits, l’élargissement de sonlit fluvial est propice aux accumulations sédimentaires. Le fleuve a naturellement tendance, sur sa basse plaine, à divaguer. Sa pente longitudinale assez forte engendre des vitesses d’écoulement importantes. L’Isère, à quelques kilomètres en amont deValence, lui apporte près du quart de ce que roule déjà le fleuve. Ajouté aux eaux torrentielles de ces affluents en période de pluie ou de fonte des neiges, ce Rhône puissant peut devenir énorme et sauvage.
En parallèle, un principe d’aménagement du chenal est adopté pour améliorer les conditions de navigation selon un tracé sinusoïdal à grand rayon de courbure. Des digues submersibles sont construites le long des rives concaves. Le barrage systématique des bras secondaires est engagé. Parfois, le double objectif de protection des terres et de fixation du chenal navigable conduit à des digues insubmersibles, comme à Pierre-Bénite.
La loi de 1878 déclare d’utilité publique « les travaux d’amélioration du Rhône entre Lyon et la mer ». Les aménagements connaissent alors une expansion rapide.
À partir de 1884, l'ingénieur des Ponts et Chaussées Henri Girardon[66] révolutionne les conceptions de l’aménagement à courant libre. Il modifie l’utilisation des épis plongeants et noyés, des seuils de fond, des tenons et des traverses selon un système qui sera appliqué sur le Rhône en aval de Lyon[67]. Les « casiers » résultent de l’association des tenons et des épis aux digues basses. L’objectif est de stabiliser un chenal navigable de 150 m de large et d'une profondeur régulière de 1,60 m sous l’étiage conventionnel[58]. En 1938, l’aménagement du Rhône à courant libre est quasi continu entre Lyon et Arles. Le tressage a disparu au profit d’un chenal unique rectifié, les annexes fluviales sont de plus en plus déconnectées[68].
Dans les années 1980, laCNR réalise lecanal de Savières afin de permettre lanavigation entre le Haut-Rhône etlac du Bourget (qui est le plus grand lac naturel deFrance). Lebarrage de Savières est construit pour contrôler les niveaux du canal et du lac du Bourget et éviter leur abaissement, et une écluse permet le passage des bateaux sur ce canal de 4,5 km de longueur[69].
Fleuve alpin plus puissant que le Rhin (ledébit spécifique du Rhône en son delta est de 17,6 l/s/km², contre 11,9 l/s/km² pour le Rhin[70]), le Rhône se prête bien à la production hydroélectrique. Les premières velléités pour l’exploitation de sa force hydraulique remontent à 1871[71]. Les premiers capitaux suisses, dans le prolongement de l’aménagement du Rhône genevois, sont remplacés par les intérêts français et notamment lyonnais qui craignent l’arrivée de capitaux germaniques[72]. Sont construits successivement, le barrage de Bellegarde au niveau despertes du Rhône (1872-1874), de laCoulouvrenière (1883-1886),de Jonage-Cusset (1894-1899),de Chèvres (1893-1896) etde Chancy-Pougny (1919-1925). En 1917, une commission franco-suisse pour l’aménagement du Haut-Rhône français est instaurée afin de faciliter les négociations entre les deux Etats au sujet de la régularisation des débits à l’exutoire du Léman, en s’appuyant sur un projet historique deLouis-Léger Vallée de 1843. L’objectif est de cette gestion des débits est de favoriser la navigation et d'optimiser la production électrique des futurs barrages du Haut-Rhône français.
La loi du 27 mai 1921 approuve le programme d’aménagement du Rhône de la frontière suisse à la mer, au triple point de vue des forces motrices, de la navigation et des irrigations et autres utilisations agricoles, et créant les ressources financières correspondantes[73]. Ce premier jalon est suivi en 1933 par la création de laCompagnie Nationale du Rhône (CNR), société d’économie mixte dont l’actionnariat associe des acteurs publics (collectivités territoriales rhodaniennes et franciliennes, chambres de commerce) et privés (compagnie ferroviaire PLM, industriels actionnaires). En 1934, une concession de l’Etat donne à la CNR autorité sur tout le Rhône français[74].
L’aménagement du Rhône par laCNR débute en 1937 avec la construction, puis la mise en service en 1948, dubarrage de Génissiat. Il s'agit alors du plus important barrage d'Europe, et de l'unique barrage de moyenne chute construit sur le Rhône[75]. L’aménagement CNR a porté ensuite dans les années 1950/1970 sur le Bas-Rhône (barrage de Donzère-Mondragon notamment), puis dans les années 1980 par l’aménagement du Haut-Rhône français.
L’aménagement pour la production hydroélectrique et la navigation concerne ainsi la quasi-totalité du cours du Rhône de la frontière suisse à la mer : seuls le tronçon situé entreSault-Brénaz et Lyon (avec l’abandon duprojet d'aménagement de Loyettes dans les années 1980[76]) et le tronçon situé en aval de l'aménagement de Vallabrègues jusqu’audelta sont à courant libre.
L’impact de cette succession d'aménagements sur la dynamique fluviale est lié à deux grands facteurs : la perturbation du transit sédimentaire dans les retenues des barrages, et la perturbation du régime hydrologique dans les "Vieux Rhône" court-circuités.
Dans les retenues, la pente est nulle ou faible pour tous les débits ordinaires et les crues annuelles. Il n’y a que pour les crues exceptionnelles que la pente tend vers la pente naturelle.
Or la capacité de transport solide diminue rapidement avec la pente. D’une manière générale, une réduction de 25 % de la pente conduit à un transit de sédiments cinq fois moindre. Une pente égale à la moitié de la pente naturelle correspond pratiquement à une pente de non transport : le débit de début d’entraînement est en effet plus que triplé : il correspond alors à un débit dépassé un jour tous les10 ans en général.
Lorsque le débit du Rhône dépasse le débit nominal de la dérivation, les vannes du barrage sont progressivement ouvertes. L’ouverture des vannes de fond permet la chasse des matériaux déposés à l’amont immédiat du barrage.
Cependant, tant qu’il demeure une perte de charge au barrage, la pente amont est inférieure à la pente naturelle, et ne permet qu’un transit partiel des sédiments jusqu’au barrage. L’ouverture des vannes de fond permet l’évacuation des sédiments accumulés devant le barrage, mais pas le transit de toute la charge de fond amont.
Ce n’est que lorsque la perte de charge au barrage devient négligeable que l’on peut véritablement parler de transparence totale. La crue assure alors non seulement le transit des apports d’amont, mais également la reprise d’une partie de la sédimentation de la retenue.
Cette transparence totale n’est assurée qu’à partir de la crue centennale.
À peu de chose près, on peut considérer que le débit dérivé est constant (en réalité, le débit dérivé est le plus souvent un peu diminué pendant les fortes crues), sauf incident dans le fonctionnement du barrage. La majeure partie du temps, il ne reste dans leVieux Rhône que le « débit réservé », incapable de transporter des sédiments.
Il résulte de la mise en débit réservé des Vieux Rhône une exondation des casiers Girardon construits de part et d'autre du chenal principal, ce qui a mis au jour différents patrons de remplissage sédimentaire, depuis des casiers aquatiques à des casiers entièrement atterris et colonisés par la végétation riveraine[77]. Les casiers Girardon sont qualifiés de "nouveaux écosystèmes" par certains scientifiques[78], et ils font l'objet depuis les années 2010 de travaux derestauration écologique par laCNR[79].
La fréquence des débits morphologiquement actifs est fortement diminuée, ce qui réduit d’autant la capacité de transport dans les RCC (Rhône court-circuités).
Extractions de matériaux alluvionnaires sur le Rhône et ses affluents.
Les mouvements de matériaux sur le Rhône résultent des différents modes de gestion des sédiments mis en œuvre sur le fleuve et ses affluents. D'une façon générale, ils se traduisent, soit par des extractions de matériaux grossiers lorsque leur valorisation économique le permet (il s'agit alors de graviers, du sable grossier jusqu'au galet), soit par des déplacements sans extraction, d'un lieu à un autre du lit, de matériaux fins (des sables fins jusqu’aux argiles en passant par les limons).Les matériaux extraits correspondent au matériau participant au transport par charriage, alors que les matériaux fins remobilisés correspondent au type de matériaux participant au transport par suspension.
En dehors des raisons d'entretien du lit, les extractions de matériaux ont été historiquement motivées par des besoins économiques liés à la réalisation des aménagements du Rhône, des infrastructures routières, et plus récemment des plateformes des centrales EDF ou des remblais TGV.
Aujourd'hui, les mouvements de matériaux, extractions ou remobilisation répondent à un besoin de gestion du lit du Rhône pour les besoins propres :
à la navigation (maintien d'un chenal navigable pour un gabarit donné) ;
à l'entretien des ouvrages (barrages, vannes, écluses, etc.) ;
à l'exploitation électrique (dragages énergétiques à la restitution) ;
à la protection contre les crues (partie aval des affluents) ;
à l'entretien du lit des RCC (décapage des bancs, charruage).
Volume moyen annuel de graviers extraits sur tout le Rhône en aval du Léman dans le lit mineur : 900 000 m3/an.
Volume moyen annuel de matériaux fins remobilisés dans le lit mineur : 1 100 000 m3/an.
Le transit des graviers a été totalement bouleversé au cours duXXe siècle :
les apports de la plupart des affluents se sont taris, en raison des aménagements et interventions dont ils ont fait l'objet : barrages, dérivations, extractions. LaDurance, l'Arve, leFier, qui apportaient des volumes importants au Rhône, ne charrient plus guère de graviers dans leur partie terminale ;
sur le Rhône, des extractions importantes ont eu également lieu, et ont laissé des fosses d'extraction importantes ;
de toute façon, le Rhône aurait été aujourd'hui incapable de transporter les apports naturels : pentes trop faibles dans les retenues, débits trop réduits dans les tronçons court-circuités.
Au total, on arrive paradoxalement à un nouvel « équilibre » : presque pas d'apports, presque pas de transport.
Le transit de graviers ne dépasse guère quelques milliers de mètres cubes par an sur la plupart des tronçons, avec un maximum de quelques dizaines de milliers de mètres cubes par an entre la Drôme et l'Ardèche.
Carte du cours du Rhône depuis Genève jusqu'à Lyon faite en 1787. Où il est marqué en jaune tous les ports et guets qui sont le long de ce fleuve. Les postes que l'on peut y occuper pour défendre lesdits ports et guets. Observez que les ports sont marqués par des petites ancres.
Le Rhône est le seul fleuve reliant directement la Méditerranée à l’Europe du Nord. Il constitue depuis lesRhodiens et lesPhéniciens un axe majeur de circulation des populations et des marchandises. Élément structurant dans l'organisation des territoires, le Rhône conduit aussi les hommes à se surpasser pour le dompter et surtout le traverser.
On trouve ainsi des traces d’occupation dès la Préhistoire. Dès l’Antiquité, l’étain, le cuivre ou les peaux du Nord sont échangées contre des productions de l’Orient et de la Méditerranée (ivoire, épices, étoffes, etc.).
En août 218av. J.-C.,Hannibal traverse le Rhône avec son armée de 80 000 hommes et 37 éléphants dans le but d'attaquerRome par voie de terre. L’armée romaine sous les ordres de Scipion étant toute proche sur la rive gauche du fleuve, il préfère remonter le long du fleuve à vive allure pendant quatre jours pour l’éviter et ainsi affronter l’ennemi en Italie, sur son territoire.
À l’époque romaine, il devient une voie de développement commercial. Plus tard, le vin, la vaisselle et le sel d'une part, les armes et les étoffes d’autre part empruntent en sens inverse le sillon rhodanien.
La présence du fleuve permet le développement des villes commeArles,Avignon,Lyon ouVienne qui profitent de leur atout géographique à la croisée du Rhône et des axes de communication terrestres et maritimes. Les franchissements du fleuve participent également de manière déterminante à l’histoire des villes et des territoires.
Tout au long de son cours, le Rhône compte de nombreuxponts routiers, autoroutiers, ferroviaires, piétonniers, ou mixtes. Lepont de Chancy est le seul pont qui franchit la frontière entre la Suisse et la France sur le Rhône, sans compter lebarrage de Chancy-Pougny qui peut aussi faire office de pont pour les collaborateurs de l'exploitation.
Le Rhône a un système hydrologique extrêmement complexe. Il entame son parcours sous la forme d'untorrent de montagne et se termine dans ledelta de laCamargue, après avoir alimenté leLéman et traversé plusieurs villes et grandes agglomérations.
Par le débit, le Rhône est le premier fleuve français et le deuxième, après leNil, de tous ceux qui se jettent dans lamer Méditerranée (hors mer Noire).
En France, depuis 1987,Territoire Rhône est un organisme public créé pour assurer la liaison entre les collectivités territoriales et favoriser la cohérence des actions menées au fil du Rhône[82].
En Suisse, l'administration fédérale, en particulier l'Office fédéral de l'environnement (OFEV), leDépartement fédéral des affaires étrangères (DFAE) et l'Office fédéral de l'énergie (OFEN), se coordonne avec les cantons concernés : Valais, Vaud et Genève, ainsi qu'avec les instances françaises. Dès le 28.10.2020, la Suisse s'apprête à renégocier avec la France un accord-cadre sur le Rhône. Des évaluations montrent que la collaboration actuelle est fonctionnelle, elle respecte laConvention d'Helsinki sur les eaux transfrontières. Cependant le gouvernement suisse souhaite améliorer la perspective globale face au défi climatique[83].
En 1986 à Genève, face à des projets destructeurs, des pollutions de l'eau des affluents et d'autres menaces, une initiative cantonale est lancée. Elle propose une loi sur la protection du site naturel du Rhône[86]. La Loi sur la protection générale des rives du Rhône (L 4 13) est adoptée le 27.01.1989 et entrée en vigueur le 01.04.1989[87].
De plus satempérature moyenne tend à augmenter (+1 à +2°C sur30 ans pour les moyennes annuelles[88]), de même que celle de ses affluents (température mesurée précisément sur 30 ans, chaque heure, sur une quinzaine de stations[88]). Ces augmentations sont plus marquées sur le Rhône aval et ses affluents chauds, et le réchauffement est le plus important au printemps et en été (hormis sur les stations soumises à un régime hydrologique nivo-glaciaire)[88]. Or, une eau qui se réchauffe perd une partie de sa capacité à conserver son oxygène dissous. Les données disponibles ne permettent pas de faire la part des causes climatiques et de celles liées à l'artificialisation du cours (lacs de barrages…) ou au réchauffement par lescentrales nucléaires.Dans le cadre dudérèglement climatique, ce réchauffement pourrait se poursuivre[89].
Le siteRhonegletschervorfeld est centré sur la source qui s'écoule du glacier, la partie inférieure de celui-ci et la surface de terrain découverte par le retrait des glaces[91]. Il est remarquable commeplaine alluviale alpine, par le cours du Rhône non réglementé et une grande biodiversité. Il inclut des associations pionnières et des étapes successives jusqu'à la forêt demélèzes. Il accueille de nombreuses espèces en danger inscrites sur laliste rouge. Ce site est aussi protégé aux niveaux du canton duValais, et de la Confédération, par l'Office fédéral de l'environnement OFEV, Division Espèces, écosystèmes, paysages. Il est particulièrement menacé par les changements climatiques qui accentuent le recul des glaces et diminuent l'enneigement, ce qui affecte la végétation et le régime des eaux en aval[92].
Le site desGrangettes englobe une zone marécageuse du delta du Rhône et l’extrémité est du Léman entreSaint-Saphorin etSaint-Gingolph[93]. La réserve naturelle a reconstitué des zones humides que les travaux de maîtrise du cours du Rhône avaient supprimées auXXe siècle[94].
Ce site, qui englobe la totalité du fleuve dans lecanton de Genève ainsi que deux de ses affluents, s'étend de la Rade de Genève (peu avant la sortie du Léman) à la frontière française ; il comprend aussi leurs berges, ainsi que des zones humides et des espaces boisés ou riches en biodiversité[97]. La portion située au niveau du barrage de Verbois est inscrite commeImportant Bird Areas IBA. Il jouxte en amont la zone ornithlogique IBA 07 « Lac Léman : Versoix – Hermance – Genève » et à l'aval la zone protégée sur France « Haute chaîne du Jura :Défilé de l’Écluse, Etournel[98] et MontVuache » IBA FR 172[99].
Ce site comprend le lac du Bourget et les zones marécageuses de Chautagne. Il est relié au Rhône par lecanal de Savière qui lui sert d'émissaire, sauf lors de crue lorsque le courant s'inverse pour fournir au Rhône un déversoir[100]. Avant les travaux de régulation du niveau du lac, les fluctuations étaient plus fréquentes. Le lac, les roselières et les zones humides des alentours accueillent de nombreuses espèces d'oiseaux pour la nidifcation, un repos sur la route des migrations ou un lieu d'hivernage[101].
Situé au delta du Rhône qui aboutit dans lamer Méditerranée, dans la régionProvence-Alpes-Côte d'Azur, ce site de85 000ha comprend plusieurs étangs (14 758ha) et des marais, avec un gradiant de salinité, à une altitude de 4 à 0 m. Divers milieux naturels occupent environ la moitié de la surface, dont dessansouïres (mot provençal pour pré-salés), dunes, pelouses et bois. L'agriculture occupe 26 % de la surface, avec de la riziculture et de l'élevage, les salins 17 %. Le site, la flore et la faune sont menacés par la pollution de l'eau du Rhône, les pesticides agricoles, la démoustication, des projets de constructions de ponts et d'équipements touristiques, les perturbations de la dynamique des plans d'eau temporaires pour la chasse, ainsi que la tuerie illimitée de 100 000 à 150 000 canards chaque hiver. Au niveau international, il est inscrit commeRéserve de biosphère de l'UNESCO etUE Natura 2000 ; au niveau national il y a une réserve, le parc naturel régional et des réserves de chasse[102].
Le Rhône a tout particulièrement inspiré la littérature[103], notamment :
Le poèteFrédéric Mistral, notamment avec sonPoème du Rhône, "somptueuse contribution provençale au mouvement symboliste"[104] et qui décrit un voyage tourmenté sur le fleuve.
Allégorie du Rhône sur la pile du Pont Lafayette, par Nicolas Coustou.
En peinture, Joseph-Xavier Mallet a été qualifié de "peintre du Rhône" du fait de nombreux tableaux consacrés au fleuve[105]. Pierre Puvis De Chavannes, d'origine lyonnaise a également consacré un tableau au Rhône. De nombreuses allégories sculptées du fleuve (et de la Saône) sont repérables à Lyon, notamment sur le piédestal de lastatue équestre de la place Bellecour, par Guillaume et NicolasCoustou , reproduites par ailleurs sur les piles duPont Lafayette.
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