LeGrand campagnol,Campagnol terrestre forme fouisseuse ou encoreRat taupier (Arvicola amphibius), est uneespèce de petitsmammifèresrongeurs de lafamille desCricétidés qui, parmi les campagnols, est une des espèces les plus grandes (jusqu'à 300 g).Cecampagnol est très commun enEurope et enAsie en zone de prairie de moyenne montagne où il se signale par les dégâts qu'il cause dans les herbages. Il y creuse des galeries et ronge lesracines des végétaux[2].
Par suite de la régression de leursprédateurs et en raison de modifications du paysage induit par des changements de pratiques agricoles[3], ces campagnols pullulent dans certaines régions où leurprolifération doit être contrôlée. Inversement, certaines populations sont menacées d'extinction, notamment dans lesÎles Britanniques où ils sont désormais protégés.
Sonnom scientifique a évolué du fait des doutes sur la distinction traditionnellement faite entre lespopulations de Campagnol terrestre forme fouisseuse (Arvicola scherman) et Campagnol terrestre forme aquatique (Arvicola terrestris) qui semblentconspécifiques d'après la plupart des chercheurs[4].Cela peut engendrer des confusions avec une autre espèce du même genre, leCampagnol amphibie (Arvicola sapidus)[5].
En français, il est appeléRat taupier[6],[7],Rat d'eau[8],Campagnol terrestre[6],[7],Arvicola terrestre[7],[6],Grand campagnol[9],[7],Campagnol nageur[7] ou plus familièrement « quatre dents ».
L'un desnoms vernaculaires actuels d’Arvicola amphibius correspond à son appellation anglophonewater rat[8] ouwater vole[10], c'est-à-direrat oucampagnol d'eau.
Autrefois très commun dans toute l'Europe jusqu'à laSibérie, le campagnol terrestre est présent enFrance surtout dans l'Est et le Nord du pays, notamment dans les massifs montagneux (Alpes,Jura,Massif central) où on le trouve jusqu'à 2 000 m d'altitude.
Rat taupier au bord d'un cours d'eau en Allemagne.
Le campagnol terrestre vit sous terre dans les prairies, mais aussi dans lesjardins ou lesvergers quand il y trouve une nourriture facilement accessible et appétissante (fruits en particulier).
L'espèce passe presque tout son temps dans ses terriers, mais une étude basée sur la pose de pièges en surface a montré dans les années 1990 que les juvéniles quittent le terrier et se dispersent en masse au-dessus du sol[12] ; ces mouvements de dispersion ayant principalement lieu durant des nuits pluvieuses[12].
Son régime estvégétarien ; il se nourrit principalement des parties souterraines des plantes,racines,bulbes,tubercules, et n'hésite pas à s'attaquer aux grosses racines desarbres, qu'il ronge progressivement leur donnant une forme caractéristique enpoignard. Ces dégâts sont insidieux car le dépérissement des arbres est progressif et, souvent, quand il devient apparent, il est trop tard pour les sauver.
Il peut causer des dégâts dans certaines cultures et les vergers.
Le Campagnol terrestre vit en couple. Sa durée de vie varie de 6 à 8 mois[11].
Lareproduction donne lieu à plusieurs portées de deux à huit petits[11]. Une femelle peut avoir jusqu'à six portées par an (stratégie r) conduisant − en l'absence de prédateurs − à d'importantes pullulations[13].
Les jeunes : ils sont émancipés vers quatre semaines et atteignent leur maturité sexuelle vers deux mois. Dans un milieu riche en prédateurs, la plupart des petits sont mangés dans les premiers mois de leur vie.
Arvicola terrestris est auXVIIIe siècle considéré comme étant l'unique espèce vivante du genreArvicola, mais des recherches réalisées par la suite ont amené les auteurs à distinguer d'autres espèces, jusqu'à sept espèces différentes, parmi les individus de cegenre. Après1900 les études tendent à démontrer que le nom valide de l'espèce serait plutôtArvicola amphibius, ce qui correspond mieux à son mode de vie semi aquatique, mais sans prendre en compte des différentes formes observées dans les îles Britanniques, enItalie,Espagne[4], etc.
Le campagnol terrestre n'est pas apprécié dans les campagnes à cause de son impact négatif sur les récoltes et les berges des cours d'eau qu'il abîme en creusant des tunnels et en dévorant les racines. Ces rongeurs sont aussi des vecteurs potentiels dezoonoses comme latularémie, une maladie infectieuse. Les hommes lui font donc de tout temps la chasse par tous les moyens[15]. Toutefois cette extermination systématique non concertée a conduit à sa raréfaction inquiétante dans certaines aires de son habitat naturel, tout comme dans le cas duHamster d'Europe. Dans lesîles Britanniques, par exemple, l'animal fait l'objet de mesures de conservation, en particulier depuis l'introduction duVison d'Amérique (Mustela vison) qui met l'espèce en danger sur ces îles[16].En France, une mission a produit un rapport rendu en portant sur les moyens de lutte à préconiser ou à rechercher et proposant des pistes de compensation financières en cas de gros dégâts. La mission a insisté sur la nécessité d'une lutte prudente et« raisonnée », coordonnée, collective, précoce et combinant différents moyens, et basée sur une surveillance intégrée dans le réseau d'épidémiosurveillance accompagnant le planÉcophyto 2018 duGrenelle de l'environnement. Un Bulletin de santé du végétal (BSV) spécifique aux problèmes de pullulation est éditée dans certaines régions touchées[17]. Le Fonds national de gestion des risques en agriculture (FNGRA) ne peut pas rembourser les dégâts dus aux campagnols, mais -si les dégâts ont un caractère exceptionnel démontré par les autorités françaises-laCommission européenne n'exclut pas l'usage de fonds de mutualisation (nouveau dispositif issu du bilan de santé de lapolitique agricole commune) en cours de définition début 2011[17].
Des bonnes pratiques d’hygiène contribueront à éloigner les campagnols et d’autres rongeurs : l'élimination de sources de nourriture telles quelégumes,fruits ousemences laissés dans le jardin en fin de la saison. Le fauchage des herbes hautes permet aux prédateurs du campagnol de mieux le repérer.
La protection de sesprédateurs, mammifèrescarnivores etrapaces (busard cendré etbusard Saint-Martin en particulier) permet d'en mieux contrôler les populations. Ces rapaces se nourrissent des rongeurs habitant dans les prairies et cultures, mais ils ont été dans certaines régions massivement tués par les appâts empoisonnés utilisés pour la lutte contre les rongeurs.
La destruction volontaire de plusieurs milliers de renards tous les ans dans nombre de départements français (où des arrêtés préfectoraux déclarent encore le renard nuisible) favorise la prolifération de ses proies régulières, les rongeurs. On estime en effet qu'entre 6 000 et 10 000 rongeurs sont consommés annuellement par le renard[18].
On peut toutefois attirer les prédateurs, en leur fournissant des abris appropriés : nichoirs pour lesrapaces diurnes et nocturnes qui font une grande consommation de campagnols. Il en va de même pour lesrenards, lesbelettes, leshermines en restaurant des tas de pierre ou debois mort creux ; ces petitsmustélidés n’hésitent pas à pourchasser les campagnols jusque dans leurs galeries. Les chats sont également de bons prédateurs des rongeurs[réf. souhaitée].
Les plantations de jeunes arbres doivent être protégées par un grillage et les jardins cernés degravier ou decendres en couche épaisse qui indisposeraient ce rongeur qui ne s’aventure pas à creuser des galeries dans ces matériaux[réf. souhaitée].
Des répulsifs naturels peuvent aussi être disposés dans les galeries :
enterrer à moitié des bouteilles coupées en deux (le vent produit un sifflement qui dérange les campagnols), placer des appareils émettant desultrasons à intervalles réguliers, commercialisés comme susceptibles de les faire fuir[réf. souhaitée] à utiliser ponctuellement car il y a un phénomène d'accoutumance chez le campagnol en Auvergne et en Suisse
Effets pervers du piégeage :Belette (Mustela nivalis) tuée par accident par un piège à campagnols de type « à guillotine »
En zone de pullulation des campagnols lelabour affaiblit les populations en les tuant ou en détruisant leurs galeries[réf. nécessaire].
Le piégeage (seule méthode autorisée sans réglementation spécifique) à l'aide de piège-pince, de piège à boucle et de piège « guillotine », certains utilisent des pièges à bascule qui permettent de piéger plusieurs campagnols à la suite. Le piège le plus couramment utilisé étant le piège-pince, à placer sur le trajet des galeries en laissant une ouverture à l'arrière du piège, le campagnol curieux de nature sera ainsi piégé. Faire le tour des pièges tous les quarts d'heure et réarmer le piège car ils vivent à plusieurs dans leur galeries. L'empoisonnement par desanticoagulants (bromadiolone) a le défaut d'affecter aussi les prédateurs du campagnol, dont certains sont desespèces protégées. Son usage est strictement réglementé car cette substance est mélangée à dublé ou descarottes dont lessangliers raffolent ; de plus les campagnols empoisonnés peuvent venir mourir en surface et ainsi être la proie des rapaces et autres prédateurs et les empoisonner à leur tour. C'est pourquoi les parcelles traitées ne doivent pas être trop infestées de campagnols et doivent être suivies régulièrement afin de ramasser les campagnols morts et moribonds. Legazage à l'hydrogène phosphoré (ouphosphine) là où et quand ce produit est autorisé. En France le gazage est interdit pour les campagnols mais autorisé pour les taupes sous condition d'agrément et encadré juridiquement.
La protection de cette espèce passe comme pour toutes les espèces par la protection de son environnement.Il faut recréer et/ou entretenir un paysage de bocage avec de petites haies autour des parcelles afin de retrouver un équilibre entre prédateurs et proies. Ainsi les prédateurs spécifiques du campagnol, comme la belette, trouveront eux aussi un abri et des lieux de reproduction, étant protégés des prédateurs généralistes (chat, renard...). Cette action permet de ne pas traiter en masse et donc une limitation naturelle de la population de campagnols. Des essais sont en cours versClermont-Ferrand dans lePuy-de-Dôme avec le concours de l'ENITA[19].
↑Airoldi JP (1976)Le terrier de la forme fouisseuse du campagnol terrestre, Arvicola terrestris scherman Shaw (Mammalia, Rodentia). Z. Säugetierk, 41, 23-42.
↑a etbSaucy F. & Schneiter B. (1997)Juvenile dispersal in the vole Arvicola terrestris during rainy nights: a preliminary report, Bulletin de la Société vaudoise des sciences naturelles, 84(4), p. 333-345 (Notice Inist-CNRS et résumé)
↑Saucy F (1988)Dynamique de population, dispersion et organisation sociale de la forme fouisseuse du campagnol terrestre (Arvicola terrestris scherman (Shaw), Mammalia, Rodentia) (Doctoral dissertation, Université de Neuchâtel, Institut de Zoologie).
↑Woodroffe GL, Lawton JH & Davidson WL (1990)The impact of feral mink Mustela vison on water voles Arvicola terrestris in the North Yorkshire Moors National Park. Biological Conservation, 51(1), 49-62. (résumé)
↑J.Niethammer, 1990. Water Voles (Genus Arvicola). Pp. 242245 dans S. Parker, ed. Grzimek'sEncyclopedia of Mammals, Volume III. NY: McGraw-Hill Publishing Company.
Giraudoux P, Pradier B, Delattre P, Deblay S, Salvi D & Defaut (1995)Estimation of water vole abundance by using surface indices. Acta theriologica, 40(1) (résumé).
Hofer, S., Gloor, S., Müller, U., Mathis, A., Hegglin, D., & Deplazes, P. (2000)High prevalence of Echinococcus multilocularis in urban red foxes (Vulpes vulpes) and voles (Arvicola terrestris) in the city of Zürich, Switzerland. Parasitology, 120(02), 135-142.
Weber, J.M., Aubry, S. (1993)Predation by foxes, Vulpes vulpes, on the fossorial form of the water vole, Arvicola terrestris scherman, in western Switzerland. J. Zool. Lond., 229, 553-559