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Radhanites

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LesRadhanites ouRadanites (hébreu :רדהני /Radhani (singulier) ouרדהנים /Radhanim (pluriel) ;arabe :الرذنية /Ar-Raḏaniyya) sont desmarchandsjuifs duhaut Moyen Âge. Ils semblent jouer un rôle important dans les échanges commerciaux de produits de luxe entre les mondeschrétien etmusulman principalement auIXe siècle[1]. Lesroutes commerciales ouvertes sous l'Empire romain restent utilisées durant cette période en grande partie grâce à leurs efforts. Leurs itinéraires couvrent une grande partie de l'Europe, de l'Afrique du Nord, duMoyen-Orient, de l'Asie centrale et s'étendent jusqu'à l'Inde et laChine. On ne sait toutefois pas si le terme, utilisé uniquement par une seule source directe, se réfère à unecorporation spécifique, à unecaste, ou s'il s'agit d'un terme générique désignant les marchands juifs qui pratiquent lecommercetrans-eurasien.

Parmi les biens achetés et vendus, figuraient de nombreux esclaves slaves ; ces esclaves étaient enlevés de force par lesKhazars puis vendus aux Radanites qui, à leur tour, les revendaient dans le monde musulman, du Maghreb à Bagdad[2].

Sources

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La plus grande partie du commerce des Radhanites à travers l'océan Indien aurait été mené grâce à des bateaux côtiers tels que ceboutre.

Une seule source directe mentionne les Radhanites. Leur existence et leurs activités nous sont uniquement connues grâce au texte deAbū l-Qasim Ubaid Allah ibn Khordadbeh, leKitāb al-Masālik w’al- Mamālik (Livre des Routes et des Royaumes), rédigé entre 846 et 886 (le passage sur les Radhanites datant de la première édition de 846)[3]. L'emploi qu'il occupera comme directeur despostes et de la police de la province deJibâl sous lecalifeabbassideal-Mutammid (qui règne de870 à885), semble suggérer qu'il avait toutes les qualités requises pour rapporter des informations relatives au commerce des Radhanites, mais il est impossible de savoir s'il avait une connaissance directe ou indirecte des éléments qu'il rapporte[4].

L'article consacré aux Radhanites dans l'Encyclopédie de l'Islam parle, à propos de l'abondante littérature qui leur est consacrée, de « spéculations » et indique en préambule que les Radhanites sont le « nom sous lequel est connu un groupe de négociants juifs dont l’origine, l’identité et les activités n’ont cessé de donner lieu à des interrogations, des réflexions, des commentaires et des jugements contradictoires qui n’ont jamais été définitivement convaincants [...] Le texte [de ibn Khordadbeh] a été copié et résumé mais jamais authentiquement corroboré par des auteurs contemporains ou ultérieurs »[5].

L'historiographie s'accorde sur le caractère unique de la source. Le livreKitab al-Buldan (« Livre des Pays ») d'Ibn al-Faqih qui date duXe siècle mentionne les Radhanites, mais il s'agit d'un résumé des écrits d'Ibn Khordadbeh[5]. Néanmoins, l'auteur Kevin Alan Brook cite un article polonais de 1936 qui identifierait deux autres mentions des Radhanites: d'une part, leSefer ha-Dinim (« Livre des prescriptions »), un récit hébreu des voyages deYehuda ben Meir deMayence, citeraitPrzemyśl etKiev comme comptoirs commerciaux le long de la route rhadanite, et d'autre part, au début duXIIe siècle, un marchand juif français nomméYitzhak Dorbelo aurait écrit qu'il avait voyagé avec des marchands radhanites jusqu'enPologne[6].

Texte du récit de Ibn Khordadbeh

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Unecaravane dedromadaires enAlgérie. La plus grande partie des échanges commerciaux menés par les Radhanites entreTanger et laMésopotamie aurait été effectuée à dos de dromadaire.

« Ces marchands parlentarabe,persan,grec [byzantin],franc[7],espagnol etslave. Voyagent d'ouest en est et d'est en ouest, partiellement sur terre, partiellement sur mer, ils transportent depuis l'occident deseunuques, des femmes réduites enesclavage, desgarçons, dessoieries, descastors, desmartes et d'autresfourrures, et desépées. Ils prennent le bateau en Firanja (soit laFrance, bien que certains, dont Moshe Gil, maintiennent que le termeFiranja dans ce contexte se réfère non pas à la France elle-même mais à la partie de l'Italie occupée par les Francs) sur lamer Occidentale, et vont jusqu'à Farama (Pelusium). Là-bas, ils chargent leurs biens à dos dechameau etvont par terre jusqu'à al-Kolzum (Suez), une distance de vingt-cinq farsakhs (parasanges). Ils embarquent sur lamer Rouge et naviguent d'al-Kolzum à al-Jar (port deMédine) oual-Jeddah, ensuite ils vont àSind, enInde, et enChine. Sur le chemin du retour de Chine, ils emportent dumusc, de l'aloès, ducamphre, de lacannelle, et d'autres produits des pays orientaux vers al-Kolzum et les ramènent à Farama, où ils embarquent sur la mer Occidentale. Certains naviguent versConstantinople pour vendre leurs produits auxByzantins ; d'autres vont au palais duroi des Francs pour y vendre leurs biens. Parfois, ces marchands juifs, quand ils embarquent depuis le pays desFrancs, sur la mer Occidentale, se dirigent versAntioche (à l'embouchure de l'Oronte) ; de là par terre jusqu'à al-Jabia (al-Hanaya, au bord de l'Euphrate). Là-bas, ils embarquent sur l'Euphrate et atteignentBagdad, d'où ils descendent leTigre versal-Obolla. À partir d'al-Obolla, ils naviguent versOman,Sind,Hind et la Chine… Ces différents voyages peuvent aussi être faits par voie de terre. Les marchands qui partent d'Espagne ou deFrance vont àSus al-Aksa (auMaroc) et ensuite àTanger, d'où ils marchent versKairouan et la capitale d'Égypte. De là, ils vont àar-Ramla, visitentDamas,al-Kufa, Bagdad etal-Basra, traversentAhvaz, leFars,Kerman, Sind, Hind, et arrivent en Chine. Parfois, aussi, ils prennent la route depuisRome[8] et, traversant le pays desSlaves, arrivent àKhamlidj, la capitale desKhazars. Ils embarquent sur la mer Jorjan (mer Caspienne), arrivent àBalkhj, traversent l'Oxus, et continuent leur voyage vers Yurt,Toghuzghuz, le pays des Ouïghours et de là vers la Chine[9]. »

Origine des Radhanites

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Plusieursétymologies ont été suggérées pour le motRadhanite et pour l'origine de ces marchands juifs. La première, plus ancienne, considère que les Radhanites sont des descendants deJuifs installés en France durant l'Antiquité (des « Rhodanici »,Rhodaniens,vallée du Rhône)[10],[11], tandis que les défenseurs de la seconde pensent que le centre de leur activité se situe enOrient (Irak ouPerse)[12].

LeGlossaire d'Endlicher[13] ou de Vienne –De nominibus Gallicis, 9-11 – indique : « roth uilentum, (namrho nimium)dan et in Gallico et in Hebraeo iudicem : ideoHrodanus iudex uiolentus » ; « roth violent,dan désigne le juge engaulois et enhébreu ; ainsi Hrodanus signifie juge violent ». Auhaut Moyen Âge, lesmarchandsjuifs qui parcourent leRhône, fleuve violent et impétueux de la vallée rhodanienne, et qui animent le commerce international sont désignés sous le nom de Radhanites.

Les Radhanites, descendants des Juifs d’Occident ?

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Justinien réduit les droits desJuifs dans l'Empire romain d'Orient

Le peuplement juif de l'Europe occidentale est probablement le fait de marchands qui auraient suivi leslégions romaines. Ils établissent descomptoirs dans les principaux centres commerciaux de l'Empire :ports, carrefours routiers, villes fluviales et marchés. À propos de la présence de colonies juives dans tout l'Empire, en Occident et en Orient, le géographe grecStrabon écrit : « Il n'est pas aisé de trouver un endroit sur la terre qui n'ait reçu ce peuple. » Les Juifs bénéficient de nombreux privilèges attribués parCésar,Auguste etTibère en raison de la richesse créée par leur activité commerciale. En212, ils deviennentcitoyens romains comme tous les hommes libres de l'Empire.

Ils s'installent durablement en France à partir duIVe siècle, d'abord dans la vallée rhodanienne (Rhodanite/Radhanite) duRhône (Vienne,Lyon,Arles...) et de laSaône (Trévoux...), puis à partir de là, dans le reste du pays. Ils créent également des comptoirs en Allemagne (Cologne,Mayence…)[14] et enEspagne (Tarragone,Grenade,Cordoue…). Dans le même temps, lechristianisme se répand peu à peu dans l'Empire et devient finalement autorisé. Étant devenu lareligion officielle de l'Empire auIVe siècle, la situation des Juifs se détériore, d'autant plus que leur prospérité relative suscite l'envie. Les empereursThéodose,Constance etJustinien réduisent tour à tour leurs droits. Cependant, avec ladésagrégation de l'Empire romain et la diminution du pouvoir de l'Église qui en résulte, leur sort s'améliore provisoirement.

Laconversion au christianisme desWisigoths et desFrancs rend leur situation difficile : une succession deconciles diminue leurs droits jusqu'à ce queDagobertIer lesforce à se convertir ou à quitter la France en633[15]. Avec la détérioration du pouvoir royal, les commerçants juifs reviennent en France et s'installent principalement àMetz,Verdun etNarbonne[16]. Les Radhanites seraient les descendants de ces Juifs installés très tôt en France.Cecil Roth etClaude Cahen, parmi d'autres, situent leur foyer dans lavallée du Rhône, dont le nomlatin estRhodanus. Selon ces spécialistes, le centre de l'activité radhanite est probablement à situer en France car toutes leurs routes commerciales y commencent[11].

Une origine orientale ?

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Nombre d'experts, parmi lesquelsCharles Barbier de Meynard etMoshe Gil, pensent que le termeRadhanite se réfère à un district deMésopotamie appeléle pays de Radhan (une région à l'est duTigre, proche deBagdad) dans les textesarabes ethébreux de l'époque[17].

Selon Sol Scharfstein, les Radhanites sont originaires deBabylone enMésopotamie. En envoyant leurs fils étudier à layeshiva, les Radhanites tissent des liens avec les personnages influents de la région. Par la suite, ces contacts leur sont utiles pour financer leur commerce[18].

Certains experts affirment que leur centre est la ville deRavy (Rhagès) dans le nord de laPerse[19]. Enfin, d'autres pensent que le nom vient dupersanrah (« chemin », « voie ») etdān (« celui qui sait »), ce qui ferait « celui qui connaît les chemins »[17]. Les langues occidentales dont lefrançais ont ajouté lesuffixe « -ite » au terme, comme c'est le cas généralement pour lesethnonymes et les mots issus detoponymes.

Activité commerciale des Radhanites

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Alors que la plus grande partie du commerce entre l'Europe et l'Extrême-Orient est conduite jusque-là par des intermédiaires originaires dePerse ou d'Asie centrale, les Radhanites sont parmi les premiers à établir un réseau commercial qui s'étend de l'Europe occidentale jusqu'à l'est de l'Asie[20]. Ils sont également les seuls à faire du commerce entre l'Europe et leProche-Orient auHaut Moyen Âge. Fait encore plus remarquable, ils mènent ce commerce intercontinental sur une base régulière et une période de temps étendue.

Les Radhanites (lesJudaei) auraient été précédés par des marchandssyriens chrétiens (lesSyri) qui pratiquent le commerce entre l'Occident et l'Orient sous lesMérovingiens et fournissent lesCours royales du nord de l'Europe en produits précieux. Les sources diffèrent cependant sur l'existence d'une distinction claire entreJudaei etSyri.Maurice Lombard affirme qu'ils commercent des produits différents et connaissent leur apogée à des périodes différentes[21]. Avec laconquête du Proche-Orient par les musulmans, lesSyri disparaissent[22].

D'autres spécialistes, tel(en)Michael Postan, contestent cette distinction:Judaeus etSyrus sont plus ou moins synonymes et désignent plutôt une activité marchande de longue distance plutôt qu'une origine ethnique[23].

Carte du réseau commercial des Radhanites enEurasie vers870, décrit paribn Khordadbeh dans leLivre des Routes et des Royaumes

Ibn Khordadbeh relate que les Radhanites sont sophistiqués etpolyglottes. Quatre routes commerciales principales sont utilisées qui partent toutes de lavallée du Rhône et conduisent jusqu'enChine :

  1. Une descend la vallée du Rhône et arrive aux portsprovençaux d'Arles etMarseille ; de là, les Radhanites naviguent jusqu'enÉgypte, puis embarquent sur lamer Rouge pour l'Inde ;
  2. Une amène les marchands par mer au nord de laSyrie : à partir d'Antioche, ils traversent l'Irak et naviguent ensuite dans legolfe Persique jusqu'au nord-ouest de l'Inde,Ceylan et l'Extrême-Orient ; il semble qu'il ait été courant d'effectuer le trajet entre l'Inde et laChine par voie terrestre ;
  3. Une passe parPrague, le royaume desBulgares de la Volga, l'Asie centrale, le nord de l'Iran et suit l'ancienneRoute de la soie jusqu'en Chine ; c'est sur cette route qu'ils bénéficient de l'aide desKhazars ;
  4. La dernière passe par l'Espagne, l'Afrique du Nord, laPalestine,Damas, l'Irak, l'Iran et arrive en Inde.

Les voyages des Radhanites sont dangereux et durent souvent plusieurs années : une année environ est nécessaire pour aller deCordoue àBagdad. Les caravanes radhanites sont protégées par des cavaliers armés ; dans une lettre duXIe siècle trouvée dans laGuéniza du Caire, les Juifs d'Alexandrie demandent aux autorités juives duCaire d'obtenir la libération de marchands enlevés par despirates[24]. Le sort des communautés juives installées le long du parcours des Radhanites et qui facilitent grandement leur commerce est également précaire : la ville deCanton, principal centre radhanite enChine, connait plusieurs émeutes durant lesquelles les marchands étrangers sont massacrés[25].

En Europe, l'aisance financière des Radhanites suscite lajalousie deschrétiens.Agobard,archevêque de Lyon, écrit à l'évêque de Narbonne (où bon nombre de Radhanites sont installés) en827 afin de dénoncer la présence juive[25]. Les voyages des Radhanites sont également rendus pénibles par lesinterdits alimentaires : selon des textes rabbiniques du Nord et de l’Est de la France[Lesquels ?], ils devaient s'abstenir de manger de la viande dans la mesure où ils ne peuvent se fournir en viandecasher le long du trajet,

L'Espagne musulmane (iciCordoue) est très souvent la destination finale desesclavesslaves dont les Radhanites font également le commerce.

Les Radhanites transportent principalement des biens précieux et de faible encombrement, notamment desépices (musc,aloès,camphre,cannelle, etc.), desporcelaines, desparfums, de lajoaillerie et de lasoie. Ils font également commerce dupétrole, de l'encens, desarmes enacier, desfourrures, deseunuques et desesclaves (en particulier, lesSaqāliba,Slaves auMoyen Age). Ces deux derniers « biens » constituent une part importante de leur activité.

Les Radhanites jouent un rôle essentiel dans lecommerce des esclaves slaves qui connait un fort développement auXe siècle.Verdun, par exemple, un des principaux centres commerciaux Radhanites, est un grandmarché à esclaves[22]. Cette ville est également un important lieu decastration des eunuques. À l'origine, les esclaves sont amenés dans l'Ibérie musulmane (parfois en passant par Verdun), puis, après larévolte des Zanj, en Égypte et enSyrie. Ainsi, en961, il y a 13 750 Saqaliba masculins àCordoue. LesSaqaliba sont tellement nombreux qu'ils fondent une dynastie dans le Sud de l'Espagne auXIe siècle[23].

Chartes et privilèges

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En récompense de la richesse qu'ils apportent, les marchands juifs bénéficient de diversprivilèges, sous lesCarolingiens en France et à travers lemonde musulman. Ils fréquentent notamment la cour sousCharlemagne. Ces privilèges irritent fortement les autorités chrétiennes locales : l'Église considère alors que les activités économiques encouragent lacupidité et mènent donc à un « gain honteux » (turpe lucrum)[26]. AuXIIe siècle, les Juifsashkénazes d'Europe du Nord pensent que le « roi Charles » avait le premier amené des Juifs d'Italie dans la vallée duRhin[27].

De même,Louis le Pieux accorde en825 aux marchands juifs Donat, Samuel,Abraham de Saragosse, David Davitis et Joseph deLyon protection de leur vie et de leurs biens, liberté de commercer, liberté religieuse[28],[29]. Leschartes octroyées[30] s'inspirent de celles accordées par Charlemagne (mais dont on a perdu la trace)[31]. Ces chartes — accordées à la demande des marchands juifs — les placent directement sous la protection de l'empereur (ce sont des hommes de l'empereur)[29] mais ne leur donnent pas le droit de posséder de propriété immobilière ; en effet, la très grande aisance des marchands radhanites leur aurait permis d'accaparer les terres et les bâtiments[32]. Mais ce fait est néanmoins contesté par plusieurs auteurs, notammentEsther Benbassa :« Tous les Juifs ne partagent cependant pas cette opulence : la plupart d'entre eux sont vignerons ou agriculteurs dans les vallées du Rhône et de la Saône[33]. »

Rôle essentiel au Haut Moyen Âge

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Charlemagne auprès d'Haroun al-Rachid, calife de Bagdad. Cette délégation aurait été conduite par un marchand radhanite et deux nobles. Hârûn ar-Rachid reçoit une délégation de Charlemagne, Julius Köckert, 1864, huile sur toile, Maximilianeum Foundation, Munich
Charlemagne auprès ducalife deBagdad. Cette délégation aurait été conduite par un marchand radhanite et deux nobles.
Hârûn ar-Rachid reçoit une délégation de Charlemagne,Julius Köckert, 1864,Maximilianeum Foundation,Munich

Durant leHaut Moyen Âge, lesÉtats islamiques duMoyen-Orient et d'Afrique du Nord et lesroyaumeschrétiens d'Europe interdisaient souvent aux marchands de l'autre camp d'entrer dans leursports[34]. Lescorsaires des deux bords attaquaient à loisir les bateaux adverses. Les Radhanites servirent d'intermédiaires neutres, permettant aux grandes voies de communication et de commerce entre les territoires de l'ancien empire romain et l'Extrême-Orient de rester ouvertes.

Étant les seuls à voyager entre l'Occident et lemonde musulman, les Radhanites jouèrent également un rôle politique. Ainsi, lorsque Charlemagne chercha l'appui ducalife de Bagdad,Haroun al-Rachid contre lesémirs omeyyades de Cordoue, il se servit d'un marchand Radhanite deNarbonne nomméIsaac. Il l'envoya avec deux nobles en ambassade auprès du calife. Les deux nobles moururent au cours du voyage et Isaac revint seul àAix-la-Chapelle, cinq ans après, avec de nombreux cadeaux parmi lesquels un éléphant[16].

Les Radhanites, voyageant entre différentes parties du monde, contribuèrent à diffuser les connaissances. Ainsi, ils apportèrent de Chine plusieurs techniques auxIXe et Xe siècles : parmi elles, lecollier d'épaule permit de mieux utiliser la force des chevaux et joua un rôle dans l'essor économique et culturel que connut la France auxXIe et XIIe siècles[35].

Les Arabes acquirent la technique chinoise dupapier par desprisonniers de guerre capturés à labataille de Talas et la perfectionnèrent[36]. Certains experts estiment que des marchands juifs tels que les Radhanites jouèrent un rôle décisif dans l'arrivée du papier en Occident quelques siècles plus tard[37].

Joseph d'Espagne, peut-être un Radhanite desIXe et Xe siècles, aurait selon certaines sources introduit leschiffres arabo-indiens en Europe[38],[39]. Historiquement, les communautés juives utilisaient deslettres de crédit pour transporter de grandes quantités d'argent sans prendre le risque de se faire voler sur leur trajet[40]. Les marchands juifs duMoyen Âge développèrent et utilisèrent à grande échelle ce système : les marchands radhanites se servaient dessuftata, des lettres de crédit plus simples que celles employées postérieurement. Elles permettaient aux Radhanites de faire du commerce sur de grandes distances. Elles auraient été inventées par les banquiers juifs deBagdad[41], précurseurs desbanques qui prirent leur essor durant leMoyen Âge tardif et le début de l'époque moderne[42].

Les Radhanites auraient également contribué audéveloppement de la médecine au sein des communautés juives d'Europe occidentale : en ramenant en Europe des drogues, des produits médicamenteux et des recettes inconnus, ils permirent à certains de leurs coreligionnaires de devenir de célèbres médecins en France (Paris,Montpellier), en Espagne (Université de Salamanque) et au Portugal (Université de Coimbra)[25].

Certains experts estiment que les Radhanites pourraient avoir joué un rôle dans laconversion desKhazars aujudaïsme[43]. De plus, ils auraient participé à l'installation de communautés juives en divers endroits le long de leurs routes commerciales : ils furent probablement impliqués dans le peuplement juif d'Europe de l'Est (Prague), d'Asie centrale, deChine et d'Inde[44].

Fin de l’époque radhanite

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Les sources diffèrent sur la période d'apogée des Radhanites. Selon MacDonald, Gastmann et d'autres auteurs, elle se situe auXe siècle et au début duXIe siècle. Cependant, Michael Postan date le déclin des Radhanites auIXe siècle[réf. souhaitée].

Les raisons expliquant le déclin progressif des Radhanites sont multiples. La chute de ladynastie Tang enChine en908 et la destruction dukhaganatkhazar soixante ans plus tard répandent le chaos au centre de l'Eurasie, dans leCaucase et enChine.Les routes commerciales terrestres (vers la Chine) deviennent instables et peu sûres, une situation aggravée par lesinvasionsturques de laPerse et duMoyen-Orient. Laroute de la soie est coupée durant plusieurs siècles. De plus, la fragmentation du monde islamique (et dans une moindre mesure, de lachrétienté) en petits États fournit davantage d'opportunités pour les non-Juifs de pratiquer le commerce. Vers la fin duXe siècle et auXIe siècle, les villes européennes prennent leur essor.Cette période est marquée par l'émergence des cités marchandes italiennes, notammentGênes,Venise,Pise etAmalfi qui considèrent les Radhanites comme des concurrents indésirables. Une classe commerçante chrétienne se développe, d'abord en Italie du Sud, puis en Italie du Nord, dans lesFlandres et la vallée duRhin.

La situation des Juifs en Occident se dégrade. En raison dutrafic d'esclaves et de l'hostilité duclergé, les Radhanites auraient perdu les soutiens dont ils disposaient dans les cours européennes[45]. L'antijudaïsme se renforce au moment de lapremière croisade et les Juifs sont victimes depersécutions :pogroms,expulsion des grands centres commerciaux.

Cependant, certains continuent leur activité jusque dans la deuxième partie duXIe siècle.Ainsi, en1084, l'évêque deSpireRüdiger, qui souhaite faire de sa ville un centre commercial important, leur accorde unecharte afin qu'ils s'y établissent[22]. Cette charte à impact positif est reconduite en1090 par l'empereurHenri IV et étendue à la ville deWorms[46]. La dernière mention de la prospérité des Juifs de la vallée du Rhin date de la première croisade. Les marchands juifs de la fin duXIe siècle et duXIIe siècle continuent à commercer mais à bien moindre échelle (c'est-à-dire beaucoup plus localement) que leurs prédécesseurs Radhanites.

Avec la disparition des Radhanites, les épices se raréfient des tables européennes auXe siècle.

L'économie de l'Europe est profondément modifiée par la disparition des Radhanites. Par exemple, des documents montrent que de nombreusesépices utilisées couramment auHaut Moyen-Âge ont complètement disparu des tables européennes auXe siècle. Les Juifs avaient auparavant bénéficié d'unmonopole dans le commerce des épices dans une grande partie de l'Europe occidentale[47].

Des siècles plus tard,Marco Polo etIbn Battûta racontent, respectivement auxchrétiens et auxmusulmans, le récit de leurs voyages enOrient. On pense qu'Ibn Battûta a accompagné les commerçants musulmans qui voyageaient en Orient sur des routes similaires à celles utilisées par les Radhanites.

Radhanites vus par un historien soviétique, Lev Goumilev

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Un historiensoviétique,Lev Goumilev (1912-1992), affirma pratiquement sans aucune source que les Radhanites avaient joué un rôle majeur dans l'asservissement desSlaves. Goumilev ne leur reprocha pas tant d'avoir pratiqué le trafic d'esclaves, mais bien de l'avoir fait avec des esclaves slaves et chrétiens[48]. Il les accusa d'avoir vécu aux dépens des populations locales :

« Les Juifs radhanites constituent une super-ethnie qui conserve un très haut niveau de pouvoir. La dispersion ne les gêne pas dans la mesure où ils vivent aux dépens des terrains anthropogènes, c'est-à-dire les villes. »

Il les dépeignit comme desdémons dumal. Selon lui, les Radhanites auraient vendu desKhazars qui les avaient hébergés. Par là même, il entendait montrer leur manque degratitude qui serait un comportement typique de la part des Juifs, tout comme leracisme et laxénophobie.

Enfin, ils auraient selon lui exercé une influence indue sur le paysage sociopolitique et économique du Moyen Âge. Il les accusa ainsi d'avoir pratiqué desmariages mixtes afin de conquérir le pouvoir politique des Khazars[49].

Certaines de ses thèses concernant l'esclavagisme ou la disparition de la Khazarie lui ont valu des accusations d'antisémitisme[50],[51].

Annexes

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Articles connexes

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Liens externes

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Sources de l’article

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Notes et références

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  1. Eliyahu, Ashtor, « Aperçus sur les Radhanites »,Schweizerische Zeitschrift für Geschichte, vol. 27, n. 3, 1977, notamment p. 250-251
  2. Rachid Achachi,Comprendre la Russie, Kontre Kulture,, 142 p.
  3. Eliyahu, Ashtor, « Aperçus sur les Radhanites »,op. cit, p. 246-247
  4. Charles Pellat, art. « al-Rād̲h̲āniyya », inEncyclopedia of Islam, Second Edition, Brill, 1993, vol. 8, p. 363–367.
  5. a etbCharles Pellat, art. « al-Rād̲h̲āniyya », inEncyclopedia of Islam, Second Edition, Brill, 1993, vol. 8, p. 363–367
  6. (pl) Itzhak Schipper,Dzieje Gospodarcze Żydów Korony i Litwy w Czasach Przedrozbirowych., p. 116 cité par(en) Kevin Alan Brook,The Jews of Khazaria, p. 77. Yitzhak (Ignacy) Schipper, est un important historien polonais juif (assassiné à Maidanek en 1943), ayant produit une œuvre volumineuse, mais assez controversé tant pour ses méthodes que ses résultats. Un historien contemporain écrit à son propos: « Schipper was perhaps the most controversial of Jewish historians. Some of his theories are considered far-fetched and his methodology has been called sloppy. He was accused of misquotation, quotation out of context, self-contradiction, and lack of comprehensive bibliographic treatment. [...] The judgment of others was that Schipper was more of a problem poser than a problem solver who brought to bear on the study of Jewish history a new social scientific approach. His writing was marred by a lack of restraint, a lack of scholarly meticulousness, and a lack of precise use of sources. » (M. J. Rosman, « Litman's Contribution of Yitzhak Schipper »,The Jewish Quarterly Review, New Series, jul-oct 1987, vol. 78, no. 1/2, p. 152). Les informations rapportées par Kevin Alan Brook doivent donc être considérées avec circonspection, d'autant plus qu'elles sont tirées d'une référence quasiment inaccessible, difficilement vérifiable, qu'elles ne sont recoupées par aucune autre source et en contradiction avec l'historiographie des Radhanites. Les informations peu fiables de Schipper n'était pas incluse dans la troisième édition du livre de Brook, publié en 2018. Brook a écrit: « The Jewish traders of the post-Khazar era were no longer called Radhanites, and there is no source document alleging that the Radhanites were still extant after the ninth century. » (Brook,The Jews of Khazaria, troisième édition, p. 72).
  7. . La langue à laquelle Ibn Khordadbeh se réfère n'est pas précisément déterminée. Le motFiranj peut être utilisé pour signifier « Franc », mais au Moyen Âge, il s'agit du terme générique utilisé par les Arabes et les chrétiens d'Orient pour désigner les Européens d'Occident en général. Il est possible qu'Ibn Khordadbeh utilise « Franc » par opposé à « Romain » (Grec byzantin), indiquant que les Radhanites parlent plusieurs langues utilisées par les Chrétiens orientaux et occidentaux.
  8. Ici ibn Khordadbeh désigne probablementConstantinople, la « Nouvelle Rome », plutôt queRome enItalie.
  9. Traduit depuis la version en anglais de Elkan Adler,Jewish Travellers in the Middle Ages, New York: Dover Publications, 1987, p. 2-3
  10. "China."Encyclopedia of World Trade: From Ancient Times to the Present, vol. 1, ed. Cynthia Clark Northrup, p. 29. Armonk, NY: M.E. Sharpe, 2005.
  11. a etb(en)Norman Roth,Medieval Jewish Civilization; An Encyclopedia, p. 558-561.
  12. (en) Bareket, Elinoar. "Rādhānites".Jewish Civilization: An Encyclopedia.Norman Roth, ed. Routledge, 2002. pp 558–561.
  13. « Glossaire d'Endlicher - Wikisource », surfr.wikisource.org(consulté le)
  14. M. Jean-Bernard LANG, « Les juifs austrasiens dans le commerce international au haut Moyen ÂgeVIIe – Xe siècles »,(consulté le),p. 327/328.
  15. Il n'est pas sûr que cette décision fut appliquée. Cependant, la présence juive en France diminue vers cette époque.(Source : Esther Benbassa).
  16. a etbPatrick Girard,Pour le meilleur et pour le pire, vingt siècles d'histoire juive en France, p. 45-46.
  17. a etb(en) Moshe Gil,The Radhanite Merchants and the Land of Radhan, p. 299–328.
  18. (en) Sol Scharfstein,Jewish History and You: From the Patriarchs to the Expulsion from Spain With Documents and Texts, p. 133.
  19. (en)Encyclopedia of World Trade: From Ancient Times to the Present, « Radhanites », p. 763–4.
  20. Voir par exemple :(en)Encyclopedia of World Trade: From Ancient Times to the Present, « China ».
  21. (en) Maurice Lombard,The Golden Age Of Islam,p. 212.
  22. ab etc(en)Mark R. Cohen,Under Crescent and Cross: The Jews in the Middle Ages,p. 78-82.
  23. a etb(en) Michael M. Postan,Cambridge Economic History of Europe: Trade and Industry in the Middle Ages,p. 416-419.
  24. (en) Jon Bloomberg,The Jewish World in the Middle Ages,p. 137.
  25. ab etcPhilippe Bourdrel,Histoire des Juifs de France,t. 1 :Des origines à la Shoah.
  26. Source : Mark R. Cohen
  27. Source : Mark R. Cohen.
  28. (en) Donald N.Yates,Merchant Adventurer Kings of Rhoda : The Lost World of the Tucson Artifacts, Panther's Lodge Publishers,1er janvier 2018, 346 p.(ISBN 9781974677726,lire en ligne),p. 124-126, 152-153
  29. a etbYosef HayimYerushalmi, « « Serviteurs des rois et non serviteurs des serviteurs. » Sur quelques aspects de l'histoire politique des Juifs »,Raisons politiques,vol. 7,no 3,‎,p. 19(ISSN 1291-1941 et1950-6708,DOI 10.3917/rai.007.0019,lire en ligne, consulté le)
  30. Les textes intégraux de ces trois chartes sont dans Karl Zeumer (ed.),Formulae Merowingici et Karolini Aevi : Accedunt ; Ordines Iudiciorum Dei, Hanovre, Impensis bibliopolii Hahniani, 1886, 30, 31 et 52 ; versions abrégées et commentées par Julius Aronius,Regesten zur Geschichte der Juden im fränkischen und deutschen Reiche bis zum Jahre 1273, Berlin, L. Simion, 1902, 81-83.
  31. (Source : Yosef Hayim Yerushalmi)
  32. (Source : Philippe Bourdrel)
  33. (Source : Philippe Bourdrel)
  34. (en) Elmer Bendiner,The Rise and Fall of Paradise, p. 99-104.
  35. (en) Joseph Needham,Science and Civilisation in China, vol. 3, p. 681.
  36. Lucien XavierPolastron,Le Papier : 2000 ans d'histoire et de savoir-faire, Imprimerie nationale éditions,(EAN 9782743303167),p. 88sq.
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  38. (en) Elkan Adler,Jewish Travellers in the Middle Ages et(de) Zur Weissenbron,Geschichte der Jetzigen Ziffern, p. 74–78. Voir aussi :(en)Encyclopedia of World Trade: From Ancient Times to the Present, « Radanites », p. 764.
  39. (de) Hermann Weissenborn,Zur Geschichte der Einführung der jetzigen Ziffern in Europa durch Gerbert: eine Studie, Berlin: Mayer & Müller, 1892,p. 74-78.
  40. Flavius Josèphe,Antiquités juives (XVIII, 6, 3).
  41. (en) Scott B. MacDonald et Albert L. Gastmann,History of Credit and Power in the Western World, p. 44.
  42. (en) Louis Rabinowitz,Jewish Merchant Adventurers: A Study of the Radanites, p. 91.
  43. Par exemple :(en)Encyclopedia of World Trade: From Ancient Times to the Present, « Radanites », p. 764. Voir aussi :(en) Omeljan Pritsak,The Khazar Kingdom's Conversion to Judaism, p. 265.
  44. Il est possible que certaines des communautés aient été fondées par des marchands juifs plus anciens.(Source : M.M. Postan).
  45. (it) E. Ashtor,Gli Ebrei nel commercio mediterraneo nell'alto medioevo (sec. X-XI), Settimane di studio des Centro italiano di studisull'alto medioevo, XXVI : Gli Ebrei nell'Alto Medioevo, Spoleto, 1980, p. 454-456, repris dans :(en) E. Ashtor,The Jews and the Meditterranean Economy, 10th-15th centuries, Londres, 1983.
  46. Yosef Hayim Yerushalmi,Raisons politiquesno 7 (août-octobre 2002), p. 19-52.
  47. (en) Louis Rabinowitz,Jewish Merchant Adventurers: A Study of the Radanites, p. 150-212.
  48. (en) Vadim Rossman,Russian Intellectual Antisemitism in the Post Communist Era, p. 82-83.
  49. La plupart des historiens considère que les Khazarsse convertirent au judaïsme afin de garder leur indépendance politique vis-à-vis de leurs voisins chrétiens et musulmans.
  50. Résumé de l'ouvrage de Jean-Jacques Marie,L'antisémitisme russe de Catherine II à Poutine, Paris, Tallandier, 2009).
  51. MarlèneLaruelle, « Lev Nikolaevič Gumilev (1912-1992) : biologisme et eurasisme dans la pensée russe »,Revue des Études Slaves,vol. 72,no 1,‎,p. 163–189(DOI 10.3406/slave.2000.6650,lire en ligne, consulté le)
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