
Laréunification de l'île de Chypre est un projet lancé conjointement en2008 par lesNations unies et les deux communautéschypriotes séparées depuis lapartition de l'île en1974 : leschypriotes grecs de larépublique de Chypre (internationalement reconnue et membre de l'Union européenne) et leschypriotes turcs de larépublique turque de Chypre du Nord (reconnue par laTurquieuniquement).

Après indépendance de l'île en1960, laconstitution du pays ne suit pas le « droit du sol » selon lequel tous les habitants auraient été citoyens chypriotes sans distinction de langue et de religion, mais le « droit du sang » qui identifie deschypriotes grecs (80%) et deschypriotes turcs (18%) ayant des institutions propres avec une représentation partagée au niveau de l'État : ainsi, le Président était un chypriote grec (l'archevêqueMakarios) et le vice-président un chypriote turc (le médecinFazıl Küçük)[1], soutenus par despartis politiques ethniques pourvus de milices armées (EOKA grecque etTMT turque). Les tensions qui en découlent débouchent sur latentative de coup d'État de laGarde nationale grecque dirigée contre le président Makarios jugé trop conciliant envers la minorité turque, et qui s'opposait à l'Énosis (union avec la Grèce). Selon letraité de garantie de l'indépendance de Chypre, uneopération militaire turque est déclenchée en1974 engendrant unedivision géographique et politique de l'île[2].
Depuis 1974, laForce des Nations unies chargée du maintien de la paix à Chypre, agissant sous mandat de l'ONU, a mis en place une « ligne verte », constituant unezone démilitarisée et une séparation physique entre les deux entités politiques de l'île[3].


L'ONU a proposé en2004 le « Plan Annan », du nom deKofi Annan, alors secrétaire général des Nations unies. Ce plan proposait de réunifier les deux États chypriotes au sein d'une mêmeRépublique chypriote unie fonctionnant sur la base d'un système fédéral où les deux communautés seraient représentées[5]. Le « Plan Annan », formulé après trente ans de négociations infructueuses, propose d’instaurer un État confédéral, chaque État confédéré devant permettre l’installation (ou le retour) de 33 % au plus de résidents de l’autre communauté sur son sol : le nombre de Turcs est insuffisant pour atteindre ce taux au Sud, tandis que le nombre de Grecs est largement suffisant pour l’atteindre au Nord. Soumis àréférendum, ce plan fut accepté à plus de 65 % par les habitants du Nord de l’île, car le taux de retours proposé aurait permis à tous les chypriotes turcs déplacés en 1974 de retrouver leurs foyers, mais rejeté à 70 % par ceux du Sud, car le taux proposé n'aurait permis un retour qu'à une faible proportion des chypriotes grecs qui étaient environ 79 % des habitants du Nord avant 1974. Au cours de ce référendum, pour la première fois, des manifestations massives, rassemblant jusqu'à 50 000 personnes, ont eu lieu dans la communauté chypriote turque contre la politique sous tutelle d’Ankara du« président »Rauf Denktaş, exigeant sa démission et demandant un rattachement à la partie sud[6].
À la suite d'une série de négociations entre mai et septembre2008, les dirigeants chypriotes grecs et turcs se sont engagés sous l'égide des Nations unies à résoudre point par point les problèmes liés à la spécificité chypriote, selon les paramètres établis par les Nations unies[7]. AinsiDimitris Christofias etMehmet Ali Talat ont mis conjointement en place six groupes de travail et sept comités techniques portant sur des questions spécifiques[Note 1].
Dimitris Christofias et Mehmet Ali Talat rencontrèrent le secrétaire général des Nations unies,Ban Ki-moon, le àNew York, afin d'étudier divers points dans une réunion tripartite ; notamment sur la question des propriétés foncières et l’ouverture de nouveaux points de passages dans la ligne verte[8]. Ces négociations visaient à terme à la réunification de Chypre, au sein d'un système fédéral bi-communautaire oùChypriotes grecs etturcs seraient égaux en droit et en pouvoir[Note 2], ; comme envisagée dans le « Plan Annan », la résolution des différends aboutirait à une théoriqueRépublique chypriote unie ou « entité supra communautaire », basée sur le modèle de laSuisse, dont les deux entités auraient une réelle autonomie et une représentation politique paritaire, et qui permettrait à larépublique turque de Chypre du Nord de sauvegarder l’essentiel de ses acquis tout en revenant dans la légalité internationale et en échappant à l’embargo et à la dépendance vis-à-vis d'Ankara[9],[10].
Officiellement, la situation évolue rapidement[Note 3],[11], mais, comme on dit à Chypre, σάν τό χελώνη όταν είναι πολύ κουραζμένη - « à la vitesse d'une tortue fatiguée », car une adoption définitive achoppe toujours sur le double écueil du retrait de l'armée turque (Ankara s'y refuse) et du libre retour des Chypriotes déplacés en1974 dans leurs communes d'origine, sans limitation de nombre (revendiqué par la communauté chypriote grecque).
L'élection présidentielle nord-chypriote de 2015 donne le candidat de centre-gaucheMustafa Akıncı vainqueur. Celui-ci définit comme sa priorité de relancer les pourparlers de paix avec la partie grecque de l'île[12].
En 2016, une rencontre nouvelle entre les deux parties a lieu sous l'égide dusecrétaire d'État américainJohn Kerry auMont-Pèlerin, enSuisse. Des avancées politiques ont lieu sur divers détails même si le refus d'Ankara de retirer ses troupes et l'exigence de Nicosie de la non-limitation du nombre de réfugiés autorisés à rentrer, restent non-négociables[13],[14].
Un troisième tour de négociations sous l'égide de l'ONU, de son représentant spécialEspen Barth Eide et des trois nations parties autraité de garantie a lieu à l'Office des Nations unies à Genève au début du mois de. Les deux présidents discutent directement dans un contexte« constructif »[15], mais, s'il apparaît une volonté de leur part de poursuivre les efforts de rapprochement, le maintien des troupes turques sur l'île demeure un point d'achoppement[16].
Le 19 octobre 2025, la présidentielle de Chypre Nord est remportée parTufan Erhürman, élu au premier tour, avec 62 % des voix. Ce social-démocrate, partisan d’une réunification de l’île - alors que le sortant est un proche du régime deRecep Tayyip Erdogan - a immédiatement tenté de rassurer Ankara, annonçant qu’il allait travailler « en étroite concertation avec la Turquie »[17].