La Bulgarie déclare officiellement la guerre à l'Allemagne. Dès l'automne 1944, lescommunistes, dont le parti porte alors le nom deParti ouvrier bulgare, mettent en place une politique d'épuration, d'abord sauvage, puis légale, avec l'aide des troupes soviétiques d'occupation. Membres de l'élite politique,« fascistes » réels ou proclamés, sont déférés devant des« tribunaux populaires » ; des camps de détention sont ouverts, accueillant plusieurs milliers de prisonniers. La classe politique bulgare demeurée en dehors du Front patriotique est décapitée[réf. nécessaire]. Le, un décret-loi prévoit de lourdes peines de prison ou la peine de mort pour toute contestation de l'autorité du Front patriotique. À l'automne1946, unplébiscite décide l'abolition de la monarchie avec, officiellement, 97 % des suffrages : la république populaire de Bulgarie est proclamée le.
Les élections législatives du, à la régularité contestée, accordent 70 % des voix au Front patriotique. Le Parti ouvrier bulgare dispose à lui seul de la majorité absolue avec 275 sièges sur 468[2].Vasil Kolarov prend la présidence de la République, tandis queGeorgi Dimitrov, ancien secrétaire général duKomintern et dirigeant du Parti ouvrier, devient le chef d'un gouvernement composé pour moitié de communistes.
La mise au pas de la classe politique se poursuit, les communistes éliminant progressivement toute dissidence. Le,Nikola Petkov, dirigeant de l'Union agrarienne, est arrêté en pleine séance du parlement, sous l'accusation de tentative de coup d'État et de menées terroristes. Il est condamné à mort et pendu le. En 1948, le Parti ouvrier bulgare fusionne avec les sociaux-démocrates, reprenant le nom deParti communiste bulgare (PCB). LeFront patriotique continue officiellement d'exister, pour maintenir une apparence demultipartisme. Lescamps continuent de se développer, pour atteindre le nombre de quarante-cinq, comptant notamment lecamp de Béléné, ainsi que ceux deSkravena, deBogdanovdol, ou deLovetch. La police secrète du régime, le Comité pour la Sécurité de l'État (Комитет за държавна сигурност,Komitet za daržavna sigurnost ; abréviations :КДС ou CSS), fait régner la terreur dans le pays. La Bulgarie étant encore une nation essentiellement agricole, une politique de collectivisation des terres est décidée ; le gouvernement impose en outre un système d'achat obligatoire d'un quota de fournitures d'État, qui s'avère ruineux pour une grande partie des paysans.
À partir de1948, le PCB applique la« lutte des classes » dans les campagnes : la police et les milices du parti mènent des opérations contre les« koulaks », dénomination sous laquelle sont regroupés les anciens membres de l'Union agrarienne, les opposants réels ou supposés, les propriétaires terriens, ou les paysans supposés aisés. Les mesures de collectivisation aggravent la situation alimentaire du pays[A 1]. Le régime doit parallèlement affronter une résistance armée, des groupes d'opposants armés, désignés sous le nom deGoryani (maquisards) pratiquant la résistance dans les forêts et les campagnes jusqu'à la fin desannées 1950[A 2].
Georgi Dimitrov meurt de maladie le.Vălko Červenkov lui succède à la tête du parti puis, en 1950, du gouvernement, et poursuit la politique du régime sur la même lignestalinienne. Les purges politiques touchent également la hiérarchie du Parti communiste :Trajčo Kostov, ancien dirigeant du parti, est arrêté en juin1949. Avec dix autres membres du parti, il est condamné pour menées subversives et collusion avec leRoyaume-Uni et le régime deTito ; Kostov est pendu dans la nuit du 16 au, tandis que ses coaccusés sont condamnés à de lourdes peines de prison.
Timbresoviétique de1969 célébrant « l'amitié éternelle entre la Bulgarie et l'URSS ».
Après la mort deStaline, Červenkov perd la plupart de ses appuis enURSS : en mars1954, il est remplacé parTodor Jivkov à la tête du secrétariat général du PCB. En avril1956,Anton Yugov le remplace à la tête du gouvernement. La politique de la Bulgarie communiste demeure étroitement associée à celle de l'URSS. La répression politique continue : en1956, un décret-loi autorise la relégation et l'assignation à résidence de tous les« citoyens douteux », arbitrairement désignés. La politique de collectivisation des terres se poursuit, liquidant en1958 le reste des exploitations restées en dehors des fermes collectives. En1959, unplan quinquennal d'industrialisation, inspiré duGrand Bond en avant de larépublique populaire de Chine, est un échec[2]. Une relative détente politique aboutit néanmoins à la fermeture des camps et, le, à l'amnistie des détenus politiques, pour marquer le vingtième anniversaire de la prise du pouvoir[A 3]. Certains condamnés politiques, comme Kostov, sont réhabilités post-mortem, à l'exclusion cependant des non-communistes comme Petkov. En1962, Yugov est remplacé par Jivkov à la tête du gouvernement.
Le, une nouvelle constitution, censée accompagner le passage de la Bulgarie au stade du« socialisme avancé », est adoptée par plébiscite avec 99,6 % des suffrages officiels[2]. Todor Jivkov devient chef de l'État, avec le titre nouvellement créé dePrésident du Conseil d'État.Stanko Todorov devient chef du gouvernement. La Bulgarie demeure politiquement très proche de l'URSS, étant parfois considérée comme sa« seizièmerépublique »[3]. Dans lesannées 1960, il est envisagé, côté bulgare et de manière non officielle, de demander l'intégration de la Bulgarie à l'URSS ; cette idée n'a finalement pas de suite[B 4].
Le pays connaît une sensible amélioration du niveau de vie de ses habitants dans les années 1960-1970. Le pays subit tout comme l'URSSBrejnevienne une stagnation politique et économique[4]. La répression politique demeure cependant prégnante, et se signale par des affaires retentissantes comme l'assassinat du dissidentGuéorgui Markov, dans l'affaire dite du« parapluie bulgare ». Le régime de Todor Jivkov connaît une période de relative libéralisation, à la fois politique et culturelle, marquée notamment par l'influence de sa filleLioudmila Jivkova, prépondérante dans le monde culturel. Le décès en1981 de la fille de Todor Jivkov, dont une partie des proches sont ensuite poursuivis pour corruption, marque le terme de cette période de dégel. Dans lesannées 1980, la Bulgarie connaît une période de difficultés économiques. Afin de détourner le mécontentement populaire, le régime communiste tente en 1984-1985 de jouer la carte dunationalisme en lançant une campagne de « bulgarisation » des noms des citoyensmusulmans bulgares[C 2]. Appliquée essentiellement par voie administrative, elle est accompagnée de nombreuses exactions comme la destruction demosquées, l’interdiction d’utiliser leturc en public, etc. Cette campagne et des manifestations de protestations souvent violentes à l’intérieur, attirent l’attention des pays occidentaux et des organisations de défense desdroits de l'homme. En1988, Todor Jivkov tente de mener unePerestroïka locale, baptiséePreustrojstvo, et incluant une relative libéralisation économique.
En 1989, l'État bulgare a entrepris le plus grand programme denettoyage ethnique de laguerre froide en Europe, depuis l'après-guerre et l'expulsion des Allemands d'Europe de l'Est. Dans une tentative de renforcer sa propre légitimité alors que le communisme s'effondrait dans tout lebloc de l'Est, le régime de Jivkov a eu recours au nationalisme bulgare. Il décide d'expulser tous ceuxTurcs de Bulgarie jugés « nonbulgarisables »[5].:1–3 Entre le 30 mai et le 22 août 1989, entre 310 000 et 322 000 Turcs bulgares ont été expulsés vers la Turquie. Avec d'autres expulsés plus tôt et des membres de la famille qui ont émigré pour rejoindre les expulsés ou qui ont émigré après l'effondrement de l'État communiste le 10 novembre 1989, environ 360 000, voire 400 000, des Bulgares turcs ont quitté la Bulgarie pour la Turquie[5].:1–3 La campagne de changement de nom a été imposée par les forces armées bulgares. Entre 800 et 2 500 personnes ont été tuées, en l'espace de trois mois. Au camp de concentration de Béléné, les certificats de décès étaient régulièrement falsifiés pour indiquer que les détenus étaient morts de maladie plutôt que de mauvais traitements et de punitions extrajudiciaires. À titre de comparaison, 122 ont été tués pendant l'état de siège en Pologne de 1981 à 1983 et 3500 ont été tués au cours des décennies deconflit nord-irlandais[5]:34–35. Le 29 décembre 1989, le PCB a abandonné sa politique d'assimilation forcée envers les Turcs ethniques, craignant que les 400 000 restants n'émigrent également et n'accélèrent l'effondrement de l'économie. La campagne de nettoyage ethnique était sans précédent dans la mesure où les politiques ont finalement été inversées et, à la fin de 1990, environ 40 % des expulsés sont retournés en Bulgarie. Bien qu'environ 77 000 rapatriés aient été rendus sans abri par la confiscation de leurs biens, une loi adoptée en juillet 1992 a restitué les biens saisis. Contrairement aux campagnes denettoyage ethnique ultérieures desguerres yougoslaves, la campagne de nettoyage ethnique bulgare n'a pas été causée par une guerre ou un effondrement de l'État et n'a entraîné aucune guerre[5]:1–3.
En, une importante pollution auchlore dans la région deRoussé, provenant d'une usine roumaine située àGiurgiu, entraîne le déclenchement d'importantes manifestations en Bulgarie pour protester contre lasituation écologique désastreuse du pays. Des groupes dissidents comme leclub pour le soutien de la perestroïka et de la glasnost puis, en 1989,Podkrepa etEkoglasnost, se forment progressivement. Jivkov, âgé de 79 ans, apparaît dépassé : au sein du PCB, les réformateurs commeAndréi Lukanov,Alexandre Lilmov, etPetăr Mladenov prennent le contrôle dans ce qui est qualifié de révolution de palais. Le, au lendemain de lachute du mur de Berlin, Jivkov est démis de toutes ses fonctions par le parti ; Mladenov le remplace à la tête de l'État[C 3]. La censure est supprimée. Jivkov est arrêté pour corruption en janvier1990. En février1990, le Parti communiste décrète la fin du régime avant de s'auto-dissoudre et de devenir leParti socialiste bulgare. Les groupes dissidents et libéraux s'unissent au sein du SDS (Union des forces démocratiques).
Les premières élections libres ont lieu en juin1990. Les socialistes remportent la majorité. Lukanov devient chef du gouvernement. Le1er août, l'ancien dissidentŽelju Želev devient chef de l'État. Le, le parlement invalide la constitution de1974 et supprime l'adjectifpopulaire du nom officiel du pays, qui devient larépublique de Bulgarie[6]. Le, une grève entraîne la démission du gouvernement Lukanov, remplacé en décembre par un gouvernement de coalition. Le, une nouvelle constitution est adoptée et consacre l'abandon de toute référence au socialisme. De nouvelles élections ont lieu en octobre1991 et sont remportées par l'opposition. Le,Filip Dimitrov forme un nouveau gouvernement, sans la participation d'aucun socialiste[2],[C 4].
La Bulgarie souffre de la conversionpost-communiste. Le pays connaît dans les années suivantes une transition économique difficile, avec plusieurs périodes d'alternance politique, les socialistes et les autres partis se succédant au gouvernement. Plusieurs journalistes indiquent que la Bulgarie fait partie des cas où lanomenklatura conserve le pouvoir en prenant l'étiquette socialiste. Les difficultés font aussi qu'une nostalgie communiste, surtout de l'ère Jivkov, se développe, parfois alimentée par les politiques[4],[7],[8].
Galerie des armoiries de la république populaire de Bulgarie
Les armoiries représentent unlion rampant, les couleurs du pays et la date du 9 septembre 1944, le début de la république populaire. En 1971, l'année681, soit la création de l'empire bulgare, est rajoutée ce qui est vu comme un symbolisme plus nationaliste que communiste[9]. L'étoile rouge, le blé et la roue dentée sont des caractéristiques dusymbolisme communiste et de l'héraldique socialiste.
L'économie de la république populaire de Bulgarie est uneéconomie planifiée semblable à celle d'autres États duCAEM. Dans le milieu desannées 1940, quand le processus decollectivisation commence, la Bulgarie est un État essentiellement agraire, avec quelque 80 % de la population située dans les zones rurales. Les productions de tous les secteurs sontnationalisées, même si ce n'est qu'à partir de la prise de pouvoir deVălko Červenkov (1950) que l'activité économique privée est complètement mise au rebut.
La Bulgarie connait un développement industriel fulgurant à partir des années 1950. Dès la décennie suivante, l'économie du pays apparait profondément transformée. Si de nombreuses difficultés persistent, telles que la médiocrité des logements ou l'insuffisance des infrastructures urbaines, la modernisation est bien réelle. Le pays s'oriente par la suite vers la technologie de pointe, secteur qui représente 14 % de son PIB entre 1985 et 1990. Ses usines produisent des processeurs, des disques durs, des lecteurs de disquettes et des robots industriels[10].
PIB par habitant pendant la période socialiste, selon le projet Maddison (2018).Dans les années 1970, la république populaire de Bulgarie avait un coefficient de Gini de 18, ce qui la classant parmi les pays présentant les plus faibles niveaux d'inégalité de revenus au monde.