Commandée par François Mitterrand en 1983, la pyramide a été conçue par l'architectesino-américainIeoh Ming Pei. La structuremétallique qui supporte le parement en verre est faite d'acier et d'aluminium et pèse 200 tonnes ; elle s'élève à 21,64 mètres sur une basecarrée de 35,42 mètres de côté. Elle est recouverte de 603 losanges et de 70 triangles en verre et est la première grande construction à utiliser leverre feuilleté.
La pyramide a suscité une grande controverse lors de la présentation de son projet en 1984.
Le, le président de la RépubliqueFrançois Mitterrand annonce lors d'une conférence de presse son intention d'installer le musée du Louvre dans la totalité dupalais, une partie étant alors occupée par le ministère des Finances. Le but de Mitterrand est de faire du Louvre un « musée de masse », d'engager une révolution muséographique[3]. En,Émile Biasini est nommé responsable du projetGrand Louvre qui s'inscrit dans le cadre desGrands Travaux (Grandes Opérations d'Architecture et d'Urbanisme) dont l'idée est lancée le. Sans recourir à la procédure du concours d'architecture ou de l'appel d'offre, François Mitterrand choisit l'architecteIeoh Ming Pei qui accepte la commande en et propose un plan qui envisage d'utiliser la cour Napoléon comme nouvelle entrée centrale (un hall d'accueil central étant une amélioration depuis longtemps nécessaire destinée à faciliter l'accès du public qui se faisait par la porte de l'aile Denon, entrée insuffisante pour un tel projet), qui donnerait accès non seulement aux salles existantes, mais aussi aux espaces libérés de l'aile Richelieu[4].
Une pyramide dans la cour Napoléon a initialement été proposée pour les célébrations de la Révolution française, notamment pour lecentenaire (projet de pyramide cyclopéenne de l'architecteLouis-Ernest Lheureux de style néo-aztèque, pour 1889[5]). On retrouve aussi cette idée dans un petit fascicule « Mémoires sur deux grandes obligations à remplir par les Français »[6] écrit parBernard-François Balzac et édité en 1809. Une de ces obligations était d'élever, dans la cour du Louvre, une pyramide qui serait un monument national de reconnaissance à l'Empereur (Napoléon). Il est possible que l'architecteIeoh Ming Pei ait été mis au courant de cette proposition quand il a choisi la forme d'une pyramide.
Dans le premier projet présenté àFrançois Mitterrand parIeoh Ming Pei le, la pyramide est intégrée dans son projet définitif en 1984 : le but est de construire un grand hall d'entrée lumineux avec une forme contrastant avec les bâtiments alentour[7].
Marcel Herfray, commissaire du gouvernement et attaché principal de l'administration centrale, est le directeur juridique de l'opération.
La pyramide du Louvre est construite entre 1985 et 1989. Elle a été une première fois inaugurée le[1] par François Mitterrand, puis une seconde fois le ; à l'occasion de l'ouverture au public, une cérémonie plus modeste, avec coupe du ruban, a eu lieu en présence du président[8].
Comparaison des profils approximatifs de monuments notables de forme pyramidale ou presque pyramidale.
L'annonce officielle du projet a lieu lors de l'audition de M. Pei le devant laCommission nationale des monuments historiques, dont il ressort décontenancé face à la perplexité des membres de la Commission. Le projet est rendu public le lendemain dans une manchette deFrance-Soir titrant : « Le nouveau Louvre fait déjà scandale ». Publiée en première page du quotidien, la photo de la pyramide suscite une grande polémique. Une grande partie de la presse est aussi haineuse : « Degré Zéro de l'architecture » selonPierre Vaisse duFigaro, « Appel à l'insurrection » pourJean Dutourd[9],[10]. Les adversaires du projet, tel l'historien d'artAndré Fermigier — qui écrivit un violent éditorial à charge, « Lezircon »[11] — comparent alors la pyramide à une « Maison des morts », à un « entonnoir », évoquant tour-à-tour cet objet tout droit sorti de « Disneyland » ou d'un « Luna Park »[12]. Nombreux sont ceux qui trouvent que cet édifice futuriste est d'unstyle international. Certains le qualifient de « passe-partout » et hors du contexteclassique du Louvre. La pyramide empêche de voir le bâtiment d'origine dans sa totalité à partir de la cour Napoléon ou de l'Arc de triomphe du Carrousel. Tout aussi nombreux sont ceux qui apprécient la juxtaposition contrastée des styles architecturaux, la fusion du classique avec le contemporain[7].
Le projet doit non seulement faire face à des protestations des milieux conservateurs, mais aussi d'une partie de la droite qui porte l'affaire sur le terrain politique, la presse surnommant à cette occasion François Mitterrand « Mitteramsès » ou « Tontonkhamon »[13]. En 1984 se crée uneAssociation pour le renouveau du Louvre, sous l'impulsion de l'ex-secrétaire d'ÉtatMichel Guy, qui combat le projet de la pyramide de verre[14]. François Mitterrand fut notamment accusé d'avoir voulu faire la promotion de la franc-maçonnerie par ces pyramides[15],[16],[17].
Cependant, la pyramide ne coupe pas la perspective de l'axe historique, puisque cet axe ne débute pas à lacour carrée, mais à la statue équestre deLouis XIV, située dans la cour Napoléon. L'axe duPalais du Louvre est en effet décalé de 6,3° par rapport à l'axe dujardin des Tuileries et desChamps Élysées. La presse, pourtant informée, ne fait aucune allusion à l'idée directrice de Pei, selon laquelle la pyramide s'inspire de la géométrie des jardins deLe Nôtre[18].
Le Nouvel Observateur contre-attaque en avec une série d'articles soutenant le projet de l’architecte Pei[19].
La « bataille de la pyramide[20] » ne s'achève qu'en 1986 lorsqueJacques Chirac, maire de Paris et Premier ministre, est définitivement convaincu du projet après la mise en place d'une simulation grandeur réelle du volume de la pyramide par des câbles en Téflon (maquette réalisée le au centre de la cour Napoléon[21]) et l'acceptation de sa demande d'un parking souterrain pour libérer les quais de la Seine des cars de tourisme[22].
Le projet originel prévoyait d'ériger une statue sur le pilier central, au cœur de la pyramide. François Mitterrand voulut laisser le choix de l'œuvre àAnne Pingeot (mère de sa filleMazarine et ancienne conservatrice du département des sculptures du musée), qui proposaLe Penseur deRodin[23],[9]. Un essai fait avec une réplique de plâtre montra que de l'extérieur l'effet de surface était parfait, mais que depuis l'accueil, vu d'en bas,Le Penseur semblait assis sur unpot, lemauvais goût ressortait immédiatement ; en raison de cet aspectscatologique, la statue ne fut pas installée[23],[9],[24]. Également envisagé,Le Coq deBrancusi fut écarté parce qu'il n'était pas à l'échelle[24] et aucune solution de remplacement ne fut trouvée[23],[9],[24].
La cour Napoléon du Musée du Louvre et sa pyramide, à la tombée de la nuit.
La grande pyramide est entourée de trois répliques plus petites constituant des puits de lumière et d'une cinquième pyramide, inversée, construite sous leCarrousel du Louvre.
L'architecte Ieoh Ming Pei avait des exigences strictes en matière de résistance mécanique, de transparence et de couleur du verre. Le choix s'est finalement porté sur un verre sodocalcique classique avec une teneur en fer très faible, inférieure à 200 ppm, afin d'éviter toute teinte résiduelle indésirable. Pour parvenir à cette transparence optimale, la décoloration au sélénium a été privilégiée, car elle offrait une alternative plus sûre que la décoloration au manganèse, qui présentait des risques de solarisation sous l'effet des rayons UV. Le contrôle précis du rédox pendant le processus d'élaboration était essentiel pour garantir la décoloration efficace du verre. De plus, le choix du procédé de fabrication a été déterminant : plutôt que d'utiliser le procédé "float" standard, l'élaboration du verre s'est faite via le procédé de glace polie, suivi d'une étape de laminage pour obtenir la bonne épaisseur. Cette approche a permis de répondre aux exigences spécifiques de la conception de la pyramide, assurant sa légèreté, sa solidité et son esthétique inégalées.
LaPyramide inversée du Louvre est construite dans la même logique constructive mais avec seulement 7 triangles à la base de chaque face. Elle est constituée de 84 losanges et 28 triangles.
Cette pyramide inversée ne pouvant pas être directement au contact de l'extérieur car l'eau s'y accumulerait, elle est recouverte par une surface vitrée du même type presque plane, cachée au niveau du sol naturel par les haies au centre de laplace du Carrousel.
L'architecte a eu pour exigence que le verre qui compose les facettes de la construction soit le plus transparent possible. Or à l'époque cela représentait un défi technique qui restait à réaliser.
En effet, tout verre contient des impuretés qui ont la propriété d'absorber d'autant plus de lumière que le vitrage est plus épais[26]. Les principaux responsables de cette absorption de lumière sont les métaux lourds qui s'incorporent à la matière première au cours de la fonte du verre. C'est pourquoi il était très difficile de répondre aux exigences de l'architecte et de livrer un verre le plus incolore possible malgré les 2,1 cm d'épaisseur des plaques.
I.M.Pei rejetait l'idée d'utiliser les techniques capables de neutraliser lesoxydes de fer dont, par exemple, l'ajout d'arsenic, car il savait que ceux-ci solarisent avec le temps[26] ; trop exposés au soleil, ils jaunissent puis brunissent.
L'entreprise françaiseSaint-Gobain, qui a remporté le marché, a opté pour la fourniture d'un type de verre qui ne soit pas sensible à cet effet.
Ce projet a rencontré des opposants ce à l'instar de laGéode puis descolonnes de Buren surtout à partir de l'été 1985, ses opposants l'appelant "Tontonmanie" inspirée de l'époque du surnom du président 'Tonton'[29],[30],[31].
La pyramide comporte 673 panneaux de verre[32], nombre suffisamment proche de666 pour nourrir les interprétations ésotériques. Unelégende urbaine veut que ce nombre de 666 panneaux de verre fut choisi à la « demande expresse » du président Mitterrand, 666 étant selon l'Apocalypse, le « Chiffre de la Bête »[33]. Cette polémique, née dès 1984[34], a repris en 2003 lors de la parution du roman deDan Brown :Da Vinci Code (chapitre 4).
Plaque commémorative de la méridienne du Carrousel duLouvre.
En 1997, uneméridienne a été calculée et tracée au pied de la pyramide inversée par l'astronomeJean-Louis Heudier, avec le partenariat de l'association PARSEC[35]. Une plaque, apposée dans la pyramide en témoigne.
Soucieux de remplacer les 4 500 luminaires qui éclairent la pyramide et les façades du palais et qui arrivent en fin de vie, le musée du Louvre décide de s'équiper d'un nouveau système d'éclairage extérieur à partir de 2011. D'après la firmeToshiba, mécène du Louvre qui met en place ce nouvel équipement à base deleds à haute efficacité énergétique, les installations lumineuses réduisent de 73 % la consommation annuelle d'électricité nécessaire à l'éclairage extérieur[36].
Au moment de leur inauguration en 1989, les espaces d’accueil du Louvre sont conçus pour accueillir entre 3 et 5 millions de visiteurs. Vingt ans après, la fréquentation du musée s’établit à 9,5 millions de visiteurs. Le sous-dimensionnement se traduit par l'allongement des files d’attente, des difficultés de repérage, des nuisances sonores et incite la direction du Louvre à lancer le projet « Pyramide » qui consiste à réorganiser les accès et le hall d'accueil Napoléon sous la pyramide, de 2014 à 2016[37].
↑Lucien Sfez,Cahiers internationaux de sociologie, Volume 106, Presses Universitaires de France, 1999, p. 138.
↑Guy Dumur et Yves-Charles Rivière Architecte, « Architecture : Qui a peur du grand mėchant Louvre ? - Opinion : Vive la pyramide ! »,Le Nouvel Observateur n 1060,,p. 46-48