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Leprotectorat français d'Annam, situé au centre de l'actuelViêt Nam, est un territoire placé sous protection de laFrance. Après unpremier traité signé en1883, letraité de Hué, signé l'année suivante, place l'empire d'Annam sous l'administration indirecte de la France. LeTonkin (Nord) est placé sous un régime de protectorat distinct avant d'être détaché de l'Annam. Le territoire vietnamien est désormais divisé en trois, en tenant compte de laCochinchine annexée en1862. Le nom d'Annam, utilisé jusque-là en Occident pour désigner le Viêt Nam dans son ensemble en reprenant l'appellation utilisée par les Chinois, est par la suite employé pour désigner le centre du pays.
En 1887, l'Annam est, comme leTonkin et laCochinchine, placé sous l'autorité du gouverneur général de l'Indochine française, qui siège àHanoï, tandis que la cour de l'empereur d'Annam, qui demeure officiellement le souverain de l'Annam et du Tonkin, se trouve àHué. L'Annam est appelé en VietnamienTrung Kỳ (« pays du Centre »), les nationalistes vietnamiens préférant l'appellationTrung Bộ (« région du Centre »).
Le protectorat d'Annam est conclu à la suite de l'expédition du Tonkin par lequel la France, qui avait déjà annexé laCochinchine en 1862, place sous son contrôle le reste du territoire vietnamien. En1883 et1884, lepremier et ledeuxième traité de Hué placent l'ensemble du territoire annamite sous protectorat français : le royaume est scindé en deux territoires distincts, le protectorat d'Annam et leprotectorat du Tonkin. La Chine reconnaît en1885 le traité de Hué.
L'Annam et le Tonkin sont placés sous l'autorité d'un Résident général, lui-même flanqué de Résidents supérieurs à Hué (Annam) et Hanoï (Tonkin). Le nom d'Annam, qui désignait jusque-là le Viêt Nam dans son ensemble, est désormais employé pour désigner exclusivement la partie centrale du pays, disjointe du Nord (Tonkin) comme elle l'avait précédemment été du Sud (Cochinchine). À partir de1887, le Résident général est placé sous l'autorité du Gouverneur général de l'Indochine française. Comme le Tonkin, l'Annam est concernée par les insurrections menées par lemouvement de résistanceCần Vương (« soutien au roi ») qui tente de restaurer l'autorité monarchique, mais le mouvement est vaincu en Annam en1895.
Par une ordonnance du, l'empereur délègue au Tonkin la totalité de ses pouvoirs à unkinh lược sứ (fonction traduite par « vice-roi » ou « commissaire impérial » ce qui entérine la séparation de fait de l'Annam et du Tonkin. En1889, le poste de résident général de l'Annam-Tonkin est supprimé, l'Annam et le Tonkin étant confiés à deux résidents généraux différents. Tout en demeurant en place, ladynastie Nguyễn est réduite à un rôle d'apparat et plusieurs empereurs, trop rétifs, sont renversés par les Français et envoyés en exil.
L'Annam, ou se trouve la ville deHué où siège la cour impériale, est placé sous un régime d'administration plus indirecte que le Tonkin : le protectorat demeure gouverné en théorie par l'empereur, assisté par son conseil secret, ouCơ mật viện, composé de six ministres nommé par lui, celui de l'intérieur, de la guerre, des finances, du rite, de la justice et des travaux publics. Le résident français, représentant du gouvernement de laRépublique française, est installé àHué. Il préside un conseil de protectorat, composé des chefs des départements administratifs de l'Annam, avec deux membres du conseil secret de l'empereur. Cet organe traite du fisc, des taxes et des travaux publics de l'Annam. De plus un gouverneur indigène (Tổng đốc ouTuần phủ), assisté par un service de lettrés fonctionnaires du pays, administre chaque province. Tous les fonctionnaires de moindre rang en dépendent. Les gouverneurs et mandarins prennent leurs ordres du gouvernement impérial, mais sous la surveillance des résidents français successifs. Lesmandarins et lettrés — fonctionnaires indigènes — sont nommés par l'empereur et recevaient leur traitement de la cour impériale, mais le résident français peut annuler une affectation ou une nomination. Le Résident français respecte, dans un premier temps, les décisions de politique intérieure du Cabinet impérial mais la faiblesse de l'autorité monarchique et les impératifs de maintien de l'ordre amènent progressivement une évolution conforme au rapport de forces réel entre Français et Vietnamiens.
L'Annam, situé en dehors des courants commerciaux et handicapée par des conditions géographiques et climatiques difficiles, est une région nettement plus pauvre que le Tonkin et la Cochinchine : la colonisation agricole n'y démarre qu'après1927, quand la pacification des plateaux est considérée comme achevée. Les plantations decafé et dethé des hautes terres constituent les bases d'une économie très fragile. Le protectorat d'Annam est, des trois territoires vietnamiens, celui où le nombre d'Européens est le plus faible. Le port deTourane (Đà Nẵng) a un statut particulier : cédé en pleine propriété à la France, il est soumis au même régime juridique que la colonie de Cochinchine.
Comme dans le reste du Viêt Nam colonial, les revendications autonomistes et indépendantistes se développent dans les années 1920-1930, alors même que la monarchie achève d'être vidée de sa substance : en 1925, après la mort de l'empereurKhải Định, et alors que son filsBảo Đại, âgé de 12 ans, suit sa scolarité en France, les dernières attributions politiques et judiciaires du souverain d'Annam sont alors transférées au Résident supérieur français, qui préside désormais les séances du Conseil impérial, en présence cependant du premier ministre d'Annam. Le retour au pays de Bảo Đại, en1932, fait naître dans l'opinion annamite quelque espoir de changement, le jeune souverain souhaitant voir le pays évoluer vers unemonarchie constitutionnelle. Une figure montante du nationalisme, le réformateurNgô Đình Diệm, est nommé au ministère de l'intérieur mais ses efforts se heurtent à l'opposition conjointe des traditionalistes et des autorités coloniales et il démissionne rapidement. Bảo Đại tente en1938 d'obtenir de la France l'autonomie interne pour l'ensemble de l'Annam-Tonkin, mais il ne remporte pas davantage de succès.
Durant laSeconde Guerre mondiale, l'Indochine française est occupée par les troupes duJapon ; en mars1945, pour garantir leur contrôle les Japonais réalisentun coup de force contre les Français, détruisant l'administration coloniale en Indochine. L'Annam et le Tonkin (et quelques mois plus tard, de manière théorique, la Cochinchine) sont réunifiés au sein d'un« Empire du Viêt Nam », dontBảo Đại proclame l'indépendance. L'Annam est, à un degré moindre que le Tonkin, touché par lafamine atroce provoquée par les mauvaises récoltes, l'absence de moyens du gouvernement vietnamien et la désorganisation des infrastructures.
En, à la faveur de lareddition du Japon, leViệt Minh dirigé par le chef communisteHô Chi Minh déclenche larévolution d'Août et prend le contrôle du Tonkin et du Nord de l'Annam ;Bảo Đại abdique et devient conseiller politique du gouvernement de larépublique démocratique du Viêt Nam que proclame Hô Chi Minh. Mais les Français reprennent ensuite progressivement le contrôle de l'Indochine et entament avec Hô Chi Minh de laborieuses négociations sur l'avenir politique du Viêt Nam. L'échec des pourparlers provoque fin 1946 le début de laguerre d'Indochine. La France s'emploie à trouver une solution politique au statut du Viêt Nam et l'ex-empereur Bảo Đại, qui s'est installé àHong Kong, se propose bientôt comme médiateur. En mai1948, les protectorats d'Annam et du Tonkin sont réunifiés au sein d'unGouvernement central provisoire du Viêt Nam, en attendant que la Cochinchine puisse les rejoindre. La colonie est réunifiée au reste du Viêt Nam en et l'État du Viêt Nam, dontBảo Đại prend cette fois officiellement la tête, est proclamé le mois suivant.