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Cet article est uneébauche concernant la littérature.
Lepropre de l'homme est une expression d'usage courant qui désigne les spécificités de l'espècehumaine par rapport aux autres espècesanimales.
Cetaphorisme serait dû àFrançois Rabelais qui, dans l’Avis aux lecteurs ouvrantGargantua (1534), écrit :
« Mieux est de rire que de larmes écrire,
Parce que rire est le propre de l'homme. »
— Rabelais, Gargantua[1]
Selon les critiques, ce passage du texte deRabelais serait inspiré d'un passage du traité desParties des Animaux d'Aristote dans lequel ce dernier défend l'idée que :« l'homme est le seul animal qui ait la faculté de rire »[2]. Mais en fait cette idée a été répétée à satiété au Moyen Âge, et l'expression « est le propre de » est d'originescolastique. Aristote dit seulement que le rire est une rare qualité humaine ; ce sont ses commentateurs qui ont radicalisé cette conception, en donnant au rire une importance de plus en plus essentielle[3].
Cette expression a été utilisée pour titrer plusieurs œuvres, dontLe Propre de l'homme, livre deRobert Merle (1989), etLe Propre de l'homme, film deClaude Lelouch (1960).
« Dans un fragment de Par-delà Bien et Mal, Nietzsche caractérisait l'homme comme « l'animal dont le caractère propre n'est pas encore fixé ». Tout le paradoxe est que ce défaut, qui devrait rappeler la fragilité de sa condition à ce vivant qui ne peut revendiquer d'autre propre qu'un propre négatif, ne tarde pas à s'inverser en marque de supériorité. »
— Jacques-Olivier Bégot, "Sur les traces de l'animot", L'Humanité, 3 février 2007
De même que l'antispécisme, le terme « animal », au singulier, est rejeté par le philosophe françaisJacques Derrida dans sagénéralité, – parce qu'il est une « simplification conceptuelle » vue comme un premier geste de « répression violente » à l'égard des animaux de la part des hommes, et qui consiste à faire une césure totale entre l'humanité et l'animalité, et un regroupement tout aussi injustifié entre des animaux qui demeurent des vivants radicalement différents les uns des autres, d'uneespèce à une autre[4] :
« Chaque fois que « on » dit « L'Animal », chaque fois que lephilosophe, ou n'importe qui, dit au singulier et sans plus « L'Animal », en prétendant désigner ainsi tout vivant qui ne serait pas l'homme (…), eh bien, chaque fois, le sujet de cette phrase, ce « on », ce « je » dit unebêtise. Il avoue sans avouer, il déclare, comme un mal se déclare à travers un symptôme, il donne à diagnostiquer un « je dis une bêtise ». Et ce « je dis une bêtise » devrait confirmer non seulement l'animalité qu'il dénie maissa participation engagée, continuée, organisée à une véritable guerre des espèces. »
— L'Animal que donc je suis,Jacques Derrida.
Ainsi, dans son dernier ouvrage,L'Animal que donc je suis, lephilosophe françaisJacques Derrida conçoit la question de l'« animal » comme une réponse à la question du « propre de l'« homme » », et a mis en doute la capacité à ce dernier d'être endroit de se faire valoir toujours aux dépens de l'« animal », alors qu'il semble bien que ce réflexe conceptuel soit, par essence, unpréjugé, et non le fruit d'un raisonnement philosophique garant de cedroit :
« Ilne s'agitpas seulement de demander si on a le droit de refuser tel ou tel pouvoir à l'animal (parole,raison,expérience de la mort,deuil,culture,institution,technique,vêtement,mensonge, feinte de la feinte, effacement de la trace,don,rire,pleur,respect, etc. – la liste est nécessairement indéfinie, et la plus puissante tradition philosophique dans laquelle nous vivons a refusétout cela à l'« animal »), il s'agitaussi de se demander si ce qui s'appelle l'homme a ledroit d'attribuer en toute rigueur à l'homme, de s'attribuer, donc, ce qu'il refuse à l'animal, et s'il en a jamais le conceptpur,rigoureux,indivisible, en tant que tel. »
— L'Animal que donc je suis (p. 185), Jacques Derrida.