Progress (enrusse :« Прогресс », signifiant « progrès ») est unvaisseau cargo développé pour ravitailler lastation spatialeSaliout 6 dans le cadre duprogramme spatial soviétique et qui a été par la suite successivement utilisé pour ravitailler les équipages séjournant à bord des stations spatialesSaliout 7,Mir et de laStation spatiale internationale. Il effectue son premier vol en 1978 et c'est le premier vaisseau de ce type : il a permis le prolongement du séjour des équipages dans l'espace en apportant les consommables (vivres, eau,ergols, oxygène) et les pièces de rechange. En 2018 il est utilisé avec d'autres vaisseaux cargo pour ravitailler l'équipage permanent de la Station spatiale internationale. L'engin est toujours opérationnel ; à la date du, 170 exemplaires se sont amarrés à l'ISS ou à Mir, à cela il faut ajouter vingt-cinq missions pour les stations soviétiques précédentes.
Le vaisseau Progress est largement dérivé du vaisseau spatialSoyouz destiné au transport des équipages enorbite basse. Il est lancé par une fuséeSoyouz décollant ducosmodrome de Baïkonour. Il a une masse d'environ 7 tonnes pour une longueur de 7,9 mètres et sa capacité d'emport est d'environ 2,5 tonnes. Il peut transporter à la fois du fret pressurisé et des gaz, ergols et liquides mais n'est pas conçu pour ramener du fret sur Terre. Comme le vaisseau Soyouz, il est équipé d'un système d'amarrage automatiqueKours. Plusieurs variantes du vaisseau Progress ont été développées au fil des décennies avec des capacités croissantes.
Dès le début de l'ère spatiale est évoquée l'idée qu'une plateforme spatiale puisse être ravitaillée périodiquement par de petits vaisseaux. La transformation des vaisseaux Gemini puis Apollo est étudiée par la NASA mais ne connait pas de suite lorsque les américains décident de la réalisation de leurnavette spatiale. Les soviétiques de leur côté mettent au point levaisseau spatial habitéSoyouz à la fin desannées 1960 en réalisant une série de vols sans équipage. Les ingénieurs soviétiques se rendent compte à l'époque qu'il serait facile et peu couteux de développer à partir de Soyouz un vaisseau sans équipage permettant de ravitailler la future station spatiale. En supprimant les composants du vaisseau Soyouz liés à la présence d'un équipage humain (tour de sauvetage, bouclier thermique,système de support de vie), on pouvait obtenir une capacité de transport significative.
Le développement du vaisseau Progress est décidé au début des années 1970 et les premiers travaux débutent mi-1973. En, les spécifications du nouveau vaisseau sont figées. Le constructeur du vaisseau, qui est également celui du vaisseau Soyouz,TsKBM, désigne le nouveau vaisseau sous l'appellation7K-TG (enrusse :« 7К-ТГ », pour« 7Kораблей - Tранспортных Грузовыx »,Korabley Transportnyy Gruzovoi, signifiant « vaisseau transporteur de fretno 7 ») et l'indice GRAU associé est 11F615A15.
La structure du vaisseau Progress est très proche de celle du vaisseau Soyouz[1] : il comprend le modulecargo (module orbital de Soyouz), rempli de fret pressurisé, le moduleréservoir (module de descente de Soyouz), contenant les différents réservoirs de liquides et de gaz, et le module de service, qui contient les servitudes (énergie...) et le système de propulsion.
Le module cargo (« Progress GO », enrusse :« Прогресс Грузовой Oтсек ») transporte le fret (nourriture, bouteilles d'eau ou d'oxygène, pièces détachées, expériences scientifiques) dans une enceinte pressurisée. Le fret est rangé dans des casiers ou solidement attaché aux cloisons. Lesystème d'amarrage sonde-cône et l'écoutille sont situés à l'avant de ce module. C'est la partie active (avec sonde) du système d'amarrage (type « SSWP-M 8000 ») qui est installée à bord de Progress[2],[3].
Lemodule réservoir (« Progress OKD », enrusse :« Прогресс Отсек Компонентов Дозаправки ») est le module de descente de la version Soyouz profondément modifié : il est débarrassé du bouclier thermique, qui permet habituellement le retour sur Terre de la capsule Soyouz, et sa structure est fortement allégée car il n'est pas pressurisé. Ces deux modifications permettent de faire baisser la masse à vide de 2 900 kg à 800 kg. Le module comporte 6 petits propulseurs, utilisant duperoxyde d'azote décomposé par un catalyseur, qui servent aucontrôle d'attitude. Le module comprend des réservoirs d'eau, d'air et d'ergols. Ces différents fluides sont transférés dans la station spatialevia une tuyauterie qui passe à l'extérieur du module cargo, pour éviter toute contamination[2],[3].
Lemodule de service (« Progress PAO », enrusse :« Прогресс Приборно-Aгрегатный Oтсек ») est prolongé pour recevoir l'électronique qui, dans la version Soyouz, est installée dans le module de descente. Contrairement à ce qui passe pour le vaisseau Soyouz, il ne se sépare pas du module de descente, aussi il ne comporte pas le treillis de tubes qui relie les deux modules pour faciliter leur séparation. Le module, d'une masse de 2 654 kg, est équipé du système de propulsion intégré completKTDU-80(en), qui comprend le propulseur principal S5.80, produisant unepoussée de 3,92 kN[2].
Immédiatement avant l'amarrage, la sonde est étendue.Le système d'amarrage de secours TORU mis en œuvre à l'intérieur de la station spatiale internationale.
Dès la première version, le vaisseau Progress est conçu pour s'amarrer automatiquement. La première génération utilise le système de rendez-vous automatiqueIgla qui est remplacé à partir de la version Progress M par le systèmeKours (enrusse :« Курс »). Ces deux systèmes reposent sur l'émission d'ondes radio à bord du vaisseau abordeur (le Progress) qui sont réfléchis par des antennes installées à la périphérie de l'écoutille de la station spatiale. Les caractéristiques des ondes radio réfléchies permettent de déterminer la distance et le vecteur vitesse par rapport à la cible. Pour le ravitaillement de la Station spatiale internationale un système de secours, baptisé TORU, permet de remplacer le système Kours si celui-ci est défaillant. Installé à bord du module Zvezda il permet à un opérateur de guider le vaisseau cargo en utilisant l'image retransmise par une caméra installée près de l'écoutille du Progress ainsi que des données telles que la vitesse et la position. Après l'éclatement de l'Union soviétique le producteur du Kours se retrouve en Ukraine. Le prix du Kours ayant fortement augmenté le constructeur russe des Progress décide que l'amarrage se fera désormais manuellement, guidé par les cosmonautes à bord de la station Mir. Le premier Progress sans système Kours est le M-33. L'amarrage se passe mal et le vaisseau cargo faillit percuter à grande vitesse la station spatiale. Une deuxième tentative avec le Progress M-34 tourne à la catastrophe : le vaisseau percute le module Spektr qui est tellement endommagé qu'il doit être par la suite abandonné. Tous les Progress suivants seront équipés du systèmeKours. La Russie développe une version russifiée[3].
La première version du cargo de ravitaillement automatique Progress, leProgress 7K-TG, aussi appelé simplement Progress (désignation 11F615A15), était destinée à ravitailler les stations orbitales soviétiquesSaliout 6,Saliout 7 puisMir. Son développement débuta en 1973 et le premier lancement,Progress 1, eut lieu le à bord d'une fuséeSoyouz. Cette version était dérivée du vaisseauSoyouz 7K-T conçu pour leprogramme Saliout. Le module de descente contenant normalement les cosmonautes a été remplacé par un module nomméOtsek Komponentov Dozapravki, ouOKD, qui contenait le carburant utilisé pour ravitailler la station spatiale à laquelle il était amarré. Cette variante se caractérisait des autres par l'absence de panneaux solaires, le cargo étant alimenté en électricité par des batteries.
La version amélioréeProgress M (désignation 11F615A55) fut lancée pour la première en. Les 43 premiers vols de cette version étaient destinés à ravitailler la station Mir. À la suite de ladésorbitation de cette dernière (désorbitation réalisée par leProgress M1-5), les vaisseaux Progress furent chargés de ravitailler laStation spatiale internationale. En, plus de40 vols à destination de l'ISS furent accomplis.
Le Progress M est, pour résumer, une version modernisée du Progress dotée des caractéristiques des versionsT etTM du vaisseau Soyouz. Ces changements ont notamment lieu au niveau du système propulsif et des dispositifs de télécommunication. Cette version est reconnaissable à ses deux panneaux solaires et est capable de passer jusqu'à 30 jours en vol autonome et est capable de transporter 100 kg de plus. Contrairement à la première version Progress, Progress M peut retourner du fret (150 kg) sur Terre en utilisant la capsuleRaduga. Cette capsule fut employée à 10 reprises entre 1990 et 1994. Il utilise le système de rendez-vous et d'amarrage automatiqueKours, le même que les vaisseaux Soyouz.
LeProgress M1 (désignation 11F615A55) est une version modifiée du Progress M dans le but de transporter plus de carburant pour ravitailler la Station spatiale internationale au détriment d'autres ressources, comme l'eau. Un Progress M1 peut transporter 1 700 kg de carburant[5] à comparer avec les 850 kg de carburant que peut transporter un Progress M. Cette variante effectua son premier vol,Progress M1-1, le et son dernier vol,Progress M1-11, fut désorbité en. Une seconde variante du Progress M1, désignée 11F615A70, dotée de contrôles de vols numériques et destinée à être lancée par une fuséeSoyuz-2, a été conçue mais n'a pour l'instant effectué aucune mission.
Cette variante est désignée 11F615A60. Le premier vaisseau de cette variante est leProgress M-01M en. 29 vaisseaux de cette version sont lancés entre 2008 et 2015 avant d'être remplacés par la version MS. Deux de ces vaisseaux cargos échouent dontProgress M-12M victime d'une défaillance de son lanceur Soyouz U etProgress M-21M victime d'une explosion du dernier étage de son lanceur Soyuz-2-1a. Les améliorations apportées avec cette variante sont reprises pour la conception du véhicule spatial habité Soyouz TMA-M[7].
La version Progress MS effectue son premier vol en 2015. Les modifications apportées seront reprises sur le futur vaisseau cargo PTK NP en cours de développement avec le vaisseauFederatsia. Le vaisseauProgress MS-04 est victime d'une défaillance de son lanceur Soyouz-U en. Cette version se caractérise par une mise à niveau importante touchant principalement son avionique[8] :
nouvelle version du système derendez-vous spatial automatiqueKours qui doit améliorer la fiabilité et la sécurité du processus d'amarrage ;
nouveau système de communication radio (EKTS) qui remplace l'émetteur Kvant-B et permet de contacter le contrôle au sol en passant par les troissatellites relaisLoutch situés enorbite géostationnaire. Ce système permet les contacts avec la station de contrôle même lorsque les antennes réceptrices au sol ne sont pas visibles. Selon le constructeur, le taux de couverture atteint 83%. Toutefois les commandes envoyées par la station de contrôle et les télémesures transmises par le vaisseau continuent de transiter directement par les antennes au sol ;
nouveau système de télévision interne numérique remplaçant l'ancien système analogique Klest et permet les communications entre le vaisseau et la station spatiale en utilisant l'émetteur radio ;
l'ancien système de contrôle de secours est remplacé par un système numérique BURK développé parRKK Energia ;
le revêtement antimétéorites est renforcé ;
nouvel éclairage utilisant des LED ;
le vaisseau Progress autorise désormais le transport de 4 containers permettant de mettre en orbite des nano-satellites de typeCubeSat. La capacité totale est de 24 satellites CubeSat au format 1U.
Principales caractéristiques des différentes versions de Progress (mise à jour)[3].
À la demande de l'agence spatiale russeRoscosmos,RKK Energia a fourni fin 2016 une première étude de conception du remplaçant du vaisseau cargo, baptiséTGK PG(en), qui ne devrait pas voler avant 2020. Le vaisseau, placé en orbite par une fusée Soyouz 2.1 B pourra emporter 3 400 kg soit 900 kg de plus qu’un vaisseau Progress-MS[9]. En 2018, la construction de cargo n'est pas acté[10].
De nouveaux vaisseaux cargo ont été développés : levaisseau cargo automatique (ATV) européen lancé pour la première fois en 2008 et pour la dernière fois en 2014 après avoir effectué 5 vols, ainsi que l'H-II Transfer Vehicle (HTV) japonais qui a effectué son vol inaugural en 2009. Ces vaisseaux ont des capacités nettement supérieures au Progress mais sont beaucoup plus coûteux. De nouveaux vaisseaux américains d'une capacité également supérieure à celle du Progress sont également apparus entre 2010 et 2013. Ces vaisseaux ont remplacé lanavette spatiale américaine qui n'assure plus le ravitaillement de la station spatiale depuis 2011 et levaisseau cargo automatique (ATV) européen qui ne l'assure plus depuis 2014. Les vaisseaux Progress continuent par ailleurs à assurer le transport du ravitaillement de la partie russe de la station.