Cet article concerne l'ancienne prison militaire. Pour le fort Montluc de la ceinture de Lyon reconverti en hôtel de police, voirFort Montluc.
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| Adresse | 4, rue Jeanne-Hachette |
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Laprison Montluc, située 4, rue Jeanne-Hachette dans le3e arrondissement de Lyon, est une prison militaire construite en1921 sur les glacis dufort Montluc. Elle est particulièrement célèbre pour son rôle de lieu de détention pendant laSeconde Guerre mondiale. Plus de 10 000 personnes parmi lesquellesJean Moulin etMarc Bloch ont transité par ce lieu entre le17 février 1943 et le24 août 1944[1].
La prison Montluc fait l’objet d’une inscription au titre desmonuments historiques depuis le[2].
Décidée dès 1914, la construction de la prison de Montluc n'intervient finalement qu'en 1921 pour une inauguration au mois d'octobre. Voulus dans le cadre d'une réorganisation de la justice et d'une diminution du nombre d'établissements militaires, la prison de Montluc et le tribunal militaire qui la jouxte sont au centre de la justice militaire pour une large région sud-est. Construite sur des terrains appartenant au fort Montluc et par conséquent au Ministère de la Guerre, la prison prend le même nom que le fort mais les bâtiments demeurent bien distincts.
Petite prison composée d'un bâtiment cellulaire, d'un greffe, de cuisines, d'un pavillon des officiers, de douches et d'ateliers, Montluc dispose d'une capacité d'incarcération de 122 places en cellules individuelles pour soldats et sous-officiers et de 5 places pour les officiers.
À la suite de l'inauguration de l’Institut Franco-Chinois de Lyon au fort Saint-Irénée en, une centaine d'étudiants ouvriers chinois à qui on refuse l'admission, décident d'occuper le fort. Rapidement délogés par les forces de police, les étudiants sont emmenés au « Fort de Montluc ». Un rapport des événements du Préfet du Rhône au Ministère de l’Intérieur daté du précise que « Le Secrétaire Général pour la Police […] les fit transporter, faute d’autres logements disponibles, dans les dépendances du fort de Montluc où le gîte et la nourriture leur furent assurés »[3]. Après deux semaines d'internement, le jeudi, les étudiants chinois sont emmenés à la gare des Brotteaux puis transférés en train vers Marseille afin d'être finalement expulsés vers la Chine en bateau. Les archives liées à cet événement mentionnent toutes le fort Montluc, mais l’identification du lieu précis (prison ou fort) n'est pas certaine, même s'il apparaît plus probable que ces étudiants aient été détenus dans le fort Montluc et non à la prison[réf. nécessaire].
Peu utilisée du fait de la libération progressive des condamnés de guerre et de la diminution constante du nombre de détenus militaires au début des années 1920, la prison Montluc est prêtée à la justice civile en 1926. Toujours très peu utilisée à cause d'une forte diminution de la population carcérale civile dans les années 1920 et 1930 (loi sur le sursis et la liberté conditionnelle), la prison ferme finalement ses portes en. Elle ne rouvre ses portes qu'en 1939.
Dès le mois de, la prison Montluc est remise en service. On y trouve alors principalement les habituels justiciables de la justice militaire, mais aussi de nombreux militants communistes, victimes des premières juridictions d'exception et de l'état de siège déclaré en. Considérés comme portant atteinte à la sûreté intérieure de l’État depuis la signature dupacte de non agression germano-soviétique le, de nombreux militants communistes sont arrêtés et conduits devant les tribunaux militaires en vertu des dispositions juridiques relatives à cet état de siège.
À la suite de la signature de l'armistice du 22 juin 1940 et à la division du territoire français en deux zones, la ville de Lyon se retrouve en zone libre. la prison de Montluc demeure ainsi militaire puisqu'une armée d'armistice est maintenue sur cette partie du territoire. Parallèlement, le vote des pleins pouvoirs constituants àPhilippe Pétain et laloi constitutionnelle du 10 juillet 1940 permet à un nouveau régime de se mettre en place. Une répression violente s'engage alors contre les « ennemis de la France » et Montluc se place au cœur des politiques de répressions durégime de Vichy. Le tribunal militaire de Lyon, près lequel siège une section spéciale jusqu'en, juge et emprisonne à Montluc, des militaires, commele général de Lattre de Tassigny condamné pour avoir donné ordre à ses troupes de sortir des garnisons et de combattre, des insoumis[4], ou ceux qui s'engagèrent en résistance. En vue des nouvelles lois liberticides, outre les nombreux communistes, on y retrouve les premiers résistants, notamment gaullistes, ainsi que les membres de groupes de pensée interdits par le régime de Vichy. La prison se remplit peu à peu mais les conditions d'internement restent, au regard des autres prisons françaises, relativement acceptables. Ce sont tout de même, dès 1941, près de 400 personnes qui sont détenus dans une prison prévue officiellement pour 127 personnes.
Après l’invasion de lazone libre ennovembre 1942, les Nazis convoitent rapidement la prison Montluc. Après une première réquisition d'une trentaine de cellules en, la prison est finalement entièrement réquisitionnée le17 février 1943 et les autorités françaises sont évacuées. La prison devient alors une prison militaire allemande, progressivement gérée directement parKlaus Barbie.
Des milliers d’hommes et de femmes, des otages, des persécutés raciaux et des Résistants, sont enfermés là, pour un temps plus ou moins long, dans des conditions de vie inhumaines, en attente de déportation ou de transfert. Composée à l'origine de122 cellules individuelles, la prison entre progressivement avec l'arrivée des Allemands dans une période de surpopulation carcérale. Les cellules individuelles de 4 m2 contiennent jusqu'à huit détenus et on estime que defévrier 1943 au24 août 1944, entre 9 000 et 10 000 détenus ont transité par la prison Montluc. Lecapitaine Seive y a été détenu et a témoigné dans un récit publié en 1945[5]. Dans son témoignage autobiographique,Béatrix de Toulouse-Lautrec relate son incarcération en ce lieu entre mai et juillet 1944 dans l'attente d'être déportée[6].
Jean Moulin et ses compagnons y sont internés après l'arrestation deCaluire-et-Cuire le. Le25 août 1943, alors qu'il est condamné à mort,André Devigny parvient à s'évader de la prison[7] ; cet exploit rarissime inspira le filmUn condamné à mort s'est échappé deRobert Bresson.
En,René Carmille, directeur du Service national des Statistiques, y est interné.
Le, lesenfants d'Izieu sont emmenés à la prison Montluc avant d'être déportés versDrancy puis vers les camps d'extermination[8].
Entre le 8 avril et le,669 internés de la prison Montluc sont exécutés dans33 lieux différents[9],[10]. Le[11], 21 internés sont exécutés àDagneux dans l'Ain. Le[12],[13], 52 prisonniers sont fusillés à Dorieux, sur la commune deChâtillon-d’Azergues.
Le 20 août 1944, l’armée allemande reçoit l’ordre du retrait. Toutefois les exécutions de prisonniers continuent : 120 lors dumassacre du fort de Côte-Lorette àSaint-Genis-Laval le. Du 17 au,109résistants etjuifs de la prison Montluc en sont évacués sur ordre deKlaus Barbie. Ils sontmassacrés sur l'aérodrome de Bron les 17, 18 et.
La Résistance (Yves Farge, aliasGrégoire, récemment nommé Commissaire de la République par leGénéral De Gaulle), la Croix-Rouge et les autorités religieuses (lecardinal Gerlier) font alors pression sur les autorités allemandes pour éviter de nouvelles exécutions[14]. Farge menace « de faire fusiller 800 Allemands prisonniers du maquis s'il arrivait quoi que ce soit aux internés de Montluc »[15]. Quelques hommes desFFI sont postés près de la prison pour éviter toute évacuation de prisonniers[16].
Montluc, bien que « prison de la Gestapo », n’était pas dirigée par des SS mais par des sous-officiers de la Wehrmacht (leHauptmann Boesche). Les Allemands quittent finalement la prison le, remettant les clés à un officier français, le général Chevallier, officier détenu le plus âgé, ainsi qu'augénéral Touchon. Les quelque 900 internés encore à Montluc, trouvent alors refuge principalement dans des structures religieuses situées à proximité et restent cachés jusqu’à la libération de la ville de Lyon, le 3 septembre 1944. Le drapeau Français est hissé sur le toit de la prison le.
En 1947, la prison est mise à la disposition de l'administration pénitentiaire et devient le troisième quartier dépendant des « prisons de Lyon ».
En 1955, un décret précise que toutes les exécutions capitales devant avoir lieu à Lyon s'effectueront désormais à la prison Montluc. Le quartier des condamnés à mort, installé jusqu'alors à laprison Saint-Paul, y est de fait transféré, ainsi que ses deux occupants du moment. La loi n'est appliquée pour la première fois que le6 août 1958 sur un criminel de droit commun condamné dans l'Ain.
Entre 1959 et 1961, c'est à Montluc que les Algériens membres duFront de libération nationale (FLN) et duMouvement national algérien (MNA), condamnés à mort par letribunal permanent des forces armées (TPFA) sont incarcérés. Onze condamnés à mort membres du FLN, dont la grâce est refusée parCharles de Gaulle, y sont guillotinés entre et[17]. Laguerre d'indépendance algérienne a pour particularité de se dérouler enAlgérie mais également enFrance métropolitaine à partir de 1957. Des affrontements sanglants opposent dans la région lyonnaise le FLN et le MNA pour l'emprise sur la population algérienne (103 morts côté FLN, 47 côté MNA) et des attentats ont lieu contre des commissariats de police dans le contexte de la guerre d'indépendance et d'une intense répression policière. Arrêtés, 850 Algériens ont été jugés au TPFA de Montluc à Lyon qui a prononcé 112 peines de mort concernant 90 individus selon l'historien Marc André[18].
8 exécutions de 11 membres du FLN condamnés à mort ont lieu :
Pour protester contre leurs conditions de détention, les condamnés à mort décident de plusieurs grèves de la faim[20].
Moussa Lachtar raconte dans son livreLa Guillotine publié parFrançois Maspero en février 1962, son passage comme condamné à mort à la prison Montluc[19].
La prison est utilisée par letribunal permanent des forces armées de Lyon jusqu'à la suppression de cette juridiction en 1982[25],[26]. Desobjecteurs de conscience, desdéserteurs, desinsoumis et des délinquants militaires y sont incarcérés. Desréfractaires à laguerre d'Algérie y sont emprisonnés[27]. Même après le vote du statut des objecteurs, des antimilitaristes y séjournent. Parmi eux,Michel Tachon[28],[29],François Janin et Jean-Michel Fayard[30],[31] sont soutenus notamment par les manifestations duGroupe d'action et de résistance à la militarisation[32].
Le, trois militants du Groupe d'action et de résistance à la militarisation pénètrent de nuit, à l'aide d'une échelle, dans la prison. Il s’agit de Gérard Bayon qui y a été emprisonné l’année précédente, de Michel Guivier qui est sous le coup d’un mandat d'arrêt pour insoumission et d’Yvon Montigné. Ils entendent se déclarer solidaires de tous les réfractaires victimes de la justice militaire. Arrêtés et incarcérés six jours, ils sont condamnés à trois mois de prison avec sursis et 500 francs d’amende pour… violation de domicile[33] !

Le, deux criminels — l'auteur d'un braquage aux usinesBerliet deVénissieux qui a mal tourné et un agresseur multirécidiviste, tueur d'un poissonnier — sont exécutés à leur tour.
La dernière mise à mort lyonnaise y a lieu le22 mars 1966, pour un triple assassin, condamné dans laLoire.
En1972, le dernier occupant du quartier des condamnés à mort est un braqueur de banque, Guy Chauffeur, meurtrier d'un surveillant de laprison Saint-Paul, Albert Collomp, lors d'une tentative d'évasion[34].
Le, Said Remli, trente-deux ans, et Boumedienne Merdji, vingt-cinq ans, ont tué à coups de gâche de serrure, le surveillant Charles Pahon, lors d'une tentative d'évasion[35].
En1983, sur ordre du ministre de la JusticeRobert Badinter,Klaus Barbie est incarcéré quelques jours symboliquement à Montluc après son extradition deBolivie[36].
En1997, l'aile des hommes est désaffectée et sert de lieu d'entraînement pour leséquipes régionales d'intervention et de sécurité (ERIS)[37]. Seule l'aile desfemmes reste en fonctionnement comme lieu de détention jusqu'à la fermeture de la prison en 2009.Enfévrier 1999,Jamila Belkacem est placée en détention provisoire après sa mise en examen pour l'assassinat de son amant, un vétérinaire de Bourg-en-Bresse.
En 2009, les trois prisons intra-muros de Lyon sont fermées. Grâce aux efforts de l'Association des Rescapés de Montluc, de la ville de Lyon et du préfetJacques Gérault, une grande partie de la prison Montluc est inscrite au titre des monuments historiques et transformée en Mémorial au titre de l'internement par le régime de Vichy et les autorités allemandes pendant l'occupation 1940-1944, ouvert au public[38]. Il est officiellement inauguré le 14 septembre 2010[39]. Propriété duministère des Armées qui en a confié la gestion à l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre, le Mémorial de la prison Montluc est un des 10hauts lieux de la mémoire nationale de ce ministère[40],[8]. La prison peut être visitée gratuitement du mercredi au samedi.
Le 8 mai 2023, le président de la RépubliqueEmmanuel Macron visite le mémorial dans le cadre des cérémonies de commémoration de la capitulation nazie, visite qui donne lieu, dans le contexte des protestations contre laréforme des retraites, à un bouclage complet du quartier par la police, tenant à distance une manifestation inhabituelle pour un 8 mai[41].
Le mémorial propose des expositions temporaires.
La prison sert de cadre à plusieurs films incluant notamment :
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