Uneprison,centre de détention[note 1] oupénitencier[note 2] est une institution dédiée à l’enfermement de certaines personnes condamnées appeléesprisonniers ou détenus. Par extension, le terme « prison » désigne également lapeine d'incarcération, comme dans l'expression« cinq ans de prison ».
EnFrance, il existe plusieurs catégories d'établissements pénitentiaires, à savoir : lesmaisons d'arrêt, lescentres de détention, les maisons centrales, lescentres de semi-liberté et les centres pénitentiaires (qui, pour ces derniers, ont la particularité de réunir au moins deux types d'établissement, comme une maison d'arrêt et un centre de détention).
L’enfermement en attente d’un procès a été pratiqué depuis l’Antiquité romaine. Au Moyen-Âge, l’enfermement devient aussi une forme de pénitence. C’est au XIXe siècle qu’apparaît la prison au sens moderne d’institution pénale dédiée à l’enfermement. Depuis leur apparition, les institutions carcérales ont évolué dans le sens d’une séparation plus fine des prisonniers.
Coupe schématique de la prison duTullianum. Le cachot inférieur est traditionnellement celui des condamnés à mort.
Dans l'Empire romain[1], la prison n'existe pas en tant que telle : s'il y a privation de liberté, la détention ne s'effectue qu'à titre accessoire, c'est-à-dire en l'attente d'un jugement ou d'une exécution. En règle générale, l'enfermement est de courte durée, de quelques jours à quelques mois (bien qu'endroit romain, le juge étant chargé de fixer la date de l'exécution en cas depeine capitale, celle-ci peutde facto se transformer en sorte de peine deprison à perpétuité, non prévue par les textes).
Ainsi, durant toute cette période et jusqu'auhaut Moyen Âge la prison n'existe ni comme peine, ni comme institution : elle n'est pas prévue dans les budgets, et son existence se limite aucarcer romain[2],[3] à quelquesdonjons et à la célèbre « prison pour dettes », laquelle constitue une détention préventive visant à contraindre le condamné à payer ses dettes et non en unchâtiment. LaCoutume de Normandie prévoit ainsi la « prison ouverte », c'est-à-dire l'assignation à résidence dans un quartier ou une ville en cas de non-paiement des dettes ; si le sujet désobéit à cette assignation, il peut faire l'objet d'une détention réelle. Certainshistoriens du droit ont néanmoins relevé quelques exceptions, certains textes, dont laCoutume de Bretagne, mentionnant la possibilité, pour des affaires exceptionnelles, d'une peine de « prison de longue durée » à titre répressif. Par ailleurs, des « maisons de force » sont parfois utilisées mais il s'agit de peines de sûreté pour lesfous.
Par ailleurs, à partir duXIIIe siècle, la prison en tant que peine répressive et « thérapeutique » se développe par les lois séculières (roi, villes qui prescrivent l'enfermement dans les prisons laïques, de la geôle aucul-de-basse-fosse)[4] mais aussi, pour les seuls clercs, par ledroit canon (enfermement dans les monastères), l'Église romaine n'ayant pas le droit de prononcer des peines capitales. Dans les monastères au cours duchapitre des coulpes le moine doit avouer sa faute (sa coulpe) devant ses frères : à défaut, c'est par la délation qu'est connue une faute, publiquement, dans la communauté. À la suite de la reconnaissance de la faute, la sanction tombe : elle est fixée par la règle monastique et va d'une sanction légère à l'excommunication. Celle-ci s'accompagne d'une peine d'enfermement ; soit dans sa cellule, soit aucachot. La peine n'est pas un simple châtiment : c'est aussi le rachat et la promesse d'amendement du coupable, ce qui permet de moduler la sanction en fonction du repentir et du pardon accordé, gage de réconciliation[5].
L'Inquisition, en reprenant les règles monastiques avecBernard Gui, en particulier, dans sa lutte contre lescathares, ouvre la voie à la procédure inquisitoriale encore en vigueur au travers du juge d'instruction et à la peine de réclusion de longue durée en prison (peine discrétionnaire de l'inquisiteur, dont la durée et les modalités ne sont pas connues du condamné). Ces pratiques feront école, lesofficialités ettribunaux d’inquisition pouvant condamner des laïcs à la prison[6].
Le mot « emmurement » signifiait mettre entre les murs et était synonyme d'emprisonnement[7]. Il existait le « mur étroit », soit la prison proprement dite, et le « mur large », avec un statut comparable à notre actuelle mise en résidence surveillée. La peine d'emprisonnement pouvait aussi être commuée en obligation d'effectuer un pèlerinage, le plus souvent en Terre Sainte, ou en condamnation à une amende[8]. Il existait toutefois une aggravation du mur étroit, lecarcer strictissimus, où le condamné était enchaîné dans un cachot et privé de tout contact jusqu'à sa mort[9].
Prison de La Force,rue Saint-Antoine àParis. L'ayant visité en 1783, le réformateur anglaisJohn Howard déclara alors : « Les débiteurs sont aujourd'hui envoyés dans la nouvelle prison de l'hôtel de la Force, et les criminels à laConciergerie ou augrand Châtelet. La déclaration du roi, qui annonça ce changement, contient quelques sentiments des plus humains et des plus éclairés à l'égard de l'administration des prisons ; sur la nécessité d'y établir des infirmeries spacieuses et aérées pour y placer les malades ; sur celle qui exige que les coupables y soient séparés, qu'il y ait des cours pour les hommes, des cours pour les femmes et pour les prisonniers des différentes classes. On y annonce l'abolition entière des cachots souterrains ; et on la fonde sur ce principe, qu'il est injuste que ceux qui peuvent être innocents, subissent d'avance le châtiment des coupables »[10].Monnaie interne à l'ancienne prison saint Lazare.
En 1670, laGrande Ordonnance voulue par Louis XIV, considère que l'emprisonnement ne constituait pas une peine mais une mesure préventive, en attendant un jugement ou un châtiment. On parle alors parfois de « prise de corps », définie par exemple par Guyot (1728-1816) dans sonRépertoire de jurisprudence ainsi :
« C'est l'action par laquelle on saisit un homme au corps pour quelque affaire criminelle, en vertu d'un décret ou ordonnance du juge. […] Pour décréter un accusé de Prise de corps, il faut non seulement que le crime dont il est question mérite unepeine afflictive ou infamante, mais encore qu'il y ait contre l'accusé une preuve ou du moins une demi-preuve résultante d'une information préalable. L'article 8 du titre 10 de l'ordonnance du mois d'août 1670 admet néanmoins diverses exceptions à cette règle… »
Dans l'entrée « Prison », où Guyot s'insurge contre les mauvaises conditions de détention et s'étonne de la persistance des cachots, il définit la prison en tant que :
« lieu de sûreté dans lequel on retient l'accusé qui a mérité qu'on décernât contre lui un décret de prise de corps, & le débiteur contre lequel il a été rendu un jugement qui le condamne par corps à payer une somme quelconque, à quoi il n'a pas satisfaite. La Prison n'étant pas instituée par la loi comme un séjour de peine, elle ne devroit donner à celui qui y est retenu d'autre contradiction que celle d'être privé de liberté. »
Il souligne toutefois dans cet article l'existence de quelques exceptions :
« Quoique nous ayons dit que la Prison ne doive pas être considéré comme une peine, il est pourtant vrai qu'elle s'inflige par forme de correction à ceux qui sont arrêtés d'ordre du roi, ou de lapolice, & qui, après avoir subi une captivité plus ou moins longue en proportion de leur délit, sont rendus à la liberté.
Il y a des cas, très rares à la vérité, où un accusé est condamné à laPrison perpétuelle ; mais ce n'est qu'une commutation d'une peine plus forte, telle que celle desgalères, ou de lapeine de mort, & elle est prononcée parlettres du prince. »
La hiérarchie sociale se retrouve dans les prisons d'Ancien Régime qui comprennent deux quartiers, le quartier du Commun (pauvres dormant sur la paille) et le quartier de lapistole (riches payant au geôlier des frais degeôlage pour disposer d'une chambre à part et autres commodités : vivres, boissons, livres)[11].
Dans son célèbre ouvrageSurveiller et punir,Michel Foucault indique que son utilisation comme peine sanctionnant la délinquance est un phénomène récent qui s'est réellement institué au cours duXIXe siècle, alors qu'auparavant la prison ne servait qu'à retenir les prisonniers dans l'attente d'une véritable peine, supplice, exécution ou bannissement. Les prisonniers étaient retenus dans un même espace avec leurs affaires personnelles et devaient payer leur nourriture. La désorganisation était telle que les suspects d'une même affaire pouvaient facilement s'entendre sur une version des faits avant leur procès.
Michel Foucault cite leGrand Renfermement ou encoreLa Nef des fous comme exemples particuliers de privation de liberté antérieurs à l'époque moderne. Contrairement à la prison qui établit une peine à la mesure de la faute, il s'agissait de phénomènes d'exclusion où les populations déviantes (délinquants, fous, malades, orphelins, vagabonds, prostituées, etc.) étaient enfermées pêle-mêle en dehors du regard des honnêtes gens sans autre ambition que de les faire disparaître.
L'émergence de la prison s'est faite avec une mise au secret du traitement de la délinquance. Les exécutions publiques se sont tenues dans des lieux de plus en plus discrets jusqu'à être totalement retirées de la vue de la foule. Les supplices considérés comme barbares devaient être remplacés par autre chose. Foucault indique que le choix de la prison était plutôt un choix par défaut, à une époque où la problématique était encore très majoritairement de punir le délinquant ; la privation de liberté était la technique coercitive la plus évidente et la moins barbare qui pouvait être imaginée. Il affirme que dès le début l'efficacité de la prison a été remise en cause.
La prison a immédiatement évolué, elle est devenue ce que Foucault nomme une institution disciplinaire, son organisation visant un contrôle total du prisonnier par une surveillance discrète de tous les instants[12]. Il a trouvé dans l'idée dupanoptique deJeremy Bentham la parfaite illustration de la nouvelle technique carcérale.
L'analyse foucaldienne a cependant été partiellement remise en question et rendue plus complète, notamment avec les travaux desociologie de l'expérience carcérale de Gilles Chantraine. Pour cet auteur, si lechâtiment n'existe plus, il a néanmoins laissé place à une autre forme de châtiment du corps, prenant une forme moins violente et en accord avec les valeurs des démocraties occidentales.
Les ambitions pour la prison ont évolué avec le temps. Peu à peu, l'idée que le prisonnier devait réparer le mal qu'il avait fait à la société a émergé dans les esprits. L'emprisonnement devait donc s'accompagner de travail, le délinquant payait en prison une dette, non pas à ses victimes mais à la société tout entière, que son comportement avait lésée. Après avoir fait son temps et payé sa dette le délinquant pouvait ressortir blanchi pour prendre un nouveau départ. Là encore l'application de cet idéal n'a pas été considérée comme une réussite.
Une quatrième vision de la prison comme lieu de rééducation est enfin apparue. La prison avait alors l'ambition de changer les délinquants pour les adapter à la vie normale en société. L'idée forte était celle du redressement, donner une forme adéquate à des délinquants qui auraient« poussé de travers ».
La prison d'aujourd'hui est un héritage de ces idéaux qui ne s'excluent pas, la prison se justifie plus ou moins en fonction des lieux et des périodes en fonction de ces quatre idéaux de l'enfermement.
Lorsque la privation de liberté s'impose auXIXe siècle comme la clé de voûte du système pénal, le débat sur les modalités d'administration de la peine d'enfermement se pose dans des termes identiques dans l'ensemble des pays occidentaux. Il s'inscrit dans le prolongement des réflexions des juristes (Cesare Beccaria) et des philanthropes (John Howard) dusiècle des Lumières et donne lieu à la création d'organismes dédiés, comme laSociété royale pour l'amélioration des prisons en France (1819). Cette expertise s'appuie sur un véritable « tourisme pénitentiaire »[13] dont l'archétype est la série de voyages effectuée parJohn Howard, qui sillonne de 1773 à 1777 l'Europe entière, de la Russie au Portugal, pour examiner les différents systèmes pénitentiaires[14]. Ces périgrinations seront réitérées un demi-siècle plus tard par Benjamin Appert, le Saint-Vincent de Paule des prisonniers, après qu'il eut été jugépersona non grata dans les prisons du royaume à la fin de la Restauration; il traduisit son expérience dans un immense traité[15]. AuxXIXe siècle, le détour par les États-Unis s'impose comme une étape obligée de ces inspections comparatives, comme en témoigne le voyage entrepris parAlexis de Tocqueville etGustave de Beaumont, qui fournit la matière de leur livre,Du système pénitentiaire aux États-Unis et de son application (1832). La prison génère une littérature abondante et un réseau de correspondances international qui trouve dans les années 1840 un cadre d'expression institutionnalisé avec l'organisation des premiers congrès pénitentiaires internationaux[16].
Ces débats s'organisent autour de deux grands pôles : un courant philanthropique qui, porté par l'optimisme des Lumières sur les capacités d'amendement de l'être humain, veut faire de la prison un lieu de rédemption et de réforme du condamné ; un courant plus pessimiste qui, doutant de la plasticité de la nature humaine, conçoit avant tout la prison comme un lieu de pénitence où le prisonnier devra purger sa dette à l'égard de la société. Ces deux positions s'expriment déjà dans les débatsrévolutionnaires concernant lecode pénal de 1791 : d'un côté,Lepeletier de Saint-Fargeau estime que la prison offre au condamné « avec le temps, la possibilité et l'intérêt de devenir meilleur ». De l'autre,Brillat-Savarin, qui tient la métamorphose du prisonnier en bon citoyen pour une « fastueuse utopie »[17], se fait le héraut de lapeine de mort.
Le principal point d'achoppement est celui des conditions de la détention. Si le panoptique de Bentham réunit, en théorie du moins, un consensus assez large, l'adoption de la cellule individuelle fait l'objet de vives controverses. Les deux principaux modèles en concurrence sont américains : celui de l'établissement correctionnel d'Auburn combine isolement cellulaire la nuit et travail collectif, mais dans le silence, un silence imposé par le fouet constate Tocqueville[18], pendant le jour ; celui de Philadelphie, élaboré par lesQuakers à Cheryl Hill (1822), impose unisolement cellulaire de jour comme de nuit[19] ; les promenades sont individuelles, les prisonniers menés yeux bandés jusqu'à leur cellule. Dans l'un comme l'autre cas, toutefois, on considère que l'isolement des prisonniers est indispensable pour prévenir le risque d'une corruption encore plus grande des détenus.
En France,Charles Lucas est le chef de file des détracteurs du cellulaire intégral[19], jugé tellement dur qu'il hypothèque toute chance de réforme du prisonnier ; peut-être même est-il susceptible de le mener à la folie. Point sur lequel les partisans de l'isolement font intervenir l'autorité de l'Académie de médecine qui leur donne raison par la voix dudocteur Lélut[20]. L'Église catholique prend pour sa part partie contre l'isolement total, au motif qu'elle ne permet pas l'exercice collectif du culte[21]. Contre Lucas figurent notamment Beaumont et Tocqueville, qui fustige, en privé du moins, les utopies des philanthropes[22]. S'il doute de la capacité réformatrice de la prison, hormis peut-être pour les plus jeunes des détenus, Tocqueville veut en faire, d'abord et avant tout, un organe efficace de « défense de la société »[23].
Le système pénitentiaire repose sur la production de catégories de classification des détenus toujours plus fines. La séparation des enfants s'impose progressivement auXIXe siècle, en mettant en concurrence deux modèles : celui de la prison pour enfants, dont laPetite Roquette devient une des références en Europe et celui de la colonie pénitentiaire, expérimenté à partir de 1837 à Mettray. Lacolonie pénitentiaire de Mettray deFrédéric-Auguste Demetz se présente comme un modèle alternatif qui entend régénérer les adolescents par le contact avec la nature et le travail de la terre. Elle inspire directement plusieurs projets européens, comme le « Mettray hollandais » deWillem Suringar[24].
La séparation des sexes fait figure de véritable obsession chez les théoriciens pénitentiaires, préoccupés des dangers que ferait courir la promiscuité à la moralité. À l'image de Bérenger, on considère ainsi qu'il faut « que les deux sexes ne se voient jamais, ne s'entendent jamais, et n'assistent pas même en commun [...] au service divin »[25]. Les femmes ont ainsi leurs lieux de détention propres, comme laprison Saint-Lazare à Paris. De même, les mineurs sont enfermés dans des bâtiments ou des ailes différents des détenus majeurs.
La nature des crimes et des délits, les récompenses et les punitions sont d'autres principes de différenciation. Mouvantes au gré de la conjoncture politique, les conditions de détention desprisonniers politiques sont traditionnellement plus souples que celles des droits communs. En France, ce principe est notamment renforcé par la réforme du code pénal de 1832 à l'issue de laquelle les « politiques » sont cantonnés dans des quartiers spécifiques où le travail ne leur est pas imposé[26].
En France, les détenus endétention provisoire et les détenus condamnés ne sont pas mélangés en cellule. Dans les plus grandes maisons d'arrêt, ils sont des bâtiments séparés.
Les fonctions des prisons varient selon les époques et les sociétés. La plupart du temps, il s'agit :
de punir une personne comme reconnue coupable d'une faute d'une certainegravité ;
de protéger la société des personnes dangereuses ;
de dissuader les gens de commettre des actes interdits par la loi ;
d’obliger le détenu à faire pénitence ;
d'inciter le détenu à poursuivre des études ou une activité destinée à le réinsérer ou le réhabiliter ;
de neutraliser les opposants politiques ;
d'empêcher des prévenus de prendre la fuite ou de compromettre leur futur procès (on parle alors dedétention provisoire).
Le « paradoxe pénitentiaire » exprime la contradiction entre les fonctions de répression et de réhabilitation[27].
Autrefois, la prison servait également à enfermer lesmalades mentaux de manière à les isoler de la société. Depuis, la majorité des pays disposent d'hôpitaux psychiatriques mais les prisons contiennent une population relativement importante de personnes souffrant de troubles mentaux.
On attribue principalement sept principes à la prison :
correction : amendement, remplacement social ;
classification : répartition dans des établissements pénitentiaires selon différents critères (âge,sexe,gravité de l'acte, etc.) ;
modulation : où le déroulement de la peine passe par différentes étapes (privation de liberté, assignation à résidence suivie de libération conditionnelle avant la liberté) ;
travail : comme obligation et comme droit (tout condamné a le droit de travailler plus que l'obligation de travailler), le travail pénitentiaire[28] pourrait contribuer à la réinsertion professionnelle des détenus[29] ;
éducation : le traitement d'un condamné a pour but sa resocialisation (Erving Goffman prétendra que, au contraire, cesinstitutions totales loin de resocialiser les individus, pouvaient provoquer chez lui unedéculturation entraînant son incapacité à se réadapter à la société ambiante) ;
contrôle : nécessite un personnel spécialisé ;
institutions annexes : il faut une assistance apportée au détenu lors de sa sortie de prison, au moment de la réelle resocialisation.
avoir des effets secondaires négatifs. La privation de liberté est durement ressentie par les prisonniers et dans certains cas, la prison peut nuire à la capacité de s'autodéterminer donc à la réinsertion du prisonnier.
Pour ces raisons, la majorité des démocraties prévoient des condamnations à des peines de substitution (appelées aussi peines alternatives) comme :
une amende (qui peut s'ajouter à l'incarcération ; voir les cas de contrainte par corps, allongeant jusqu'à deux mois la peine de prison, notamment dans le cas de trafic destupéfiants) ;
un sursis à la peine de prison : il est souvent assorti d'une mise à l'épreuve (obligation de soins, de travail, de formation, d'indemnisation des parties civiles, etc.). Le non-respect de cette mise à l'épreuve entraîne une révocation du sursis. Le condamné va alors purger sa peine ferme dans un établissement pénitentiaire. À celle-ci s'ajoutera éventuellement sa nouvelle peine ;
un ajournement de peine ;
un placement extérieur ;
la confiscation des objets ayant permis la réalisation des infractions.
Aujourd'hui, dans la majorité des pays, la seule autorité pouvant mettre en prison une personne est lajustice. Cependant, d'autres formes de privation de liberté peuvent, selon les pays, être décidées par d'autres autorités (police,armée,douanes,médecins, etc.).
Les quatredroits fondamentaux de l'homme sont, d'après laDéclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, laliberté, lapropriété, lasûreté et larésistance à l'oppression ; le premier de ces droits est – par nature même – suspendu pendant la durée d'une peine carcérale. Mais le deuxième et le troisième (propriété et sûreté, c'est-à-dire la protection contre un emprisonnement arbitraire) sont quant à eux garantis, une fois effectués les paiements de dommage et intérêts aux victimes en ce qui concerne la propriété. En théorie, l'incarcération ne doit porter atteinte qu'à la liberté d'aller et venir[réf. nécessaire]. En France, l'enseignement dispensé dans les prisons par du personnel pourvu de la qualification requise (dans le primaire, le secondaire et même le supérieur[30]) permet à certains détenus d'obtenir un niveau qu'ils n'avaient pu atteindre hors du monde carcéral[31].
Pour ses conditions de vie très dures, parfois inhumaines, ainsi que pour le manque de moyens donné à l'institution carcérale tant au niveau du personnel que du matériel[33], des associations comme l'Observatoire international des prisons (OIP) ou Ban Public (Paris) luttent pour l'humanisation des conditions de détention (voirOtto Kirchheimer etGeorg Rusche sur la notion deless eligibility dans leur livrePeine et structure sociale). Quelques universitaires (commeMartine Herzog-Evans, Éric Péchillon ouJean-Paul Céré) travaillent à faire émerger un droit pénitentiaire permettant un contrôle effectif des conditions de détention et une réflexion sur le sens de la peine. Cette notion explique pourquoi les conditions dans les prisons s'améliorent. En France, les dépenses de l'État pour les prisons sont passées de 1,2 milliard en 2000 à 2,7 milliards en 2010[34]. Au premier, il y avait dans les prisons françaises, 69 077 détenus[35].
Les critiques et opposants à la prison évoquent souvent une citation généralement attribuée àAlbert Camus en français et àFiodor Dostoïevski en anglais :« Nous ne pouvons juger du degré de civilisation d'une nation qu'en visitant ses prisons » ou« l'État de droit ne doit pas cesser à la porte des prisons », et« The degree of civilization in a society can be judged by entering its prisons ».
Aujourd'hui, c'estl'Envolée, journal anti-carcéral et libertaire paraissant quatre fois par an, qui donne la parole à des prisonniers et proches de prisonniers en publiant lettres et comptes rendus de procès. Un moyen pour eux de lutter « contre la justice et l'enfermement »[36].
Certains, commeThierry Lévy, pensent que les nouvelles technologiesbiométriques permettraient de se passer de la prison, tout en effectuant un contrôle réel et pénible sur les condamnés. Il existe une inspirationlibertaire qui depuis longtemps, milite contre l'institution même de la prison, en tant qu'instrument au profit de l'exploitation. C'est dans cet état d'esprit qu'on retrouve les arguments du biologisteThierry Lodé ou deCatherine Baker, qui estiment que la prison est une institution néfaste et criminogène[37].
À la différence du courant précédent, les réductionnistes ne veulent pas supprimer la prison, mais la réserver aux personnes les plus dangereuses. Partant du principe que la prison est la peine la plus chère (elle coûte 3 700 €[34] par mois et par détenu en France en 2010), la moins efficace (les taux de récidive à la sortie sont plus importants que pour toute alternative à l'incarcération) et celle qui désocialise le plus les individus au lieu de permettre leur réinsertion, les réductionnistes proposent de recourir en priorité aux alternatives à l'incarcération (obligation de soins, suivi socio-éducatif, travail d'intérêt général, amende, suspension du permis de conduire, sursis avec mise à l'épreuve, etc.) pour la très grande majorité de détenus qui ne sont condamnés qu'à de très courtes peines de prison (la durée moyenne d'incarcération est de huit mois). La prison serait alors seulement le dernier recours.
Aujourd'hui, les idées abolitionnistes sont défendues surtout dans des mouvements de prisonniers, des mutineries et les textes de revendication qui sont alors publiées (voir notammentDaniel Koehl,Révolte à perpétuité sur la mutinerie deSaint-Maur). Au quotidien, de nombreux détenus formulent également une critique sociale qui va parfois jusqu'à la grève concertée (voir notamment Fabrice Guilbaud[38]).
À cause des coûts d'un prisonnier, certains recommandent d'utiliser au maximum des peines de substitution ou au moins d’alléger les conditions de détentions pour les prisonniers les moins dangereux, comme ceux condamnés pour des délits routiers. Un prisonnier coûte en moyenne 100 € par jour en France, contre une somme de l'ordre de 10 fois moindre pour lebracelet électronique[39],[40]. La réduction des emprisonnements permet aussi d'éviter la surpopulation carcérale sans construire de nouvelle prison. En la fondation iFrap estime le coût des constructions à 3,1 milliards d’euros si l'on veut éviter la surpopulation carcérale en France[41].
Les États-Unis sont le pays ayant la population carcérale la plus élevée en nombre et en proportion avec 25 % des prisonniers de la planète pour seulement 5 % de la population mondiale.[Quand ?]
Prison Bank Water, roman de Gérard Saryan dont la totalité de l'intrigue se situe dans un pénitencier sous-marin de fiction, situé auxÉtats-Unis[43],[44].
↑Dans son acception générale, le termecentre de détention désigne un lieu de privation de liberté. En France, uncentre de détention est un type d'établissement pénitentiaire accueillant des condamnés à de moyennes et longues peines tourné vers la réinsertion.
↑Au Canada, le termepénitencier désigne une prison sous juridiction du gouvernement fédéral, plutôt que celles sous juridiction provinciale.
↑Cécile Bertrand-Dagenbach, Alain Chauvot, Michel Matter, Jan-Marie Salamito,Carcer. Prison et privation de liberté dans l’Antiquité classique, De Boccard,, 250 p.(ISBN978-2-7018-0127-8)
↑Yann Rivière, « Carcer et uincula : la détention publique à Rome (sous la République et le Haut-Empire) »,Mélanges de l’École française de Rome – Antiquité,vol. 106,no 2,,p. 579-652
↑Le motcarcer désigne un « lieu d'incarcération » alors queuincula peut désigner uniquement les chaînes etcustodia la garde militaire ou d'autres formes de détention que la prison.
↑Jacques Chiffoleau, Claude Gauvard et Andrea Zorzi,Pratiques sociales et politiques judiciaires dans les villes de l’Occident à la fin du Moyen Âge, Rome/Paris, Collection de l’École française de Rome,, 767 p.(ISBN978-2-7283-0777-7),p. 527-551
↑Sur la violence de cette règle, voirLa Religieuse, roman deDiderot et film deJacques Rivette, en particulier la première partie du roman et du film
↑Nicole Castan, André Zysberg (2002),Histoire des galères, bagnes et prisons en France, de l'Ancien Régime, édition Privat page 22, 23, 24
↑Jean Sévillia,Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 61.
↑Jean Guiraud,L'Inquisition Médiévale, Grasset, collection « La Vie chrétienne », 1929
↑Jean-Claude Vimont,La prison. À l'ombre des hauts murs, Gallimard, Paris, 2004,p. 33.
↑Martine Herzog-Evans,La prison dans la ville, 2009, 136 p.(ISBN9782749211046)
↑FabriceGuilbaud, « Le travail pénitentiaire : sens et articulation des temps vécus des travailleurs incarcérés »,Revue française de sociologie,vol. 49, n° 4, p. 763-791,(résumé).
↑MarcBaader et EvelyneShea, « Le travail pénitentiaire, un outil efficace de lutte contre la récidive ? »,Champ pénal,vol. IV,(ISSN1777-5272,lire en ligne).
↑Christian Chevandier, « Leçons à Fresnes, leçons de Fresnes. Un enseignement universitaire en prison », in Pierre V. Tournier, dir.,Dialectique carcérale. Quand la prison s’ouvre et résiste au changement, Paris, L’Harmattan, 2012,p. 149-160.
Luigi Delia (dir.),Prison et droits: visages de la peine, dossier deL'Irascible n°5, Revue de l'Institut Rhône-Alpin de Sciences Criminelles, Paris, Éditions Campus Ouvert, 2015.
George Benguigui, Fabrice Guilbaud, Guillaume Malochet,Prisons sous tensions,Champ Social, 2011,[2]