Le « Printemps arabe » est un ensemble de contestations populaires, d'ampleur et d'intensité très variables, qui se sont produites dans de nombreux pays dumonde arabe à partir dedécembre 2010.
L'expression de « Printemps arabe » fait référence au « Printemps des peuples » de1848 auquel il a été comparé, tout comme lePrintemps de Prague en1968. Ces mouvements révolutionnaires nationaux[1] sont aussi qualifiés derévolutions arabes, derévoltes arabes,ou encore de « réveil arabe »[Note 2], certains vont jusqu’à parler d’unerévolution Facebook, d’unerévolution Twitter voire d’unerévolution 2.0 tant l’usage des réseaux sociaux et des géants duNet aurait été important[2]. Avec le recul, le pluriel « Printemps arabes » a également été privilégié pour mieux rendre compte de la diversité des mouvements regroupés sous cette appellation[3],[4].
Divers évènements se déroulent avant 2010, à savoir la répression des sit-in hebdomadaires àAlger depuisaoût 2010, le démantèlement d'un camp de protestataires séparatistes àLaâyoune auSahara occidental en novembre 2010 ou des manifestations contre la hausse du prix des denrées alimentaires enAlgérie en. C'est cependant le qui reste retenu comme le départ du printemps arabe, avec le déclenchement àSidi Bouzid de larévolution en Tunisie, qui conduitZine el-Abidine Ben Ali à quitter le pouvoir. D’autres peuples reprennent à leur tour le slogan « Dégage ! » (ouErhal ! enarabe[5]) devenu le symbole de ces révolutions[6],[7],[8],[9],[10],[11]. Outre le départ des dictateurs et l’instauration d’une démocratie, les manifestants exigent un partage des richesses qui leur assure de meilleures conditions de vie, des emplois, et la dignité (« karama » en arabe)[12],[13],[14].
Ces révolutions recourent initialement aux méthodes de contestationnon violente[15] ; les révolutionnaires utilisent les technologies modernes de communication (différents outils d’Internet ettéléphone mobile) de façon intensive, latélévision par satellite jouant également un rôle important dans le déroulement des évènements[16].
Pendant toute l'année 2011, la totalité des États arabes sauf leQatar connaissent des mouvements de contestations plus ou moins importants et qui s’encouragent les uns les autres[13],[12]. Les bouleversements dans le monde arabe ont été d'autant plus suivis que cette région présente un intérêt économique majeur, notamment du fait de l’industrie pétrolière, très présente dans ces régions. Des États non arabes ont enregistré aussi des manifestations ou procédé à des actions préventives, notamment l'Iran, mais l'ampleur de ces mouvements a généralement été moindre et l'influence des événements du monde arabe n'a pas toujours été clairement établie.
Les pays arabes sont ensuite plongés dans une transition qui n'est nulle part facile : l'après-printemps arabe se révèle être une période particulièrement troublée. Dans plusieurs pays (Tunisie,Maroc,Égypte), les élections qui suivent les révolutions ou les mouvements de contestation sont remportées par les partisislamistes. Conjugué au renforcement des groupesdjihadistes, cela conduit des commentateurs à juger qu'au« printemps arabe » a succédé un« hiver islamiste ». En Égypte, le président islamiste estrenversé par un coup d'État militaire en 2013. EnSyrie, le régime ne cède pas et la révolte dégénère en uneguerre civile sanglante, l'impasse politique et militaire favorisant en 2014-2015 la montée en puissance de l'État islamique. LaLibye et leYémen ne parviennent pas à trouver la stabilité et s'enfoncent elles aussi, à partir de 2014, dans de nouvelles guerres civiles. Le chaos en Syrie et en Libye favorise en outre par ricochet lacrise migratoire en Europe.
Les pays arabes sont entrés entransition démographique dès lesannées 1950. Letaux de fécondité moyen de la région (Afrique du Nord et Moyen-Orient, Iran compris) est de 3,6 enfants par femme en 2000-2005[24]. Lorsque les révolutions arabes se produisent, la transition démographique est avancée au Moyen-Orient, et achevée au Maghreb. Ce facteur joue un rôle déterminant dans le déclenchement des révolutions, dans le sens où les enfants prennent plus d'importance dans la famille, sont mieux éduqués et élevés de façon égalitaire, et donc plus à même de remettre en cause l’autorité patriarcale et un système inégalitaire[25]. La transition démographique a aussi pour résultat des effectifs importants pour la classe d’âge 15-29 ans : ils sont plus de 100 millions en 2009 dans la région, soit le tiers de la population totale, et une augmentation de 50 % depuis vingt ans[24].
Même si les jeunes sont soutenus voire accompagnés dans les manifestations par des membres de toutes les tranches d’âges, ils restent le moteur principal des révolutions arabes[26],[27],[25],[28].Jeffrey Sachs fait du sous-emploi des jeunes à la fois une des racines des révolutions arabes, et un des enjeux majeurs des politiques arabes à venir[29].
Extension géographique de la langue arabe contemporaine :
pays où elle est seule langue officielle ;
pays où elle partage le statut de langue officielle avec d'autres idiomes.
Les régimes despays arabes sontautoritaires,oligarchiques : pour se maintenir, ils multiplient les services de police. Ces États policiers s’associent aux milieux affairistes[30]. Les sociétés arabes aspirent à des régimes démocratiques ; le chercheur françaisOlivier Roy avait ainsi pressenti le risque d’un écart entre le soutien des diplomaties occidentales aux dictatures et le chemin pris par ces sociétés, qui rendait inéluctable la démocratisation des pays arabes, dans une note duCAP de 2005[31]. Les libertés limitées, lacorruption particulièrement développée dans la plupart de ces pays (tout comme lesdétournements de fonds publics) et deschefs d'État très souvent âgés en place depuis plusieurs dizaines d'années (souvent enclins aunépotisme et notamment à la transmission héréditaire du pouvoir y compris dans les régimes de typerépublicain) sont autant de facteurs susceptibles d'exaspérer les populations aboutissant ainsi à des troubles.
On note aussi dans lesannées 2010 une baisse du rôle des États-Unis dans la région[32],[33], à cause de laguerre en Irak, qui les prive de moyens et d'influence. Ainsi, c'est laTurquie qui propose et fait aboutir sa médiation entre Israël et la Syrie en 2008. La crise à Erbil en novembre 2010 est réglée sans eux. Enfin, c'est l'Arabie saoudite et laSyrie qui jouent le rôle d'intermédiaires au Liban en 2010 et 2011[33].
PourAyaan Hirsi Ali, l’habitude de soumission donnée par l’islam est telle que la révolution sans leaders ne peut réussir. Pour que la démocratisation réussisse, elle pense que les révolutionnaires doivent s’organiser selon le modèle des partis politiques : programme, changements constitutionnels[34]. Elle est donc d’accord avecJean-Clément Martin pour ne pas rattacher prioritairement les révolutions arabes à une matrice révolutionnaire préexistante[35].
Plusieurs observateurs notent avec satisfaction que les tentatives d’importer de force la démocratie dans le monde arabe ont toutes échoué : invasion de l’Irak en 2003, révolution du Cèdre en 2005, soutenue par les pays occidentaux, et guerre du Liban de 2006, n’ont fait qu’appauvrir ces pays et y renforcer le communautarisme. Les réformes libérales, censées être le versant économique de la démocratisation et poussées par leFMI et l’Union européenne, ont de la même façon appauvri les populations arabes et renforcé les dictatures. Les privatisations, la spéculation foncière, l’ouverture à la finance internationale, loin de créer des emplois, ont enrichi les oligarchies kleptocrates et appauvri les populations[36],[37].
La région consacre des sommes importantes à l’éducation : 5 % de sa richesse depuis trente ans, et réussit à scolariser 75 % d’une classe d’âge dans le secondaire, et 25,8 % dans le supérieur (et même 28,6 % en Tunisie et 32,6 % en Égypte)[38]. La région est touchée par destaux de chômage importants, et du fait de la démographie galopante, ce sont les jeunes adultes qui sont les plus touchés : 90 % des chômeurs ont entre 15 et 29 ans, et le taux de chômage de cette classe d’âge, probablement sous-évalué, varie entre 20 et 25 % dans la région.
Ce chômage important limite les revenus d’une part de plus en plus importante de la population, déjà pauvre et qui n’a guère profité de la libéralisation des années 1990 et 2000[39] (les statistiques économiques étant d’ailleurs truquées[40]). Avec la hausse des prix alimentaires, au plus haut à la fin de l'année 2010 et au début 2011[41], une partie importante de la population est à la limite de ne plus pouvoir se nourrir :
le cours des céréales atteint son plus haut niveau historique, soit2,5 fois plus qu'en 2002 ;
le cours du sucre est également à son plus haut niveau historique, soit quatre fois plus cher qu'en 2002 ;
les autres produits alimentaires connaissent des hausses moins spectaculaires, mais sont aussi à leur plus haut niveau historique.
Il a aussi pour effet de rendre difficile l’accès à un logement et la constitution d’une dot : le taux des hommes mariés dans les hommes de 25 à 29 ans est de seulement 50 %, le plus faible au monde. Les frustrations accumulées par ce genre de situation sont considérables[38]. Cet aspect est cependant moins important dans les pays pétroliers, où soit les aliments sont déjà subventionnés avant 2011, soit les revenus du pétrole sont rapidement mobilisés pour faire baisser leurs prix (comme en Algérie), ou soit encore leconseil de coopération du Golfe intervient pour financer des mesures sociales (comme en Oman). Les solidarités de proximité sont très importantes également pour la survie des plus pauvres[42], alors que les solidaritéstribales ont pratiquement disparu[43].
Selon Jean-François Daguzan, les difficultés économiques des pays arabes causées par lacrise économique de 2008 sont un des facteurs clés des révolutions. Les économies des pays arabes auraient en effet été durement touchées par de multiples facteurs[44] :
baisse des ressources de ces pays par la chute du prix des matières premières de 30 à 40 % et des exportations de 30,6 % ;
dans le même temps, les importations de biens augmentaient de 18,6 %, d’où une aggravation du déficit de labalance commerciale de 60,4 % (21 milliards de dollars) ;
la conjoncture défavorable a tari les sources de financement : les recettes touristiques diminuent de 4,3 % (alors que l’activité touristique progresse de 6,5 % en volume), les transferts de revenus par les expatriés baissent de 6,1 % et lesIDE s’effondrent de 32,2 % ;
l’aide au développement est également en baisse, alors que les migrants travaillant dans les pays du Golfe ont tendance à revenir dans les pays d’origine[39].
Du fait de la forte augmentation démographique et de la faiblesse de la production agricole, une part de plus en plus importante des aliments doit être importée
Les économies étant encore affaiblies par les révoltes, le monde étant toujours en crise, et les gouvernements issus des révolutions étant jugés sur leur capacité à fournir du travail à leurs populations[45], le risque de « deuxième tour révolutionnaire » est important si les pays développés n’investissent pas en masse dans le soutien au développement dans la région[46].
La hausse du prix des matières premières, notamment du blé, est un élément socio-économique important dans ce contexte. La région importe une bonne partie de son alimentation, soit environ 30 % du blé mondial[47]. L'Égypte notamment est très dépendante de l'approvisionnement depuis l'étranger[48]. Ainsi, la suspension des exportations de blé par la Russie en août 2010 a sévèrement affecté ce pays[49]. La sécurité alimentaire a ainsi été un facteur d'importance lorsque les prix de l'alimentation ont augmenté[47],[50]. En 2011, l'indice des prix de la FAO a atteint un pic de 237,9 en février 2011[51]. La hausse du prix des céréales, particulièrement du blé, a été importante avec un pic de l'indice des prix des céréales de la FAO à 265,4 en avril[52]. Ainsi, le prix du blé a augmenté de 125 % environ, passant de 4 $ le boisseau en juillet 2010 à 8,5-9,0 $ au printemps 2011[49]. L'augmentation de ces prix est liée aux conditions météorologiques de juillet à octobre, particulièrement la sévère canicule européenne de 2010, qui a poussé la Russie à suspendre ses exportations de blé[51],[53]. Selon certaines sources, la canicule russe a été largement amplifiée par le réchauffement climatique[54],[55],[56].
Ainsi, selon certains analystes, un des facteurs contribuant au Printemps arabe a été le réchauffement climatique[49],[57]. C'est une position qu'explicite ainsi, au nom de l'US Navy, l'amiral américain David Titley[58]. Le réchauffement a pu être un facteur supplémentaire qui a amplifié l'instabilité régionale et un élément déclencheur nécessaire même si non suffisant. Selon l'International Institute for Strategic Studies, une telle hausse du coût des matières premières n'était pas anticipée, et a ainsi rendu l'évolution géopolitique mondiale encore plus imprévisible[49],[58],[57].
Développement comparé des différents pays arabes (avant les évènements)
De décembre à janvier, manifestations massives et répétées, parfois émeutes, après l'immolation deMohamed Bouazizi àSidi Bouzid le. Le, fuite du présidentBen Ali vers l'Arabie saoudite, mais la contestation se poursuit. Le Premier ministreMohamed Ghannouchi conserve son poste, nomme un gouvernement d'union le, remanié le 27. Le, annonce de la dissolution de l'ancien parti gouvernemental, leRCD pour le. Le, démission deGhannouchi remplacé parBéji Caïd Essebsi. Le, annonce de l'élection d'uneAssemblée constituante le, reportée le23 octobre. Le mouvement islamiste Ennahdha remporte ces élections. Les incidents et les agressions se multiplient de la part des salafistes et plusieurs manifestations sont organisées notamment celle du. Le, une manifestation fêtant la fête des martyrs est violemment réprimée faisant des dizaines de blessés et agressés. Certaines sources parlent d'un mort. Le, un bilan officiel fait état de338 morts et 2 174 blessés. Le nombre de morts est de 89 dans le Grand Tunis,86 détenus,29 forces de l'ordre public,12 femmes et8 enfants.
Manifestations de quelques milliers de personnes et auto-immolations. Le7 février, manifestation duCNCD dispersée par les forces anti-émeutes, nouvelles manifestations le19 février. Le24 février, le gouvernement lève l'état d'urgence en vigueur depuis 1992. À partir du2 avril, les gardes communaux campent sur la place des martyrs à Alger et le6 avril, 80 % des fonctionnaires sont en grève[66][réf. à confirmer]. Le15 avril, le président Bouteflika promet une réforme constitutionnelle[67].
Le mouvement est lancé par des étudiants, est rejoint par l'opposition, puis par d'importantes tribus, puis par une partie des généraux de l'armée, sous forme d'importantes manifestations et desit-in. Le, le présidentAli Abdallah Saleh annonce qu'il ne se représentera pas en2013[68], le20 mars il limoge son gouvernement[69] et le23 mars il propose un référendum constitutionnel, des élections législatives et présidentielles avant fin 2011. Le18 mars,57 manifestants sont tués à Sanaa ce qui provoque une vague de critiques internationales et défections de l'armée. Le22 avril,3,5 millions de manifestants dans seulement Sanaa et Taez protestent[70]. Le23 avril, le parti présidentiel accepte le plan présenté par les monarchies du Golfe et prévoyant la démission de Saleh dans les trente jours, après la formation d'un gouvernement d'union nationale et le transfert des prérogatives par le chef de l'État au vice-président[71] mais ne le signe pas. Fin mai, le mouvement dégénère en révolte avec début d'affrontements armés entre insurgés tribaux[72]. Le bilan des affrontements depuis janvier est alors de620 morts. Le22 mai,1,5 million d'opposants manifestent à Sanaa et l'attaque contre un campement à Taiz fait57 morts. Le3 juin, le président Saleh est blessé dans un attentat[73]. Le lendemain, il a quitté leYémen pour l'Arabie saoudite dans le but de se faire soigner[74]. Pendant sa convalescence, les affrontements continuent. Lorsqu'il est de retour le23 septembre, le pays est toujours dans une ambiance de combats à Sanaa et Taiz qui ont fait plus de120 morts. Le lendemain,44 morts et des centaines de blessés.
Le23 novembre, signature du plan des monarchies du Golfe, qui prévoit le départ deSaleh au profit de son vice-président jusqu'aux élections en février 2012. Le président Saleh prévoit alors de se rendre aux États-Unis. Le transfert de pouvoir s'effectue le27 février. Le18 mars, à l'occasion du premier anniversaire du massacre de Sanaa, le gouvernement de transition dresse un bilan de + 2 000 morts dont143 enfants et20 femmes et 22 000 blessés pendant la révolution. Le, départ du présidentAli Abdallah Saleh ; son vice-président,Abd Rab Mansour Hadi, lui succède.
Mouvements de grèves et manifestations, principalement àSohar[77]. Le gouvernement annonce des mesures sociales (création d'emplois publics et indemnités par les chômeurs). Limogeage de deux ministres le, remaniement plus profond le[78]. Le13 mars, le sultan annonce une réforme constitutionnelle qui donnera davantage de pouvoir au Conseil législatif[79].
Le23 février, le roiAbdallah annonce des mesures sociales en faveur des fonctionnaires, des étudiants, des chômeurs, etc. à hauteur de36 milliards de dollars[80]. Quelquesmanifestations ont lieu le11 mars, surtout àQatif. Les manifestations se sont poursuivies même en 2012 à l'est et sont réprimées par les forces de sécurité.
Manifestations massives et renouvelées dans les grandes villes, la répression du régime de Moubarak aurait fait840 morts[81]. Le29 janvier, de nouveaux premier ministre et vice-président entrent en fonction, le30 janvier, la police, qui avait réprimé brutalement les manifestations, est remplacée par l'armée qui reste neutre et assure la sécurité des manifestants. Le11 février, démission d'Hosni Moubarak et transmission de la gestion du pays auConseil suprême des Forces armées, mais les manifestations et grèves se poursuivent pour demander un changement plus profond[82]. 13 février, dissolution du Parlement et suspension de la Constitution ; le3 mars, démission du Premier ministre, Ahmad Chafic, remplacé parEssam Charaf. Le19 mars, approbation parréférendum d'une réforme de la Constitution. Le13 avril, placement en détention pour quinze jours d'Hosni Moubarak et de ses deux fils[83]. Il sera jugé par la justice égyptienne.
Le9 septembre, des milliers de manifestants attaquent l'ambassade d’Israël et les heurts avec les forces de sécurité font3 morts et 1 049 blessés. Le9 octobre, des manifestants pacifiques coptes sont attaqués par les forces de l'ordre faisant28 morts et212 blessés. Du 19 au22 novembre, les policiers répriment dans le sang des centaines de milliers de manifestants faisant43 morts et 3 000 blessés. En décembre, de nouveaux heurts font17 morts. En février,78 personnes sont mortes lors d'un match de football à Port Saïd. Des émeutes font13 morts. En mai, des affrontements devant le ministère de la Défense font22 morts et +300 blessés.
979 (846 pendant la révolution et 133 post-révolution)
En janvier et février, auto-immolations et quelques manifestations, le présidentBachar el-Assad prend des mesures sociales[84]. À partir du18 mars, manifestations massives dans le sud, surtout àDeraa où la répression fait de nombreuses victimes[85],[86],[87]. Le24 mars, le gouvernement annonce de nouvelles mesures sociales[88], le 25 la contestation s'étend àDamas et le 26 àLattaquié[89]. Le29 mars, importante manifestation de soutien au pouvoir, alors que le gouvernement syrien remet sa démission[90]. Le30 mars, Bachar el-Assad dénonce une conspiration contre la Syrie[91]. Le3 avril, Bachar el-Assad nomme un nouveau premier ministre[92]. Le7 avril, la citoyenneté syrienne est accordée à 300 000 Kurdes[93]. Le16 avril, Bachar el-Assad promet la levée de l'état d'urgence[94], adoptée par le gouvernement le19 avril[95] mais pas encore effective[96]. Le21 avril, il promulgue la loi décrétant la fin de l'état d'urgence, l'abolition de lacour de sûreté de l'État et l'autorisation de manifestations pacifistes. Manifestations, répression sanglante et arrestations en masse continuent pourtant[97].
Aux manifestants pacifiques se joignent très rapidement des groupes armés prenant pour cibles les forces du régime[98]. Entre avril et août, les opérations de l'armée se multiplient dans les villes contestataires, àDeraa,Homs,Hama,Lattaquié,Banias, etc. Le31 mai, Bachar el-Assad annonce une amnistie générale et l'ouverture d'un dialogue national avec l'opposition[99]. Au, le bilan de la révolte syrienne serait, selon les ONG de défense des droits de l’homme reprises parEl Watan, de quelque 2 000 morts et 3 000 disparus, ainsi que 26 000 arrestations[100].
Derrière les manifestations en faveur des libertés, l'islamisme se révèle rapidement le moteur de la révolution et des révoltes armées. Cet aspect confessionnel est accentué par l'aide fournie par les États sunnites (Qatar etArabie saoudite) aux groupes armées rebelles. Dès le début, notamment par le biais de la chaîne de télévision qatarienneAl Jazeera, le soulèvement est présenté comme un conflit confessionnel entre chiites (ou alaouites) et sunnites[101]. Les révoltes de rue débouchent dès avril 2011 sur uneguerre civile.
Quelques manifestations. Le12 février, annonce parMahmoud Abbas d'élections législatives et présidentielles avant septembre, que rejette leHamas[102]. 29 avril, annonce d'un accord de gouvernement entre le Hamas et le Fatah[103].
Des manifestations pacifiques le20 février réunissent près de 40 000 personnes dans plusieurs villes[104]. Des réformes politiques et sociales sont réclamées. Le9 mars, le roiMohammed VI annonce une importante réforme constitutionnelle, soumise à référendum, qui visera à renforcer les pouvoirs du Premier ministre et des partis politiques dans le pays[105]. Des manifestations importantes ont toutefois lieu le24 avril[106]. Le28 avril, un attentat àMarrakechfait17 morts[107] mais des jeunes estiment que « le printemps du Maroc va continuer »[108]. Le mouvement des jeunes citoyens ayant déclenché ces manifestations a été par la suite appelé« mouvement du20 février ».
Manifestations importantes, occupation d'espaces public,sit-in. Le roi de Bahreïn distribue environ 2 000 euros à toutes les familles du pays[109]. Dans un premier temps, les autorités répriment le mouvement[110],[111],[112], puis le19 février, le pouvoir royal ordonne le retrait de l'armée du centre de Manama[113]. Le 26, le roi procède à un remaniement ministériel[114]. Le14 mars, les pays duGolfe (Arabie saoudite,Émirats arabes unis) envoient des troupes à Bahreïn pour soutenir la monarchiesunnite[115]. Le16 mars, les autorités décrètent un couvre-feu dans la capitale, les manifestants sont délogés, puis six dirigeants de l'opposition sont arrêtés[116],[117]. Un dialogue national s'ouvre le2 juillet pour résoudre la crise. Le4 juillet, l'Arabie saoudite entame le retrait de ses forces qui cause la reprise de la contestation.
Les manifestations reprennent le. Jugées « illégales », elles sont réprimées par les forces de l'ordre[118].
Mouammar Kadhafi (Dirigeant du 1er septembre 1969 au 23 août 2011)
Manifestations, émeutes, insurrection armée ; le mouvement est réprimé par des massacres et les protestataires prennent rapidement les armes avec le soutien d'une importante partie de l'armée. La contestation éclate àBenghazi le15 février et s'étend à tout l'est de laJamahiriya arabe libyenne. Le21 février, la contestation gagne tout le pays, dontTripoli. Le23 février, l'est passe contre le contrôle des insurgés et plusieurs villes de l'ouest, formation duConseil national de transition le 27. La tendance s'inverse à partir du6 mars, les forces de Kadhafi reprennent l'avantage. Le18 mars, le Conseil de Sécurité de l'ONU vote une zone d'exclusion aérienne. LaFrance, lesÉtats-Unis, le Canada et leRoyaume-Uni commencent leurs frappes peu après l'attaque deBenghazi, capitale du CNT, par les forces de Kadhafi. Le11 avril, la rébellion refuse un cessez-le-feu proposé par l'OUA et accepté par Kadhafi[120]. De mars à mai 2011, les insurgés subissent un siège très dur par les forces gouvernementales àMisrata[121]. Alors que le front est figé à l'est, il évolue progressivement à l'ouest. Le23 août,Mouammar Kadhafi prend la fuite etTripoli passe sous contrôle du CNT. Il est capturé le et tué le jour même.
L'après-Kadhafi voit se dérouler uneseconde guerre civile. Le nouveau gouvernement s'avère incapable de construire un véritable pouvoir central et de mettre un terme au désordre et à la violence dans le pays, où milices, clans régionaux et tribaux se font la guerre[122].
Le2 mars, plus de 20 000 Chypriotes-turcs manifestent dans le nord deNicosie contre les mesures d'austérité imposées par laTurquie et pour se débarrasser de sa tutelle[124].
Manifestations àTéhéran et dans plusieurs autres villes, blocages de raffineries[125]. Les révoltes dans le monde arabe ont réveillé l'opposition iranienne qui a profité de celles-ci pour manifester le14 février contre le régime. De nouveaux incidents ont lieu le16 février[126]. Nouvelles manifestations le 20 février.
Parmi les points communs entre les différentes révolutions arabes, l’influence deGene Sharp, théoricien de la résistance non-violente, est souvent citée[127],[128],[129]. Les méthodes qu’il préconise dans son manuelDe la dictature à la démocratie sont régulièrement prises en exemple par les « Tahrites », au Caire[127],[128]. Plusieurs Tunisiens révoltés[129], des membres duMouvement de la Jeunesse du6 avril en Égypte ont été formés à la résistance non-violente par leCanvas, fondé par le mouvementserbeOtpor ! (dont Mohamed Adel[127] et la blogueuseDalia Ziada[129]). En 2006, selon l’ambassade desÉtats-Unis àDamas, des dissidents syriens s’entraînaient aussi aux méthodes de résistance non-violente détaillées dans le manuel de Sharp[129]. Enfin, les sites internet des Frères musulmans le proposaient traduit en arabe en libre téléchargement depuis plusieurs années[128].
Face à cette action non-violente, l’attitude des militaires face aux revendications populaires est primordiale[130] :
en Égypte et en Tunisie, l’armée est neutre : elle se détache du pouvoir qui ne dispose plus de cette force pour réprimer les manifestations. Toutefois, les deux cas restent différents vu que l’armée tunisienne n’a aucun pouvoir politique alors que les militaires égyptiens jouissent d’un pouvoir politique considérable et dirigent le pays depuisGamal Abdel Nasser. En Égypte, contrairement au cas tunisien, l’armée a participé à la répression des manifestants sousMoubarak et dirigé le pays jusqu’aux élections du19 mars à travers leconseil suprême des Forces armées sous la présidence deMohamed Hussein Tantawi. Peu avant les élections, un bras de fer commence entre les Frères musulmans égyptiens, principale force politique civile, et cette institution militaire largement pourvue en prérogatives ;
d’autres armées sont totalement inféodées au pouvoir grâce au recrutement, notamment : 70 % des militaires syriens, et 80 % des officiers sontalaouites ; une bonne partie des armées yéménite et libyenne sont dévouées au dictateur, grâce à un recrutement tribal et à des traitements de faveur ; à Bahreïn, les chiites majoritaires dans le pays sont absents de l’armée, et beaucoup d’étrangers sunnites sont naturalisés au moment de leur engagement ; les Émirats arabes unis ont recruté un corps de800 mercenaires.
Enfin, quand ces mesures ne suffisent pas à écraser les révoltes, les armées étrangères peuvent appuyer l’armée nationale dans ses tâches de répression, à l'exemple des troupes saoudiennes à Bahreïn[130].
Un des points communs entre toutes les révolutions est le rôle important joué par les nouvelles technologies (télévision par satellite,téléphone mobile,réseaux sociaux d’Internet) : on a ainsi parlé de « révolution(s) Facebook »[131] ou « révolution Twitter ». Le développement destechnologies de l’information et de la communication permet une circulation très fluide et horizontale de l’information entre de très nombreux utilisateurs[132],[133], malgré toutes les tentatives des dictatures de contrôler ce flux. Cette forme deslacktivisme permet initialement d'assurer une couverture médiatique sur Internet et générer l’attention des médias traditionnels[134], elle permet aussi à des mouvements de se structurer, de préparer des mouvements de contestation[132]. En Tunisie, le blogNawaat, fondé par des cyberactivistes tunisiens, lemouvement Byrsa avec les consultations citoyennes en ligne, la campagneNhar Ala Ammar ou le collectifTakriz ont été d'une certaine manière les précurseurs de ce type d'engagement. Mais plusieurs observateurs remettent en cause les termes decybermilitantisme, « révolution 2.0 » ou de « révolution Facebook », car le mouvement de contestation qui devient une révolution se fait dans la rue et Internet n’est qu’un facteur de la révolution, qu’un des changements récents des sociétés[132].
Son rôle, certain dans le déclenchement des premières manifestations, se réduit ensuite[135], les éléments politiques de la contestation l’emportant sur les aspects technologiques[136]. L’importance des réseaux sociaux est cependant cruciale dans la phase préparatoire : ils permettent aux individus de lever une hypothèque sur leur engagement, de vérifier qu’ils sont nombreux à avoir la même analyse de la situation, et de confirmer la validité de leur engagement personnel[137].
Le documentaire télévisé « Sens dessus dessous », de la tunisienneNajoua Hammami et l'EgyptienneSaada Abd El Kader, traitant du Printemps arabe sous l'angle des problèmes des martyrs et des blessés, a été primé dans la catégorie "investigation" des Dig Awards[138],[139] et diffusé par la chaîne allemande Deutsche Welle[139].
La critique des médias étroitement liés aux pouvoirs a fait partie du mouvement, suscitant l'espoir d'un journalisme plus critique et plus professionnel[139]. Dès l'année suivante, les universitaires ont constaté que l'émergence d'un journalisme d'investigation dans le monde arabe est devenu« le principal moteur de l’idéal » d'une nouvelle gouvernance des médias apparu en 2011, l'enquête étant promue comme une« pratique noble du journalisme » et même bien[139].
Le Parti Pirate International a joué un rôle important durant le printemps arabe, notamment en Tunisie. Le site tunisie-presse.com souligne l'implication du Parti Pirate Tunisien, fondé en septembre 2010, dans la révolution tunisienne : « Les membres du Parti Pirate avaient un seul souci, libérer le web qui était sous l’emprise du gouvernement […]. Ils distribuaient des supports numériques contenant des logiciels nécessaires pour déjouer la censure d'Internet et protéger les internautes du piratage de leurs connexions […] ».Slim Amamou, ex-membre du Parti Pirate Tunisien, a occupé le poste de ministre de la jeunesse et des sports du gouvernement transitoire durant près de trois mois avant de démissionner.
Par contre, les relations individuelles et autonomes, indépendantes des cadres autoritaires traditionnels, qui sont la règle sur Internet, se sont retrouvées dans la rue, donnant un fonctionnement très égalitaire aux manifestations et occupations de rue[132],[140]. Et au total, l’importance des réseaux sociaux est égale à celle des comités de quartier dans la formation politique des citoyens[141].
Certains auteurs notent par ailleurs le rôle tenu par des organisations proches du gouvernement desÉtats-Unis dans la formation de militants arabes et le soutien aux mouvements pour la démocratie[142].
L’engagement de l’influente chaîne qatarieAl Jazeera en faveur de certains mouvements populaires (pas ceux mettant en cause les intérêts de cette micro-pétro-monarchie) a également été un élément important dans le maintien et l’amplification de chaque mouvement, et dans la diffusion des protestations dans le monde arabe[143],[144],[145],[135].
Jean-Pierre Filiu défend l'idée dans son livreLa Révolution arabe que le rôle joué par les réseaux sociaux fut exagéré. Ils n'ont par exemple joué qu'un rôle mineur et tardif en Tunisie.
Le déroulement effectif des révolutions, notamment en Égypte et en Tunisie, conduit à relativiser la peur de l'islamisme[146], ainsi que l’examen des programmes des organisations islamistes[140],[147]. Selon des analystes, les sociétés qui contestent les régimes politiques en place sont insensibles aux thèses de l’islam radical, bien que croyantes et pratiquantes. Le risque de révolution islamique comme en 1979 est donc faible dans le monde arabe[32],[148]. Sans être laïc, ce mouvement de protestations serait donc « séculier », selonOlivier Roy, suivi par d’autres observateurs[28]. LesFrères musulmans eux-mêmes, s’ils conservent une idéologie sociale conservatrice, ont assez largement opté pour la démocratie, d’après le modèle du parti turc musulman, l’AKP[149],[15],[150] et lorsqu'ils entament des négociations avec le pouvoir en Égypte, ils sont lâchés par leurs branches féminine et de la jeunesse[148]. Ce modèle turc est ainsi souvent évoqué par les opposants, que ce soit en Tunisie, au Maroc, en Jordanie ou en Égypte, et ce d'autant plus que le Premier ministre AKP de la Turquie,Recep Erdoğan, a immédiatement soutenu les révolutions tunisienne et égyptienne, et a posé le régime turc en modèle pour les pays musulmans[151]. De plus, les religieux, que ce soient les dignitaires musulmans ou coptes en Égypte, sont souvent trop compromis avec les anciens régimes pour avoir une influence déterminante[152]. En Égypte, les dignitaires religieux ont presque tous condamné la révolution et ses objectifs, alors que les prières dans la rue sont l’indice d’une société croyante mais peu pointilleuse sur les rites[140].
La presse grand public occidentale émet par contre très tôt des craintes sur la prise de pouvoir des islamistes[153] ; cette éventualité est aussi envisagée comme crédible en dehors de l'Europe[154], notamment par la presse iranienne[155].
Les femmes, traditionnellement cloîtrées, prennent une part active aux mouvements révolutionnaires, jouant même le rôle de leaders[156] ; elles représentent 10 à 15 % des manifestants en Égypte, et les rapports respectueux qui s'instaurent entre hommes et femmes place Tahrir au Caire étonnent les manifestants[157],[158]. L'écrivaine réfugiée en FranceSérénade Chafik participe aux manifestations[159]. On y a relevé cependant plusieurs cas d’agression sexuelle[160] et au lendemain de la révolution, leur place est toujours très restreinte en politique : la manifestation de la journée des femmes, le8 mars, est brutalement dispersée par les salafistes et les militaires, et elles sont quasi absentes du gouvernement et des27 postes de gouverneur de province[161].
Les femmes sont aussi très présentes dans les manifestations yéménites[162] et libyennes[163], avecSalwa Bugaighis qui fait partie duconseil national de transition[161]. ÀBenghazi, un carré entouré de barrières est aménagé pour empêcher les hommes d’approcher les femmes sur la place du palais de justice de Benghazi, rebaptisée place Tahrir[164]. On note leur présence importante en tenue occidentale ou traditionnelle, enabayas à Manama, au Yémen ou en Libye[165], et le blog vidéo de l’ÉgyptienneAsmaa Mahfouz est l’un des plus suivis lors des évènements de janvier-février en Égypte[165]. En Syrie, les femmes sont très nombreuses à manifester et à faire grève, de toutes religions, voilées ou non, que ce soit dans les villes ou à la campagne, etc. Les artistes participent aux luttes, dont Mona Wassef, Kenda Aloush,Yara Sabri, Azza Al-Bahra, la réalisatrice Rasha Sharbotgui et les romancières Rima Folayhan, Yom Mashhadi ont signé un manifeste de solidarité aux enfants de Deraa[166].
Cette présence des femmes est d’ailleurs utilisée contre les manifestants, par exemple au Yémen, où Saleh pointe comme immorale la mixité dans les manifestations[167] ; après ce discours, des extrémistes présents parmi les contestataires tabassent les femmes qui veulent supprimer la séparation hommes-femmes, aidés par les militaires de la1re brigade blindée, entraînant ensuite de vives protestations parmi les manifestants en défense des femmes[168]. Mais au total, l’anthropologue Mondher Kilani estime que l’émancipation des femmes est une des ruptures majeures introduites par les révolutions arabes[15].
Dans ce contexte de recul américain, dedictatures policières ou islamistes, de sentiment de sous-développement aggravé par lacrise économique de 2008, et d'accaparement des richesses par des oligarchies restreintes, la révolution tunisienne est « la manifestation locale d'un malaise collectif »[33]. Sentiment de sous-développement et non sous-développement réel : leFMI et laBanque mondiale considèrent que ces révolutions dans les pays d'Afrique du Nord et au Moyen-Orient apparaissent à un moment où la situation macroéconomique pour la plupart d'entre eux n'est pas trop dégradée par la crise financière des subprime de 2008 car leur intégration financière au niveau mondial est moindre et qu'ils ont adopté des mesures économiques pertinentes (ajustements en termes detaux de croissance meilleurs que le niveau mondial,politiques contracycliques adaptées), si bien que l'écart entre le sous-développement réel et le sous-développement perçu s'explique par leparadoxe de Tocqueville de l'insatisfaction croissante[169].
L'Arabie saoudite du vieux roiAbdallah voit d'un œil inquiet l'extension de la contestation et ne comprend pas le « lâchage » de Moubarak par lesÉtats-Unis[170].
Le présidentZine el-Abidine Ben Ali, en fonction depuis23 ans, intervient trois fois à la télévision, sur la chaîne publiqueTunisie 7 ; lors de sa première intervention, le président menace les causeurs de troubles de terribles sanctions et accuse les médias étrangers[171]. Lors des deux dernières interventions télévisées, Ben Ali adopte un ton plus calme et promet du changement et notamment la liberté d'expression, un libre accès à l'Internet et de ne plus se représenter en 2014[172]. Malgré cela, les manifestants réclament toujours son départ et le général s'enfuit vers l'Arabie saoudite le[173], laFrance lui ayant refusé l'asile. La police et les milices du président déchu auront fait plus de 230 morts en moins d'un mois, s'attaquant à des manifestants non-armés.
Dans les jours qui suivent le départ de Ben Ali, les milices répandent la terreur dans la capitale tunisienne en tirant sur la foule depuis des bâtiments, dans l'espoir de semer le chaos et de voir le général revenir au pouvoir[174]. Un gouvernement d'union nationale est créé le[175] et leculte de la personnalité de Ben Ali se termine par le retrait de ses affiches de parfois plus de 30 mètres, du renommage des lieux faisant référence à sa prise du pouvoir (), comme la chaîneTunisie 7 qui désormais s'appelleTélévision tunisienne 1 : c'est la fin du culte du chiffre 7. Unmandat d'arrêt international est lancé par la nouvelle justice tunisienne contre le général Ben Ali et son épouseLeïla,cette dernière beaucoup plus haïe que son époux, en raison de ses nombreux pillages sur le peuple[réf. nécessaire]. L'ancien parti gouvernemental est suspendu le6 février[176].
L'effet domino, qui voudrait que la révolution tunisienne se propage d'abord à d'autres pays arabes, est officiellement envisagé quand le secrétaire général de laLigue arabe, l'ÉgyptienAmr Moussa déclare, le, que « les citoyens arabes sont dans un état de colère et de frustration sans précédent »[182]. De fait, dix jours plus tard, des troubles touchent plus ou moins fortement de nombreux pays arabes. Pourtant, beaucoup doutent alors de cet effet domino comme ce professeur de sciences politiques au Caire qui pense que l'exemple tunisien sera sans effet car « la Tunisie était un exemple extrême de dictature »[182].
PourJean d'Ormesson, cinq semaines plus tard, la théorie des dominos, qui fut à la mode dans les années 1960 ou 1970, triomphe « dans ce mois de février 2011 qui sera à jamais arabe ». Il souligne aussi le rôle d'Internet et de la télévision qui ont permis « à la révolte de naître et de se développer » puis d'en répandre les images sur toute la planète[183].
Le31 janvier,L'Orient-Le Jour publie un résumé de ces troubles citant l'Égypte, leYémen, laJordanie, l'Algérie, leSoudan,Oman, laMauritanie, leMaroc et laSyrie[184]. Les causes récurrentes, selon un chercheur de l'IRIS, Karim Bitar, sont principalement « un pouvoir sclérosé, un président au pouvoir depuis trente ans, un appareil militaro-sécuritaire très répressif et des conditions économiques difficiles, notamment untaux de chômage des jeunes très important »[185]. Toujours selon ce chercheur, la baisse dutaux de fécondité, la hausse de l'alphabétisation et les liens tissés entre les peuples via les réseaux sociaux sur Internet ont favorisé ces troubles alors que lesattentats du 11 septembre 2001 et laguerre en Irak avaient permis aux régimes autoritaires de renforcer leur emprise[185].
SelonAlain Gresh, « on peut noter aussi que la lutte contreIsraël, qui offrait souvent aux régimes du Proche-Orient un argument pour maintenir leur emprise – au nom de l’unité contre l’ennemi sioniste –, ne semble plus suffire »[186].
Les soulèvements sont parfois comparés auPrintemps des peuples de 1848[187]. De la même façon que les monarchies conservatrices d'Europe se concertaient pour contrer les révolutions, les pays membres de laLigue arabe se sont réunis en urgence, lundi15 février, afin de prévenir la chute d'un troisième gouvernement qui pourrait complètement déstabiliser la région. Afin de prévenir de nouvelles révoltes, les gouvernements se sont mis d'accord pour accroître la coopération économique[188].
La théorie des dominos appliquée au Maroc est énoncée début février 2011 en tant que « mythe de la contagion » dans l'hebdomadaire marocainLe Temps[189],[190],[191].
Depuis déjà plusieurs années, les contestations contre le pouvoir et la pauvreté s'étaient accrues en Égypte, surtout sur internet. Après le déclenchement de larévolution tunisienne de 2010-2011, les protestations augmentent en intensité et l'opposition s'organise. Après de nombreux cas d'immolations, les manifestations massives débutent le25 janvier avec plusieurs dizaines de milliers de protestataires qui se réunissent dans plusieurs villes du pays, notamment auCaire àSuez et àAlexandrie. Dans les jours suivants, les manifestations continuent à prendre de l'ampleur. Le27 janvier, des affrontements entre la police et les manifestants ont lieu auCaire et le siège duParti national démocratique est pris d'assaut puis incendié. Le même jour, l'opposantMohamed El Baradei, prix Nobel de la paix, rentre enÉgypte.
Le mouvement est durement réprimé par la police et l’armée ; les moyens de communications comme internet et le téléphone sont suspendus et un couvre-feu est instauré. La protestation s'amplifie pourtant, laplace Tahrir est occupée jour et nuit par les manifestants et le près de deux millions de personnes manifestent auCaire et huit millions dans tout le pays. Le présidentHosni Moubarak promet alors de ne pas se présenter à la prochaine élection présidentielle prévue en septembre 2011 et de réformer la constitution pour permettre un plus grand pluralisme[192]. La protestation se poursuit pourtant, réclamant le départ du président et des réformes démocratiques. Le5 février, la direction duParti National Démocratique au pouvoir, dont fait partieGamal Moubarak, le fils du président, démissionne[193]. LesFrères musulmans, considérés comme la principale force d'opposition, rejoignent le mouvement mais restent discrets. Le mouvement s'allie avec l'opposition laïque et libérale. Des consultations s'ouvrent alors entre le vice-président et l'opposition, dont lesFrères musulmans, qui débouchent sur un accord en vue de former un comité pour préparer des réformes constitutionnelles d'ici la première semaine de mars[194].
Le10 février,Hosni Moubarak annonce qu'il transmet à son vice-présidentOmar Souleiman « des pouvoirs de président de façon constitutionnelle », mais sans quitter le pouvoir[195]. La déception au moment du discours présidentiel n’en est que plus grande : les commentateurs relèvent la fureur des manifestants, qui lèvent leur chaussure en direction du raïs. Les manifestants de la place Tahrir dénoncent une trahison et sont rejoints dans la nuit par des centaines de nouveaux manifestants. Certains d'entre eux marchent vers le Palais présidentiel. Le lendemain,11 février, la pression des manifestations ne se relâche pas et l'opposition appelle de nouveau à manifester pour une journée baptisée « journée de l'adieu ». Dans l'après-midi, Hosni Moubarak et sa famille quittent la capitale pourCharm el-Cheikh[196]. Leur départ est confirmé parOmar Souleiman, qui annonce aussi la démission du président et la transmission auConseil suprême des Forces armées, sous la présidence deMohamed Hussein Tantawi, de la gestion du pays[197].
La révolution a eu pour effet la démission du présidentMohammed Hosni Moubarak, au pouvoir depuis près de31 ans, après18 jours de manifestations. L'armée assure l'intérim et met progressivement en place la transition. Dans un premier temps, le gouvernement reste en place[198]. L'armée annonce le13 février la dissolution du Parlement, la suspension de la Constitution[199] et affirme qu'elle assurera l'intérim jusqu'à l'organisation d'élections le[200].
Le, les autorités égyptiennes interdisent à Hosni Moubarak et à sa famille de voyager et bloquent leurs avoirs financiers[201]. Le mouvement révolutionnaire continue néanmoins ses mises à sac de tous les sièges de la Sécurité d’État durant le week-end du5 mars.
Le3 mars, le Premier ministre,Ahmed Chafik, nommé par Hosni Moubarak, démissionne et est remplacé parEssam Charaf, ancien ministre[202].
Lors du référendum du19 mars, les Égyptiens approuvent massivement une réforme de la Constitution[203].
Sous l’influence de l’ampleur des manifestations en Tunisie, la contestation commence le13 janvier en Libye[204]. Le régime deMouammar Kadhafi a d’abord pris des mesures préventives : interdiction des rassemblements, annulation de rencontres sportives, baisse du prix des aliments de base, et quelques mesures sociales. Cependant, une manifestation a eu lieu àBenghazi le soir du15 février[205], et les affrontements avec la police, qui utilise des armes à feu, en plus des canons à eau et des gaz lacrymogènes, ont duré tard dans la nuit, faisant38 blessés au moins, dont dix policiers[206].Internet est utilisé comme relais d'appel à une journée de la colère pour le17 février[207],[208].Al Jazeera annonce que les forces armées libyennes ouvrent le feu sur un enterrement des victimes de la veille et tuent au moins quinze personnes[209]. SelonHuman Rights Watch, la répression a fait84 morts entre les 16 et18 février[210],[211], et 300 morts et 1 000 blessés selon le bilan du20 février de Libyan Human Rights Solidarity[212].
Le20 février,Saïf al-Islam Kadhafi, fils deMouammar Kadhafi, met en garde contre la possibilité d'une « guerre civile » dans le pays[213] qui ferait couler des« rivières de sang ». Déclarant :« nous ne lâcherons pas la Libye et nous combattrons jusqu'au dernier homme, jusqu'à la dernière femme et jusqu'à la dernière balle »[214], il promet cependant des « réformes[215] ». Le mouvement de révolte s'exprime d'abord surtout dans l'Est du pays, et notamment dans la ville deBenghazi (deuxième plus peuplée du pays)[216]. Le lendemain, laBBC annonce la démission ou le ralliement à la révolution de plusieurs diplomates libyens ainsi que des membres des forces de l'ordre[217]. Ces événements entraînent une forte hausse du prix du pétrole[218]. Lesterminaux pétroliers et l'activité économique sont paralysés alors que les défections se multiplient.
Puis le mouvement s'étend quelques jours après à l'ouest et dans la capitaleTripoli où il est très violemment réprimé. Le bilan s'élèverait à300 morts pour la seule capitale du pays[219]. L'Est du pays finit par tomber sous le contrôle des manifestants selon de nombreuses sources, grâce notamment à des défections de soldats et policiers qui ont rejoint les manifestants[220]. À partir du21 février, larépression des manifestations prend un tour particulièrement violent, les membres des comités révolutionnaires et les mercenaires recrutés par Kadhafi faisant probablement des centaines ou des milliers de morts dans les rangs des opposants. Cette violente répression provoque l’éclatement du régime, le ministre de l’Intérieur, le ministre de la justice, de nombreux ambassadeurs, des militaires démissionnent ou rallient les insurgés[221]. Le régime poursuit la répression malgré des défections au sein des forces de sécurité par l'embauche de mercenaires étrangers payés pour tirer sur des manifestants.Mouammar Kadhafi prononce une allocution télévisée le22 février dans laquelle il menace les opposants de« nettoyer la Libye rue par rue et maison par maison », se dit« chef de la révolution jusqu'à la fin des temps » et appelle ses partisans à descendre dans la rue pour le soutenir[222]. Les bilans des manifestations et de leur répression varient de 640 à 2 000 morts et plus[221]. Ce dernier appel est très peu suivi, à l'exception de quelques manifestations de faible ampleur à Tripoli, et provoque la prise de conscience du danger à l'étranger.
Kadhafi s'adresse une nouvelle fois à la foule sur laplace Verte de Tripoli, le25 février en fin de journée, accuseAl-Qaïda d'être à l'origine des événements[223], et ouvre les dépôts d'armes de la capitale, alors que les insurgés en ont déjà pris plusieurs quartiers. La télévision libyenne annonce en outre que chaque famille libyenne recevra 500 dinars (300 euros) et que certains fonctionnaires seront augmentés de 150 %[224]. Le27 février, unConseil national de transition est formé à Benghazi, fusionnant deux instances provisoires, le Conseil national libyen et le gouvernement provisoire de l'ancien ministre de la justiceMoustafa Mohamed Aboud al-Djeleil[225],[226]. Représentant les villes tombées aux mains des insurgés, il est chargé d'incarner « le visage politique de la révolution »[227]. Au même moment, selon leHCR, 100 000 personnes, principalement des travailleurs égyptiens et tunisiens, ont fui la Libye[228].
La révolution s'étend à l'ouest jusqu'àZaouia[229] au centre àBrega[230] et à l'ouest deRas Lanouf[231]. Le4 mars, les révolutionnaires ont pris la ville pétrolière de Ras Lanouf sur la côte centrale du pays[232] et progressent en direction de Tripoli. À l'ouest de la Libye, le5 mars, l'armée de Kadhafi progresse et pénètre au prix de violents combats dans les villes occupées par les insurgés comme Zaouïa[233] (autre pôle pétrolier de Libye). Le8 mars, selonAl-Jazeera, les insurgés étudient une offre de Khadafi de se retirer, offre que la télévision libyenne officielle nie[234]. Le12 mars, Ras Lanouf est repris par les forces pro-gouvernementales à la suite de plusieurs attaques coordonnées[235],[236].
Au15 mars, celles-ci continuent leur offensive et bombardent à l'artillerieAjdabiya, à 160 km au sud deBenghazi[237]. Le13 mars, les troupes de Khadafi reprennent Brega[238], le15 mars c'est Ajdabiya qui tombe aux mains des troupes de Khadafi[239]. Le 18 mars, après larésolution du Conseil de Sécurité de l'ONU imposant une zone d'exclusion aérienne, Khadafi proclame un cessez-le-feu[240] alors que le matin du19 mars ses troupes attaquent Benghazi[241],[242]. Le20 mars, après les premiers bombardements de la coalition, l'armée libyenne annonce de nouveau un cessez-le-feu sans le respecter[243], alors que Benghazi est libérée de la menace des troupes de Khadhafi qui se replient vers Ajdabiya[244].
Après une période d'incertitude sur le plan militaire, la situation bascule dans la région de Tripoli dans le courant du mois d'août, où plusieurs villes environnant la capitale tombent les unes après les autres aux mains de la rébellion.
Le week-end du20-21 août, soutenues par des bombardements renforcés de l'OTAN, les forces rebelles du CNT lancent une offensive majeure nommée « Sirène » contre la capitale ainsi encerclée. Rencontrant une faible résistance, elles s'assurent en quelques heures du contrôle d'une grande partie de Tripoli, réduisant le pouvoir de Kadhafi à une portion congrue[245].
Les combats se poursuivent ensuite autour des derniers bastions kadhafistes. Le,Syrte, le dernier d'entre eux, tombe aux mains des forces duConseil national de transition et Mouhammar Kadhafi est tué[246]. Le àBenghazi, le président du CNTMoustapha Abdeljalil proclame la « libération » de la Libye et l'adoption de la « charia » comme source du droit, mettant officiellement fin à la guerre civile qui durait depuis huit mois[247].
Les manifestationsyéménites commencent le29 décembre[204], dénoncent « la transmission héréditaire du pouvoir » et réclament le départ du président de la république yéméniteAli Abdallah Saleh, au pouvoir depuis plus de trente ans.
Jeudi 27 janvier, près de 16 000 personnes manifestent dans les rues deSana'a[248], scandant des slogans tels que « Non au renouvellement des mandats, non à la transmission héréditaire du pouvoir »[249] — des rumeurs soupçonnant le président Saleh de vouloir transmettre le pouvoir à son fils Ahmed, chef de la garde républicaine[250], à l'exemple des précédents syriens (Bachar el-Assad) ou azerbaïdjanais (Ilham Aliev). Organisées par unecoalition de partis d'opposition dominée par le partiislamisteAl-Islah, le « forum commun », les manifestations restent pacifiques.
Le2 février, le président Saleh tente de désamorcer la crise en affirmant devant le parlement qu'il ne briguerait pas un nouveau mandat en 2013. Dans une allocution diffusée par latélévision d'État, il déclare : « Nous sommes une république, et je suis contre la transmission du pouvoir »[251].
Le3 février, des dizaines de milliers d'opposants au régime se réunissent de nouveau dans les rues de Sana'a, réclamant toujours la démission du président Saleh[252].
Le12 février, au lendemain de la victoire de larévolution égyptienne, près de 4 000 manifestants se heurtent aux forces de l'ordre et à près de 10 000 partisans du président Saleh[253].
Le23 avril, le Président Saleh annonce qu'il quittera le pouvoir dès qu'ungouvernement d'union nationale sera mis en place, conformément au plan de sortie de crise duConseil de coopération du Golfe accepté par les deux camps[254]. Après s'être désisté au dernier moment, le président Saleh provoque la colère des manifestants et des combattants tribaux, marquant le début d'affrontement armés entre forces gouvernementales et opposants insurgés[72]. L'accord est finalement signé fin novembre, et le président Saleh cède le pouvoir à son vice-président avant de quitter le pays. Le, l'ancien vice-président,Abd Rab Mansour Hadi, est élu président de la république pour un mandat intérimaire de deux ans lors d'élections présidentielles anticipées. Il fait de la lutte contreAl-Qaida dans la péninsule arabique une priorité.
Alors que des appels à manifester sont lancés depuis le4 février, le mouvement de contestation a du mal à démarrer enSyrie, en raison de l'impossibilité de manifester sans se faire arrêter par lesservices de renseignement[255]. Cependant, après l'arrestation de 21 enfants pour ungraffiti, et le refus de les libérer, lesmanifestations se répètent chaque jour à Deraa à partir du15 mars[256],[257],[258]. La contestation s'étend à tout le pays après que la répression armée du régime syrien tue des dizaines de manifestants. Le vendredi18 mars, des manifestations de plusieurs milliers de personnes ont lieu àDeraa,DamasHoms et àBanias et sont violemment réprimées par les forces de l'ordre[255]. Le 21 mars, plusieurs bâtiments symboliques du pouvoir (siège duparti Baas, tribunaux) sont incendiés[256].
Toute condamnation internationale de la répression est toutefois bloquée notamment par laRussie et laChine, opposées à toute action internationale contre leur allié syrien, et échaudées par leprécédent libyen.
Ce mouvement de répression se poursuit et se renforce lors de l'été : constatant le débordement des forces de police, le régime utilise l'armée, les miliceschabihas[259] et les forces spéciales contre les villes soulevées, notamment àHoms[260], causant des milliers de morts y compris lors duRamadan de l'été 2011. Plusieurs capitales arabes condamnent finalement le pouvoir syrien, provoquant une session spéciale duConseil des droits de l'homme de l'ONU le[261]. Dès le début de l'été 2011 puis à l'automne, les défections au sein des forces armées se multiplient, de nombreux militaires refusant de tirer sur des manifestants, civils désarmés[262],[263]. Parmi lesdéserteurs, de nombreux soldats et officiers décident de prendre les armes pour défendre les manifestants et l'armée syrienne libre est créée[264],[265],[266].
La Syrie bascule alors dans une longueguerre civile qui fait de centaines des milliers de morts[267], essentiellement civils[268], et force plus de la moitié de la population syrienne à s'exiler ou sedéplacer dans le pays[269]. Sérieusement menacé en 2012, le régime du présidentBachar el-Assad parvient néanmoins à se maintenir grâce au soutien de laRussie et à récupérer à partir de 2016-2017 une partie des territoires qu'il avait perdus. Le conflit stagne jusqu'en décembre 2024, date à laquelle lerégime syriens'effondre face aux rebelles et Assad s'enfuit en Russie.
Les protestations bahreïniennes de 2011 sont une vague de contestations populaires sociales et politiques rares dans ce pays, débutées à partir du dans le pays arabe deBahreïn[204]. Il s'inscrit dans un contexte de protestations dans les pays arabes. Comme en Tunisie ou encore en Égypte, les manifestants demandent plus delibertés et dedémocratie, ainsi qu'un meilleur respect desdroits de l'homme.
La majoritéchiite descend également dans la rue pour demander davantage de droits et un partage plus équitable des richesses issues dupétrole, détenues par le clansunnite au pouvoir[270].
Le, des détachements de troupes venus duGolfe arrivent àManama dans le but de s'opposer aux manifestationschiites. Le gouvernement réprime alors durement les manifestations en tirant sur la foule à balles réelles, avec l'aide de l'arméesaoudienne, provoquant des dizaines de morts[270].
Les manifestations et la répression continue en 2012 et 2013[270].
Le mouvement de contestation enAlgérie commence le28 décembre[204], après que le coût de la farine et des aliments de base a explosé.
Contrairement aux informations diffusées à travers certains médias, les protestations contre lahausse des prix auraient d'abord débuté àOran[271], dès la soirée du lundi3 janvier dans le quartier deRas el Aïn[272]. Les manifestations ont par la suite gagné d'autres quartiers d'Oran et villes d'Algérie, notammentDouaouda le4 janvier, dans la wilaya deTipaza, quand des échauffourées entre des jeunes et la police furent signalées[273] ; plus tard ce jour-là, la même chose arrive àFouka et àStaoueli[273]. À la tombée de la nuit du5 janvier, l'expulsion d'un groupe de vendeurs ambulants àBab El Oued,Alger, provoque des émeutes dans le vieux quartier des Trois-Horloges, où se trouve la Sûreté de laDaïra de Bab El Oued[274], un groupe de jeunes cagoulés et armés de pierres tente en vain de pénétrer dans le siège de la Sûreté de Daïra ; au lieu de cela, ils s'attaquent à un abribus[275], pillent deux magasins se trouvant dans le quartier, allument des feux avec des ordures et des pneus et cassent les poteaux d'éclairage public[276] ; desshow-rooms de concessionnaires automobiles sont aussi saccagés dans le quartier de Triolet, et des voitures qui étaient dedans, brûlées et détruites[277].Ali Belhadj, l'ex numéro deux duFront islamique du salut, partiislamiste interdit enAlgérie est allé voir les jeunes manifestants àBab El Oued, les encourageant, avant de se faire arrêter par la police le même soir[278]. Plusieurs émeutiers sont arrêtés ce jour-là aussi par les forces de l'ordre[274].
En signe de protestation, au moins onze personnes tentent de sesuicider par le feu, quatre décèdent[279].
Le3 février est annoncée la levée prochaine de l'état d'urgence, en vigueur depuis 1992[280]. Celle-ci est promulguée le24 février[281]. Le7 février, la préfecture d'Alger interdit la marche du samedi 12 février organisée par laCoordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD)[282], qui est dispersée par les forces anti-émeutes[283]. Le13 février, l'opposition appelle à de nouvelles manifestations pour le 19[284].
LaJordanie connaît une situation qui, dans une certaine mesure, est comparable à celle de la Tunisie : petit pays, sans ressources pétrolières, à la population jeune, diplômée et touchée par le chômage. Les classes dirigeantes sont égalementcorrompues et accaparent les richesses du pays. La situation est plus explosive, car le pays est face àIsraël et abrite une importantecommunauté palestinienne. Les manifestations commencent le14 janvier, jour du départ deBen Ali[204]. Le roiAbdallah II tente de désamorcer la situation en remplaçant le premier ministre parMaarouf Bakhit au mois de janvier 2011, qui annonce la formation de son nouveau gouvernement le9 février[285]. Cependant, dès le5 février, lestribus bédouines, soutien traditionnel de la monarchie, marquent leur opposition en publiant une dénonciation de la corruption de l'épouse du monarque, ce qui menace donc directement le régime qui bénéficie encore de la neutralité des Palestiniens[285].
En réponse aux manifestations prolongées, le nouveau Premier ministre est de nouveau remplacé en octobre, parAwn Shawkat Al-Khasawneh. Accusé de lenteur face aux réformes, celui-ci démissionne, et le roi changera de nouveau de Premier ministre en avril en la personne deFayez Tarawneh.
AuMaroc, le jeune roiMohammed VI avait promis, lors de son accession autrône en1999, une série de réformes démocratisant lamonarchie. Il avait également entrepris uneévolution du statut des femmes et un débat sur lesannées de plomb. Cependant, le processus dedémocratisation du régime est demeuré bloqué selon un groupe de jeunesMarocains appeléMouvement du 20 février. Ceux-ci, encouragés par la vague contestataire du début 2011, lancent sur lesréseaux sociaux plusieurs appels à manifester, le premier le[204]. Ces appels à manifester, peu suivis, se renouvellent, désignant le comme étant la « journée de la dignité ».
Le9 mars, le roi Mohammed VI prononce un discours diffusé en direct à la télévision. Il annonce la nomination d'une commission chargée de proposer une réforme de laconstitution qui sera soumise à référendum. Le17 juin, le roi annonce les aboutissants de cette réforme, qui modifie grandement la constitution. Elle prévoit que le roi nomme comme Premier ministre, désormais « Président du Gouvernement », le chef du parti vainqueur des élections. Il pourrait néanmoins dissoudre leParlement si nécessaire. La politique générale du pays serait désormais débattue sans le roi. La justice se verrait désormaisindépendante du pouvoir royal, et il y aurait également séparation de l'autorité religieuse et de l'autorité politique du roi, auquel le poste de « Commandeur des Croyants » ne serait désormais valable que pour les questions religieuses. La langueberbère deviendrait également, au même titre que l'arabe, unelangue officielle d'état. Cettenouvelle constitution estapprouvée à la suite d'un référendum le1er juillet 2011.
Une manifestation de plusieurs dizaines de personnes est signalée àLaâyoune le[289]. Le « Mouvement du20 février » réunit une quarantaine de personnes àLaâyoune selon l'agence MAP (Maghreb arabe presse)[290]. Une centaine de Sahraouis manifestent àDakhla le26 février[291]. Selon le directeur du festival, José Kamal, les images de soulèvements diffusées par les médias arabophones agissent comme une « Star Académie de la violence » auprès de certains jeunes de 15-18 ans[292]. Interviewé par l'agence EFE, le délégué duFront Polisario àSanta Cruz de Tenerife, Hamdi Mansour accuse l'armée marocaine et désapprouve le festival[293]. Le lien avec la vague de contestations dans lemonde arabe et les revendications en faveur de la démocratie reste, selon certains médias, obscurs.
D’importantes manifestations ont lieu enIrak, pour demander ladémocratisation, dès avant le24 février[294]. Le25 février, de nouvelles manifestations ont lieu àKirkouk,Mossoul,Hawija,Bagdad etBassorah[295]. À Mossoul, sept manifestants ont été tués par la police ; d’autres affrontements ont eu lieu à Hawija, portant le bilan des manifestations irakiennes à plus de onze morts[296]. Vingt personnes sont blessées dans une nouvelle manifestation au sud de Bagdad, le27 février[297].
Cependant, ces manifestations sont moins facilement lisibles que dans les autres pays arabes : le contexte deguerre civile se mêle et les divisions entreArabes,Kurdes etTurkmènes, chiites, sunnites etchrétiens,yazidis etShabaks se superpose au mouvement populaire[294]. Pour le cinéaste français François Hien, il s’agit aussi d’une demande de dignité, de démocratie et d’unité du pays, au-delà des différences confessionnelles et communautaires[294].
Le gouvernementpalestinien deSalam Fayyad àRamallah, qui fait face à une sérieuse crise budgétaire relative auProtocole de Paris de 1994 régissant les relations économiques entreIsraël et l’OLP est confronté à une « colère sociale » dans lesTerritoires palestiniens occupés, qui a débuté fin août 2012. Cette contestation qui a été provoquée par la hausse des prix de l'essence et des denrées de base a été suivie par des appels à « dégager » adressés au Premier ministre. Les manifestations ont pris de l'ampleur le, les transports publics se sont mis en grève, les principaux accès aux villes deCisjordanie ont été barrés par des manifestants qui se sont confrontés aux policiers palestiniens qui ont riposté avec des matraques et ont tiré des coups de semonce[298]. Les protestations ont été déclenchées par la mort d’unGazaoui de17 ans, Ehab Abou al-Nada, qui s’estimmolé par le feu le en protestation contre sesconditions de travail. Son geste est semblable à celui deMohamed Bouazizi, qui avait été à l’origine de larévolution enTunisie en janvier 2011[299].
EnMauritanie, la répression de manifestations contre le manque d'eau et la hausse des prix àVassala, le, a fait plusieurs blessés. Des arrestations ont eu lieu[300], mais le mouvement continue, mobilisant quelques centaines de jeunes[297].
Dans le sultanat d’Oman, des manifestations limitées dans leur ampleur ont lieu. Le, la police tue deux chômeurs qui manifestaient et en blesse cinq àSohar[297]. Le responsable de la sécurité intérieure, Ali ben Majid al-Maamari, partisan d’un rapprochement avec l'Iran a été démis de ses fonctions[301].
AuLiban, une manifestation de quelques centaines de militants a lieu le[302].
AuKoweït, lacontestation, d'abord achetée par l'émir grâce aux excédents pétroliers, enfle progressivement et débouche sur une crise parlementaire, gouvernementale, électorale à son paroxysme fin 2012.
AuQatar et auxÉmirats, la contestation est plus intellectuelle, et se manifeste surtout par la répression judiciaire, sans manifestation de rue.
Selon la sociologueCécile Van de Velde,« le printemps arabe a réveillé les consciences », y compris en Europe, même si les contextes sont très différents d'un mouvement de contestation à l'autre[303].
Certains mouvements de protestation se sont aussi inspirés des évènements qui se sont produits dans le monde arabe, comme leMouvement des Indignés et leMouvement Occupy[304].
À la suite de la mort d'un collégien dans un poste de police, des manifestations de jeunes éclatent dans plusieurs villes duBurkina Faso. Ces manifestations se transforment vite enrévolte contre le gouvernement dont la forme s'apparente à celles du printemps arabe[306] : situation précaire des jeunes, dénonciation de lacorruption, reprise du slogan « Dégage » envers un président en fonction depuis des décennies (1983)[307].
EnChine, des appels à manifester ont été publiés sur Internet en février 2011 dans le but de soutenir la révolution tunisienne (dite « révolution de jasmin ») et de s'en inspirer pour contester la situation locale[308]. Les autorités chinoises ont rapidement censuré les recherches du mot « jasmin » sur Internet afin de limiter l'audience de ces appels[308]. Le régime est également revenu à des méthodes abandonnées un temps, avec des arrestations et « disparitions » préemptives de masse, qui concernaient au moins une cinquantaine de personnes en février 2011[309].
Le PrésidentiranienAli Khamenei a invité les Égyptiens à suivre l'exemple de larévolution islamique de 1979. Immédiatement, les dirigeants dumouvement vert, vaincus en juin 2009, ont organisé une manifestation de contestation du pouvoir islamique, sous couvert de soutien à la révolution égyptienne, qui a lieu le14 février[310]. Cette manifestation s'est déroulée le14 février et aurait fait deux morts[311].
LeMali ne fut pas particulièrement touché par des manifestations, mais le Printemps arabe et laguerre civile libyenne qui en découla sont en partie à l'origine de l'insurrection malienne de 2012, des milliers de combattants touareg maliens quittant la Libye pour retourner au nord de leur pays d'origine et des flux d'armes très importants se disséminant dans la région.
Lagrève étudiante québécoise de 2012 a été surnommée « Printemps érable » en référence au printemps arabe et au symbole de lafeuille d'érable[312]. De façon générale, ce surnom est souvent considéré comme un simple clin d'œil au Printemps arabe, car les protestations québécoises n'ont eu ni l'ampleur ni les caractéristiques des évènements du monde arabe[313],[314]. Cependant, de la même manière que leMouvement des Indignés et le courantOccupy dont il est également l'émanation, le Printemps érable est parfois vu comme une conséquence indirecte du Printemps arabe, lequel aurait favorisé l'éveil des protestataires occidentaux[315].
Plusieurs acteurs du mouvement québécois ont revendiqué l'influence du Printemps arabe. Ainsi, dès avril 2012, leManifeste pour un printemps érable, écrit par un collectif d'« indignéEs du Québec », mentionnait explicitement cette filiation :« 2011 fut l’année de l’indignation et de la révolte. Le printemps arabe a fait vaciller des autocraties, emporté des dictateurs, déstabilisé des régimes et poussé de nombreux autres à concéder des réformes. Les images de ces peuples arabes détrônant leurs oligarchies ont fait le tour du monde et donné l’exemple »[316]. En mars 2013, lors d'une participation de laFédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN) au10eForum social mondial àTunis, Jean Murdock, secrétaire général et trésorier de la FNEEQ-CSN, déclarait :« S'il y a quelque chose de commun entre le printemps arabe et le printemps érable, c'est sûrement cette volonté de participer au débat de société, de prendre part aux décisions »[317]. Également en mars 2013, le Collectif de la société civile québécoise considérait que le Printemps arabe pouvait« encore féconder [leur] Printemps érable »[315].
Selon l’avocat et écrivain libanaisAlexandre Najjar, larévolution du Cèdre (qu’il surnomme le «printemps de Beyrouth ») est le départ du printemps arabe. En mars 2005, des centaines de milliers de personnes, toutes confessions confondues, ont manifesté de manière pacifiqueplace des Canons pour obtenir le départ de l’armée syrienne duLiban, après le meurtre deRafic Hariri. Les mêmes problèmes étaient dénoncés : corruption, népotisme, propagande, parti unique, censure. Les mêmes menaces étaient agitées pour réfréner les demandes de démocratie : peur de l’islamisme, lutte contre Israël. Les mêmes méthodes : manifestations pacifiques, sit-in, ont abouti à un début de changement, en particulier au retrait des troupes syriennes du Liban[318].
À l'époque, la même expression est alors employée parGeorge W. Bush à Washington, qui applaudit ces prémices d’un « printemps arabe »[319],[Note 3].
SelonÉric Denécé, ces révolutions ne sont pas spontanées, car dès 2007-2008, des conférences organisées sous l’égide d’ONG américaines, commeFreedom House, l’International Republican Institute ouCanvas, et où étaient présents la plupart des blogueurs et des leaders de ces mouvements, ont créé un contexte favorable aux révolutions[320].
En, peu après le début de la crise structurelle, leGroupe Carlyle publie en conseil d'administration un fichier powerpoint ou il développe l'utilité de déstabilisation des régimes politiques de la régionMOAN (Moyen-Orient Afrique du Nord) et le bien-fondé de la spéculation à ce propos (grâce à des produits d'investissements dénommés « MENA Buy-Outs »), notamment, pour pouvoir à terme être capable de rivaliser sur le plan économique contre les nouvelles puissances émergentes avec la Chine en tête de liste. Le fichier a été publié en parWikiLeaks[321].
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Le mouvement de protestations et révolutions dans le monde arabe en 2010-2011 commence enTunisie, dirigée parZine el-Abidine Ben Ali depuis 1987. L'immolation deMohamed Bouazizi àSidi Bouzid le déclenche des manifestations massives et répétées, où les manifestants affrontent les forces de l’ordre qui leur tirent dessus[322].
Le14 janvier, la fuite du présidentBen Ali vers l'Arabie saoudite sonne la réussite de la premièrerévolution populaire arabe et déclenche la contestation populaire dans tout le monde arabe. Le mouvement s’auto-entretiendra ensuite pendant plusieurs mois, de la réussite ou du maintien des contestations dans les différents pays.
La dernière semaine de janvier, les évènements se multiplient. Quelques protestations ont lieu auLiban à partir du 24. Le mardi25 janvier, une manifestation importante réussit à occuper la place de la Libération (midan Tahrir) auCaire enÉgypte, dirigée depuis trente ans parMohammed Hosni Moubarak. Le Premier ministre tunisienMohamed Ghannouchi doit remanier son gouvernement le 27 sous la pression populaire. Le28 janvier, la réussite de manifestations massives annonce larévolution égyptienne, et les premières manifestations ont lieu enPalestine.
Lesprotestations marocaines commencent le30 janvier, alors que le roiMohammed VI auMaroc n’a pas concrétisé les espoirs placés en lui et qu’il avait suscités au début de son règne.
La poursuite du processus de réforme en Tunisie (avec le6 février, la dissolution de l'ancien parti gouvernemental), et surtout les manifestations massives en Égypte qui aboutissent le11 février au départ d’Hosni Moubarak, sont suivies d’un deuxième départ de contestations, avec plus d’ampleur, ou de mesures préventives plus importantes.
Lesprotestations bahreïniennes connaissent un nouveau départ marquant le14 février. L’occupation de laplace de la Perle, version locale de la république de Tahrir, dure un mois.Hamad bin Isa Al Khalifa, roi depuis 2002, et son oncle premier ministre depuis quarante ans, sont divisés et prennent quelques mesures dilatoires.
ÀOman, les grèves et manifestations auparavant sporadiques, prennent de l’ampleur, principalement dans le port industriel deSohar[77]. Au Maroc, des manifestations pacifiques le20 février réunissent près de 40 000 personnes dans plusieurs villes.
EnLibye, la révolution du17 février est tout de suite l’objet d’une répression sanglante, qui provoque une insurrection dans les villes de la côte et de l’intérieur. En Jordanie, les manifestations prennent de l’ampleur fin février[75].
EnAlgérie, à partir de février, les manifestations appelées par laCNCD échouent, mais dessit-in et surtout des grèves permettent d’obtenir quelques avancées politiques (levée de l’état d’urgence) et surtout sociales, le gouvernement achetant la paix sociale grâce aux revenus pétroliers[66]. En Somalie, quelques manifestations ont lieu après le.
À Oman, les grèves et manifestations provoquent l’annonce de mesures sociales (création d’emplois publics et indemnités par les chômeurs), un remaniement ministériel le7 mars[78] et la promesse d’une réforme constitutionnelle le13 mars[79].
AuKoweït, les protestations, limitées, commencent le.
Le23 février, le roisaoudienAbdallah annonce un deuxième train de mesures sociales en faveur des fonctionnaires, des étudiants, des chômeurs, etc. à hauteur de36 milliards de dollars[80]. Quelques manifestations ont lieu le11 mars, surtout àQatif, dans l’est du pays peuplé de chiites et proche de Bahreïn.
En Égypte, les manifestations et grèves se poursuivent pour demander un changement plus profond[323], et le13 février, le Parlement est dissous, la Constitution suspendue ; le3 mars, le Premier ministre, Ahmad Chafiq est remplacé parEssam Charaf.
Le9 mars, le roi du MarocMohammed VI annonce une importante réforme constitutionnelle, soumise à référendum, qui vise à renforcer les pouvoirs du Premier ministre et des partis politiques dans le pays[105].
Après deux mois de crises simultanées, différentes organisations internationales interviennent pour changer l’issue de certaines. Le16 mars, les autorités bahreïnies décrètent un couvre-feu dans la capitale Manama et, soutenues par les troupes du Conseil de coopération du Golfe qui montrent ainsi une solidaritécontre-révolutionnaire[324], entament la répression contre les opposants[116],[117].
Deux jours plus tard, le18 mars, le conseil de sécurité de l’ONU vote une zone d’exclusion aérienne en Libye : cette intervention sauveBenghazi et l’insurrection libyenne de la contre-offensive loyaliste. Les 26 et27 mars, les insurgés reprennent Ajdabiya puis Ras Lanouf[325].
La Syrie s’éveille à son tour : le18 mars, l’arrestation d’enfants de Deraa provoque des manifestations, qui s’étendent à tout le pays[89]. Semblant avoir appris des attitudes des différents dirigeants du monde arabe, le présidentBachar el-Assad, après avoir pris des mesures sociales en février alors que la contestation était faible[84], réprime brutalement l’opposition et fait de nombreuses victimes[326],[327],[87]. Tout comme les autres dirigeants, Bachar el-Assad dénonce un complot de l’étranger[91].
Au Yémen, les manifestations qui se sont succédé depuis début février sont rejointes par l’opposition parlementaire et les tribus, sans trouver d’issue politique. Mais les manifestants persévèrent, malgré des centaines de morts, dans les manifestations et l’occupation de la place de l’Université de Sanaa. Des mouvements d’opposition armés se réveillent également.
Début avril, les mouvements distincts semblent poursuivre sur leur élan dans les différents pays concernés par le printemps arabe. En Algérie, à partir du2 avril, les gardes communaux campent sur laplace des martyrs à Alger et le6 avril, 80 % des fonctionnaires sont en grève. Le15 avril, le présidentBouteflika promet uneréforme constitutionnelle[67].
En Égypte, Hosni Moubarak et ses deux fils sont placés en détention[83]. La guerre continue en Libye, les villes deRas Lanouf passent de l'un à l'autre camp,Misrata et ledjebel Nefoussa résistent à l'ouest. La répression policière et les mesures anti-chiites à Bahreïn.
La répression armée continue en Syrie au9 avril, particulièrement à Deraa et le10 avril àBaniyas[328],[329].
Le blocage de la situation auYémen provoque l’intervention diplomatique des puissances étrangères qui se posent en intermédiaires. LeConseil de coopération du Golfe, soutenu par l’Union européenne et lesÉtats-Unis, propose un plan de transition en avril. Le président Saleh accepte dans un premier temps, puis se montre réticent, mais un ultimatum de l’opposition et la menace d’une escalade de la part des étudiants le poussent à accepter[330].
Des manifestations importantes ont lieu au Maroc le24 avril, malgré les annonces du9 mars[106]. Le28 avril, un attentat àMarrakech fait16 morts[107].
Le25 avril, le gouvernement syrien fait donner les chars dansDeraa[331], puis le7 mai, àTafas,Homs etBanias. Le bilan des victimes monte à800 morts selon l'organisation syrienne de défense des droits de l'homme Saouassiah[332].
En avril, le grand-frère saoudien lance une normalisation àBahreïn en y envoyant des transports de troupe. laplace de la Perle, lieu symbolique de lacontestation chiite en mars, est démantelée par des bulldozers. Deux bases de l'armée américaine, majeures pour le dispositif de protection centré sur leSud-ouest asiatique sont à Bahreïn[333]. Cette normalisation a lieu éloignée des caméras occidentales, qui montrent des reportages dans les autres pays[334].
Autre conséquence internationale d'une révolution arabe : le29 avril, les partis palestiniens signent un accord de gouvernement auCaire, sous l’égide égyptienne[103].
Après une intervention des forces aériennes des pays occidentaux, appuyés par des pétromonarchies (le tout sous mandat de l'ONU) en juin, les colonnes de Khadafi qui menaçaient la route deBenghazi ont été mises en déroute. L'autoproclamé« roi des rois d'Afrique »[337] avait caché pendant des années des armes dans des stocks éparpillés sur tout le territoire, pour prévenir toute insurrection populaire d'un clan adverse.
Il faut attendre le20août 2011 pour que les forces de l'insurrection en Libye fassent leur jonction avec les résistants dans la capitale de Tripoli. Le21 août, les rebelles affirment contrôler la ville[338].
Le9 septembre, des milliers d'Égyptiens se rassemblent au Caire, sur laplace Tahrir, afin de dénoncer la lenteur des réformes promises par leConseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige le pays depuis la chute du président Hosni Moubarak[339].
EnLibye, le fils de Mouammar Kadhafi,Saïf al-Islam, dernier fils encore en fuite est arrêté le19 novembre au sud de la Libye par des combattants du CNT[340] ; selon les déclarations du procureur de laCour pénale internationale,Luis Moreno-Ocampo, celui-ci pourrait être jugé en Libye avant d'être jugé devant la CPI pour crimes contre l'humanité[341].
EnÉgypte, à la suite des manifestations sur laplace Tahrir débutées le20 novembre, legouvernement par intérim, dirigé par le marchalMohamed Hussein Tantawi annonce la démission du gouvernement en place et la formation d'un nouveau gouvernement de« salut national » mettant fin au pouvoir politique sans partage des militaires dans le pays. Lesélections présidentielles devraient ainsi se tenir« avant la fin juin 2012 », authentifiant le transfert du pouvoir à un gouvernement civil[342].
AuKoweït, le mouvement de protestation contre la corruption (le gouvernement offre plusieurs millions de dollars aux députés pour éviter le succès d’unemotion de censure) manifeste plusieurs fois, jusqu’à envahir le Parlement, le17 novembre. Plusieurs manifestants et gardes sont blessés[343].
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Premier anniversaire de larévolution égyptienne, rassemblant plusieurs centaines de milliers de manifestants à la place Tahrir. La plupart d'entre eux ne sont pas venusfêter la fin de la révolution (comme le demandaient lesFrères musulmans) mais au contraire, pour défier l'armée au pouvoir ; accusée d'avoir tué des manifestants, de s'être attaquée à des manifestations pacifiques, d'avoir ralenti le procès de Moubarak et d'autres personnes de l'ancien régime et d'avoir - entre autres - jugé des civils devant des tribunaux militaires.
Au Koweït, la majorité parlementaire est absente du gouvernement, et le Parlement est suspendu le18 juin par l’émir. Les élections sont annulées le20 juin par la Cour constitutionnelle[345].
Au Koweït, l’annonce du changement de la loi électorale provoque les plus importantes manifestations de l’histoire de l’émirat : le, environ 50 000 personnes défilent[345].
Malgré la forte opposition populaire au changement de mode de scrutin, les élections législatives se tiennent au Koweït, malgré les manifestations massives d’octobre et de novembre. L’opposition avait appelé au boycott, et obtient la plus faible participation depuis les premières élections de l’histoire du pays en 1962 : seuls 26 à 39 % des électeurs (selon les sources) se sont déplacés[348],[349].
PourRiadh Sidaoui, les premiers gagnants des révolutions arabes sont lesislamistes[355], vu leur capacité de mobilisation et d’organisation[355]. De plus, il pense que les islamistes jouissent du soutien massif des pays du Golfe,despétrodollars[réf. nécessaire], mais aussi du soutien de Washington (lesÉtats-Unis acceptent une islamisation modérée du monde arabe, comme enTurquie, où seule l’armée, selon lui, demeure un contre-pouvoir)[355].
À l'initiative de la France et après le vote de larésolution 1973[356] duConseil de sécurité des Nations unies, le19 mars, une conférence internationale réunissant à Paris la France, la Grande-Bretagne, les États-Unis, l'Union européenne, la Ligue arabe, le secrétaire général des Nations-Unies et différents pays, décide d'une intervention des forces aériennes en Libye[357]. À partir du19 mars, les aviations ou lesmissiles français, britanniques et américains frappent donc des cibles militaires libyennes afin d'établir cette zone d'exclusion aérienne[358].
Le27 mars, l'OTAN accepte d'assumer l'intégralité du commandement des opérations militaires en Libye[359].
Le13 avril àDoha, leCNT obtient d'être reconnu comme le représentant « légitime » du peuple libyen par les pays ayant décidé l'intervention en Libye (groupe de contact)[360].
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Lanouvelle Libye est actuellement en phase de transition, à la suite de laguerre civile qui a renverséMouammar Kadhafi. Depuis cette date, la plus grande partie du territoire libyen estde facto administré par leConseil national de transition (CNT) qui a annoncé l'organisation d'élections démocratiques pour juin 2012[368]. Le parti libéral a remporté le plus grand nombre de sièges à l'Assemblée mais ne bénéficie pas d'une majorité suffisante. L'actuel premier ministre de la Libye estAli Zeidan, élu le[369].
Deux pays, la Tunisie et l’Égypte, ont changé de dirigeants, la première va changer de constitution et la seconde l'a quelque peu réformée dans un sens plus démocratique. D'autres pays comme la Jordanie et la Syrie ont vu un changement de Premier Ministre.
En Tunisie et en Égypte, lacroissance économique, déjà trop faible pour fournir un emploi à tous, va baisser en 2011. En 2010, les exportations des pays du sud méditerranéen ont chuté de 30 %, les recettes touristiques de 4 %, et avec la crise économique, les investissements directs étrangers se sont eux aussi effondrés de 31,2 %. Les envois d’argent par les émigrés travaillant dans leGolfe ou en Occident, ont eux aussi diminué de 6 %. La crise risquant de se prolonger, la question économique est, avec la réussite de la transition démocratique, le principal défi de tous les gouvernements du monde arabe, qu’ils soient ou non issus des révolutions. Si le chômage, en partie à l’origine des révolutions, ne diminue pas, on risque d’assister à une deuxième vague de révoltes d’ici deux ans[371]. Selon l’OAT, le secteur du tourisme pour l’ensemble du monde arabe a déjà perdu4,3 milliards de dollars depuis le début de l’année[372].
Le lien de cause à effet entre les évènements arabes et la hausse des cours dupétrole et dugaz n'est pas accepté par tout le monde. Ils n'auraient fait qu'amplifier une tendance structurelle préexistante[373].
En avril 2011, un rapport duFMI montre que les évènements pourraient, sur le long terme,« stimuler l'économie » des pays concernés[374].
Pour favoriser le redémarrage des économies tunisienne et égyptienne, divers pays et institutions internationales promettent des plans d'aide :
les États-Unis prennent différentes mesures d’aide économique, pour un total de4milliards de dollars (annonce le19 mai)[375] ;
L'Europe, et notamment l'île italienne deLampedusa, a connu, au lendemain de la révolution tunisienne, des flux demigrants tunisiens plus importants qu'auparavant. La frontière tuniso-libyenne a en outre elle-même connu d'importants flux de réfugiés libyens, dont une partie a ensuite essayé de rejoindre l'Europe[378].
Ces flux ont suscité de nombreuses controverses en Italie et en France, deux pays ayant appelé à plus de solidarité européenne et ayant partiellement remis en cause les règles de l'espace Schengen.
D’une façon générale, lesrelations diplomatiques entre pays de la région et entre ces pays et le reste du monde sont influencées par le printemps arabe. La politique extérieure de l’Égypte s’émancipe de la tutelleaméricaine : elle agit pour le rapprochement des Palestiniens (voir ci-dessus), et se rapproche de l’Iran[379].
Le changement de personnel politique et diplomatique, ou simplement le changement d’orientation des politiques étrangères, et la pression que les revendications populaires exerce sur les dirigeants arabes, entraîne une reconfiguration des rapports de forces au sein duConseil des droits de l'homme de l’ONU. Lesdictatures y sont moins présentes, et le projet d’interdiction dublasphème (diffamation des religions) en fort recul[380].
LesTerritoires palestiniens sont plus concernés par le changement d'attitude des pays de la région que par les manifestations de sa propre population.Mahmoud al-Zahar, l'un des dirigeants duHamas àGaza, a rejeté un appel deKhaled Mechaal, chef du bureau politique de l'organisation se trouvant àDamas, d'organiser des rassemblements de masse contreIsraël dans labande de Gaza dans la foulée du Printemps arabe, déclarant :« Contre qui seraient exactement ces rassemblements ? Une telle résistance serait opportune, si la bande de Gaza était occupée »[381].
Mais le « printemps arabe » fait sentir ses effets pour lesPalestiniens principalement par des modifications de la politique étrangère des pays arabes. Le4 mai, leHamas et leFatah signent lesaccords du Caire au cours d’une cérémonie fermée aux médias[382] dans lequel ils s'engagent à constituer un gouvernement de techniciens et d’hommes indépendants, soutenus par treize autres partis palestiniens, étape vers unÉtat palestinien. Des élections présidentielle et législatives sont prévues dans l'année qui suit avec la réforme de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP)[383]. Ces accords ont été rendus possibles parce que le pouvoir syrien, allié du Hamas et qui s’y opposait, était alors affaibli par d’importantes manifestations[103],[383] qui ont entraîné le déménagement du siège du Hamas auQatar[384],[385]. Lesévènements à Bahreïn (qui finance les partis palestiniens) et le changement d’orientation diplomatique de l’Égypte causé par larévolution dans ce pays ont également joué[383],[386],[385]. Les États-Unis, déjà opposés à la proclamation d’un État palestinien[379] et Israël rejettent cet accord[387], qui « renforce un partiterroriste »[388].
De la même façon, l'Égypte post-25 janvier décide d'ouvrir leposte-frontière de Rafah à partir du28 mai[389], seul accès terrestre de la bande de Gaza non-contrôlé par Israël, ce qui permet de mettre fin aublocus subi depuis quatre ans par la population palestinienne[390],[383],[386].
Les évènements post-révolutionnaires sont parfois décrits sous le nom d'« hiver islamiste » ou « hiver arabe » bien que cette expression, tout comme celle de « printemps arabe », soit contestée en raison principalement du manque de recul historique sur les évènements.
Le secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée,Youssef Amrani, plaide en septembre 2011 pour un développement économique et social permettant de« construire un espace euro-méditerranéen démocratique, apaisé, stable et prospère »[393].
LeConseil de sécurité des Nations unies, réuni le25 février, est tombé d'accord pour adopter un projet de résolution imposant des sanctions contre le régime de Kadhafi et l'avertissant que « les attaques étendues et systématiques qui ont lieu actuellement en Libye contre la population civile peuvent être assimilées à des crimes contre l'humanité »[353]. Cette résolution est adoptée le26 février et prononce un embargo sur les ventes d'armes à la Libye et l'interdiction à Khadafi et à sa famille de voyager. Le Conseil de sécurité décide aussi de transférer au procureur à laCour pénale internationale (CPI) « la situation en Libye depuis le 15 février ». Le Conseil décide aussi d'imposer un gel des avoirs financiers de Kadhafi et de ses fils[394].
Le17 mars, le Conseil de sécurité adopte unerésolution exigeant un cessez-le-feu, permettant l'imposition d'unezone d'exclusion aérienne et autorisant les membres de la Ligue arabe et les États membres qui le souhaitent à prendre les mesures nécessaires pour sa mise en œuvre[356].
En réunion le12 mars, les pays de la Ligue arabe estiment que le régime libyen a perdu sa légitimité et son secrétaire général affirme également que les participants jugent nécessaire de coopérer avec le Conseil national de transition (CNT). La Ligue arabe appelle aussi « le Conseil de sécurité à assumer ses responsabilités face à la détérioration de la situation en Libye et à prendre les mesures nécessaires pour l'instauration immédiate d'une zone d'exclusion aérienne visant le trafic aérien militaire libyen »[397].
Le19 mars, la Ligue arabe participe à la conférence de Paris[357] mais, dès le20 mars son secrétaire général, Amr Moussa, dénonce des bombardements de civils et convoque une réunion extraordinaire de l'organisation[398].
La réunion annuelle de laLigue arabe prévue le29 mars àBagdad a été repoussée deux fois, et devrait finalement se tenir en 2012[399].
Le7 mars, le secrétaire général de l'OTAN,Anders Fogh Rasmussen, déclare que « les attaques contre des civils en Libye peuvent être considérées comme des crimes contre l'humanité et [que] la communauté internationale et l'ONU ne pourront rester passives si elles se poursuivent »[400].
Le27 mars, l'OTAN accepte d'assumer l'intégralité du commandement des opérations militaires en Libye[359].
Le28 février, l'Union européenne adopte à son tour des sanctions incluant un embargo sur les armes contre la Libye, ainsi qu'un gel des avoirs et des interdictions de visa contre le colonel Mouammar Kadhafi et 25 de ses proches. Ces sanctions seraient plus dures que celles adoptées par le Conseil de sécurité[404].
Le3 mars, l'Union européenne débloque30 millions d'euros pour faire face à la crise due aux réfugiés fuyant les troubles en Libye[405], alors que les Européens commencent à mettre en place unpont aérien pour évacuer les Égyptiens qui y sont bloqués[406].
Le8 mars, les pays de l'Union européenne se mettent d'accord pour geler les avoirs du fonds souverain et de la banque centrale libyens[407].
Le10 mars, la chef de la diplomatie de l'UE,Catherine Ashton fait part de son refus de reconnaître le Conseil National de Transition libyen[236].
Le11 mars, les dirigeants des27 pays de l'Union européenne demandent le départ de Khadafi[403] et déclarent qu'ils considèrent l'opposition à Mouammar Kadhafi au sein du Conseil national de transition (CNT) comme un interlocuteur « légitime »[408].
le23 mai, l'Union européenne impose des sanctions contre le président syrien Bachar el-Assad et son entourage : gel de leurs avoirs financiers et non-délivrance de visa vers des pays de l'Union[409].
Le,Michèle Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères, propose à l'Assemblée nationale, le savoir-faire français à la police tunisienne pour éviter que les manifestations se déroulent dans des conditions dangereuses pour le peuple tunisien[410]. Ces propos sont repris dans les médias français mais recoupés et réduits aux termes « régler les situations sécuritaires », suscitant ainsi une vive polémique[411] qui, amplifiée par sa proximité avec un homme d'affaires tunisien présenté comme proche de Ben Ali, aboutit à sa démission, le27 février. Le, dans une allocution radiotélévisée, leprésident de la RépubliqueNicolas Sarkozy évoque à propos des « révolutions arabes », un « immense bouleversement » et une « formidable espérance » qui l'amènent à « refonder » l'Union pour la Méditerranée et à « renforcer [la] diplomatie et [la] sécurité » de la France.Alain Juppé est nommé ministre des Affaires étrangères etClaude Guéant ministre de l'Intérieur[412].
Le, la France envoie deux avions d'aide humanitaire àBenghazi via l'Égypte[413] et annonce le lendemain une aide par moyens maritimes et aériens, pour apporter du fret humanitaire et évacuer au moins 5 000 Égyptiens réfugiés à la frontière tuniso-libyenne[414],[415]. Le10 mars, la France annonce reconnaître leConseil national de transition, qui réunit l'opposition au régime du colonel Kadhafi, comme le seul « représentant légitime du peuple libyen »[236]. En réaction, le vice-ministre des affaires étrangères du gouvernement de Tripoli, Khaled Kaïm, annonce dans la soirée que son pays suspend ses relations diplomatiques avec la France[403].
Le16 mars,Saïf al-Islam Kadhafi affirme que le régime libyen a versé de l'argent à Nicolas Sarkozy pour financer sa campagne électorale de 2007[416]. Le 18 mars, la France contribue à l'adoption de la résolution du conseil de sécurité de l'ONU imposant une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye[417]. Le19 mars, le président Sarkozy annonce : « En accord avec nos partenaires, nos forces aériennes s'opposeront à toutes les agressions des avions du colonel Kadhafi contre la population de Benghazi ». Il confirme que des avions français survolent la Libye[357].
Le, dimanche dePâques pour lescatholiques et lesprotestants, lepapeBenoît XVI a lancé un appel à la paix dans de nombreux pays dont laSyrie, les deuxSoudans, leMali et leNigeria et dans la région de laTerre Sainte. Il a dit « En Syrie, particulièrement, que cesse l’effusion de sang et que soit entrepris sans délai le chemin du respect, du dialogue et de la réconciliation, comme le souhaite la communauté internationale. Que les nombreux réfugiés, provenant de ce pays et ayant besoin d’aide humanitaire, trouvent l’accueil et la solidarité qui puissent soulager leurs pénibles souffrances. ». Il a dit « PuisseJésus Ressuscité réconforter les populations de laCorne de l’Afrique en proie à la souffrance et favoriser leur réconciliation ; qu’il aide laRégion des Grands Lacs, le Soudan et le Sud-Soudan, en donnant à leurs habitants la force dupardon. Au Mali, qui traverse un délicat moment politique, puisse le Christ Glorieux accorder la paix et la stabilité. Au Nigeria qui, ces derniers temps, a été le théâtre d’attaques terroristes sanglantes, que la joie pascale donne les énergies nécessaires pour recommencer à construire une société pacifique et respectueuse de laliberté religieuse de ses citoyens »[418].
À l’image d’une grande majorité de la classe politique européenne, leseurodéputéssocialistes français auParlement européen ont interpellé l’Union européenne sur la répression féroce qu’exerçaient les autorités des pays arabes sur les manifestants pacifiques« au mépris des libertés fondamentales et en violation des accords passés avec l’Union européenne ». Par ailleurs, les socialistes ont mis l’accent sur le fait que la politique de voisinage de l’Union se fonde sur des valeurs communes telles que l’état de droit, lerespect des droits de l’homme et labonne gouvernance[419].
Le magazine américainTime Magazine choisit« The protester » (Le manifestant)[425] commepersonnalité de l'année 2011 et place quatre personnalités qui se sont distinguées dans les révolutions arabes dans son classement 2011 des personnalités les plus influentes du monde[426] :
Lerappeur tunisienEl General, auteur du tubeRais Lebled (« Le chef du pays », en arabe), repris en Égypte et le rappeur marocainEl Haqed qui milite aux côtés du mouvement marocain du « 20 février ».
Rick Stengel,rédacteur en chef duTime Magazine explique le choix fait par sa rédaction et le dédie aux manifestants du monde entier qui luttent pour la liberté, la démocratie ou la justice :
« Ils sont en désaccord, ils revendiquent, ils ne sont pas désespérés, même si on leur a répondu à coups de gaz lacrymogène et de pluie de balles. Ils ont littéralement incarné l'idée selon laquelle l'action individuelle peut apporter des changements collectifs considérables. »
↑C'est le titre duManière de voir de juin-juillet 2011 :Comprendre le réveil arabe.
↑« Le président américain espère assister à une contagion démocratique au Proche-Orient. Ce vœu si cher aux néo-conservateurs aurait permis de justifier -a posteriori - l’invasion de l’Irak deux ans plus tôt. En effet, George W. Bush ne pouvait plus invoquer les armes de destruction massive ou les liens entre les réseaux terroristes et le régime de Saddam Hussein inexistants, malgré les recherches. Pourtant, le “printemps arabe” de 2005 ne se produisit pas. »
↑Interview dePhilippe Droz-Vincent par Caroline Vincent, « Regard sur les sociétés civiles dans le monde arabe »,Moyen-Orient, no 10 :Révolutions : le réveil du monde arabe, avril-juin 2011, p. 6
↑a etbYoussef Courbage, interviewé par Lætitia Démarrais et Jeanne-Claire Fumet, « Une perspective démographique »,Le Café pédagogique, publié le 23 mars 2011, consulté le 31 mars
↑a etbInterview de Ghassan Salamé par Ghassan Hajjar et Aline Farah, « Un autre Moyen-Orient », republié parCourrier international le 24 février 2011, consulté le 25 mai 2011
↑ab etcPeter Harling, « Remettre les pendules à l'heure au Moyen-Orient »,Le Monde.fr,(lire en ligne)
↑Ayaan Hirsi Ali, « Non, le monde arabe n’est pas l’Europe de l’Est en 1989! »,Le Monde,,p. 21(lire en ligne)
↑Jean-Clément Martin, « Le renvoi à 1789 égare plus qu’il n’éclaire »,Le Monde,,p. 20(lire en ligne)
↑Georges Corm, « Quand la « rue arabe » sert de modèle au Nord »,Le Monde,,p. 20(lire en ligne)
↑« To what extent this was the result of global warming (and therefore, more likely to repeat in the future) is hard to say. The National Oceanic and Atmospheric Administration, with the US Department of Commerce concluded that, ‘greenhouse [effect] fails to explain the 2010 heat wave over western Russia…(en) « The Impact of Russia’s 2010 Grain Export Ban », suroxfam.org,
↑a etbAlphabétisation d’après la Banque mondiale et le CIA world factbook ; taux de pauvretéidem, taux de corruption d’après Transparency international ;BBC News - Middle East protests: Country by country,BBC, consulté le 10 mai 2011
↑Roger Cohen,Facebook and Arab Dignity,The New York Times, publié le 24 janvier 2011 :« Within another 10 days, it had fallen in perhaps the world’s first revolution without a leader. Or rather, its leader was far away: Mark Zuckerberg, the founder of Facebook. »
↑Denis Bauchard, « Le "printemps arabe" entre espoirs et désillusions »,Moyen-Orient, no 10 :Révolutions : le réveil du monde arabe, mars-avril 2011, p. 20
↑a etbInterview de Tewfik Aclimandos avec Caroline Ronsin et Frank Tétart, « Égypte : "l’histoire commence aujourd’hui" »,Moyen-Orient, no 10 :Révolutions : le réveil du monde arabe, mars-avril 2011, p. 34
↑Amin Allal, « Enjeux politiques en Tunisie : des protestations de 2008 à la fuite de Ben Ali »,Moyen-Orient, no 10 :Révolutions : le réveil du monde arabe, mars-avril 2011, p. 29
↑a etbIsabelle Mandraud, Benjamin Barthe, Béatrice Gurrey et François-Xavier Trégan, « Les révoltes arabes font-elles progresser la cause des femmes ? »,Le Monde,,p. 8(résumé)
↑Laurent Bonnefoy et Marine Poirier, « La structuration de la révolution yéménite »,Revue Française de Science Politique,(lire en ligne).
↑Béatrice Gurrey, « A Benghazi, les femmes, elles aussi, réclament des armes pour l'insurrection »,Le Monde,,p. 5(résumé)
↑Béatrice Gurrey, « Benghazi, la ville rebelle, s’organise pour entretenir la résistance en Libye »,Le Monde,,p. 6(résumé)
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↑ab etcBahreïn : le pays interdit, ARTE, Stéphanie Lamorré – 60 min – France – 2012, Image : Stéphanie Lamorré, Montage : Mathieu Goasguen, Prod. : Premières Lignes Télévision. Diffusé le 31 août 2013.
↑« Texte de la résolution adoptée le par le conseil de sécurité de l’ONU visant à établir une zone d’exclusion aérienne en Libye »,Le Monde,(lire en ligne).
↑« Le Conseil de sécurité approuve le recours à la force en Libye »,Le Monde,(lire en ligne, consulté le).
Moncef Marzouki,Dictateurs en sursis : une voie démocratique pour le monde arabe, Les Éditions ouvrières/Les Éditions de l’Atelier, 2009(ISBN978-2-7082-4047-6)
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Claude Guibal, Tangi Salaün,L’Égypte de Tahrir. Anatomie d’une révolution, Seuil, 12 mai 2011
Taoufik Djebali, « Nouvelles technologies, réseaux sociaux et "Printemps arabe" : le cas de la Tunisie », inRésistances, voix citoyennes en marge des institutions politiques, Editions Cénomane, 2014.