Sa durée, elle, varie selon les auteurs modernes : l’historiographie hongroise[1] (et, à sa suite, une partie de l’historiographie germanique[2] ou anglophone[3]) limite son existence à 141 ans durant la période 1570-1711, considérant qu’elle n’a été créée qu’autraité de Spire (succédant auroyaume de Hongrie orientale[4]) et qu’elle disparaît en 1711 lorsque le prince hongroisFerencII Rákóczy laisse place à desgouverneurs autrichiens ; l’historiographie roumaine, se référant à laliste des princes de Transylvanie et aux institutions propres de cette région (voïvode élu par la Diète transylvaine, lois spécifiques, armée transylvaine, et, parmi les divisions territoriales, desjoupanats gouvernés selon lejus valachicum reconnu par la charte de 1383[n 1]), considère[5] qu’elle a existé durant 756 ans de 1111 à 1867[n 2].
Outre lesMagyars, les nouveaux seigneurs hongrois sédentarisent dans la partie orientale de la Transylvanie, le long desCarpates orientales, des mercenaires, lesSicules (en hongroisszékelyek, en roumainsecui, en allemandSzekler), colons aux origines incertaines (finno-ougriennes ? turques ? mongoles ?). Cepeuple d’hommes libres de langue hongroise devient lui aussi catholique, et prend en charge la garde des frontières.
Après l’invasiontatare de1223, les rois de Hongrie étendent en Transylvanie le système descomitats (vármegye en hongrois,megieşuri en roumain) et, pour développer les mines, font appel à des colons allemands (appelésSaxons, même s’ils ne viennent pas tous deSaxe : environ 10 % étaientWallons etLorrains, comme en témoignent les appellations « wallen »). Leurs privilèges et droits sont consignés en 1224 dans le diplôme « Andreanum ». Ils s’installent sur des terres royales (« Fundus Regius ») où selon la légende ils fondent sept cités (d’où le nom allemand de la Transylvanie :Siebenbürgen). Ils consolident leurs privilèges, qui seront abolis en 1867, en même temps que la principauté de Transylvanie qui fut alors rattachée auroyaume de Hongrie, au sein de ladouble monarchie austro-hongroise.
Jusqu’en1366, la Transylvanie a connu une organisation politique où, outre l’aristocratie magyare, lesSaxons, lesSicules et lesValaques étaient représentés à laDiète (Universis nobilibus, Saxonibus, Syculis et Olachis). Ils formaient ensemble untiers état (congregatio generalis) pouvant proposer et voter des règlements, et être délégués pour prendre des mesures exécutives concernant l’ordre public, les relations entre confessions, groupes linguistiques et confréries professionnelles, voire les questions militaires. Lesjoupanatsvalaques de Transylvanie avaient initialement été organisés envlachfölds : communautés territoriales nommées par euxțări (dulatin :terra) ouținuturi (dulatin :tenere) et régies par lejus valachicum (enroumain λеџѣ стръмошѩскѣ –legea strămoșescă soit « droit ancestral », en français « droit valaque »)[8]. Les historiens roumains les définissent comme des « Romanies populaires » ou « Valachies ». À mesure que lanoblesse roumaine (joupans etboyards), sommée de renoncer à l'orthodoxie ou de partir, se magyarisait (grofia) ou quittait le pays vers laValachie et laMoldavie au-delà desCarpates (descălecarea)[9], lesțări transylvaines furent tour à tour intégrées aux comitats hongrois et aux fiefs saxons, durant lesXIIIe et XIVe siècles[10] :
En1366, par l'édit deTurda, le roiLouisIer de Hongrie redéfinit l'accessibilité à lacongregatio generalis et à la Diète, désormais conditionnée par l'appartenance à l'Église catholique. Bien que l'édit ne le mentionne pas ouvertement, cela en exclut les orthodoxes, c'est-à-dire la majorité des Transylvains. Lanoblesse roumaine doit se convertir (etse magyariser) ou s'exiler (enMoldavie etValachie). La fin desțări ouvlachfölds abandonnés par cette noblesse, place lesValaques orthodoxes en situation deservage : ils se joignent auxjacqueries de Bobâlna en1437. La répression exercée par les ordres et les privilégiés aboutit en1438 à la constitution de l’Unio Trium Nationum, qui fige la société transylvaine dans un ordre social foncièrement inégalitaire que la jacquerie deGheorghe Doja/Dózsa György en1514 ne parvient pas à ébranler, et qui perdurera jusqu’auXVIIIe siècle et à laRévolution transylvaine de 1784. Dans cet ordre social, seuls les catholiques (Hongrois, Sicules et Saxons) sont reconnus comme « nations » par l’Unio Trium Nationum.
Les localités transylvaines acquièrent alors leur typologie topographique encore bien visible aujourd’hui : forteresse ou église catholique fortifiée, entourée de grosses maisons bourgeoises en pierre,hongroises ousaxonnes, protégées par un rempart, lui-même entouré d’une multitude de maisonnettes en bois, pisé et chaume desValaques désormais asservis qui, en cas d’invasion, n’étaient plus admis à l’intérieur du rempart mais s’abritaient dans leursposade (clairières ceintes de palissades et de pièges dans la forêt)[11]. Cette société foncièrement inégalitaire dure jusqu’à laRévolution transylvaine de 1784. Les églises des Valaques, elles aussi, étaient en bois pour la plupart, et situées hors les remparts : il en subsiste quelques-unes. Unmarronnage endémique de ces exclus ayant perduleurs droits, peuple de largeshabitats dispersés dans les montagnes, entièrement en bois : ils y survivent depastoralisme et se font à l’occasionbraconniers,haïdoucs, ou bienpandoures dans les armées desvoïvodes de Transylvanie[12].
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L’irruption des Turcsottomans dans le bassin danubien et le désastre hongrois deMohács (1526), provoquent la désintégration du royaume médiéval de Hongrie, après près de dix ans de lutte contre les Turcs et de batailles dynastiques entre lesZápolya, lesJagellon et lesHabsbourg pour le trône de Hongrie. Tandis que la Hongrie centrale devient unpachalik ottoman en1541 (Hongrie ottomane), les Habsbourg d’Autriche s’emparent de la Hongrie occidentale et de la Hongrie du Nord (en partie l’actuelleSlovaquie), diteHongrie royale, tandis que la Transylvanie est donnée àJeanIer Zapolya par la paix deNagyvárad, en1538. Mais deux ans plus tard, le roi meurt, laisse un trône convoité par le Saint-Empire entre les mains de son filsJean II de Hongrie, qu’on s’empresse d’élire roi, sous régence de sa femmeIsabelle et de son conseillerGiorgio Martinuzzi[13].
La principauté de Transylvanie entre 1606 et 1660.
Soliman n'abandonne pas ses ambitions de conquête : quinze ans après Mohács il renvoie ses armées en Hongrie, qui pénètrent jusqu’àBuda, sans pour autant manifester de volonté de gouverner par lui-même : il souhaite laisser la Transylvanie jusqu’au fleuveTisza à Jean II, contre 10 000 florints d’impôt par an. Le Parlement transylvain accepte ces conditions et élèveJean Sigismond au titre de prince de Transylvanie, retirant ainsi tout droit aux Habsbourg. Bien que nominalement, le statut de Voïvodat soit maintenu, on parle dès lors non plus de voïvodat, mais de « principauté de Transylvanie », la différence étant que voïvode est un office, tandis que prince est un titre de noblesse, et c’est bien ce que seront désormais ses souverains. La Transylvanie voit alors son territoire agrandi, incluant laMarmatie, l’Est de la Hongrie et de l’actuelleSlovaquie(Partium)[14].
Cependant en1546, le sultan demande la remise de deux châteaux se trouvant à l’Ouest de la Transylvanie, etMartinuzzi (György Fráter enhongrois), concluant à la volonté toujours vive de conquêtesultanottoman, entre en négociations avec le souverain de la Hongrie royale, le roi FerdinandIer de Habsbourg — futur empereurFerdinandIer du Saint-Empire — ce qui aboutit en1549 à laconvention de Nyírbátor, reconnaissant les droits de Ferdinand sur la Transylvanie en échange de la sécurité de celle-ci. En apprenant les clauses de ce traité secret, la reine mère se rapproche du sultan et lui dénonce le « traître moine », demandant en échange la sécurité de son fils et son accession au trône de « roi de la Transylvanie ».
Mais la Transylvaniene deviendra pas un royaume : une guerre se déclenche et la reine mère perd face auxHabsbourg. Elle se voit obligée d’abdiquer avec son fils. Ferdinand réunit alors la partie ouest et nord de la Hongrie (Hongrie royale), tandis que le voïvodat de Transylvanie devient une principauté indépendante avec à sa tête Martinuzzi nomméprince par Ferdinand. La guerre avec les Turcs est suspendue diplomatiquement. Cependant, le Ferdinand fait assassiner Martinuzzi, dont il craignait les velléités d’indépendance, ce qui a pour effet de remettre les Ottomans dans la course. Au début de1552, le sultan rétablit la reine mère Isabelle et son fils sur le trône de Transylvanie, l’empereur affaibli ne pouvant riposter. Le, la Diète transylvaine décide d’entériner ce règne, tandis que l’empereur Ferdinand, dans une lettre au sultan, énonçait la remise de la Transylvanie à Jean Sigismond. Dorénavant la Transylvanie est une monarchie quasi indépendante, mais qui doit accepter, comme avant elle laValachie et laMoldavie, le statut de vassale de l’Empire ottoman. Vassale ne signifie pourtant pas annexée, et c'est pourquoi les cartes qui montrent la Transylvanie, la Valachie et la Moldavie comme territoires ottomans, sont fausses. En effet les trois principautés gardent leur statut d’États chrétiens autonomes, leurs armées, leurs institutions, leurs lois et leurs ambassadeurs. Le traité deSpire, du, signé par l’empereurMaximilienII et le prince, officialisait cette position de la Transylvanie[15].
Lors de laRéforme, alors que laContre-Réforme sévit en France et dans les possessions des Habsbourg (Autriche,Bohême,Hongrie royale), laDiète transylvaine, par l’édit de tolérance de1568, passe en majorité au protestantisme, soitluthérien (adopté par les Saxons), soitcalviniste (adopté par une partie des Magyars et des Szeklers occidentaux), soitunitarien (adopté par une partie des Magyars). Dans cet édit de tolérance transylvain, ces quatre confessions (professées par les aristocrates, les bourgeois et les fermiers libres, magyarophones ou germanophones) sont déclarées « acceptées »(receptæ), alors que les « Valaques » en sont exclus car leur foi orthodoxe est seulement « tolérée »(tolerata). C'est pourquoi, du point de vue des Magyars et des Saxons, ceXVIIe siècle est un « âge d'or » de la Transylvanie, alors que du point de vue de la paysannerie valaqueorthodoxe, c’est un « âge de larmes » car c'est sur elle que pèsentservage,corvées,capitation,gabelle et même ladîme due à une église qui n’est pas la leur[16].
Lesvoïvodes de Transylvanie, comme ceux de Moldavie et Valachie, jouent double jeu pour sauvegarder leur marge de manœuvre : ils paient un tribut aux Ottomans tout en reconnaissant, à plusieurs reprises, l’autorité lointaine des Habsbourg. Après la mort de Jean Sigismond le,Étienne Báthory est élu voïvode de Transylvanie. Le sultan agrée cette décision, considérant Bathory comme le successeur légitime de Jean Sigismond, mais ordonnant une collaboration diplomatique étroite entre le prince Báthory et le bey deBuda, premier fonctionnaire du sultan en Hongrie. Mais en1575, l’aristocratie polonaise demande à Báthory, fiancé à Anne, la sœur deSigismondII Auguste, d’accéder au trône dePologne, et celui-ci accepte, laissant la Transylvanie à son frèreChristophe. Suivront les voïvodesSigismondIer Báthory, obligé de démissionner en1596 après une défaite contre les Turcs, un bref passage deRodolpheII, qui sera renvoyé par la noblesse en1601, noblesse qui rappellera Sigismond, qui abdiquera de nouveau en1602, à la suite d’une nouvelle défaite, contre le Saint-Empire cette fois. Cette fois c’estÉtienne II Bocskai, ancien conseiller des Báthory, qui est élu voïvode de la Transylvanie en1605, puis prince de Hongrie, mais il n’accepte ni le titre du roi de Hongrie ni la couronne de la main de l’Empire ottoman[17].
Il existe, pour cette période, deux instrumentalisations historiquesnationalistes modernes, l’une hongroise, l’autre roumaine. La première concerne le statut de la Transylvanie, dont l’indépendance en tant que principauté élargie auPartium est occultée au profit de la notion de « royaume de Hongrie orientale » : c’est un point de vue « grand-hongrois » selon lequel l’histoire transylvaine ne se distingue en rien de celle de laHongrie royale et doit être étudiée et décrite uniquement comme telle (mais si cela avait été le cas, la notion même dePartium n’aurait pas existé). La seconde concerne la brève intrusion en Transylvanie, entre novembre1599 et août1600, du voïvode deValachieMichel le Brave, uncondottiere au service de l’empereur Habsbourg, agissant ensuite pour son compte personnel et unissant brièvement la Transylvanie à la Valachie et à laMoldavie : cet éphémère épisode, passé quasi inaperçu à l’époque, est décrit par les historiens roumains de l’âge romantique (XIXe siècle) comme une « préfiguration » de laRoumanie, alors que rien ne l’étaye : Michel n’a rien dit ou écrit faisant allusion à une quelconque unité des « Valaques », n’a eu aucune action émancipatrice pour les paysans transylvains, a renouvelé les privilèges des nobles magyars et des Saxons, et il a alourdi le servage en Valachie même.
À l’arrivée au pouvoir deGábor Báthory, le sultan renonça au tribut annuel pour tribut triennal. Gábor engage des pourparlers avec l’empereur pour une alliance contre les Turcs, mais son conseiller,Gábor Bethlen, en informe le sultan qui lui cède en1613 le droit de déposer le monarque. Le, la diète transylvaine, soudoyée par le sultan, élit Bethlen prince. Protestant, Bethlen tenta de rassembler les contrées protestantes contre l’absolutisme catholique des Habsbourg. En1619, il s’engage dans laguerre de Trente Ans aux côtés de laBohême. En1626 il épouseCatherine de Brandebourg, tandis quePays-Bas,Danemark etPologne (pourtant catholique) rejoignent la coalition. Il meurt en1629 et un candidat finalement accepté par les Turcs,GeorgesIer Rákóczi, lui succède, continuant la lutte contreFerdinand, qui meurt en1637. Laguerre de Trente Ans entre dans sa dernière phase, où les Allemands affrontent des Français à l’ouest et Rákóczi à l’est. Ce dernier conclut en1643 un accord avec laFrance et laSuède, passant outre à la désapprobation du Sultan. Un accord secret entreLouis XIV et le prince Rákóczi complète en1645 ces accords[18].
Le sultan voit d’un mauvais œil ce prince si indépendant, aux puissants alliés, et le menace d’intervenir : en, Rákóczi obtempère et retire ses troupes deMoravie, signant la paix àLinz avecFerdinandIII, sortant la Transylvanie de la guerre de Trente Ans. Néanmoins, la Transylvanie participe trois ans plus tard, comme puissance souveraine, aux négociations à lapaix de Westphalie qui conclut laguerre de Trente Ans. C’est en1699 que cette souveraineté prend fin, lorsque lesHabsbourg conquièrent la Transylvanie et en font unarchiduché intégré à leur empire, mais un archiduché réduit à son territoire d’avant1526, sans lePartium.
La Transylvanie sous les Habsbourg d'Autriche (1690-1867)
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À partir de1688-1690, la Transylvanie, désormais grand-duché[19] et ramenée à ses limites d’avant 1526, passe sous le contrôle de l’empire desHabsbourg qui vient de conquérir le bassin danubien après 150 ans d’occupation ottomane. L’empereurLéopold reconnaît l’autonomie et les institutions transylvaines(Diploma Leopoldinum) mais il met en place un gouverneur aux côtés du prince et un Conseil (Gubernium) parallèle à la Diète. Gouverneur et Conseil rognent progressivement les attributions des institutions transylvaines et représentent personnellement l’Empereur dans ce qui devient, peu à peu, une simple province de son Empire. La religion catholique reprend une place importante et en1698 une partie desorthodoxes, las des discriminations dont ils sont l’objet, acceptent de reconnaître l’autorité du pape (Église grecque-catholique de Transylvanie). Les gréco-catholiques de Transylvanie ouvriront des écoles et seront le moteur de l’émancipation des Roumains, développant un esprit de résistance qui les fera interdire et persécuter entre1946 et1989 lors de la périodecommuniste. Les réformés, pour leur part, sont tolérés, mais perdent leur influence politique[17].
Ces réformes qui mettaient les Roumains à égalité avec les autres« nations » reconnues de Transylvanie[n 3] sont un électrochoc pour les Hongrois de Transylvanie, nobles mais aussi bourgeois, qui commencent à réclamer la suppression dugrand-duché de Transylvanie et son rattachement (Unió) à la« Grande Hongrie » comprenant également leroyaume de Croatie-Slavonie. LesSicules, de langue hongroise, s’identifient, eux aussi, de plus en plus, à la« cause nationale » hongroise. À partir de cette époque, la Transylvanie va de plus en plus devenir l’enjeu de revendications identitaires, qui n’ont pas complètement cessé au début duXXIe siècle. En1848, lenationalisme romantique du« Printemps des peuples » luttant pour la liberté et la démocratie contre les tyrans souverains, révèle vite ses limites en Europe centrale, dont la Transylvanie, où les révolutionshongroise etroumaine de1848 échouent après s’être opposées l’une à l’autre.
Avram Iancu.
En Transylvanie, la situation en1848 est particulière car les révolutionnaires hongrois deLajos Kossuth, profondémentjacobins, ont repris à leur compte les revendications des partisans de laGrande Hongrie et décidé la suppression de ladiète transylvaine ; de plus, ils veulent faire dumagyar la seule langue de la future Hongrie révolutionnaire. Dans ce projet, les non-magyars de Transylvanie n’ont aucune chance de voir aboutir leurs revendications. En conséquence, si une minorité de germanophones et de roumanophones, moins attachés à leur culture, adhère au programme de Kossuth lors des diètes deCluj/Kolozsvár et deDebrecen, la majorité s’en détache. LesSaxons regardent de plus en plus vers l’Allemagne qui cherche, àFrancfort, les voies de son unification. Quant aux Roumains, rassemblés sous la bannière d’Avram Iancu lors de la grande assemblée deBlaj le, ils forment un corps de volontaires.
L’armée de Kossuth réagit par des tirs sans sommation, mais les volontaires roumains, montagnards aguerris par une vie de privations et experts en pièges et embuscades, la repoussent par deux fois dans le massif du Bihor, àAbrud et à Mărișel (dans les mêmes terroirs où laRévolution transylvaine de 1784 avait tenu en échec les hussards magyars 64 ans plus tôt). Parmi les figures de cette révolution, qui reprennent à peu de chose près les revendications duSupplex libellus valachorum de 1784 et des36 points du Parti de la nation de Moldavie, on note la présence d’Alexandru Papiu Ilarian, d’Ioan Axente Sever, de Simion Balint, deSimion Bărnuțiu, d’Ioan Buteanu, de Petru Dobra, de Timotei Cipariu, d'Ioan Dragoș, d'Ioan Sterca-Șuluțiu et de David Urs de Marginea.
La, àCluj, se tient une séance exceptionnelle de la diète transylvaine. Le système électoral censitaire fait que la majorité roumanophone du pays (70 % de la population à ce moment, les statistiques linguistiques ayant été introduites) y est très peu représentée (sur300 députés, il y a273 magyars,24 germanophones et seulement3 roumanophones). La majorité des députés, des magyars ralliés à Kossuth, proclame le rattachement de la Transylvanie à la Hongrie, au grand dam des roumanophones, mais aussi desSaxons et d’une partie desSzéklers (notamment les réformés). Même le grand poète hongroisSándor Petőfi, lui-même transylvain, prit parti contre cette décision.
Le divorce était définitivement consommé entre les révolutionnaires hongrois d’un côté, et les Roumains, lesSaxons et lesSicules de l’autre. Les efforts deNicolae Bălcescu, médiateur missionné par le gouvernement révolutionnaire de Valachie, qui alla voir Kossuth lui-même à Budapest (la conversation eut lieu en français), n’aboutirent à rien. Une partie de l’armée magyare en était encore à réprimer les Roumains en Transylvanie, alors qu’à l’appel desHabsbourgs soucieux de reconstituerleur empire, lestroupes russes duTsar envahissaient déjà la Hongrie révolutionnaire, conformément aux traités de laSainte-Alliance. Résultat : la Révolution hongroise fut écrasée à labataille de Șiria (près d'Arad) en1849.Lajos Kossuth, chef des révolutionnaires hongrois, doit s’exiler après l’exécution de treize de ses généraux àArad le. De son côté, Avram Iancu sombra dans la dépression, cessa de plaider, adopta un comportement excentrique (il parcourait les villages en jouant des airs de flûte), fut radié du barreau, refusa une décoration offerte par le jeune empereurFrançois-Joseph en visite en Transylvanie (pour le remercier d’avoir combattu Kossuth) et fit un tel scandale face au souverain, qu’il fut considéré fou et chassé manu militari. Aux yeux des nationalistes hongrois, les Roumains ont« trahi la cause révolutionnaire »… et inversement[22],[23],[24].
Suit une courte période de transition dite du néo-absolutisme autrichien : legrand-duché de Transylvanie, dont l’autonomie fut rétablie pour encore 19 ans (elle fut définitivement abolie en 1867), devientde facto une coquille vide, dissoute dans un système répressif et bureaucratique, qui n’en poursuit pas moins les réformes de modernisation de 1848-1849 (fin du servage, modernisation des codes juridiques). Dans lesannées 1860 l'Autriche subit plusieurs graves défaites enItalie puis àSadowa en 1866, et l'empereurFrançois-Joseph doit relâcher la pression sur les nationalités. Une diète transylvaine se réunit àSibiu où, pour la première fois, les Roumains sont représentés, et vote l'usage à égalité des trois langues, roumaine, hongroise et allemande dans l'administration (1863-1864). Un projet est présenté à l'empereur : l’Autriche, comme l'Allemagne, deviendrait une fédération de sept monarchies dont il serait le roi ou l’archiduc : Autriche,Bohême-Moravie,Galicie-et-Lodomérie, Hongrie,Croatie-Slavonie, Transylvanie,Dalmatie. Mais, pour ne pas contrarier la puissantearistocratied’Autriche etde Hongrie, l’empereur choisit de ne faire reposer l’équilibre de l’Empire que sur unpacte avec les seuls Hongrois qui fonde l’Autriche-Hongrie. Pour sa part, la Transylvanie est intégrée dans laGrande Hongrie, au grand dam des non-magyars[n 4].
La légende de « Dracula » est liée à la Transylvanie mais n'est pas une légende transylvaine : c'est une légenderomantique de l'époque victorienne, dont l'action se situe en Transylvanie… Elle a été forgée auXIXe siècle par l'écrivain irlandaisBram Stoker dans son fameux romanDracula, dont le titre est emprunté à l'histoire roumaine, mais où figurent aussi des éléments de biologiesud-américaine (leschauves-souris vampiresDesmodus rotundus). Quoi que puissent en dire certains guides et agences de tourisme, les deux princes Vlad de ladynastie des Basarab surnommés « Dracul » et « Țepeș » (ledragon etl'empaleur) étaientvoévodes deValachie, et non de Transylvanie. Vlad le Dragon était ainsi surnommé parce qu'il était chevalier de l'« ordre du Dragon ourobore », voué à la lutte contre lesTurcs ottomans. Aucunchâteau transylvain ne leur a jamais appartenu.
↑Ces divergences d'interprétation des mêmes faits, sont plus politiques qu'historiques : si lesjoupanats, éphémères, peuvent effectivement être considérés comme desvalachies dans la mesure où ils étaient gouvernés par des « Valaques » selon lejus valachicum, il n'en est pas de même pour la Transylvanie comme principauté, qui, quelle que soit la durée qu’on lui reconnaisse, était gouvernée par des princes en grande majoritémagyars (dont les prestigieuses famillesBethlen ouBáthory), selon des lois différentes de celles du Royaume, mais promulguées à laDiète par la noblesse magyare de Transylvanie, largement majoritaire dans cette assemblée. Quoi qu’il en soit, dans l’article en langue anglaise, seul le point de vue de l’historiographie hongroise figure, et lorsque des contributeurs y ajoutent le point de vue de l’historiographie roumaine, ce dernier est systématiquement effacé au motif que les sources roumaines disponibles ne sont, par principe, pas fiables.
↑Compte tenu du bilinguisme et du caractère non nationaliste des identités avant leXXe siècle, il est difficile de faire une comptabilité fiable par « nationalités » avant1780 : il n’est pas possible de savoir s’il y avait une majorité hongroise ou roumaine avant 1700 en Transylvanie et les polémiques nationalistes entre historiens hongrois et roumains biaisent l’intérêt scientifique. La toponymie révèle seulement que les Hongrois dominaient dans les plaines et le long des grands fleuves, tandis que les Roumains dominaient dans les piémonts (pays deMarmatie, Oaș, Crasna, Sălaj, Lăpuș, Năsăud, Gurghiu, Toplița, Vlăhița, Bihor, Zărand, Moților, Caraș, Vâlcu, Montana, Hațeg, Petroșani, Amlaș, Cibin, Făgăraș et Bârsa).
↑LeMemorandum des roumains deHongrie etTransylvanie est une pétition présentée le 28 mai 1892 à l’empereur François-Joseph à Vienne par237 délégués des Roumains de Transylvanie, menés par Ioan Rațiu, président du « Parti des Roumains deTransylvanie, duBanat, deCrișana et duMaramureș », partisans de l’« École transylvaine », exigeant des droits égaux sans distinction de langue et de religion, l’arrêt des persécutions et de lamagyarisation scolaire et administrative : à ce moment, leurs revendications étaient culturelles et pas encoreirrédentistes.
↑Robert John Weston Evans, T. V. Thomas,Crown, Church and Estates: Central European politics in the sixteenth and seventeenth centuries, Macmillan, 1991,p. 80-81.
↑Béla Köpeczi (dir.),History of Transylvania, 3 vol., Boulder, East European Monographs, 2001-2002.
↑Ioan Aurel Pop,Romanians and Romania : a brief History, Columbia University Press 1999,(ISBN0-88033-440-1) ; A. Dragoescu,Transilvania, istoria României, 2 volumes, Cluj 1997-1999 et manuel scolaire de Felicia Adăscăliței et Liviu LazărManual de istorie pentru clasa a 12-a - éd. Corvin, Deva, 2007(ISBN978-973-622-369-3).
↑En Transylvanie, lejus valachicum figurant dans une charte des privilèges de1383 est mis en cause depuis l'édit de Turda de1366. Bien que cet édit ne le mentionne pas ouvertement, cela en exclut les orthodoxes, c'est-à-dire la majorité des Transylvains. Après1437–38, l'échec de larévolte de Bobâlna achève de remettre en question les droits des joupans et des boyards roumains qui doivent choisir entre d'une part la perte de leurs privilèges et la chute dans leservage, ou d'autre part leur intégration, par passage au catholicisme, dans la noblesse hongroise, avec le titre d’ispán (comte) : Ioan Aurel Pop,Romanians and Romania : a brief History, Columbia University Press 1999,(ISBN0-88033-440-1) et A. Dragoescu,Transilvania, istoria României, 2 volumes, Cluj 1997–1999.
↑Alexandru Avram, Mircea Babeş, Lucian Badea, Mircea Petrescu-Dîmboviţa et Alexandru Vulpe (dir.),Istoria românilor : moştenirea timpurilor îndepărtate (Histoire des Roumains : l'héritage des temps anciens) vol.1, éd. Enciclopedică, Bucarest 2001,(ISBN973-45-0382-0).
↑Ioan Aurel Pop,Romanians and Romania : a brief History, Columbia University Press, 1999(ISBN0-88033-440-1).
↑Ioan Raica,Wahrheiten über Sachsen und Nachbarschaften im Kokeltal (« Réalités concernant les Saxons transylvains et leurs voisins dans le pays des Târnave »), éd. Tipomur, Târgu Mureș, 1995.
↑Béla Köpeczi (dir.),History of Transylvania, vol. II, Boulder, East European Monographs, 2001-2002.
↑Béla Köpeczi (dir.),History of Transylvania, vol. II et III.
↑Alexandru Avram, Mircea Babeş, Lucian Badea, Mircea Petrescu-Dîmboviţa et Alexandru Vulpe (dir.), Istoria românilor : moştenirea timpurilor îndepărtate (« Histoire des Roumains : l'héritage des temps anciens ») vol.1, éd. Enciclopedică, Bucarest 2001,(ISBN973-45-0382-0).
↑a etbBéla Köpeczi (dir.),History of Transylvania, vol. II et III, Boulder, East European Monographs, 2001-2002.
↑Henri Sacchi,La Guerre de Trente Ans, Paris, Éditions L'Harmattan, coll. Chemins de la mémoire, 2003, Nouv. éd. corr.: tome 1 :L'Ombre de Charles Quint, 450 p.,(ISBN2-7475-2300-4), tome 2 :L'Empire supplicié, 555 p.,(ISBN2-74752301-2) et tome 3 :Cendres et renouveau, 512 p.,(ISBN2-7475-2302-0) ; Victor-Lucien Tapié,La Guerre de Trente Ans, Paris, Sedes, coll. Les cours de Sorbonne, 1989, 452 p.
Béla Köpeczi (dir.),History of Transylvania, 3 vol., Boulder, East European Monographs, 2001-2002.(Traduction anglaise d'un ouvrage paru en 1986 en Hongrie, très documenté et précis mais contesté car militant uniquement en faveur du « point de vue hongrois » sur la région. Il existe une version abrégée en français disponible sur internet :Histoire de la Transylvanie, Budapest, Akademiai Kiadó, 1992).
A. Dragoescu (éd.),Transilvania, istoria României, 2 vol., Cluj, 1997-1999.(Ces volumes collectifs en roumain se veulent une réplique aux trois volumes dirigés par Köpeczi et sont tout aussi contestés, car militant uniquement en faveur du « point de vue roumain »).
Jean Nouzille,La Transylvanie, Strasbourg,Revue d’Europe centrale, 1993.
Harald Roth,Kleine Geschichte Siebenbürgens, Cologne, Böhlau Verlag, 1996.(Ouvrage bref mais qui s'efforce de garder l'équilibre entre les points de vue polémiques roumains et hongrois).