LePremier ministre de la République française ou plus courammentPremier ministre français, est lechef dugouvernement de laFrance sous laCinquième République. Nommé par leprésident de la République, le Premier ministre est habituellement issu d'un parti politique appartenant à la majorité de l'Assemblée nationale. Il peut par conséquent, ainsi que son gouvernement, être de la mêmemouvance politique que le président, ou appartenir à son opposition, ce qui met dans ce cas le pouvoir exécutif en situation decohabitation.
La fonction de Premier ministre succède à celle deprésident du Conseil des ministres, occupée par tous les chefs de gouvernements sous lesIIIe etIVe Républiques avec des pouvoirs différents. Depuis la création de la fonction en, la France a connu vingt-neuf Premiers ministres.
EnFrance, la reconnaissance d'un chef dugouvernement distinct du chef de l'État est relativement récente. Ledécret du[6] est le premier règlement à mentionner la présidence du Conseil[7],[8]. La loi du portant budget général pour l'exercice[9] est la première loi à la mentionner[10].
LaConstitution prévoit que leprésident de la République mette fin aux fonctions du Premier ministre sur la présentation par celui-ci de ladémission du gouvernement. Dans la pratique et hors cohabitation, le Premier ministre offre sa démission au président de la République sur requête ou sur ordre de celui-ci.
Sur la proposition du Premier ministre, il nomme les autres membres dugouvernement et met fin à leurs fonctions[C 2].
Le président de la République préside leConseil des ministres[C 3]. Le Premier ministre préside quant à lui leConseil de cabinet, réunion du gouvernement où est absent le président de la République (souvent lors de désaccord entre le président et le gouvernement).
Le Premier ministresupplée, le cas échéant, le président de la République dans la présidence desconseils et comités supérieurs de la Défense nationale[C 4]. Il peut, à titre exceptionnel, le suppléer pour la présidence d'un conseil des ministres en vertu d'une délégation expresse et pour un ordre du jour déterminé[C 5].
Contresigner des actes du président de la République
Le Premier ministrecontresigne tous les actes du président de la République à l'exception de ceux prévus aux articles8 (premier alinéa),11,12,16,18,54,56 et61 de la Constitution de 1958 qui sont des prérogatives propres au président de la République (nomination du Premier ministre, projet de référendum, dissolution de l'Assemblée nationale, exercice du pouvoir exécutif et législatif en cas de menace grave, message devant le Congrès, saisie du Conseil constitutionnel, nomination des membres du Conseil constitutionnel, demande au Conseil constitutionnel d'examiner une loi votée avant promulgation).
Chef du gouvernement, le Premier ministre en« dirige l'action »[C 6]. Son pouvoir de direction lui permet de donner des instructions aux ministres[25]. Il peut, par exemple, demander à tel ou tel ministre de préparer un projet de loi[25]. Mais il n'est pas le supérieur hiérarchique des ministres[pas clair][26],[27].
Legouvernement détermine et conduit la politique de la Nation. Il dispose de l'administration et de la force armée[C 7] avec leprésident de la République qui est le Chef des armées.
Le Premier ministre exerce le pouvoir réglementaire[C 8] (c'est-à-dire les normes juridiques qui ne sont pas du domaine de la loi[C 9]) et signe lesdécrets.
Il nomme aux emplois civils et militaires ; dans certains cas, le passage par le Conseil des ministres est obligatoire[C 8],[C 10].
Le Premier ministre peut demander la tenue de jours supplémentaires de séance[C 11], la réunion du Parlement en session extraordinaire[C 12] ou bien la possibilité pour une des assemblées de siéger en comité secret[C 13].
Les lois peuvent provenir du gouvernement (« projet de loi ») ou de membre(s) duParlement (« proposition de loi »).
Les projets de loi sont délibérés en Conseil des ministres après avis duConseil d'État et déposés sur le bureau de l'une des deux assemblées. Les projets deloi de finances et deloi de financement de la sécurité sociale sont soumis en premier lieu à l'Assemblée nationale. Les projets de loi ayant pour principal objet l'organisation des collectivités territoriales sont soumis en premier lieu auSénat[C 14].
Les textes sont ensuite discutés par les deux chambres, jusqu'à l'obtention d'un accord entre les deux. En cas de désaccord sur un projet de loi, le Premier ministre peut demander la réunion de laCommission mixte paritaire. S'il y a toujours désaccord, c'est l'Assemblée nationale qui a le dernier mot[C 15].
Le Premier ministre, après délibération du Conseil des ministres, engage devant l'Assemblée nationale la responsabilité du gouvernement sur son programme ou éventuellement sur une déclaration de politique générale.
L'Assemblée nationale peut renverser le gouvernement par le vote d'unemotion de censure.
Selon l'article 49 alinéa 3, dit d'« engagement de responsabilité », le Premier ministre peut, après délibération du Conseil des ministres, engager la responsabilité du Gouvernement devant l'Assemblée nationale sur le vote d'un projet de loi de finances, de financement de la sécurité sociale ou d’un autre projet ou une proposition de loi en débat à l’Assemblée nationale. Dans ce cas, ce projet est considéré comme adopté, sauf si une motion de censure, déposée dans les vingt-quatre heures qui suivent, est votée. Le Premier ministre peut, en outre, recourir à cette procédure pour un autre projet ou une proposition de loi par session[C 17].
Dans la pratique cela signifie que le Premier ministre doit être proche de la majorité à l'Assemblée. Le président de la République a la liberté de nommer une personnalité qui n'est ni député ni sénateur, avant sa nomination, à la tête du gouvernement : ce fut le cas deGeorges Pompidou, deRaymond Barre, ou deDominique de Villepin par exemple. Il est arrivé à trois reprises qu'un Premier ministre soit issu du camp adverse à la majorité parlementaire en place, à chaque fois pendant une courte période entre l'élection ou la réélection d'un président lui-même opposant à la majorité sortante et la tenue de nouvelles élections législatives : ce fut le cas pour lessocialistesPierre Mauroy etMichel Rocard, tous deux nommés Premiers ministres parFrançois Mitterrand après chacune de ses élections, respectivement en et, alors que la majorité sortante était dedroite, et pour l'UMPJean-Pierre Raffarin porté à ce poste parJacques Chirac après sa réélection en tandis que l'Assemblée nationale était encore pour un mois contrôlée par laGauche plurielle.
Si le Premier ministre est issu d'un courant politique opposé à celui duprésident de la République, on parle decohabitation car le Premier ministre applique sa propre politique et a l'autorité sur les autres ministres sans rendre de comptes au président de la République. Il peut alors exercer la plénitude des pouvoirs que lui attribue la Constitution.
LaConstitution du ne comporte pas de disposition relative à l'intérim du Premier ministre. Mais, en, par décret du publié le lendemain duJournal officiel[28],François Mitterrand, président de la République, a confié àLionel Jospin,ministre d'État,ministre de l'Éducation nationale,de la Jeunesse et des Sports, la charge d'assurer l'intérim deMichel Rocard, Premier ministre, pendant l'absence de ce dernier. Dans sa décisionno 89-268 DC du, leConseil constitutionnel a admis la légalité d'un tel décret et précisé le régime de l'intérim du Premier ministre : l'article 5 de la Constitution« habilite » le président de la République à« pr(endre) les dispositions nécessaires pour assurer la continuité de l'action gouvernementale » ; dans ce cadre, le chef de l'État peut prendre un« décret individuel chargeant un ministre de l'intérim du Premier ministre » ; un tel décret« produit effet immédiatement, sans attendre sa publication auJournal officiel » ; le ministre« possèd(e) l'intégralité des pouvoirs attachés à la fonction [de Premier ministre] qui lui (est) confiée à titre intérimaire » ; à ce titre, il a notamment« compétence pour engager la responsabilité du Gouvernement [devant l'Assemblée nationale] sur le vote d'un texte, en application du troisième alinéa de l'article 49 de la Constitution »[29].
Trois premiers ministres étaient décorés dans l'ordre de la légion d'honneur avant d'être nommés : Élisabeth Borne était chevalier depuis 2013, Michel Barnier était officier depuis 2006 et François Bayrou était officier depuis 2022.
À compter de 2012, le traitement brut du Premier ministre est ramené à 1,05 x 2 x la moyenne entre le traitement le plus bas et le traitement le plus haut des fonctionnaires occupant les emplois de l'État classés dans la catégorie dite « hors échelle », ce qui additionné aux indemnités de résidence et de fonction donne 14 910 € en ; c'est la même que celle du président de la République[35],[36],[37]. Celle d'un ministre la même année est de 9 940 €.
Le Premier ministre reçoit, comme les membres du gouvernement ou le président de la République, un traitement brut mensuel, une indemnité de résidence (tous deux soumis aux cotisations sociales obligatoires et imposables à l'impôt sur le revenu) et une indemnité de fonction. Il n'existe plus deprimes en liquide depuis 2001.
À compter de 2002, son traitement brut était de 1,5 x 2 x la moyenne entre le traitement le plus bas et le traitement le plus haut des fonctionnaires occupant les emplois de l'État classés dans la catégorie dite « hors échelle », ce qui additionné aux indemnités de résidence et de fonction donnait 21 300 € en[38].
À cela, il faut ajouter la prise en charge des dépenses téléphoniques et du courrier, ainsi que de tout déplacement lié à sa fonction[39].
UneCitroën C6, véhicule utilisé par le Premier ministre de 2008 à 2016.
Le Premier ministre dispose d'une voiture de fonction blindée avec chauffeur, en l'occurrence unRenault Espace V (auparavant uneCitroën C6 ou unePeugeot 607)[40]. Le parc automobile de Matignon comptait, jusqu'en 2008, environ150 véhicules, dont une trentaine utilisée par les membres du cabinet du Premier ministre et les autres par les services dépendant du chef du gouvernement mais confiés notamment à des secrétaires d'État[41], mais sur ce total une cinquantaine de véhicules ont été vendus[41].
Depuis et, l'ETEC dispose de deuxFalcon 7X, baptisésCarlaOne par les aviateurs de l'Armée de l'air[43], en référence à l'épouse du présidentCarla Bruni-Sarkozy et à l'avion présidentiel américainAir Force One. Tous deux assurent soit la desserte lors de courtes distances des membres du gouvernement ou du président, soit le rôle d'avion de secours de l'appareil présidentiel (ou du Premier ministre) principal en cas de soucis techniques[44].
SurnomméAir SarkoOne par la presse[45], unAirbus A330-200 a été acheté en2009 à la compagnieAir Caraïbes afin de pallier la capacité et l'autonomie jugées insuffisantes desAirbus A319CJ, qui, eux, seront revendus[46]. Lenouvel appareil présidentiel a été entièrement aménagé en vue de sa nouvelle utilisation (notamment en comprenant un espace privé pour le président, un bureau, une salle de réunion, une salle de communication et une cuisine). Il entre en fonction le, à l'occasion du déplacement deNicolas Sarkozy àSéoul, enCorée du Sud, dans le cadre du15e sommet du G20[47]. Bien que généralement utilisé par le président de la République, l'A330 reste à la disposition du Premier ministre ou de tout autre membre du gouvernement ; ainsi, endécembre 2010, dans le cadre d'un sommet de l'OSCE organisé àAstana auKazakhstan, le Premier ministreFrançois Fillon a effectué le voyage depuisParis à bord de celui-ci.
Depuis la mise en place duquinquennat, il est de tradition que le Premier ministre présente après l'élection présidentielle la démission de son gouvernement au président de la République sortant. Auparavant, il présentait cette démission au nouveau président de la République. Dans tous les cas, le Premier ministre démissionnaire reste en place pour expédier lesaffaires courantes jusqu'à la nomination du Premier ministre choisi par le nouveau chef de l'État[50]. C'est également le cas hors du cadre de la transition entre deux présidents de la République, lorsque le Premier ministre démissionne et est reconduit ou remplacé par un autre.
Michel Barnier est le Premier ministre le plus âgé de la Cinquième République en début de fonction, à 73 ans, 7 mois et 27 jours. Il dépasse le record dePierre Bérégovoy datant de 32 ans auparavant.
Gabriel Attal est le plus jeune Premier ministre. Nommé à 34 ans, 9 mois et 24 jours, il bat le record détenu pendant 39 ans parLaurent Fabius.
Gabriel Attal, est également le Premier ministre le plus jeune en fonction, quittantMatignon à 35 ans, 5 mois et 20 jours le 5 septembre 2024.
François Bayrou, nommé à 73 ans, 6 mois et 16 jours, devient le 30 avril 2025 à 73 ans, 11 mois et 5 jours, le Premier ministre français en fonction le plus âgé. Il quitte Matignon le 9 septembre 2025 à 74 ans, 3 mois et 15 jours.
Le président de la République a une complète liberté pour désigner le Premier ministre[55]. Il est d'usage qu'en cas de cohabitation, le Premier ministre désigné soit du parti ou de la coalition majoritaire à l'Assemblée Nationale mais l'article 8 de la constitution indique uniquement que « le Président de la République nomme le Premier ministre »[56]. Lorsque le président de la République nomme le Premier ministre, il peut le faire en retour à une alliance politique (cas deJacques Chaban-Delmas en 1969, ou deJacques Chirac en 1974) ou par composition avec l'opinion (cas deJean-Pierre Raffarin en 2002 ou dePierre Mauroy en 1981). En particulier,Michel Rocard, nommé en « lecture d'une situation politique », avait des relations très froides avec le présidentFrançois Mitterrand. Le président peut récompenser un ami, un « fidèle », commeAlain Juppé en 1995. Enfin, dans unrégime plus présidentiel, une personnalité qui ne fera pas d'ombre est préférée, commeFrançois Fillon pourNicolas Sarkozy,Jean-Marc Ayrault pourFrançois Hollande etJean Castex puisÉlisabeth Borne pourEmmanuel Macron[57].
Premiers ministres en fonction ayant exercé simultanément un autre portefeuille ministériel
Depuis le 16 mai 2022, tous les Premiers ministres (Élisabeth Borne,Gabriel Attal,Michel Barnier,François Bayrou et Sébastien Lecornu) ont été également chargé(e)s de la Planification écologique et énergétique.
La région parisienne domine les origines géographiques avec 13 Premiers ministres nés enÎle-de-France, tandis que 3 sont nés à l’étranger : Édouard Balladur enTurquie, Dominique de Villepin auMaroc etManuel Valls enEspagne[61].
Deux Premiers ministres ont par la suite accédé à la présidence de la République :Georges Pompidou en 1969 et Jacques Chirac en 1995. Jacques Chirac avait échoué au premier tour del'élection présidentielle de 1981 et au second de celle de1988[62].
D'autres Premiers ministres se sont portés candidats à la présidence de la République mais ont été éliminés ; soit dès les primaires de leur camp (Laurent Fabius à laprimaire socialiste de 2006, Alain Juppé à celle de la droite et du centre de 2016, et Manuel Valls au second tour de celle dessocialistes en 2016), soit au premier tour du scrutin présidentiel (Jacques Chaban-Delmas en 1974,Michel Debré en 1981,Raymond Barre en 1988, Édouard Balladur en 1995, Lionel Jospin en 2002, etFrançois Fillon en 2017). Édouard Philippe est officiellement candidat à l'élection présidentielle de 2027 depuis 2024[63].
La carrière locale reste une étape fréquente : 19 Premiers ministres ont exercé le mandat de maire, traduisant un ancrage territorial fort. Par exemple, Jacques Chirac a été maire deParis, Raymond Barre maire deLyon, Jacques Chaban-Delmas et Alain Juppé maires deBordeaux,Pierre Mauroy maire deLille,Jean-Marc Ayrault maire deNantes, Édouard Philippe maire duHavre, ou encore François Bayrou maire dePau[64]...
Enfin, seuls 5 Premiers ministres n’avaient jamais été membre d'aucun gouvernement avant leur nomination : Georges Pompidou, Pierre Mauroy, Jean-Marc Ayrault, Édouard Philippe et Jean Castex[65],[66].
La première source de l'article est la Constitution de 1958, disponible en lignesur Légifrance notamment. Il est possible également de se reporter à l'article wikipédiaConstitution française de 1958, aux articles sur chaque article de la Constitution et aux références associées.
↑Le président du Sénat est souvent erronément présenté (même sur le site de la présidence du Sénat) comme leno 2, voir leparagraphe Ordre protocolaire sur l'article du président du Sénat. Néanmoins en cas de vacance du pouvoir c'est lui qui assure l’intérim de la présidence de la république.
L'enfer de Matignon, documentaire en quatre parties (1 : L'antichambre ; 2 : Le bureau ; 3 : Les couloirs ; 4 : Le vestibule) de Philippe Kohly, diffusé surFrance 5, à partir du.