| Pongal | |
Illustration stéréotypique du Pongal : Marmite de riz mis au feu et en ébullition;Cannes à sucre en décoration; Réalisation dekolam (mandala) colorés; Fond desoleil (évoquantSurya). | |
| Observé par | Tamoulophoneshindous(essentiellement) |
|---|---|
| Type | Célébration religieuse et/ou agricole |
| Signification | Solstice d'Hiver etMoisson du mois deThai |
| Date | Premier jour deThai (Thai Pongal)(14 ou 15 janvier) |
| Célébrations | Feu de joie, repas autour de la préparation rituelle d'unpongal ou d'unpukkai (riz au lait), échange de cadeaux, célébration du bétail, visite de temples, temps et sorties de loisirs, etc. |
| Lié à | Makar Sankranti,Calendrier tamoul |
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LePongal —பொங்கல் (poṅkal) littéralementbouilli par-dessus entamoul — ouSankranti (சங்கராந்தி (caṅkarānti)), est unefête des moissons et dusolstice du sud dusous-continent indien, observée par les populationstamoulophones, lestamouls. Il s'inscrit dans la célébration plus large duMakar Sankranti, qui est une fête desmoissons et d'actions de grâce, mais aussi propitiatoire de l'Inde[1], rencontrée dans la plupart des régions du pays.
Le Pongal est historiquement une fête séculière[2], c'est-à-dire célébrée par une grande partie de la société, par-delà les distinctions religieuses. Bien que Pongal soit lié à l'hindouisme par la symbolique, les rituels, les pratiques et les croyances qui s'y manifestent. Son observation peut être ainsi remarquée parmi les chrétiens et plus rarement les musulmans, surtout ceux influencés par le monde rural ou agricole, avec toutefois des variations[3]. Depuis la seconde moitié duXXe siècle, s'ajoute aussi une dimension exclusivement ethnique, forgée par des mouvements identitaires et politiques qui ont récupéré et réorienté cette fête selon leur imaginaire, un aspect qui s'est en partie répandu dans les milieuxdiasporiques.
Principalement célébré enInde méridionale, surtout auTamil Nadu et dans leTerritoire de Pondichéry, il l'est aussi àSingapour, enMalaisie et auSri Lanka, où il existe des communautés tamoules. Par ses rites et croyances, le Pongal est à rapprocher des autres festivités du Makar Sankranti en Inde, particulièrement ceux de l'Andhra Pradesh (సంక్రాంతి (saṅkrānti) entélougou) qui lui sont très similaire. AuKarnataka et auMaharashtra, la fête de Sankranti (ಸಂಕ್ರಾಂತಿ (saṅkrānti) encanarais ;संक्रांत (saṅkrānti) enmarathe) célèbre la culture dusésame. AuGujarat, appeléeUttarayan (ઉત્તરાયણ), elle prend la forme d'un concours decerf-volant. AuPendjab et enHaryana elle est célébrée sous le nom deLohri, avec unfeu de joie.
Le Pongal est parfois surnommé deTamizhar Thirunal, c'est-à-dire la « Fête » ou le « Grand Jour » des tamouls. La fête a lieu généralement le 14 ou le 15 janvier qui est le premier jour du mois deThai ducalendrier tamoul. Un proverbe tamoul dit :Thai Pirandhal Vazhi Pirakkum (தை பிறந்தால் வழி பிறக்கும்), soitLa naissance du mois de Thai pave la route à de nouvelles opportunités.
Au Tamil Nadu, la fête dure traditionnellement quatre jours. Au cours du premier,Bhogi, les vieux tissus et vêtements sont jetés et brûlés, marquant le début d'une nouvelle vie. Le deuxième jour, le jour du Pongal proprement dit, ouThai Pongal, chaque foyer prépare un plat deriz au lait. Tôt le matin, on met à bouillir du riz avec du lait frais et dupain de vesou (sucre de canne ditjaggery), en laissant le mélange déborder, ce qui explique le nom de la fête. Les gens préparent des en-cas et des desserts, se rendent visite et échangent des vœux. Le troisième jour,Mattu Pongal, est destiné à rendre grâce auxvaches et auxbuffles, car la légende dit que le bétail accepta d'aider l'homme à labourer les champs, à seule la condition d'être fêté et honoré une fois par an. Dans les régions méridionales de l'État, sont organisés à cette occasion des tournois deJallikattu, une pratiquetauromachique sociale et sportive, où des compétiteurs se mesurent pour contrôler des taureaux d'élevage appelés parfois leskōyil kāḷai (கோயில் காளை) ou « taureaux de temple ». Le dernier jour,Kanum Pongal — « kanum » signifiantà voir — est l'occasion de visites ou de sorties deloisirs entre proches ou connaissances, constituant depuis une date majeure dans les secteurs dudivertissement (notamment lecinéma) et dutourisme[4],[5]. Durant cette période les gens consomment de lacanne à sucre et décorent leur maison avec deskolam.
Sous l'influence d'idéologies politiques et culturelles telles que leDravidianisme ou leNationalisme tamoul, le Pongal a connu depuis le début duXXe siècle unerécupération politique encourageant sa célébration en tant queNouvel an « ethnique »[6]. Une pratique nouvelle qui entre en conflit avec la fête dePuthandu, le nouvel an ducalendrier tamoul, influencé par lecalendrier hindou et observé au printemps.
Bien que lePuthandu soit à la fois le nouvel an historiquement et coutumièrement suivi par les populations tamoulophones, ses racines védiques et sanskritisantes ont été une source de mécontentement ancien parmi les cercles intellectuels et politiques dravidiens ou tamoulistes[6],[7]. Ces derniers considèrent que le « nouvel an des tamouls » serait à l'origine celui d'un calendrier décorrélé au calendrier hindou, prenant départ au mois detai (janvier-février) et non au mois decittirai (avril-mai)[6]. Le parti politique régional du DMK (Dravida Munnetra Kazhagam) et son chefM. Karunanidhi, qui adhèrent ouvertement à cette théorie, officialisent Pongal en tant que Nouvel an tamoul durant leur mandat dans la gouvernance du Tamil Nadu en 2008[7]. Ce changement ne sera pas adopté par la large majorité de la population du Tamil Nadu, hors des milieux sympathisants au DMK et aux idéologies dravidiennes et tamoulistes. En 2011,Jayalalithaa Jayaram, cheffe du parti d'opposition AIADMK (All India Anna Dravida Munnetra Kazhagam), réaccède au poste deministre en chef de l'État du Tamil Nadu et fait annuler cette résolution impopulaire prise par son prédécesseur[6],[7].
La nouvelle accession au pouvoir du DMK en 2022 (gouvernement en exercice actuellement) a relancé cette controverse[7].
AuKarnataka, la fête est l'occasion de visiter ses voisins, ses amis et ses parents pour échanger des vœux. On prépare alors un plat appeléEllu fait de graines desésame, denoix de coco, desucre, etc.
Pongal est une célébration aussi connue sur l'île deCeylan, fêtée parmi lestamoulophones sri lankais. La fête y dure traditionnellement deux jours, avec une focalisation sur leThai Pongal, qui constitue le premier jour de célébration[8]. Un plat similaire ausakkarai pongal indien, lechakkarai saatham ouchakkarai pukkai, appelékichadi oukhichdi ailleurs sur l'île, est coutumièrement cuisiné avec duriz rouge, desharicots mungo, du lait (dulait de coco,de bufflonne oude vache) et dusucre de palme (jaggery dePalmier de Palmyre)[9],[10],[11].
Pongal est mentionné dans une inscription trouvée au temple de Viraraghava Svami (Vishnou) àTiruvallur, près deMadras[12]. Attribuée au roichola KulottungaI (r. –), celle-ci décrit l'octroi d'un terrain au temple, afin d'y célébrer annuellement la fête. Le texte liturgiqueshivaïte duTiruvempavai, composé auIXe siècle parManikavacakar, est également remarqué pour sa description détaillée du Pongal[12]. Il apparaît aussi dans de nombreux autres ouvrages et inscriptions en langue tamoule, où on l'identifie sous des noms ou orthographes tels quepoṉakam outirupoṉakam. Des inscriptions de temples, datées des périodes chola etvijayanagara, explicitent desrecettes similaires à celles du pongal moderne, avec des variations sur les assaisonnements ou garnitures, et dans la proportion des ingrédients. Les termespoṉakam ettirupoṉakam peuvent aussi signifier le statut deprasāda (offrande) de ce mets, offert dans le cadre des repas servis par les cantines des temples hindous du sud de l'Inde, lors de grandes célébrations (fêtes religieuses,brahmotsavam) et au quotidien (fidèles et pèlerins)[13].

La fête a une significationastronomique etastrologique, elle marque le début de la période de l'Uttarayana, celle où le soleil parcourt dans le ciel ses six mois de course les plus septentrionales. Dans l'hindouisme,Uttarayana est considéré comme auspicieux, opposé àDakshinaayana, le mouvement méridional du soleil. C'est dans cette période que l'on planifie les évènements importants. Makara Sankranthi fait référence à l'entrée du soleil dans lesigne zodiacal duMakara, c'est-à-dire duCapricorne. Pongal est ainsi aussi une fête dusolstice d'hiver.
En Inde, le riz employé pour la confection du plat de fête était traditionnellement du « riz nouveau », c'est-à-dire celui obtenu lors de la dernière récolte[14], liée à la saison agricole diteSamba (de août à janvier). Cette saison constitue la période de culture la plus importante dans le calendrier agricole du Sud-Est de l'Inde. Le pongal (« bouillie ») préparé à la moisson deThai étant uneoffrande (प्रसाद (prasāda) ouபடையல் (paḍaiyal)) faite aux divinités, en particulier à la déité solaire,Sûrya[14]. Sur l'île de Ceylan, on parle plutôt de la saison diteMaha (de octobre à mars), qui est également la principale période de culturecéréalière au Sri Lanka. Dans la partiecingalophone du pays, l'Alut Sahal Mangalle ouAluth Sahal Mangalya est une célébration semblable qui a lieu en janvier[14], après l'achèvement de la moisson deMaha. Une quantité dédiée des récoles est amenée dans lestemples bouddhistes (notamment auDalada Maligawa deCandy[15],[16]) et lesdevale (pagodespaïennes, d'influence hindoue), offerte auBouddha et aux divinités.
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