Pour l'expression latine, voirPollice verso.
Cet article est uneébauche concernant lapeinture et laFrance.
| Artiste | Gérôme |
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| Date | |
| Type | Huile sur toile |
| Technique | |
| Dimensions (H × L) | 100,3 × 148,9 cm |
| Mouvement | |
| No d’inventaire | |
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Pollice Verso (« Pouce vers le bas ») est un tableau dupeintrefrançaisJean-Léon Gérôme réalisé en1872. Cettehuile sur toile, destyle académique, est conservée auPhoenix Art MuseumÉtats-Unis dePhoenix, aux États-Unis.
Ce tableau aurait inspiré une scène du filmQuo vadis ? (1913) d'Enrico Guazzoni, et c'est en voyant une copie de cette peinture exposée aux États-Unis queRidley Scott aurait envisagé de réaliser son péplumGladiator (2000).

Ungladiateur armé d'un casque, d'une courte épée et d'un bouclier, presse de son pied la carotide d'un jeunerétiaire terrassé, dont le doigt tendu implore grâce. À côté de la loge impériale, lesvestales et la foule réclament la mort en tournant le pouce vers le bas (pollice verso)[1].
Avec une précision réaliste, Gérôme a peint minutieusement les armures des gladiateurs et a précisé les traits de lumière filtrant par les ouvertures desvelaria. Il s'est inspiré dumausolée de Glanum pour le décor du panneau du podium. Le peintre a également développé la mythologie desmunera (comme dans son tableauAve Caesar Morituri te salutant) : jugement du public voyeuriste savourant son pouvoir de vie ou de mort apparent (avec le pouce levé et abaissé), tribune officielle avec l'empereur cynique qui manipule les masses[2]. En réalité, Gérôme mêle dans son tableau cinq siècles de gladiature et interprète mal les sources antiques. Les spectateurs voulaient assister à de belles passes d’arme entre des gladiateurs qui combattaient par paires, et ne venaient pas voir des hommes s'entre-tuer, même si, avec l'excitation, ils pouvaient réclamer du sang. Des paris (lessponsiones) étaient échangés, si bien qu'un instructeur se trouvait derrière les gladiateurs et, de peur que le combat ne soit arrangé en faveur d'un pari, criait auxlorarii (littéralement les « fouettards » prêts à stimuler les gladiateurs réticents avec des coups de fouet — lora —, d'arme blanche ou des fers brûlants),« Jugula ! Verbera ! Ure ! » (« Égorge, frappe, brûle ! »)[3].

Lorsqu'un combattant était blessé et incapable de continuer la lutte, il déposait ses armes, s'allongeait sur le dos et levait la main gauche pour demander grâce. Les spectateurs s'écriaient« Habet ! » ou« Hoc habet ! » (littéralement« Il en a ! »,« Il en tient ! » sous-entendu du fer, pour signifier qu'il a son compte), ce qui appelait les arbitres à interrompre le combat[4]. L'organisateur des jeux (appeléeditor), souvent l'empereur prenait sa décision, généralement après avis du public (lequel criaitmitte oumissum « laisse-le »,jugula « égorge-le » oustante missi « renvoyé debout », signifiant match nul), qui était adressée à l'arbitre, ce dernier la communiquant au gladiateur vainqueur[5]. L'editor décidait également en fonction de ses moyens, car une vedette coûtait très cher, et si elle était mise à mort, il devait rembourser lelaniste, ce qui explique que cette décision était peu fréquente : il a été estimé que chaque gladiateur risquait une fois sur dix d’être égorgé[6].
L'artiste choisit d'interpréter le mot latinverso (tourné) comme « tourné vers le bas ». Les textes de l'Antiquité, ceux deJuvénal[Note 1] et de l'auteur chrétienPrudence en particulier[Note 2], évoquent bien le peuple en train d'ordonner la mort d'un gladiateur « en renversant le pouce » (en latin :verso pollice) ; mais certains latinistes interprètent plutôt ces deux mots comme « le pouce tendu », voire « le doigt pointé » vers le gladiateur qu'on voulait voir mourir. Il est en effet difficile d'imaginer les organisateurs des jeux dans de grandes arènes comme pouvant décompter les gens tournant le pouce vers le haut ou vers le bas[7]. Le signe de mort, bien plus visible de tous, était peut-être un ou plusieurs doigts tendus (symbole de la lame blanche, de la mort) vers le vaincu ou un geste différent selon les arènes tandis que le signe de grâce, selon un texte deMartial[8] interprété parÉric Teyssier, serait des tissus (mouchoir, foulard) agités par les spectateurs[9].
L’auteur latinFestus Grammaticus nous rapporte une chanson entonnée par lerétiaire, adversaire traditionnel dumirmillon, qui criait dans les arènes : « Pourquoi fuis-tu Gaulois, ce n’est pas à toi que j’en veux, c’est à ton poisson » (Non te peto, piscem peto. Quid me fugis, Galle ?). C'est pourquoi Gérôme, dans son tableau, fait figurer un poisson sur le devant du casque du mirmillon triomphant.
La signature de l'auteur se trouve sur le mur en bas à droite : J.L.GEROME.

