Lespoissons-perroquets (Scaridae) constituent une grande famille de poissons marins tropicaux qui font partie intégrante du vaste sous-ordre desLabroidei (comprenant aussi bien des poissons d’eau douce comme lesCiclidés que d’eau de mer avec par exemple lespoissons-clowns, ou encore leslabres).
Les poissons-perroquets se déplacent selon l’espèce en groupe de taille variable ou de manière solitaire. Ils nagent tous avec leurs nageoires pectorales.
La dénomination commune de perroquet provient de deux caractéristiques physiques remarquables :
- la couleur vive de la livrée des mâles dominants qui revêt des nuances de bleu, de vert et parfois de rose.
- la composition de leurmâchoire en unbec robuste issu d’une fusion entre les dents leur permettant ainsi de gratter la surface des roches ou des coraux morts pour se nourrir[3].
Il est important de noter que la livrée de ces poissons varie énormément au cours de leur vie en fonction de leur maturité et de leur rang au sein du groupe. Il existe une phase juvénile, puis une phase adulte dite « initiale », où les mâles et les femelles sont semblables avec des teintes ternes (grises à brunes) puis une phase terminale où le poisson change de sexe s’il était femelle et devient très coloré. Entre ces trois phases, il peut également exister des phases intermédiaires plus ou moins marquées. Les Scaridae dont le statut sexuel est connu sont ainsi tous« hermaphrodites protogynes »[4], à l’exception du perroquet des herbiers (Leptoscarus vaigiensis)[5], qui est gonochorique (chaque sexe est fixé à vie dès l’éclosion). La plupart sont diandriques[6], ce qui signifie qu’ils connaissent une phase initiale (femelles et mâles primaires), et une phase terminale (mâles secondaires). L’ensemble de ces variations de livrée rend particulièrement difficile l’identification entre les espèces : dans certains cas le risque de confusion est grand et ce même pour les spécialistes[7].
Au niveau du squelette, ces poissons portent 9 épines dans la nageoire dorsale et 10 rayons mous ; 3 épines dans la nageoire anale pour 9 rayons, une épine et 5 rayons dans les nageoires pelviennes, et 11 rayons branchus dans la caudale. Ils possèdent 25 vertèbres, et laligne latérale s'étend sur 22 à 24 écailles[3]. Parmi les critères de distinction des genres,Hipposcarus,Chlorurus etScarus présentent sur la mâchoire une canine latérale pointue. Si presque tous ces poissons ont les dents fusionnées en bec, seul le genreCalotomus présente des dents encore individualisées[8].
Les poissons-perroquets ont une activitédiurne axée principalement sur le nourrissage en parcourant leur territoire en solitaire ou en groupes homogènes ou mixtes, c'est-à-dire avec d’autres espèces de poissons-perroquets ou avec d’autres familles de poissons herbivores comme lespoissons-chirurgiens[11].
La nuit, les poissons-perroquets se reposent soit à l’abri dans des anfractuosités durécif, sous des roches, dans les épaves ou posés sur lesubstratum[12] ; la plupart dorment dans un cocon de mucus (voirplus bas).
Bien qu'ils soient considérés comme majoritairementherbivores[3], les poissons-perroquets mangent une grande variété d'organismes de récif, et ils ne sont pas nécessairement végétariens. Des espèces comme leperroquet à bosse (Bolbometopon muricatum) et plusieursChlorurus intègrent une large part decorail (polypes) dans leur alimentation[13]. Les dents poussent continuellement, pour compenser l'usure due à l'alimentation[14]. Lesdents pharyngiennes broient lecorail et en libèrent lesalgues coralliennes[15] que le poisson assimilera via son long intestin. Le calcaire ingéré est par la suite rejeté sous forme de nuage de sédiments[12].
Au sein de la famille, il existe deux types selon leur mode d'alimentation : les « broyeurs » (excavators) et les « gratteurs » (scrapers)[16]. Les premiers (tous lesChlorurus, ainsi queBolbometopon,Cetoscarus etSparisoma viride) sont pourvus d'un bec particulièrement puissant, et laissent des traces profondes dans le corail, se nourrissant des polypes. Les seconds se contentent de gratter le film algal superficiel, sur la roche ou le corail mort[3]. Seul le puissantBolbometopon muricatum se nourrit principalement de corail[16], les autres ayant une alimentation plus diversifiée et constituée notamment d'herbes marines et d'algues, comme celles du genreHalimeda. Les morceaux de roche ingérés pendant le nourrissage aident à digérer les algues dures (on parle, comme chez les oiseaux, degastrolithes)[3].
Les juvénilesCetoscarus bicolor sont très différents des individus matures des deux sexes, et souvent pris à tort pour une autre espèce.
Le particularisme sexuel est de règle chez les poissons-perroquets tout comme chez leurs proches parents leslabres et lespoissons-clown.
Il existe plusieurs cas de figures dont voici les deux plus fréquents :
Le premier cas est lié une métamorphose sexuelle et concerne un certain nombre d’espèces qui pratiquent l’hermaphrodisme successif de typeprotogyne. Ce qui signifie que les individus juvéniles sont d’abord femelles (nommé stade initial) à leurmaturité sexuelle puis mâles (stade terminal).
Le second cas est plus conventionnel, les adultes matures (stade initial) sont sexuellement déterminés, ils sont mâles ou femelles avec une livrée semblable. Seul le mâle dominant au sein du groupe est en stade terminal avec une livrée chatoyante.
Le groupe constitue donc un harem avec toujours un mâle dominant en stade terminal qui a le privilège de pouvoir se reproduire avec les femelles du groupe[3]. En échange, ce mâle défend le territoire. À sa mort, il sera remplacé par un individu en stade initial appartenant à la communauté, ce sera donc selon l’espèce un mâle ou une femelle changeant de sexe[11].Ils fraient généralement en pleine eau et leurponte est de typepélagique[3].
Avant de dormir, un certain nombre de poissons-perroquets, dont lepoisson-perroquet royal, sécrètent une sorte demucus[17] via des glandes operculaires[12] et qui en environ trente minutes constitue une sorte decocon protecteur dans lequel ils passeront la nuit[3]. Il semble en effet que lecocon empêche leursprédateurs de percevoir leur odeur[18].
Cecocon demucus peut également servir comme système d'alerte avancé, en permettant au poisson perroquet de s'enfuir lorsque des prédateurs tels que lesmurènes touchent à cette enveloppe protectrice. Lemucus a des propriétésanti-oxydantes qui peuvent lui servir également à réparer des dommages corporels[17], ou à repousser desparasites, tout en procurant une protection accrue contre la lumièreultra-violette[17].
L’activité de grattage des algues pour se nourrir des poissons-perroquets joue un rôle important au sein de l’écosystème récifal car elle limite le développement de certainesalgues qui pourrait nuire à l'épanouissement ducorail dur.En outre, les déjections de poussière de corail des poissons-perroquets, dont la quantité est estimée en moyenne à une tonne par hectare, par an et par individu[12], contribuent à la consolidation du récif par le dépôt de ces déjections dans les interstices et participent aussi grandement à la production desable corallien des plages tropicales[3].
Depuis 2020, toutes les espèces de poissons-perroquets sont strictement protégées aux Maldives[19].
Certains gros poissons-perroquets font l'objet d'une pêche commerciale dans plusieurs pays tropicaux[3], sans qu'ils soient considérés comme des poissons de premier choix (leur chair est relativement dure).
Les perroquets ne sont pas de bons poissons d'aquarium, trop habitués à une grande mobilité et surtout à devoir user en permanence leur bec sur des roches dures pour l'empêcher de pousser trop long[3].
On compte actuellement environ 100 espèces réparties en 10 genres[3].
En 1958, Schultz[20] divise la famille des Scaridés en deux sous-famillesSparisomatinae etScarinae. Cette séparation se fonde sur une phylogénie qui met en évidence une division de la famille dans la répartition de plusieurs caractéristiques internes et externes[21]. Cette division est rejetée par Bellwood en 1994 qui montre queSparisomatinae est paraphylétique[22].
↑R. B. Langerhans,Evolutionary consequences of predation: avoidance, escape, reproduction, and diversification,in Elewa, A.M.T. ed.Predation in organisms: a distinct phenomenon, Heidelberg, Allemagne,Springer-Verlag,(lire en ligne),p. 177-220,