Il est l'auteur d'une monumentaleencyclopédie intituléeHistoire naturelle (Naturalis Historia), publiée vers 77 et comptant trente-sept volumes. Cet ouvrage, le seul de Pline l'Ancien qui soit parvenu jusqu'à nous, a longtemps été une importante référence scientifique et technique. Pline a en effet rassemblé le savoir de son époque sur des sujets variés, tels que lessciences naturelles, l'astronomie, l'anthropologie, lapsychologie et lamétallurgie.
Pline l'Ancien,chevalier romain, naquit sous le consulat d’Asinius Pollion et deCaius Antistius Vetus en 23 de l'ère chrétienne, soit l'an de Rome 776. Une incertitude persiste sur le lieu de sa naissance :Vérone, selon les uns,Côme (Novocomum)[1],[2],[3], selon d'autres[4]. Ce qui fait croire que Pline est de Vérone, c'est que des manuscrits portent en effet Plinius Veronensis, et que Pline lui-même, dans sa préface, appelle d'un mot militaireCatulle son pays(conterraneus) ; or Catulle était de Vérone. En faveur de Côme, on remarque qu'Eusèbe de Césarée, dans saChronique, joint au nom de Pline l'épithète de Novocomensis ; mais Eusèbe et les écrivains postérieurs ont longtemps confondu Pline l'auteur de l'Histoire naturelle etPline le Jeune, son neveu, l'auteur desLettres et duPanégyrique de Trajan. L'argument le plus considérable en faveur de Côme est le nombre d'inscriptions trouvées dans cette ville où le nom de Pline revient souvent : elles ne sont pas, il est vrai, relatives à notre Pline, mais du moins elles montrent qu'à Côme ce nom était commun, et l'on en tire la conclusion que notre auteur pouvait être aussi de cette ville ; mais ce point ne paraît pas avoir trouvé sa conclusion définitive.
Pline l'Ancien était membre de la classe sociale deschevaliers romains(equites) par sa mère, fille du sénateur Caius Caecilius de Novum Comum[5]. Venu dans sa jeunesse de Côme à Rome, il fut mis à l'école des rhéteurs, selon la coutume, puis commença une carrière équestre, dans l'administration impériale. Avant 35[6], son père Caius Plinius Celer l'emmena àRome, où il confia son éducation à un de ses amis, le poète et généralPublius Pomponius Secundus. Pline y acquit le goût d'apprendre, qu'il conserva toute sa vie. Deux siècles après la mort desGracques, le jeune homme put admirer certains de leurs manuscrits autographes, dans la bibliothèque de son maître. Il leur consacra plus tard une biographie. Pline mentionna lesgrammairiens etrhétoriciensRemmius Palaemon etArellius Fuscus dans saNaturalis historia[7], et fut sans doute leur élève. À Rome, il étudia labotanique autopiaire d'Antonius Castor et vit les anciens « arbres lotus » sur les terrains qui avaient appartenu auparavant àCrassus[8]. Il assista probablement au triomphe deClaude Ier sur laBretagne, en 44 (III, 119). Sous l'influence deSénèque, il devint un étudiant passionné dephilosophie et derhétorique et commença à exercer la fonction d'avocat.
Il servit en 47 commetribun militaire[9] enGermanie sous les ordres deCnaeus Domitius Corbulo[10] : c'était un poste à l'état-major qui le plaçait sous les ordres directs du commandant dedistrict. Officier dupraetorium, il y retrouva le généralPublius Pomponius Secundus, fin lettré. Il participa à la conquête romaine desChauques, tribu germanique du littoral Nord-Ouest et à la construction du canal entre leRhin et laMeuse. En tant que jeune commandant d'un corps de cavalerie (præfectus alae[11]), il écrivit, dans ses quartiers d'hiver, un essai sur l'art de lancer lejavelot à cheval(de jaculatione equestri).
Il séjourne enGaule narbonnaise comme administrateur des finances impériales et recueille des observations locales sur les sujets les plus divers : les vents, l'hydrographie duRhône, la flore et la faune, les productions agricoles, etc.[12]. Il apprit la signification d'un certain nombre de motsceltiques. Il nota les sites associés à l'avancée romaine en Germanie, et les lieux des victoires deDrusus. Il accompagna Pomponius, ami de son père, en expédition contre lesChattes (50) et visita la Germanie pour la troisième fois, en tant que compagnon du futur empereurTitus Flavius (Praef. § 3).
Préfet de la flotte deMisène[13], il assiste à l'éruption duVésuve, qui touchePompéi et cause sa propre mort alors qu'il fait l'observation de ce phénomène volcanique en tentant de porter secours à des amis ; le récit en est fait par son neveuPline le Jeune (Lettres 6, 16 et 20, adressées à l'historienTacite).
SousNéron, il vécut principalement à Rome. Il mentionna la carte d'Arménie et les abords de lamer Caspienne qui fut cédée à Rome par le personnel de Corbulo en 59 (VI, 40). Il assista aussi à la construction de laDomus Aurea de Néron après le grand incendie de 64 (XXXVI, 111).
Entre-temps, il compléta les vingt livres de sonHistoire des guerres germaniques, seul ouvrage de référence cité dans les six premiers livres desAnnales deTacite (I, 69). Cet ouvrage fut probablement l'une des principales sources de renseignements sur la Germanie jusqu'aux écrits de Tacite. Au début duVe siècle,Symmaque eut un petit espoir d’en retrouver une copie (Epp., XIV, 8).
Il consacra beaucoup de son temps à des sujets moins polémiques, comme lagrammaire et larhétorique.Studiosus, un travail détaillé sur la rhétorique, est suivi des huit livres deDubii sermonis (67). Travaillant sans relâche, il se fait transporter enlitière pour qu'un de ses esclaves lui lise des ouvrages et qu'il puisse dicter ses notes à un autre esclave secrétaire muni de tablettes enduites de cire[14].
Sous le règne de son amiVespasien, il retourna au service de l'État commeprocurateur enGaule narbonnaise[15] (70) et enHispanie romaine[16] (73). Il visita aussi laGaule belgique (74). Durant son séjour en Espagne, il se familiarisa avec l'agriculture et lesmines du pays, en plus de visiter l'Afrique (VII, 37). À son retour en Italie, il accepta une charge auprès de Vespasien, qui le consultait aux aurores avant de vaquer à ses occupations officielles. À la fin de son mandat, il consacra l'essentiel de son temps à ses études (Pun. Epp., III, 5, 9).
Il compléta uneHistoire de son Temps en 31 livres, traitant du règne deNéron jusqu'à celui de Vespasien, qu'il voulait ne laisser paraître qu'après sa mort (N. H., Praef. 20). Cette œuvre, citée parTacite (Ann., XIII, 20 ; XV, 53 ;Hist., III, 29), influençaSuétone etPlutarque.
Pline termina presque son grand ouvrageNaturalis historia, uneencyclopédie dans laquelle il collecta une grande partie du savoir de son époque, travail planifié sous la direction de Néron. Les informations qu'il collecta à cette fin ne remplissaient pas moins de 160 volumes en l'an 73, lorsque Larcius Licinus, le légatpréteur d'Hispania Tarraconensis, essaya vainement de les acheter pour l'équivalent de plus de 200 000 £ (valeur estimée en 2002). Il dédia son œuvre à Titus Flavius en 77.
Le, jour de l'éruption du Vésuve en 79 quiensevelit Pompéi etHerculanum, il se trouvait àMisène, en tant que Préfet commandant la flotte militaire romaine, basée en cet endroit. Voulant observer le phénomène au plus près et désirant porter secours à quelques-uns de ses amis en difficulté sur les plages de labaie de Naples, il partit avec ses galères, traversant la baie jusqu'àStabies (aujourd'huiCastellammare di Stabia) où il mourut, probablement asphyxié, à 56 ans. Son neveu écrivit[17] :« Mon oncle se coucha sur un drap étendu, demanda de l'eau froide, et en but deux fois. Bientôt des flammes et une odeur de soufre qui en annonçait l'approche mirent tout le monde en fuite et forcèrent mon oncle à se lever. Il se lève appuyé sur deux jeunes esclaves, et au même instant il tombe mort. J'imagine que cette épaisse vapeur arrêta sa respiration et le suffoqua. Il avait naturellement la poitrine faible, étroite et souvent haletante ».
Le récit de ses dernières heures est relaté dans une intéressante lettre que Pline le Jeune adressa, 27 ans après les faits, àTacite (Epp., VI, 16[1]). Il envoya aussi, à un autre correspondant, un exposé sur les écrits et le mode de vie de son oncle (III, 5) :« Il commençait à travailler bien avant l'aube… Il ne lisait rien sans en faire de résumé ; il disait même qu'il n'existait aucun livre, si mauvais soit-il, qui ne contienne quelque valeur. Au pays, seule l'heure du bain l'exemptait d'étudier. En voyage, lorsqu'il était déchargé d'autres obligations, il se consacrait uniquement à l'étude. En bref, il considérait comme perdu le temps qui n'était pas consacré à l'étude. »
Le seul fruit de son inlassable labeur qui subsiste de nos jours est saNaturalis historia qui fut utilisée comme référence pendant de nombreux siècles par d'innombrables élèves.
Pline le Jeune, dans une de ses lettres, cite toutes les œuvres de son oncle.
« Je suis très heureux que la lecture des livres de mon oncle vous passionne au point de vouloir les posséder tous et d'en réclamer la liste complète. Je remplirai le rôle de catalogue et même je vous indiquerai l'ordre de leur composition, car cette connaissance ne déplaît pas non plus aux curieux de lettres.
L'Art de lancer le javelot à cheval (en 1 livre)[18] : il l'a composé avec autant de talent que de soin, lorsqu'il était aux armées comme commandant d'une aile de cavalerie.
La Vie de Pomponius Secundus (en 2 livres)[19] : il en était particulièrement aimé ; il écrivit cet ouvrage comme pour s'acquitter d'une dette envers la mémoire de son ami.
Les Guerres de Germanie (en 20 livres) : il y a raconté toutes les guerres que nous avons soutenues contre les Germains. Il les commença pendant son service en Germanie ; un songe lui en donna l'idée ; pendant son sommeil il vit debout devant lui le fantôme de Drusus Néron, qui, après avoir soumis une grande partie de la Germanie, y mourut ; il lui recommandait de veiller sur sa mémoire et le priait de le sauver d'un injurieux oubli.
L'Homme de lettres (en 3 livres, divisés en 6 volumes à cause de leur étendue) : il y prend l'orateur au berceau et le conduit à sa perfection.
Les Difficultés de la grammaire (en 8 livres) : il l'écrivit pendant les dernières années du règne de Néron, quand tous les genres d'études un peu libres et un peu sérieuses eurent été rendues périlleuses par la servitude.
La Suite d'Aufidius Bassus (en 31 livres).
L'Histoire naturelle (en 37 livres) : ouvrage étendu, savant, presque aussi varié que la nature elle-même. »
Des ouvrages de Pline, un seul est arrivé jusqu'à nous,L'Histoire naturelle. L'auteur commence par exposer des notions sur le monde, la Terre, le Soleil, les planètes, et les propriétés remarquables des éléments. De là il passe à la description géographique des parties de la Terre connues des anciens. Après la géographie vient ce que nous appellerions l'histoire naturelle, à savoir l'histoire des animaux terrestres, des poissons, des insectes et des oiseaux.
La partie botanique qui suit est très considérable, d'autant plus que Pline introduit beaucoup de renseignements sur l'artisanat, comme la fabrication du vin et de l'huile, la culture des céréales, et différentes applications industrielles. Il s'intéressa ainsi à la fabrication dupapyrus (XIII, 68-38) et des teintures depourpre (IX, 130). Après la partie botanique, il revient aux animaux pour énumérer les remèdes qu'ils fournissent ; enfin il passe aux substances minérales, ce qui lui donne l'occasion de faire à la fois l'histoire des procédés d'extraction de ces substances, et celle de la peinture et de la sculpture chez les Anciens.
Cette monumentaleencyclopédie, dans laquelle Pline a compilé le savoir de son époque, a longtemps été la référence en matière de connaissances scientifiques et techniques. Pour la réaliser, Pline dit avoir consulté 2 000 ouvrages dus à 500 auteurs différents. Selon son neveu Pline le Jeune, sa méthode de travail était de prendre des notes tandis qu'un de ses esclaves lui lisait un livre à haute voix[20].
Comme beaucoup de gens cultivés du début de l'empire romain, Pline était adepte dustoïcisme. Il était lié avec son plus noble représentant,Publius Clodius Thrasea Paetus et subit aussi l'influence deSénèque. Ce stoïcien qui s'adonnait à l'étude de la nature et dont la morale lui enseignait d'être agréable avec les autres, chercha sans cesse dans son œuvre littéraire à être bénéfique et à instruire ses contemporains (Praef. 16, XXVIII, 2 ; XXIX, I).
Il fut aussi influencé par l'épicurisme, l'académisme et la renaissante écolepythagoricienne, mais sa vision de la nature et desdieux resta essentiellementstoïcienne. Selon lui, c'est la faiblesse de l'humanité qui enferme la déité sous des formes humaines entachées de fautes et de vices (II, 148). La divinité est réelle : c'est l'âme du monde éternel, dispensant sa bienfaisance tant sur terre que sur le soleil et les étoiles (II, 12 sqq., 154 sqq.). L'existence de ladivine Providence est incertaine (II, 19) mais la croyance en son existence et à la punition des méfaits est salutaire (II, 26) ; et la récompense de la vertu consiste en l'élévation à la divinité de ceux qui ressemblaient à un dieu en faisant le bien pour l'humanité (II, 18,« Deus est mortali juvare mortalem, et haec ad aeternam gloriam via »)[21]. Il est mauvais de s'enquérir du futur et de violenter la nature en ayant recours aux arts de la magie (II, 114 ; XXX, 3) mais l'importance des prodiges et des présages n'est pas rejetée (II, 92, 199, 232).
La vision que Pline avait de la vie était sombre : il voyait la race humaine plongée dans la ruine et la misère (II, 24 ; VII, 130). Contre le luxe et la corruption morale, il se livre à des déclamations si fréquentes (comme celles de Sénèque) qu'elles peuvent lasser le lecteur.
Avec la fierté nationale d'un Romain, il combina l'admiration des vertus qui menèrent la république à sa grandeur (XVI, 14 ; XXVII, 3 ; XXXVII, 201). Il n'éluda pas les faits historiques défavorables à Rome (XXXIV, 139) et, bien qu'il honorât les membres éminents des maisons romaines distinguées, il était libre de la partialité indue deTite-Live pour l'aristocratie. Les classes agricoles et les anciens héros de la classe équestre (Cincinnatus,Curius Dentatus,Serranus etCaton l'Ancien) étaient pour lui les piliers de l'État et il se lamentait amèrement du déclin de l'agriculture en Italie (XVIII, 21 et 35,« latifundia perdidere Italiam »)[22]. De même, pour l'histoire des débuts de Rome, il préféra suivre les auteurs pré-augustéens ; cependant il vit le pouvoir impérial comme indispensable au gouvernement de l'Empire et il salua le« salutaire avènement » de Vespasien (XXXIII, 51).
À la fin de ses longs travaux littéraires, en tant que seul Romain à avoir choisi comme thème l'intégrité du monde de la nature, il implora la bénédiction de laMère universelle sur tout son travail[réf. nécessaire].
En littérature, il attribua la plus haute place àHomère et àCicéron (XVII, 37 sqq.), en second lieuVirgile. Il fut influencé par les recherches du roiJuba II deMaurétanie et qu'il appelait« mon Maître ».
Il voua un profond intérêt à la nature et aux sciences naturelles, les étudiant d'une manière nouvelle pour cette époque dans le monde romain. Malgré le peu d'estime que l'on portait pour ce genre d'études, il s'efforça toujours d'être au service de ses concitoyens (XXII, 15).
L'envergure de son œuvre est vaste et couvre tous les domaines, une encyclopédie de toutes les connaissances et les arts tant qu'ils sont liés à la nature ou qu'ils en tirent leurs matériaux. Dans ce but, il étudia tous ceux qui faisaient autorité dans chacun de ces sujets et ne manqua pas de les citer. Sesindices auctorum (index d'auteurs) sont, livrent dans certains cas les autorités qu'il a lui-même consultées (mais pas de manière exhaustive) ; parfois ces noms sont ceux des auteurs principaux sur le sujet qui ne sont connus que de seconde main. Pline n'hésite pas à rendre hommage à tous ses prédécesseurs (Praef. 16,« plenum ingeni pudoris fateri per quos profeceris »)[23]. Mais son savoir reste livresque : il n'eut pas le tempérament ou le loisir d'enquêter lui-même sur le terrain (sauf pour la botanique, voir ci-dessous). Sa conviction de la rotondité de la Terre est encore peu partagée à cette époque[réf. nécessaire] ; il décrit précisément les marées et laisse une esquisse d'explication par les phases de la Lune.
Sa curiosité scientifique pour les phénomènes de l'éruption du Vésuve mena à une fin prématurée sa vie d'étude infatigable. Il avait écrit dans sa préface :« nec dubitamus multa esse quae et nos praeterierint ; homines enim sumus et occupati officiis ». Préface,13 :« Je ne doute pas que beaucoup de choses m'ont échappé, mais je suis un homme, occupé par les affaires publiques ».
Au plan littéraire, son style trahit l'influence de Sénèque. Il vise moins à la clarté qu'à l'épigramme. Il est plein d'antithèses, de questions, d'exclamations, detropes, demétaphores, et d'autres figures dumaniérisme de l'âge d'argent de la littérature romaine (les deux premiers siècles de notre ère). La forme rythmique et artistique de la phrase est sacrifiée à une passion pour l'emphase qui enchante (???) par le report de l'argument vers la fin. La structure de la phrase est aussi souventerratique et décousue. Mais sa description du chant durossignol est un exemple de la splendeur de sa prose.
La plupart des études récentes sur Pline se concentrent sur l'étude de ses domaines d'expertise, spécialement ceux présentés dans ses parties sur l'histoire de l'art (les livres XXXIII à XXXVII) - le plus ancien exposé sur ce sujet ayant survécu. Ses sources sont les traités perdus sur la sculpture en bronze et sur la peinture du sculpteurXénocrate d'Athènes (IIIe siècle av. J.-C.) et l'érudit romainVarron (Ier siècle av. J.-C.).
Les anecdotes de Pline l'Ancien concernant les artistes grecs inspireront àVasari les sujets des fresques qui décorent encore les murs de son ancienne maison àArezzo.
Dans 16 des livres de l'Histoire naturelle, Pline tente de réunir toutes les connaissances de son temps sur les végétaux. Non seulement il rassemble toutes les informations botaniques disponibles dans les ouvrages auxquels il avait accès, mais il mène aussi des enquêtes auprès des médecins, des herboristes, des gens de la campagne et fait par lui-même des observations sur le terrain. De cette large collecte, il tire un inventaire de la plus grande partie des plantes connues et nommées de son temps, soit environ 900 végétaux[24], le double de ce qu'avait listéThéophraste, quatre siècles plus tôt. Il donne sur chaque plante des informations de nature botanique, mais précise aussi leurs utilisations agricoles, alimentaires, pharmaceutiques ou magiques. En général, il rapporte ces informations comme des « on dit », sans porter de jugement de valeur et sans que nous puissions toujours savoir ce que lui-même en pensait.
Pline est aussi une mine inépuisable de renseignements sur les habitudes alimentaires des Romains et la viticulture. « AprèsColumelle, Pline est de tous les auteurs latins celui auquel nous devons le plus de données sur les différentes espèces de vignes et de vins connus des Anciens. Le livre XIV de l'Histoire naturelle est consacré à ce thème : 22 chapitres qui en traitent dans les moindres détails, depuis les différentes espèces de vignes, la nature du sol, le rôle du climat, le vin en général, les différents vins d'Italie et d'outre-mer connus depuis les temps les plus reculés, jusqu'à l'énumération des plus célèbres ivrognes de la Grèce et de Rome »[25]. Il fournit également des renseignements précieux sur les plantes odorantes, les arbres fruitiers, le blé, l'agriculture, le jardinage, les plantes médicinales, les viandes, poissons, gibiers, l'apiculture, la boulangerie, les légumes.
Le livre X est consacré auxoiseaux et s'ouvre sur l'autruche. Pline la considérait comme le point de passage desmammifères aux oiseaux. Il aborde de très nombreuses espèces et s'attarde particulièrement sur lesaigles et d'autres rapaces comme leséperviers.
Bien qu'il ait emprunté de multiples passages àAristote, les récits les plus fabuleux cohabitent avec des faits plus réalistes.
La philosopheCarolyn Merchant identifie dans l’œuvre de Pline l'Ancien une vision du monde qu'on pourrait qualifier aujourd'hui comme relevant de l'écologie[27]. Il écrit par exemple :« à sa surface, la terre […] supplée à tout ce qui nous est utile. Ce qui cause notre perte […] ce sont les matières […] qui sont cachées dans ses profondeurs et qui ne se forment pas en un jour. […] quand aurons-nous fini d'épuiser la terre et jusqu'où pénétrera notre cupidité ! »[28]. Cette cupidité explique dès les auteurs grecs les plus anciens la perte du bonheur originel de l'humanité à l'âge d'or dans le mythe des âges chezHésiode, repris parOvide.
La première édition imprimée de l'œuvre de Pline paraît en 1469 à cent exemplaires.
Naturalis Historiae opus, ab innumeris mendis a D. Johan. Caesaio Juliacen.., vindicatum… Apud Sanctam Ubiorum Coloniam Agrippinam, Eucharii Cervicorni, 1524. C'est le texte dePhilippe Beroalde corrigé par Jean Caesarius. Ce dernier prétend avoir corrigé 4 000 passages.
Historiae Naturalis libri XXXVII. Quos recensuit et motis illustravitGabriel Brottier, Paris, J. Barbou, 1779.
Pline l'Ancien,Histoire naturelle, Paris, Dubochet, 1848-1850(lire en ligne).
Dans sonHistoire d'un voyage fait en la terre du Brésil paru en 1578,Jean de Léry admet qu’il a autrefois douté de la véracité de certaines descriptions de Pline mais que les découvertes qu’il a faites au Brésil l’ont fait changer d’avis :« Je me suis retracté de l’opinion que j’ai autrefois eue de Pline, et de quelques autres décrivant les pays étranges, parce que j’ai vu des choses aussi bizarres et prodigieuses qu’aucunes qu’on a tenues incroyables dont ils font mention »[31].
On peut voir des statues des deux Pline, assis et revêtus de l'habit des érudits des années 1500, sur les côtés du portail en façade de lacathédrale Santa Maria Assunta de Côme.
Le roman deLouis-Ferdinand CélineNormance (sur-titréFéerie pour une autre fois II) est dédié à Pline l'Ancien en raison du rapprochement que fait l’auteur entre le bombardement de Paris en juin 1944, au cœur de son roman, et la description parPline le Jeune de l'éruption du Vésuve qui anéantitPompéi et tue son oncle Pline l’Ancien.
Dans le roman d’Angelo Rinaldi,Les roses de Pline, paru en 1987, le narrateur encore adolescent hérite de la villa de ses parents où fleurit une variété de rose décrite par Pline l’Ancien.
Le personnage de Pline dans la culture populaire aujourd'hui
Le mangaPline deMari Yamazaki et deMiki Tori, paru à partir de 2014, imagine la vie de Pline en s'inspirant librement des rares éléments qu'on possède sur ce sujet et le met en scène en train d'élaborer son œuvre scientifique en s'inspirant de ce qui est conservé de sonHistoire naturelle.
↑AlainTouwaide, « Pline l'Ancien, ses sources, son influence : Roger French (éd.), Frank Greenaway (éd.), Science in the Early Roman Empire: Pliny the Elder, his Sources and Influence »,Revue d'histoire de la pharmacie,vol. 76e année,no 276,,p. 88(lire en ligne, consulté le)
↑AlainTouwaide, « Nouveaux instruments pour l'étude de l'Histoire naturelle de Pline : G. Serbat, Pline l'Ancien. État présent des études sur sa vie, son œuvre et son influence. »,Revue d'histoire de la pharmacie,vol. 80e année,no 292,,p. 100-102(lire en ligne, consulté le)
↑LucienneDeschamps, « Federico Gamberini, Stylistic Theory and Practice in the Younger Pliny, 1983. (Altertums wissenschaftliche Texte und Studien. Band XI) »,Revue des Études Anciennes,vol. 90,nos 1 et 2,,p. 281-283(lire en ligne, consulté le)
↑Pline le Jeune,Lettres(lire en ligne), « III.5 À Bæbius Macer »
↑Raymond Chevallier, « Pline l'Ancien et la Narbonnaise ». InRevue belge de philologie et d'histoire, tome 60, fasc. 1, 1982. Antiquité — Oudheid. pp. 136-142,lire en ligne.
↑…c'est-à-dire commandant de la moitié de la flotte romaine. Auguste avait réorganisé un siècle plus tôt la flotte romaine deux grandes unités : l’une, pour la garde de la Méditerranée, au cap Misène (classis Misenatium) ; l’autre, pour la garde de l’Adriatique, près de Ravenne (classis Ravennatium). À ces deux flottes principales s’en joignirent quelques autres moins importantes, comme celle d’Alexandrie en Egypte (classis Alexandrina) : cf.H. Marucchi et F. Vigouroux,Dictionnaire de la Bible,vol. 1, Letouzey et Ané,,p. 568, col. 997.
↑Antonio Gonzalès,Pline le jeune : esclaves et affranchis à Rome, Presses univ. Franche-Comté,,p. 229
↑Friedrich Münzer a tenté de dresser une liste exhaustive des derniers postes occupés par Pline l'Ancien. Cette liste, confirmée parRonald Syme, demeure une référence dans le monde anglo-saxon. Münzer distingue ainsi quatre affectations en tant que procurateur : (i) Gaule narbonnaise en 70, (ii)Province d'Afrique de 70 à 72, (iii)Tarraconaise de 72 à 74, et (iv) Gaule Belgique de 74 à 76. Deux sont clairement attestées, et les deux autres ne sont que probables ; quoi qu'il en soit, il a dû y en avoir plus que deux, car Suétone évoque une succession de postes ; cf. à ce sujet(en) Miriam T.Griffin,Seneca : A Philosopher in Politics,Oxford University Press,, 520 p.(ISBN978-0-19-814774-9),p. 439.
↑« La mort de Pline l'Ancien racontée par Pline le Jeune »,Le Monde.fr,(lire en ligne, consulté le)
↑(C'est un acte) plein d'une candeur honorable, de déclarer quels sont ceux qui nous ont été utiles.
↑a etbGuy Ducourthial,Flore magique et astrologique de l'Antiquité,Belin éditeur,
↑Gérard Oberlé,Les Fastes deBacchus et deComus, ou Histoire du boire et du manger en Europe, de l'Antiquité à nos jours, à travers les livres, Paris, Belfond, 1989, in-4°, 645 p.,p. 39-40
↑Guy Serbat,Opera disiecta : travaux de linguistique générale, de langue et littérature latines, Peeters Publishers,,p. 15-16