Movatterモバイル変換


[0]ホーム

URL:


Aller au contenu
Wikipédial'encyclopédie libre
Rechercher

Pierre Vidal-Naquet

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Page d’aide sur l’homonymie

Pour les articles homonymes, voirVidal etNaquet.

Pierre Vidal-Naquet
Hommage de la ville de Paris à Pierre Vidal-Naquet,« militant contre la torture » dans la dénomination d'uneesplanade du13e arrondissement de Paris.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 76 ans)
NiceVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom de naissance
Pierre Emmanuel Vidal-NaquetVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Père
Lucien Vidal-Naquet(d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Geneviève Railhac(d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
A travaillé pour
Parti politique
Membre de
Directeurs de thèse
Influencé par
Distinctions
Œuvres principales

modifier -modifier le code -modifier WikidataDocumentation du modèle

Pierre Vidal-Naquet, né le àParis 7e et mort le àNice, est unhistorienfrançais.

Spécialiste de l'histoire de laGrèce ancienne,il a aussi joué un rôle dans divers domaines de la vie intellectuelle et politique de la France[évasif].

Auteur de plusieurs ouvrages historiques ou politiques, il a aussi écrit de très nombreuses préfaces pour les livres les plus divers[1] ; il a été un militant actif contre latorture pendant la guerre d'Algérie, contre ladictature des colonelsgrecs et a soutenu les efforts de paix dans leconflit israélo-arabe auMoyen-Orient, affirmant dès 1967 la nécessité de créer unÉtat palestinien aux côtés d'Israël. À partir de la fin des années 1970, il a consacré une part de son activité intellectuelle à la lutte contre la poussée dunégationnisme.

Biographie

[modifier |modifier le code]

Pierre Emmanuel Vidal-Naquet a écrit plusieurs textes autobiographiques, notamment sesMémoires, publiés en1998, mais aussi des textes plus ponctuels comme : « Esquisse d'un parcours anticolonialiste » (2001)[2] et « Pourquoi et comment je suis devenu historien » (2003)[3], issu d'une conférence prononcée auxRendez-vous de l'histoire à Blois en 2002[4].

Famille

[modifier |modifier le code]

Il est issu d'une famillejuive comtadine deCarpentras (Vaucluse, jusqu'en 1791 possession pontificale), famille qui a des liens de parenté avecJosé de Bérys, Francine Bloch etDarius Milhaud, ainsi qu'avecAlfred Naquet (1834-1916).

Les Vidal-Naquet ont connu une ascension sociale au cours duXIXe siècle, s'installant àMontpellier, puis àMarseille, enfin à Paris, dans lefaubourg Saint-Germain[5].

Il est le fils de Lucien Vidal-Naquet (né le à Paris[6] et mort en 1944 à Auschwitz), avocat, et de Marguerite Valabrègue (née le à Marseille[6] et morte en 1944 à Auschwitz), mariés en 1929. Leur dernière adresse est au 9, avenue Frédéric Mistral[6]. La sœur de Lucien, Isabelle (1898-1954) est l'épouse du polytechnicien Robert Brunschwig ; le frère de Lucien, Georges (1900-1978), épouse en 1931 Marthe Valabrègue (1907-1996)[7], sœur jumelle de Marguerite.

C'est un milieu laïc (athée pour certains) et républicain, d'orientationdreyfusarde :« Toute ma vie, j'ai été marqué par le récit que m'a fait mon père à la fin de 1941 ou au début de 1942 de l'affaire Dreyfus »[8].

Lucien Vidal-Naquet, devenu avocat en 1921, a d'abord été dans le cabinet deRené Viviani, puis est entré dans celui d'Alexandre Millerand. C'est un civiliste, particulièrement intéressé dans les questions de propriétés intellectuelle ; dans les années 1930, une de ses affaires l'oppose à la compagnie cinématographique Tobis.

Pierre Vidal-Naquet s'est marié en 1952 et a eu trois enfants.

Enfance

[modifier |modifier le code]

Après Pierre, naissent François (1932), Aline (1933), Yves (1940) et Claude (1942).

Scolarisé au sein de la famille, en liaison avec un cours privé[9], Pierre est admis en à entrer en septième aulycée Montaigne.

Une adolescence marquée par la Shoah

[modifier |modifier le code]

En, les familles de Lucien et Georges Vidal-Naquet et de Robert Brunschwig viennent en vacances àBeg Meil[10] (commune deFouesnant,Finistère). Elles vont y rester pendant ladrôle de guerre, sans les pères qui sont mobilisés (Lucien dans l'artillerie à Charleville). En naît le second frère de Pierre, Yves. Le, en pleinedébâcle de l'armée et du gouvernement, les trois femmes prennent la décision de partir à Marseille (en voiture). Elles y arrivent assez péniblement le1er juillet ; le petit Yves, assez fragile, est mort le.

Lucien Vidal-Naquet, démobilisé, les rejoint, puis revient à Paris où il continue d'exercer son métier jusqu'à sa révocation de l'ordre des avocats. Dès 1940, il est entré dans la Résistance au sein duréseau de résistance du musée de l'Homme[11]. La révocation prend effet le et il vient alors vivre à Marseille.

Pierre entre en sixième auLycée Périer en 1940. En même temps, il devient scout dans le cadre desÉclaireurs unionistes de France (protestants).

Après l'invasion de la zone Sud par l'armée allemande (), Georges Vidal-Naquet réussit à passer en Espagne, puis rejoint la France libre ; sa famille part pourSaint-Agrève, ville protestante offrant possibilité de refuge aux Juifs. Les autres enfants partent dans une institution à Megève. En, les enfants Vidal-Naquet reviennent à Marseille, mais les Brunschwig se rassemblent dans une demeure de famille àDieulefit (Drôme). Pierre Vidal-Naquet y fait deux séjours ( et), y rencontrant le poètePierre Emmanuel.

Le, Lucien et Marguerite sont arrêtés par laGestapo, amenés àDrancy, puis par le Convoi No. 75[6], en date du,déportés àAuschwitz où ils meurent l'un et l'autre peu après[12], mais les trois enfants échappent à cette arrestation et sont d'abord hébergés par des professeurs. Le, Pierre et François sont emmenés chez le chauffeur Maurice, àCucuron. Aline est emmenée à Saint-Agrève le, retrouver sa grand-mère maternelle et sa tante Marthe Vidal-Naquet ; ses frères la rejoignent le.

Après un dernier séjour à Dieulefit (mi septembre-mi), il revient à Paris avec les Brunschwig, chez qui il va vivre jusqu'en 1948. Il entre en Seconde au lycée Carnot. Cette période est marquée par les doutes sur le sort de ses parents (il sait qu'ils sont passés par Drancy et ont été déportés) ; ce n'est qu'à la rentrée 1945 qu'il acquiert la certitude qu'ils ne rentreront pas.

Études et formation intellectuelle

[modifier |modifier le code]

Après le baccalauréat (1947), il suit les traces deJacques Brunschwig et entre enLettres supérieures aulycée Henri-IV où il fait ensuite deuxkhâgnes sans être même admissible (son cousin est reçu premier à l'ENS en 1948) ; il y a pour condisciple et amiCharles Malamoud et pour condisciplesPierre Juquin etRobert Faurisson[13].

Sa vocation d'historien résulte entre autres de la lecture deL'Étrange Défaite deMarc Bloch, mais il s'intéresse beaucoup à la littérature, notamment ausurréalisme (André Breton,René Char etAntonin Artaud) et aux arts. En 1948-1949, il participe avecPierre Nora à l'aventure de la revueImprudence, qui publie trois numéros. Durant les vacances d'été de 1949 et 1950, il voyage en Italie avec Jacques Brunschwig. Sur le plan politique, il se situe nettement à gauche, mais malgré un certain intérêt, il n'adhère pas au Parti communiste, décision définitivement confirmée en1949 après le procès deLászló Rajk en Hongrie, dont il perçoit le caractère truqué.

En 1950, il décide de faire une troisième khâgne, mais à Marseille, aulycée Thiers[14] ; c'est une classe mixte, où il fait la connaissance de Geneviève Railhac[15], qu'il épousera peu après.

Après un nouvel échec en 1951, il n'a pas d'autre diplôme qu'une « licence libre » ; il la complète avec des certificats qui lui donnent une licence de Lettres classiques, puis fait un mémoire surPlaton, avecHenri-Irénée Marrou (mémoire complémentaire surJean Jaurès, avecErnest Labrousse), obtenant undiplôme d'études supérieures d'histoire (). Il prépare ensuite l'agrégation d'histoire et est reçu troisième en 1955[16] (ainsi qu'au CAPES de Lettres classiques)[17].

Carrière universitaire

[modifier |modifier le code]

Les premières affectations (1955-1966)

[modifier |modifier le code]
Orléans (1955-1956)

Il est d'abord nommé aulycée Pothier d'Orléans où il a pour collègueGeorges Dupeux et pour élèveAlain Corneau, qui lui rendra hommage à la sortie deTous les matins du monde (1991).

À la demande de Robert Blum, il collabore à l'édition des œuvres deLéon Blum ; il travaille sous la direction deRobert Verdier sur les écrits des années 1945-1950, qui donnent finalement deux volumes[18] (l'édition du second étant dirigée parFrançois Furet)[19].

L'université de Caen (1956-1961)

À la rentrée 1956, il obtient un poste d'assistant à l'université de Caen, auprès deHenri Van Effenterre. Il consacre alors son activité professionnelle essentiellement à l'enseignement de l'histoire de laGrèce antique, tout en commençant à la rentrée 1960 à suivre le séminaire deJean-Pierre Vernant à l'EPHE[20].

Mais, à cette époque, il s'implique beaucoup dans les problèmes liés à la guerre d'Algérie (affaire Maurice Audin,manifeste des 121) : en 1961, il est suspendu à l'université de Caen, à cause justement du manifeste.

L'université de Lille (1961-1962)

À la rentrée 1961, il est affecté à l'université de Lille[21], comme assistant deRoger Rémondon[22].

Le CNRS (1962-1964)

De 1962 à 1964, il est détaché au CNRS. Durant cette période, il participe toujours à l'EPHE au séminaire de Jean-Pierre Vernant, mais aussi[23] à ceux d'André Aymard (sociologie de la guerre dans l'Antiquité), de Roger Rémondon (papyrologie) et deLouis Robert (épigraphie grecque). Il a aussi des activités archéologiques à Mallia en Crète (1963) avec Henri Van Effenterre et àSamos en 1964[24].

Il rédige alors le premier travail important dans son œuvre, en collaboration avecPierre Lévêque : « Clisthène l'Athénien », d'abord projeté comme article pour lesAnnales, puis livre publié au début de 1964.

Il prend aussi connaissance de l'œuvre deMoses I. Finley, auteur deThe World of Odysseus (1954), dont aucun livre n'a encore été traduit en français et qu'il introduit en France à travers une recension dans lesAnnales en 1963[25].

L'université de Lyon (1964-1966)

En 1964, le dédoublement de la chaire d'histoire grecque, détenue par Antoine Bon, lui permet d'y être élu professeur.

L’École pratique des hautes études puis l’École des hautes études en sciences sociales (1966-1997)

[modifier |modifier le code]

Entré comme sous-directeur d'études à l'EPHE dans la VIe Section (Sciences économiques et sociales) dirigée parFernand Braudel - à partir de 1975,École des hautes études en sciences sociales -, il devient directeur d'études en 1969, poste qu'il occupe jusqu'à sa retraite en[26].

Parmi ses élèves, on compte le cinéasteAlain Corneau, l'écrivainFrédéric H. Fajardie, les historiensAlain Corbin (à Caen),Nicole Loraux,François Hartog,Maurice Sartre,Pauline Schmitt-Pantel etAlain Schnapp.

Le, son directeur de thèse étantÉdouard Will, il soutient à l'université de Nancy une thèse « sur un ensemble de travaux » (articles et ouvrages sur la Grèce ancienne publiés depuis 1960), devenant ainsidocteur ès-lettres. En 1981, paraît le recueilLe Chasseur noir, qui regroupe ses principaux articles sur la Grèce ancienne.

Lecteur deDumézil et deLévi-Strauss, il est considéré comme membre de l'« école de Paris » (formule issue du milieu universitaire américain), aux côtés deJean-Pierre Vernant, avec qui il a écrit quelques livres, deNicole Loraux et deMarcel Detienne : il s'agit du groupe des chercheurs liés à l'EPHE, qui se différencient des hellénistes classiques (François Chamoux) par le souci de mettre en œuvre des disciplines diverses, notamment l'anthropologie structurale.

De 1982 à 1992, il est membre du Conseil national des Universités et de la commission de recrutement du CNRS.

Il est l'un des lecteurs attitrés de la bibliothèque de laFondation Maison des sciences de l'homme.

Succédant à Jean-Pierre Vernant, il prend la direction du Centre Louis Gernet de recherches comparées sur les sociétés anciennes.

Interventions militantes

EnMai 1968, il soutient le mouvement étudiant et participe à la commission de réflexion sur la réorganisation de l'EPHE. Durant l'été, après avoir rassemblé un grand nombre de documents (tracts), il écrit avec Alain Schnapp un livre :Le Journal de la Commune étudiante (publié début 1969).

La fin des années 1970 est marquée par l'émergence dunégationnisme dans les médias français ; Pierre Vidal-Naquet publie alors plusieurs articles consacrés à l'analyse de ce phénomène, recueillis dansLes Assassins de la mémoire (1987).

Décès

Pierre Vidal-Naquet meurt à l'hôpital deNice le. Il est enterré au cimetière La Guardi deFayence (Var) ; sa tombe porte l'épitaphe « Historien dans la cité ».

Apport à l'histoire de la Grèce antique

[modifier |modifier le code]

Il consacra ses recherches à laGrèce antique, l'histoire juive ainsi que l'histoire contemporaine.Jean-Pierre Vernant se rappelait en :« - Pensez-vous qu'il y a, dans la discipline historique, un « avant » et un « après » Pierre Vidal-Naquet ? [Réponse de Jean-Pierre Vernant] : - […] Pour moi qui ne suis pas historien de métier, Pierre était des pieds à la tête un historien. Il ne pensait pas seulement en historien, il regardait le monde contemporain, le monde grec, le monde juif de la même façon : en historien. Classiciste qui maîtrisait les armes de l'épigraphie et de la papyrologie, il n'a jamais fait de la Grèce un modèle intemporel. Il n'oubliait pas qu'à côté il y avait la Chine, l'Inde, l'Amérique précolombienne, par exemple, et qu'on ne pouvait pas comprendre les Grecs si l'on ignorait ces civilisations. Pierre réunissait en lui des qualités très rares : lettré, prodigieux érudit, il était aussi un novateur, et pas seulement dans le domaine du monde grec. Je pense à ses travaux sur le monde juif : dans son livre admirable surFlavius Josèphe, il brosse un tableau saisissant des problèmes qui se posaient à cette époque (leIer siècle) à laJudée, pointant certaines questions latentes dans le monde moderne.Le Chasseur noir (éd. Maspéro, 1981) est une façon absolument neuve de voir le monde grec, dans ses complexités et ses ambiguïtés. Même chose dans ses études sur la tragédie qu'il a en partie menées avec moi : comprendre ce qu'il y avait de spécifique dans le théâtre grec tout en ayant le souci de ne pas le détacher du contexte social, politique et mental »[27].

Pierre Vidal-Naquet se disait persuadé également que le continent nomméAtlantide parPlaton constituait une invention de celui-ci et« était tout simplement l'Athènes impérialiste duVe siècle »[28].

En dehors du milieu intellectuel français, on lui a reproché de négliger les faits historiques ainsi que les caractéristiques individuelles des auteurs, voire de manipuler les textes en y introduisant des catégories étrangères à eux, notamment des notions comme lapolysémie et l'ambigu[29].

Un intellectuel engagé

[modifier |modifier le code]

Outre la Grèce antique, son domaine de prédilection, il s'intéresse à des sujets contemporains comme laguerre d'Algérie et laShoah.

Contre la torture en Algérie

[modifier |modifier le code]

Intellectuel engagé dans la défense desdroits de l'homme, il milite très tôt contre lecolonialisme, et particulièrement contre l'usage de latorture pendant la guerre d'Algérie. En avril1957, il fait publier dans la revueEsprit un article de son amiRobert Bonnaud (qu'il connaît depuis le lycée Périer à Marseille), à propos des exactions de l'armée française dont il a été témoin comme réserviste rappelé en 1956.

À partir de la fin de1957, il effectue un travail d'historien à propos de la disparition deMaurice Audin, mathématicien, assistant à l'université d'Alger, arrêté par les parachutistes pendant labataille d'Alger, puis « disparu » : alors que la thèse officielle affirme que Maurice Audin s'est évadé, Pierre Vidal-Naquet, avec les autres membres duComité Audin, défend la thèse de sa mort sous la torture. Il en fait un livre,L'Affaire Audin, paru en1958 et réédité, largement complété, des années plus tard.

En 1960, avecRobert Barrat,Paul Thibaud etJacques Panijel, il fonde le journal clandestinVérité-Liberté[30], en remplacement deTémoignages et Documents, chargé de publier les textes (articles ou livres) ayant provoqué une saisie.

Pour avoir signé en1960 le « Manifeste des 121 », pétition d'intellectuels sur le droit à l'insoumission pour les appelés envoyés en Algérie, le ministère de l'Éducation nationale lui retire pendant un an son poste (sans pour autant lui retirer son traitement de fonctionnaire).

En1962, il publieLa Raison d'État, livre dénonçant l'emploi de la torture.

Homme de gauche non-violent

[modifier |modifier le code]

Marxiste anti-stalinien, il a été brièvement membre duParti socialiste unifié, ainsi que sympathisant deSocialisme ou barbarie, mais ne s'est jamais considéré comme militant d'un parti politique, le PSU n'étant pour lui qu'un « simple cercle de discussion ».

AvecMichel Foucault etJean-Marie Domenach, il signe le le manifeste duGroupe d'information sur les prisons. Il est membre du comité de parrainage de laCoordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence.

En 1972, au cours d'un rassemblementantimilitariste à lasalle de la Mutualité àParis, il se déclare « antimilitariste sous tous les régimes, même à La Havane, Alger, Moscou ou Pékin »[31]. Il développe ce point de vue dans laLettre des objecteurs :

« Finalement la campagne fondamentale est, à l'heure actuelle, tout ce qui se fait dans le sens d'un refus de l'autorité. Il y a dans ce pays une formidable capacité de refus de l'autorité et je crois que la lutte contre le militarisme est un aspect de ce mouvement anti-autoritaire. Si j'ai dénoncé le militarisme des organisations de gauche, c'est parce [qu’elles] sont à bien des égards des organismes autoritaires. »

— Entretien avec Pierre Vidal-Naquet recueilli parMichel Tachon et Paul Berlioz-Arthaud, Lettre des objecteurs, n° 19, juin 1973, p. 20-23

Il a été membre du Comité de parrainage duCentre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits rebaptiséObservatoire des armements.

Polémique avec Bernard-Henri Lévy

[modifier |modifier le code]

Au printemps1979,Cornelius Castoriadis et lui critiquent fortementBernard-Henri Lévy dansLe Nouvel Observateur pour avoir mal vérifié ses références dans son livreLe Testament de Dieu (cette première édition du livre citait un témoignage auxprocès de Nuremberg deHeinrich Himmler alors que celui-ci s'était suicidé lors de sa capture), affirmé « contemporains » des événements éloignés de plusieurs siècles, et effectué des citations sans en mentionner les auteurs. Le conflit s'étale sur plusieurs numéros jusqu'à ce queJean Daniel y mette fin sur une dernière réponse de Bernard-Henri Lévy. Ce dernier convient de son erreur de référence et du fait qu'il ne mentionne en effet pas toujours les auteurs de ce qu'il cite[32].

En 1980, il est cofondateur de l'associationAfrane (amitié franco-afghane) et devient directeur de sa revue « Les Nouvelles d'Afghanistan ».

La défense de Luc Tangorre

[modifier |modifier le code]

Pierre Vidal-Naquet, qui d'aprèsAnnie Kriegel, fut toujours à la recherche d'unAlfred Dreyfus dont il pourrait être leZola[33][source insuffisante], s'implique dans la défense deLuc Tangorre, condamné en pour une série de viols àMarseille et dont l'avocat est François Vidal-Naquet, frère de Pierre. Pierre Vidal-Naquet publie notamment dansLe Monde du un plaidoyer intitulé « Pour Luc Tangorre », puis organise un manifeste intitulé « Le viol est un crime, l'erreur judiciaire aussi » qui parait le, également dansLe Monde. Bénéficiant d'une libération conditionnelle en, Luc Tangorre sera accusé d'avoir violé, peu après sa sortie de prison en mai de la même année, deux jeunes étudiantes américaines qui faisaient de l'autostop. À l'occasion du procès jugeant ces nouveaux faits, en 1992, Luc Tangorre étant à nouveau reconnu coupable et condamné, Pierre Vidal-Naquet s'excuse publiquement dans les colonnes du même journal[34], reconnaissant que sans l'intervention du comité de soutien, Tangorre n'aurait pas été gracié et les viols des deux Américaines n'auraient jamais eu lieu.

Militant contre le négationnisme

[modifier |modifier le code]

Pierre Vidal-Naquet s'est également engagé dans la lutte contre lenégationnisme.

En, il est avecLéon Poliakov à l'initiative d'une déclaration de 34 historiens parue dansLe Monde, démontant la rhétoriquenégationniste deRobert Faurisson[35].

Il est membre de l'Association pour l’étude des assassinats par gaz sous le régime national-socialiste (ASSAG).

En 1990, il fait partie des historiens, avec notammentPierre Nora etMadeleine Rebérioux, qui s'opposent à laloi Gayssot[36].

SesMémoires témoignent également de cet engagement, comme la publication du livreLes Assassins de la mémoire en 1995.

Cependant, il sera condamné en pourdiffamation envers lenégationnisteHenri Roques. Celui-ci avait présenté une thèse en littérature comparée à l'Université de Nantes (thèse par la suite annulée pour irrégularités administratives), consacrée àKurt Gerstein. Pierre Vidal-Naquet avait écrit à ce propos, dans sesMémoires : « Si j’en crois un témoin bien placé pour le savoir, [la thèse présentée par Henri Roques] aurait été rédigée non par Henri Roques, qui ne sait pas un mot d’allemand, mais par mon ancien camarade [dekhâgne],Robert Faurisson en personne » (P. Vidal-Naquet,Mémoires t.2 - Le trouble et la lumière, 1955-1998, Le Seuil, 1998,p. 44). Pierre Vidal-Naquet fut condamné enpremière instance. En, lacour d'appel de Paris donnait raison à Pierre Vidal-Naquet, mais le jugement fut annulé par laCour de cassation en[37]. Pierre Vidal-Naquet et son éditeur s'étant désistés devant la cour d'appel qui devait rejuger l'affaire, le jugement de 2001 fut considéré comme définitif. Une polémique l'a opposé au début des années 1980 à l'intellectuel américainNoam Chomsky concernant le soutien que ce dernier a accordé au négationniste Robert Faurisson menacé dans ses droits fondamentaux. Noam Chomsky considère qu'il n'a fait que soutenir la liberté d'expression de Robert Faurisson sans soutenir ses thèses historiques[38], tandis que Pierre Vidal-Naquet l'a accusé d'être allé au-delà de ce soutien de principe en qualifiant notamment Faurisson de « sorte de libéral relativement apolitique » et d'avoir maintenu sa position par orgueil et irritation d'avoir été contredit[39].

Solidaire du peuple palestinien

[modifier |modifier le code]

En, il participe à l'appel « Une autre voix juive », qui regroupe des personnalités juives solidaires du peuple palestinien, pour une paix juste et durable au Proche Orient. Il adhère à l'Union juive française pour la paix.

Liberté pour l'histoire

[modifier |modifier le code]

Pierre Vidal-Naquet fut l'un des initiateurs de la pétitionLiberté pour l'histoire en.

Publications

[modifier |modifier le code]

Histoire ancienne

[modifier |modifier le code]
  • Clisthène l'Athénien, avecPierre Lévêque,Les Belles Lettres, 1964
  • Le Bordereau d'ensemencement dans l'Égypte ptolémaïque, Bruxelles,Association égyptologique Reine Élisabeth, 1967
  • Économies et Sociétés en Grèce ancienne. Périodes archaïque et classique, avec Michel Austin,Armand Colin, 1972
  • Mythe et Tragédie en Grèce ancienne, avecJean-Pierre Vernant,François Maspero, 1972,La Découverte, 2005
  • La Grèce ancienne. I: Du mythe à la raison, avec Jean-Pierre Vernant,Le Seuil, coll. Points Essais, 1990
  • La Grèce ancienne. II: L'Espace et le Temps, avec Jean-Pierre Vernant, Le Seuil, coll. Points Essais, 1991
  • La Grèce ancienne. III: Rites de passage et Transgressions, avec Jean-Pierre Vernant, Le Seuil, coll. Points Essais, 1992
  • Œdipe et ses mythes, avec Jean-Pierre Vernant, Complexe, 2001
  • Travail et esclavage en Grèce ancienne, avec Jean-Pierre Vernant, Complexe, 1988, rééd. 2002
  • Le Chasseur noir. Formes de pensées et formes de société dans le monde grec,François Maspero, 1981,La Découverte, 2005
-Prix Mottart de l’Académie française en 1983
  • La Démocratie grecque vue d'ailleurs,Flammarion, 1990
  • Les Grecs, les historiens et la démocratie,La Découverte, 2000
  • Le Miroir brisé : tragédie athénienne et politique, Les Belles Lettres, 2002 (nouvelle édition)
  • Le Monde d'Homère, Librairie académique Perrin, 2000
-Prix Diane Potier-Boès de l’Académie française en 2001
  • Fragments sur l'art antique, Agnès Viénot, 2002
  • L'Atlantide. Petite histoire d'un mythe platonicien, Les Belles Lettres, 2005 ;(ISBN 2-251-38071-X)
  • Flavius Arrien entre deux mondes, postface à la traduction par Pierre Savinel de laVie d'Alexandre d'Arrien,Les Éditions de Minuit, coll. Arguments, 1984
  • Du bon usage de la trahison, introduction à la traduction par Pierre Savinel deLa Guerre des Juifs deFlavius Josèphe, Éditions de Minuit, coll. Arguments, 1988

Histoire contemporaine

[modifier |modifier le code]

La Guerre d'Algérie

[modifier |modifier le code]

Les Juifs, la Shoah et le négationnisme

[modifier |modifier le code]

Préfaces

[modifier |modifier le code]
  • Préface du livre deJacques Inrep : "Soldat, peut-être... tortionnaire, jamais!". Editions Scripta. 2006.
  • Préface du livre deMaurice Rajsfus,Des Juifs dans la collaboration, L'UGIF (1941-1944), éd. Études et Documentation Internationales, 1980.
  • Préface du livre d'Arno Mayer,La Solution finale dans l'histoire,La Découverte, 1990 (repris dansLes Juifs, la mémoire et le présent, Point Seuil,p. 437)
  • Préface du livre deSimon Laks,Mélodies d'Auschwitz, Cerf, 2004
  • Préface du livre deGérard Chaliand,Le Crime de silence : le génocide des Arméniens, Flammarion, 1984
  • Préface àAuschwitz Graffiti, d'Adrien Le Bihan, Librio, Paris, 2000.

Jean Moulin

[modifier |modifier le code]

Mai 68

[modifier |modifier le code]
  • Avec Alain Schnapp :Journal de la commune étudiante. Textes et documents. -, Paris, Le Seuil, 1969[41] (édition américaine, 1971 ; édition revue et augmentée, Le Seuil, collection « L'univers historique », 1988).

Bernard-Henri Lévy

[modifier |modifier le code]

Pierre Vidal-Naquet s'insurgea, avec vigueur, contre les erreurs et approximations de l'ouvrageLe Testament de Dieu de Bernard-Henri Lévy, avec lequel il entama une discussion ferme en 1979 par articles interposés de numéro en numéro duNouvel Observateur, bientôt rejoint en cela parCornelius Castoriadis[42].

Mémoires

[modifier |modifier le code]
  • Mémoires t.1 - La brisure et l'attente, 1930-1955, Le Seuil, 1995
  • Mémoires t.2 - Le trouble et la lumière, 1955-1998, Le Seuil, 1998

Articles

[modifier |modifier le code]

Conférences

[modifier |modifier le code]

Entretiens

[modifier |modifier le code]

Décorations

[modifier |modifier le code]

Notes et références

[modifier |modifier le code]
  1. Marcel Bénabou, « PVN préfacier ou une forme latérale de l’histoire », inPierre Vidal-Naquet, un historien dans la cité, La Découverte, 1998, p. 58-66.
  2. Les deux textes ont été rassemblés dansLe Choix de l'Histoire, éditions Arléa, 2004.
  3. PierreVidal-Naquet, « Pourquoi et comment je suis devenu historien »,Esprit (1940-),no 297 (8/9),‎,p. 56–75(ISSN 0014-0759,lire en ligne, consulté le)
  4. Ausha, « Pourquoi suis-je devenu historien ? - Pierre Vidal-Naquet », surPourquoi suis-je devenu historien ? - Pierre Vidal-Naquet | Les Archives des Rendez-vous de l'Histoire(consulté le)
  5. Rue de Varenne. « Protestants et juifs pendant la Seconde guerre mondiale », dansLes Juifs, la mémoire et le présent, Points Seuil, 1995,p. 362.
  6. abc etdVoir, Klarsfeld, 2012.
  7. « Marthe Vidal-Naquet », surgeni.com(consulté le)
  8. « Protestants et juifs… »,p. 361.
  9. Hattemer-Prignet. Cf.Mémoires 1, p. 50.
  10. Villa Ker Menez
  11. « Protestants et Juifs... »,p. 365.
  12. Mémoires tome 2, page 9.
  13. Mes affaires Dreyfus, Pierre Vidal-Naquet, 24 janvier 2006
  14. Correspondances : mélanges offerts à Roger Duchêne : études, Gunter Narr Verlag,, 545 p.(ISBN 978-3-8233-4603-6,lire en ligne)
  15. Mémoires tome 1, p. 246.
  16. André Chervel, « Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1960 »,(consulté le)
  17. Mémoires 1, pp. 271-279.
  18. Œuvres de Léon Blum, tomes VI et VII, Éditions Albin Michel.
  19. Mémoires 2, p. 21.
  20. Mémoires 2, p. 111.
  21. Christophe Hugot, « La parenthèse lilloise de Pierre Vidal-Naquet », Insula, mis en ligne le 27 mai 2013.
  22. Mémoires 2, p. 147.
  23. Mémoires 2, p. 162-163
  24. Mémoires 2, p. 173-174.
  25. Mémoires 2, p. 171.
  26. Mémoires 2, p. 205.
  27. Entretien de Jean-Pierre Vernant avec Hélène Monsacré,Le Monde du 26 août 2006 reproduit sur le site desÉditions de Minuit
  28. Mémoires t.2 - Le trouble et la lumière, page 19. Voir également son livreL'Atlantide. Petite histoire d'un mythe platonicien
  29. Vincenzo_Di_Benedetto,IlFilottete e l'efebia secondo Vidal-Naquet, dansBelfagor 33 (1978), p. 191-207, et Vincenzo Di Benedetto,L'ambiguo nella tragedia greca: una categoria fuorviante, dansEuripide "Medea", introd. di V. Di Benedetto, trad. diE. Cerbo, Milan, 1997, p. 62-75.
  30. Martin Evans,Mémoires de la guerre d'Algérie, Éditions L'Harmattan, 2008,(ISBN 2296177840)p. 100
  31. Michel Castaing, « Plus une herbe, plus un caillou »,Le Monde,‎
  32. La critique duTestament de Dieu de Bernard-Henri Lévy (1979) sur le site de P. Vidal-Naquet.
  33. Cette opinion d'Annie Kriegel sur Vidal-Naquet est citée par Thierry Wolton,L'histoire interdite, éd. Jean-Claude Lattès, 1998, p. 136.
  34. Pierre Vidal-Naquet, « Luc Tangorre et notre erreur », surLe Monde,(consulté le)
  35. Valérie Igounet,Histoire du négationnisme en France, Paris,Le Seuil,coll. « La Librairie duXXe siècle »,, 691 p.(ISBN 2-02-035492-6),p. 237.
  36. Pierre Nora, interviewé par Alexandre Devecchio,« Pierre Nora : "La dictature de la mémoire menace l'histoire" »,Le Figaro Magazine, semaine du 16 février 2018, pages 32-35.
  37. Texte de l'arrêt de la Cour de cassation du 13 janvier 2005
  38. Voir notamment« Some Elementary Comments on The Rights of Freedom of Expression », 11 octobre 1980 et« His Right to Say It », 28 février 1981. En français, voir le livreRéponses inédites à mes détracteurs parisiens,Spartacus, 1984.
  39. Pierre Vidal-Naquet,« De Faurisson et de Chomsky », 21 novembre 1980.
  40. À l'origine, La Découverte publie en 1981Les Juifs, la mémoire et le présent I etLes Juifs, la mémoire et le présent II ; certains textes utilisée dansLes Assassins de la mémoire disparaissent de l'édition de 1991 qui regroupe le reste des ouvrages d'origine.
  41. Dans sa recension des livres sur les événements de mai 1968,Michel de Certeau estimait, en mai 1969, que l'ouvrage de Schnapp et Vidal-Naquet était « désormais,le livre d'information » (La prise de parole et autres écrits politiques, Points Essais, 1994,p. 124, c'est De Certeau qui souligne).
  42. « La critique du Testament de Dieu de Bernard-Henri Lévy par Pierre Vidal-Naquet dans Le Nouvel Observateur en juin 1979, la réponse de BHL et le commentaire de Cornelius Castoriadis », surpierre-vidal-naquet.net(consulté le)
  43. Décret du 19 avril 2000 portant promotion et nomination(lire en ligne)

Voir aussi

[modifier |modifier le code]

Bibliographie

[modifier |modifier le code]

Articles connexes

[modifier |modifier le code]

Liens externes

[modifier |modifier le code]

v ·m
Cadre juridique
Rafles
Camps
Assassinats et déportation
Responsables allemands de la mise en œuvre
Responsables français de la mise en œuvre
Spoliation
 v ·m Victimes notables
Victimes notables
A – B
C – F
G – J
K – L
M – R
S – Z
 v ·m Survivants notables
Survivants notables
A – B
C – E
F – H
I – K
L
M – O
P – R
S
T – Z
Documentation
Lieux de mémoire
Justes parmi les nations
v ·m
Partisans de l'Algérie française
État français
Personnalités
Repressions de manifestations
Services secrets et police parallèle
OAS
Personnalités
Attentats
Commando Delta
Personnalités
Attentats
Armée française
Personnalités
Batailles et opérations
Unités engagées
Massacres, torture
Coup d'État du 13 mai 1958
Putsch des généraux
Autres
Organisation de la résistance de l'Algérie française (ORAF)
Harki
Intellectuels
Front Algérie française
Partisans de l'indépendance de l’Algérie
Front de libération nationale (FLN) etArmée de libération nationale (ALN)
Personnalités
Attentats, massacres
Organisations politiques
Personnalités
Parti communiste algérien
Parti communiste français
etGauche française
Militants
Intellectuels
Autres
Église catholique en France
Personnalités
Libéraux d'Algérie
Chronologie de la guerre d'Algérie
Autres
Ce document provient de « https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Pierre_Vidal-Naquet&oldid=232959487 ».
Catégories :
Catégories cachées :

[8]ページ先頭

©2009-2026 Movatter.jp