Son père Eugène Jean Baptiste Boulle (1880-1926)[3], unavocat excentrique, écrit sur lethéâtre dans unjournal, avant d’épouser le 23 juillet 1908 en Avignon la fille du directeur de ce journal : Juliette Marie Thérèse Seguin. Pierre a une grande complicité avec son père : tous deux adorent lalittérature, les livres, la chasse et les jeux ; même lapremière guerre mondiale ne trouble pas sonenfance. Pierre Boulle passe ainsi une enfance tranquille avec ses parents et deux sœurs, Suzanne et Madeleine. Vers la fin de la guerre, en 1918, il entre dans lespetites classes au lycée d’Avignon.
Son père meurt d’une maladie du cœur en 1926 : le jeune Pierre, âgé de 14 ans, est malgré lui projeté dans le mondeadulte. Il devient alorsingénieur afin d'aider sa mère et est diplômé de l'École supérieure d’électricité (Supélec) en 1932. En 1936, à 24 ans, Boulle se retrouve enMalaisie, dans une plantation d’hévéas britannique à 50 kilomètres deKuala Lumpur. Pendant trois ans, il travaille comme un forcené, loin de l’Europe. Cette expérience servira de trame à son romanLe Sacrilège malais.
La maison natale de Pierre Boulle enAvignon, en 2016. Une plaque commémorative rappelle la naissance de l'écrivain.
Au moment où éclate ladeuxième guerre mondiale, Boulle se trouve toujours enAsie du Sud-Est. Dès la déclaration de guerre de 1939, volontaire pour partir sur le front, il se rend àSingapour puis àSaïgon où il est mobilisé sur place. En juin 1940, l'armée française s'effondre devant les troupes allemandes. Pierre Boulle est envoyé à la frontière siamoise à la tête d'un peloton d'automitrailleuses : peu de combat mais c'est pour lui la découverte des charmes du Laos. En1941, alors que laFrance estoccupée, il décide de rejoindre le mouvementgaulliste, dont un représentant, François Girot de Langlade, ancien planteur comme lui, se trouve alors dans la base militairebritannique deSingapour. Boulle devient officier de liaison (sous-lieutenant) ducommandant Baron. Après un entraînement spécial et muni d’un fauxpasseport britannique, sous l’identité dePeter John Rule, il part en mission en Indochine contre lesJaponais, alliés desAllemands, pour tenter de fomenter desrévoltes[4], en faisant sauter des ponts. Cependant, dès son arrivée, en1942, il est capturé par des militaires français fidèles àVichy. Jugé commetraître, il est condamné auxtravaux forcés à perpétuité[5]. Deux ans plus tard, il parvient à s’évader deSaïgon[6], et rejoint laForce 136 duSpecial operations executive (un service spécial britannique), àCalcutta. Il contera en 1966 ses aventures dans un livre,Aux sources de la rivière Kwaï.
Après la guerre, lorsqu'il retrouve sa patrielibérée, legénéral de Gaulle lui remet plusieurs médailles pour ses exploits. Aussitôt, il se cherche : que faire après avoir vécu tant d’aventures ? Un jour, sur un coup de tête, il décide de vendre tout ce qu’il possède, puis s’installe dans un petit hôtel àParis pourécrire.
« Cette décision de devenirécrivain », dira-t-il plus tard, « je l’ai prise en une heure, une nuit d’insomnie où les lucioles dansaient. »
L’aventurier est désormais un écrivain célèbre. Il habite chez sa sœur Madeleine,veuve, et s’occupe comme un père de sa petite nièce Françoise, à laquelle il racontait tous sesromans avant de les écrire.Célibataire endurci, Boulle écrit tous les jours ; de1950 à1992, il publie un livre presque chaque année, dont deux romans qui sont publiés dans le monde entier et sont considérés comme des classiques : unroman d'aventures publié en1952,Le pont de la rivière Kwai — en partie inspiré des souvenirs de ses séjours en Asie du Sud-Est, avant et pendant la seconde guerre mondiale, et de témoignages recueillis —,adapté au cinéma en 1957 parDavid Lean[7], et un autre descience-fiction en1963,La planète des singes, le plus célèbre de ses romans, traduit dans plusieurs langues, et qui a également fait l’objet d'une adaptationcinématographique en 1968, puis a donné lieu à unefranchise.
Boulle a vécu ainsi jusqu’à la fin de ses jours, partageant son temps entre Paris et unemaison de campagne àAutry-le-Châtel dans leLoiret, et écrivant des livres où il se plaisait par-dessus tout à construire la rencontre entre deux choses : « le simple et l’étrange ».
Il meurt le. Son urne funéraire est alors placée dans la case 40 598 ducolumbarium ducimetière du Père-Lachaise. En, ses cendres sont finalement déposées dans le caveau familial au cimetière Saint-Véran enAvignon[8].
Couverture de la première édition américaine (The Vanguard Press, 1963) deLa Planète des singes.
William Conrad, son premier roman, est publié en 1950. Boulle a alors 38 ans et aucune formation littéraire, mais l’histoire d’agents secrets présente une aura d’authenticité qui séduit la critique.
Deux de ses romans connaissent une notoriété mondiale, grâce à leur adaptationcinématographique :Le pont de la rivière Kwaï etLa planète des singes, et à leur traduction en langue anglaise parXan Fielding, ancien officier duSpecial operations executive pendant la deuxième guerre mondiale.
Pierre Boulle est, avecJacques Spitz,René Barjavel,Stefan Wul,Pierre Devaux etJosé Moselli, un des pionniers de lascience-fiction française. Dans une histoire écrite en 1949,Une nuit interminable, Boulle joue avec les paradoxes temporels, faisant preuve d’un étonnant modernisme, à la manière deBarjavel dansLe Voyageur imprudent. Ce texte est publié dansContes de l'absurde (1953), le premier recueil de nouvelles de science-fiction françaises. DansUn métier de seigneur, il montre un lâche qui est démasqué après la guerre par ses anciens compagnons d'armes de la Résistance, mais meurt en héros pour ne pas avouer sous la torture sa couardise passée.
Pierre Boulle est également l’un des auteurs français les plus traduits et les plus connus à l’étranger, plus particulièrement auxÉtats-Unis où ses romans connaissent un énorme succès, dopé par les adaptations cinématographiques duPont de la rivière Kwaï et deLa planète des singes. Il est ainsi l’objet d’une étude littéraire,Pierre Boulle, écrite par Lucille Frackman Becker, parue chez Twayne publishers et jamais traduite en français. Une autre étude,Pierre Boulle et son œuvre, écrite par Paulette Roy, est publiée en1970 chez Julliard. Pour cette étude, Paulette Roy a rencontré l’écrivain qui lui donnait lui-même de nombreux renseignements. Elle y présente ses œuvres et le situe avec de nombreux exemples dans la lignée de plusieurs auteurs pour la satire, la science, et tous les sujets les plus fréquents dans son œuvre.
Exemple de l'aura de Pierre Boulle aux États-Unis, dans lasérie télévisée dérivée d’X-Files,The lone gunmen : au cœur du complot, dans l’épisodePlanet of the Frohikes, on mentionne leBoulle behavioral institute, en hommage à l’auteur. Par ailleurs, dans le cinquième de la première saison deX-Files (Le diable du New-Jersey), un ranger s’appelle « Peter Boulle ».
Dans le roman, le professeur Antelle organise une mission à destination de l’étoileBételgeuse. Accompagné du physicien Levain et du journaliste — et protagoniste — Ulysse Mérou, il découvre une planète semblable à la Terre, appelée Soror, et décide de l’explorer. C’est ainsi qu’ils découvrent avec horreur qu’elle est dominée par des primates chassant les hommes comme des bêtes sauvages…
Aucune des adaptations n’a été fidèle à la version de Boulle[10]. Elles sont plutôt spectaculaires et « réalistes », etc. En 1968, après le premier volet au cinéma, Boulle écrit un script sous le titreLa Planète des hommes ; refusé par les studios, ce scénario manuscrit fait partie des collections de laBibliothèque nationale de France depuis 2007[10]. La saga cinématographique desannées 1970 met en avant les dangers de laguerre nucléaire, très en vogue à l’époque dans le cinéma américain. Trois Américains échouent sur la Terre du futur (sans le savoir) après avoir traversé le temps lors d’un voyage spatial. L’astronaute Taylor découvre alors que les singes intelligents ont pris le contrôle de la planète après une guerre qui a transformé lescontinents endéserts etjungles, et l’Homme en un être inférieur et muet…
Dans le film de 2001 réalisé parTim Burton, une station spatiale s’écrase sur une planète inconnue. Des primates, utilisés pour levol spatial habité, se rebellent contre les survivants humains pour ériger leur propre civilisation. Des siècles plus tard, Léo Davidson, un astronaute qui faisait partie de la station et qui a traversé le temps, se retrouve prisonnier des singes et tente de s’échapper…
DansLa planète des singes : les origines de 2011, un laboratoire développe un remède contre lamaladie d’Alzheimer en testant un rétrovirus sur des singes. Le virus, mortel pour l’Homme, décuple l’intelligence d’un chimpanzé qui mène alors ses semblables à la révolte…
Si l’on devait comparer les différentes adaptations, c’est la première version qui est la plus proche du roman, par le déroulement de l’histoire et sa présentation du comportement des singes (chasse au fusil, prise de photos avec les trophées humains, expériences en laboratoire...) vis-à-vis des hommes (qui y sont muets comme dans le roman). Ses seules trahisons à l’œuvre de Boulle provient du lieu de l’action, que le film de Burton rétablit, ainsi que la fin avec lastatue de la Liberté échouée, ce dont Boulle ne voulait pas ; il écrit d'ailleurs au producteurArthur P. Jacobs pour exprimer son désaccord[10]. Dans le livre original, l’action se passe sur une planète inconnue, et non sur la Terre. Et lorsque le héros rejoint la Terre à la fin du livre, c’est pour découvrir que les hommes ont subi un sort similaire à ceux de la planète explorée (comme dans le film).
Cinq ans après la mort de Pierre Boulle, sa nièce, qu’il avait élevée comme sa propre fille, et le mari de celle-ci découvrent de nouveaux manuscrits inédits dans les archives de l’auteur. Presque illisibles, il a fallu repasser une à une les vingt mille pages découvertes pour les restaurer. À l’issue de ce fastidieux travail, un nouveau roman sort de l’oubli,L'archéologue et le mystère deNéfertiti, probablement écrit entre 1949 et 1951, et finalement paru au Cherche-midi en2005. Des nouvelles inédites ou oubliées ont également été réunies en un recueil,L’enlèvement de l’obélisque.
Contient :Les luniens ;L'amour et la pesanteur ;Le miracle ;E=mc² ou Le roman d'une idée
Un étrange évènement (Éditions Florentin Mouret, 1957)
Histoires charitables (Julliard, 1965)
Contient :Le saint énigmatique ;L'homme qui ramassait les épingles ;Histoire du bon petit écrivain ;L'arme diabolique ;Le compte à rebours ;L'homme qui haïssait les machines
Quia absurdum : sur la Terre comme au Ciel (Julliard, 1970)
Contient :Son dernier combat ;Le plombier ;Interférences ;Laffût au canard ;Quand le serpent échoua ;Les lieux saints ;Le cœur et la galaxie
Contient :La grâce royale ;Le palais merveilleux de la petite ville ;Les lois ;Les limites de l'endurance ;Service compassion ;L'angélique Monsieur Edyh
L'enlèvement de l'obélisque (Le Cherche midi, 2007), œuvre posthume
Contient :L'enlèvement de l'obélisque ;Un étrange événement ;Le message chiffré ;Une mort suspecte ;Le1er avril ;Le coupable ;La croisière de l'alligator
L'or de la rivière Kwaï (SAS) / Gérard de Villiers. Paris : Plon, 1968, 252 p.
La planète des singes / une novélisation de John Whitman ; d’après un scénario de William Broyles Jr et Lawrence Konner & Mark D. Rosenthal ; trad. de l’américain par Pascal Loubet. Paris : Éditions J’ai lu, 2001, 158 p. (J’ai lu ;no 6050).(ISBN978-2-290-31407-4). Édition junior illustrée.
La planète des singes / une novélisation de William T. Quick ; d’après un scénario de William Broyles Jr et Lawrence Konner & Mark D. Rosenthal ; trad. de l’américain par Paul Benita. Paris : Éditions J’ai lu, 2001, 253 p. (J’ai lu ;no 6049).(ISBN978-2-290-31408-1)
La Planète des singes : l’adaptation officielle du film de Tim Burton / Scénario Scott Allie ; dessin Davidé Fabbri ; trad. Jérôme Wicky. Semic comics,no 1,, 52 p.
La Planète des singes : The Human War [#1-3] / Scénario Ian Edginton ; dessin Paco Medina et Adrian Sibar ; trad. Jérôme Wicky. Semic comics,no 2,, 76 p.
Paulette Roy,Pierre Boulle et son œuvre,Julliard,.
Yann Quero,L'Asie, l’écologie, la logique de l’absurde : trois essais sur Pierre Boulle, éditions Sempervivum, 2021. Trois essais sur différents aspects des sources d'inspiration de Pierre Boulle. Ouvrage préfacé par le professeur Jean Loriot Boulle, Président de l'association des Amis de Pierre Boulle.
Dossiers dans des revues
« Le Pont de la rivière Kwaï : récit complet en photos du film »,Mon film,no 619,,p. 8-9.
« Spécial hors série Tim Burton & La Planète des singes ».L’Écran fantastique : le cinéma du nouveau millénaire, été 2001, hors sérieno 1, 82 p.
Gérard Camy, « Aussi bête que nous »,Télérama,no 2638,,p. 47.
Jean-MarcDeschamps, Laurent-XavierLamory et PierrePittiloni, « La Planète des singes : du roman au film »,Dixième planète : le magazine des produits dérivés,no 12,,p. 30-37.
Rafik Djoumi, « La Planète des singes : Tim Burton, un homme parmi les singes »,Mad movies,no 134,,p. 32-40.
Christian Jauberty, « Planète story : les singes de Tim Burton »,Première,no 293,,p. 94-101.