Il est né le, et est le fils de Silvio Piccolomini de lafamille Piccolomini. Formé àSienne et àFlorence, alors foyers d'humanisme, Enea Silvio commence très jeune sa carrière dans le domaine diplomatique.
Il participe auconcile de Bâle (1431-1449), où il assume une charge prééminente comme orateur et secrétaire.
Il avait au moins deux enfants illégitimes (nés hors mariage), un àStrasbourg et un autre enÉcosse, tous deux nés avant son entrée dans les ordres. Pie a tardé à devenir prêtre en raison de la nécessité de respecter la chasteté[1].
Quand le papeEugèneIV transfère le concile àFerrare, en1438, Enea reste àBâle avec les dissidents. Il fait partie de la délégation qui porte àAmédéeVIII de Savoie l'annonce de sa nomination au pontificat. Devenu l'antipapeFélixV (1439-1449), celui-ci le nomme son secrétaire.
Couronnépoète lauréat en1442 par l'empereurFrédéricIII, pour son œuvre poétique et romanesque, il devient secrétaire de cet empereur qui l'utilise comme ambassadeur.
En1445, au cours d'une mission, il choisit de se rallier au pape légitime de Rome,EugèneIV, et abjure devant lui ses erreurs. Il est nommé en1446 secrétaire apostolique du pape. Il joue un rôle majeur dans le ralliement de l'Allemagne, qui jusque-là était restée neutre, àEugèneIV.
Il est ordonné prêtre le et nommé évêque deTrieste le, puis deSienne le.
Il est envoyé comme nonce en Autriche et en Bohême par le papeNicolasV. Pendant son séjour en Autriche, il écrit (1450) pour le jeune roi de Hongrie et de Bohême Ladislas un traité de l'éducation des enfants :Tractatus de liberorum educatione ad Ladislaum Ungariae et Bohemiae regem.
Comme son prédécesseur,PieII consacre toute son activité de pontife à la préparation de la croisade contre les Turcs, qui viennent de s'emparer deConstantinople (en1453) et menacent la chrétienté.
Il crée un ordre de chevaliers appelé l’ordre de Jésus, institué àRome en1459 pour organiser avec leur concours une croisade populaire.
Le, il réorganise l'université d'Avignon, y refondant une faculté de médecine qui n'a encore pratiquement jamais fonctionné et dont la chaire ne sera occupée pour la première fois qu'en1467[2]. Puis le, il publie la bulle de fondation de l'université de Bâle, dotée d'une faculté de médecine dès sa création[3].
Il réunit un congrès àMantoue (Lombardie) du au, immédiatement après son élection, où il convoque tous les princes chrétiens d'Europe pour tenter de laver l'affront subi par son prédécesseur, lorsque le roiAlphonse de Naples, profitant habilement de la mobilisation d'une flotte sous la bannière du Christ, l'envoya combattre lesGénois, et détourna à son profit une grande partie des fonds récoltés au titre de la dîme de croisade pour mener la guerre sainte en Orient. Mais le succès est mitigé. Il en profite pour entreprendre une inspection générale de ses Etats[4].
Le, àMantoue, il publie la bulleExecrabilis qui interdit les appels au concile et condamne leconciliarisme, comme doctrine de la supériorité du concile sur le pape.
À son retour àRome, il réprime une conjuration qui s'est dressée contre le pouvoir temporel des papes, et se termine par l'exécution deTiburzio et des principaux meneurs, le.
En 1461, il écrit une lettre àMehmetII, qui a pris Constantinople en 1453. CetteEpistola a Maometto lui promet de le reconnaître comme nouvel Empereur d'Orient s'il se convertit au catholicisme et protège l’Église. Cette lettre, très controversée, n'a jamais été envoyée[5].
Cette mêmeannée1461, Giovanni di Castro découvre les gisements d'alun deLa Tolfa, sur le territoire pontifical, qui procurent auSaint-Siège d'importants revenus.
Le, réception solennelle àRome du chef (de la tête) de saintAndré, enlevé àPatras par le despote deMorée,Thomas Paléologue. Le pape promet à cette occasion que la précieuse relique sera rendue à son siège « quand Dieu le voudra ». Cette promesse est réalisée par le papePaulVI.
Le, dans la lettreRubicensem, adressée à l'évêque de Guinée portugaise, il qualifie l'esclavage des Noirs de grand crime (magnum scelus)[6].
En1462, il élève son village natal deCorsignano au rang de ville et de résidence épiscopale, sous le nouveau nom de « Pienza », dérivé dePius. Il entreprend un vaste programme confié à l'architecteBernardo Rossellino, destiné à faire dePienza une cité idéale de laRenaissance.
Profitant d'une période favorable de paix entre les États d'Europe, le, il déclare la guerre aux Ottomans.
PieII meurt d'épuisement le (souffrant depuis longtemps de lagoutte), et l'entreprise est abandonnée. Son corps est inhumé àRome dans l'égliseSant'Andrea della Valle.
Aeneas Sylvius fait partie des écrivains de l'humanisme duQuattrocento. Son œuvre variée, enlatin, aborde divers genres. Il reste le seul pape ayant laissé de son temps et de son règne une chronique détaillée : lesCommentarii. Cet homme curieux (l’une de ses fréquentes remarques était « L’avare n’est jamais satisfait de son argent, ni le sage de son savoir ») se faisait ainsi appeler « varia videndi cupidus », « désireux de voir une quantité de choses ».
Les commentaires (Commentarii rerum memorabilium quae temporibus suis contigerunt) sont écrits en latin dans un style plein d'humour et de fraîcheur, composés deXIII livres, rédigés de1462 à1464. Ces mémoires constituent le chef-d'œuvre littéraire de ce brillant représentant de laRenaissance qu'était Enea Silvio Piccolomini. Véritable testament politique, religieux et humain, ils ont une grande valeur documentaire. Les observations sont assorties de larges descriptions de la nature, qui préfigurentGoethe ouRousseau, et de remarques et réflexions personnelles très originales.
Les pages de bravoure ne manquent pas. Citons entre autres :
Tractatus de liberorum educatione ad Ladislaum Ungariae et Boliemiae regem (1450): traité d'éducation pour le jeuneLadislasIer de Bohême (1440-1457), dans lequel il insiste sur l'importance de l'étude de la langue latine pour une formation complète[8].
Historia rerumFredericiIII imperatoris (1452-1458): éloge de son protecteur en Bohème.
Dialogus de somnio quodam (1453-1455) : manuscrit inachevé dans lequel Piccolomini fait le récit d’un songe au cours duquel il se retrouve seul, errant dans un paysage inhospitalier et où il finit par rencontrerBernardin de Sienne. Celui-ci lui propose de le guider dans un voyage en Enfer, au Purgatoire et au Paradis, tout en le tançant pour son ambition passée[9].
Historia Austrialis (1453-1458) : description de l'Autriche[10].
Germania (1457) : histoire duSaint-Empire romain germanique et description de l'Allemagne, dont il admire la richesse et la modernité[11].
De Europa (1458) : ébauche de traité géopolitique en65 chapitres consacrés aux provinces, nations et peuples de l'Europe, insistant sur l'épanouissement de la culture. Cet ouvrage« révèle la conception qu’un humaniste se fait, après la chute de l’Empire byzantin, des nouveaux rapports entre une identité européenne et un monde hostile à ses valeurs. Les « Européens » deviennent désormais une réalité définie par leur identité culturelle, humaine et spirituelle qu’il lui importe d’affirmer et de défendre[11]. »,[12]. Il tente de déterminer« les traits qui caractérisent et différencient les Européens de ceux qui ne le sont pas »[13].
De Asia (1461) : esquisse de représentation géographique du continent asiatique[14]. L'auteur analyse les mouvements des populations entre l’Orient et l’Europe[13].
Historia rerum ubique gestarum locorumque descriptio[15]: regroupeDe Europa (1458) etDe Asia (1461) et réédité ultérieurement sous le titreCosmographia, parGeoffroy Tory.PieII veut faire de cet ouvrage une « description géographique et ethnographique de l'ensemble du monde connu, avec des illustrations historiques ». Il contribue ainsi à définir le continent européen, par opposition à l'Asie et à l'Afrique, en se basant sur des ouvrages de l'antiquité[16]. Cet ouvrage exercera une profonde influence surChristophe Colomb[17].
Historia Bohemica (1458) : récit de ses interventions visant à résoudre l'hérésie hussite[18].
Historia de Eurialo et Lucretia. Historia de duobus amantibus (« L'Histoire des deux amants », 1444, mais publié en 1469). Située à Sienne, c'est l'histoire d'amour entre Lucrèce, une femme mariée, et Euryalus, qui fait partie de la suite de l'empereur Sigismond. Chacun des deux est amoureux de l'autre avant de découvrir que leur sentiment est partagé, mais Euryalus doit malheureusement quitter Sienne lorsque sa mission s'achève. Les amants entament alors une étroite correspondance, qui occupe la majeure partie du roman[19],[20]. Ce livre est largement propagé lors de l'invention de l'imprimerie[21].
Chrysis (1444). Comédie licencieuse mettant en scène des courtisanes et des clercs.
Une abondante correspondance (en particulier saLettre à l’empereurMehmetII).
↑Gustave Bayle, « Les Médecins d'Avignon au Moyen Âge »,Annuaire de Vaucluse,,p. 17-18(lire en ligne).
↑Paul Roth,« Petrus Ramus et l'Université de Bâle », dansMémoires et documents publiés par la Société d'histoire et d'archéologie de Genève,vol. XL, Genève,, 682 p.(lire en ligne),p. 271.
↑a etbSergeStolf, « L’Europe et ses « Européens » vus par Enea Silvio Piccolomini (1458) »,Cahiers d'études italiennes,no 27,(lire en ligne).
↑Piccolomini Enea Silvio,De Europa, A. van Heck (éd.), Città del Vaticano, Biblioteca Apostolica Vaticana, 2001.
↑a etbSergeStolf, « De Europa et Asia d’Enea Silvio Piccolomini : migrations, invasions, ancrages, un état des lieux de l’Europe au xve siècle »,ILCEA,no 28,(lire en ligne).
Mémoires d'un pape de la Renaissance / LesCommentarii dePieII ; texte abrégé et annoté parIvan Cloulas et Vito Castiglione Minischetti; trad. dulatin par Gilles Bournoureet al. - Paris : Tallandier, 2001.(ISBN2-235-02308-8).
Œuvres érotiques, présentation et traduction par Frédéric Duval. Turnhout : Brepols, 2003.(ISBN2-503-51309-3).
Les Deux Amants, traduit et présenté par Serge Stolf, Arléa, 2002.(ISBN978-2-86959-567-5)
PiusII : « El più expeditivo pontifice » : selected studies on Aeneas Silvius Piccolomini (1405-1464), journée d'études, Groningue, 1997, sous la dir. de Zweder von Martels et de Arjo Vanderjagt, Leiden, Brill, 2003(ISBN90-04-13190-6).
Il Sogno diPioII e il viaggio di Roma a Mantova, atti del convegno internazionale, Mantova, 2000, sous la dir. d'Arturo Calzona et de Francesco Paolo Fiore, Florence, L. S. Olschki, 2003(ISBN88-222-5205-5).
PioII Piccolomini : un papa humanista, Anna-Maria Corbo, Rome, Edilazio, 2002(ISBN88-87485-23-2).