LaPhrygie (dugrec ancien :Φρυγία /Phrugía) est unancien pays d’Asie Mineure (actuelle Turquie), situé entre laLydie à l'ouest et laCappadoce à l'est, sur le plateau anatolien, constituant un carrefour entre les sphères Occidentale et Orientale.
Sa renommée à travers l'histoire, après son oubli lors de l'effacement de l'Empire byzantin[1] puis l'engouement autour de sa redécouverte[2], est due à son héritage mythologique et culturel, centré sur la figure emblématique, mythologique et historique, du légendaire roiMidas[2].
L'histoire de ce pays mêle ainsi légendes et découvertes archéologiques, ce qui rend difficile l'établissement d'une vision nette et précise de cette entité et de ses spécificités[3].
L'Asie Mineure au temps desDiadoques.Site deGordion, capitale de la Phrygie.Bryges, les Phrygiens européensTemple de Zeus dans l'ancienne ville d'Aizanoi (Phrygie). Site du patrimoine mondial de l'UNESCO
Les Phrygiens sont un peuple de langueindo-européenne venu deThrace ou du nord de la Grèce. Selon Hérodote, au second millénaire avant notre ère, ils étaient voisins des Macédoniens, et ont changé le nom de leur peuple, « Bryges », quand ils ont migré en Anatolie[4]. Ils ont occupé vers1200 av. J.-C. la partie centrale et occidentale de l'Asie Mineure, profitant de l'effondrement de l'Empire hittite.
À la suite de l'effondrement duRoyaume hittite vers1180/1170 av. J.-C., un royaume de Phrygie se forma. À l'origine petit royaume à majorité paysanne du nord-ouest de l'Anatolie, la Phrygie devint rapidement l'un des États les plus puissants de cette région du monde antique jusqu'à l'époque des invasionscimmériennes au début duVIIe siècle av. J.-C. Selon la légende, à l'époque archaïque (après laguerre de Troie), le plus grand roi phrygien futGordias, un paysan qui aurait reçu le trône à la suite d'unoracle. Il fonda la capitale,Gordion (actuellement Yassihüyük/Polatlı). Sans enfant, il adopteMidas.Dionysos lui accorde un vœu, après que Midas eut recueilliSilène, alors qu'il était ivre, ce qui lui donna le pouvoir de transformer tout ce qu'il touche en or. Par la suite, les rois phrygiens portent alternativement les noms de Gordias et Midas. Certaines légendes font également deTantale un roi phrygien.
En1299, Osman Gazi,bey, vassal dusultan seldjoukide et installé en Phrygie à la frontière byzantine, se déclare indépendant et se fait proclamer sultan, sous le nom d'OsmanIer, fondant ainsi ladynastie ottomane. Celle-ci s'empare progressivement desautres beylicats, issus de la fragmentation des possessions seldjoukides. Dans les siècles qui suivent, la population phrygienne se convertit progressivement à l'islam, pour ne plus payer leharaç (capitation sur les non-musulmans) et pour ne plus subir ledevchirmé (enlèvement des garçons pour le corps desjanissaires).Mosquées etcaravansérails se multiplient dans le pays, désormaisturc.
La langue phrygienne est unelangue indo-européenne dont la classification n'est pas certaine, elle serait peut-être en relation avec le grec, ou bien avec la langue thrace. La culture phrygienne a beaucoup influencé la culture grecque[réf. nécessaire]. Elle est très développée à l'âge du bronze, notamment dans le domaine de la musique.Midas est supposé avoir été l'élève d'Orphée. Le roi, après avoir été dégoûté de l'or par son aventure avecDionysos, part vivre dans la forêt et assiste à un concours entreApollon et le dieuPan (à qui on attribue l'invention de laflûte de Pan, lasyrinx). Le vieuxTmolos, esprit de la montagne, est le juge de ce concours. Il déclare Apollon vainqueur et Midas, mécontent du résultat, le dit haut et fort. Apollon, furieux de son audace, transforme les oreilles de ce roi en celles d'un âne.
La grande déesse phrygienne estCybèle, la « grande-mère », qui selon lamythologie grecque, initieDionysos à ses mystères. Les Phrygiens vénèrent aussiSabazios, identifié ensuite par lesGrecs àZeus et à Dionysos.
Le nom originel des Phrygiens lorsqu'ils étaient enIllyrie, Bryges, peut être éventuellement rapproché de la racine celtique :brigos (briga, « colline », « mont », « forteresse »), plusieurs peuples celtes portant un nom contenant cette racine (Ségobriges, Allobroges, Brigantes…).
Pâris, fils dePriam, est réputé être phrygien, ce que montre sa représentation habituelle, portant le célèbrebonnet du même nom, qui fut ensuite repris, au XVIIIe siècle par lesrévolutionnaires français pour sa ressemblance avec lepileus (bonnet de forme proche), porté par les esclaves affranchis par l'Empire Romain en signe de liberté. Le bonnet phrygien fut également le symbole de la liberté pour les Américains lors de laguerre d'indépendance. LesPatriotes de la rébellion de 1837-39 duBas-Canada ont aussi utilisé ce symbole.
La Phrygie a fait partie des régions du monde gréco-romain les plus rapidement évangélisées. En effet, des Phrygiens étaient présents àJérusalem lors de laPentecôte (Ac 2, 10),Paul et Silas voyagèrent en Phrygie (Ac 16, 6), où ils laissèrent une communauté chrétienne à Colosses, à qui Paul écrira une lettre (lettre aux Colossiens).
↑D'après Hérodote.Histoires, VII, 73. (trad. Ph. –E. Legrand, 1951).« Les Phrygiens, dit-on en Macédoine, étaient appelés Briges aussi longtemps que, vivant en Europe, ils habitaient avec les Macédoniens ; c'est quand ils furent passés en Asie que, en même temps qu'ils changeaient de pays, ils changèrent aussi leur nom en celui de Phrygiens. »