Représentation deSocrate dans un manuscrit arabe illustré duXIIIe siècle.Représentation arabe médiévale d'Aristote.
Laphilosophie islamique[1] désigne les travauxphilosophiques effectués dans le cadre de lacivilisation islamique (arabe,persane oumongole), ce qui inclut les philosophes musulmans, mais aussi desJuifs,Chrétiens etlibres-penseurs. En un sens plus restreint, cette expression regroupe commodément l'ensemble du travail philosophique effectué par des penseurs de confession musulmane.
À noter que la philosophie auMoyen Âge inclut laphysique, lalogique, l'éthique et laphilosophie politique qui sont des « sciences profanes » et non sacrées. Ces sciences visent la connaissance du monde et de l'esprit humain par des moyens rationnels et non révélés. Les philosophes s'occupent aussi de questionsthéologiques en se servant des outils de lalogique et de lamétaphysiquegrecques, ce qui leur sera reproché par lestraditionalistes et leslittéralistes religieux. La philosophie est cependant pratiquée dans un cadre religieux la plupart du temps. Il existe aussi des libres-penseurs commeIbn al-Rawandi etRhazès.
Débat sur la définition et l'extension de l'expression
L'expression « philosophie islamique » peut aussi être utilisée pour désigner laphilosophie inspirée de textesislamiques présentant la conception de l’islam et sa vision[2].
PourHenry Corbin[3], la philosophie islamique désigne l'œuvre de penseurs d'une communauté religieuse caractérisée par l'expression coraniqueAhl Al-Kitâb : peuple du Livre. On trouve dans ce vocabulaire philosophique le mothaqîqat dans le sens derévélations divines donnant la vérité, l'essence, et de ce fait le sens spirituel. Cette conception est voisine de l'herméneutique de laBible ou duCoran. Il ne s'y trouve cependant pas de magistère du dogme, de pères fondateurs, ni d'autorités pontificales, mais on peut y invoquer quelque inspiration prophétique, ou encore une herméneutique spirituelle dans certaines limites admises.
Henry Corbin insiste dans l'avant-propos de son livre sur le fait que philosophie islamique n'est pas à confondre avec philosophie arabe. Le concept « arabe » de l'usage courant ne coïncide pas non plus avec le concept religieux « islam », ni avec les limites de son univers. La désignation « arabe » ne vient pas davantage de l'usage de cette langue, car cela exclurait de célèbres penseurs iraniens ayant tous écrit en persan jusqu'aux contemporains utilisant tantôt en persan tantôt l'arabe littéraire.L'auteur compare cette situation à celles d'auteurs (Descartes, Spinoza, Kant, etc) ayant choisi d'écrire des traités en latin sans être pour autant philosophes latins ni romains.
Le mot le plus proche qui est utilisé dans les textes islamiques principaux (leCoran et laSunna) désignant laphilosophie est « sagesse » (hikma). C’est pourquoi beaucoup de philosophes musulmans utilisent le mot « sagesse » comme synonyme du mot « philosophie » (falsafa), qui pénétra la pensée islamique comme arabisation du mot grecphilosophia. Un philosophe est unfaylasûf, au plurielfalâsifa[4]. Dans la civilisation islamique, le mot « philosophie » reste attaché aux notions de laphilosophie antique (gréco-romaine). C'est en effet à partir des textes grecs traduits ensyriaque et enarabe que les musulmans découvrent la philosophie, chronologiquement antérieure à l'islam.
Il faut relier à ces termes lekalâm, qui est une forme dialectique de théologie (fondée sur la discussion rationnelle) et lefiqh, c'est-à-dire le droit. Les recherches dukalâm et dufiqh peuvent être étroitement liées à celles des philosophes, lesquels étudient les sciences profanes comme lalogique ou laphysique.
Lesoufisme entra en conflit avec les savants du kalâm et les philosophes pour préciser la signification du mot sagesse cité dans leHadith et souvent lessoufis utilisaient le titre « savant » pour les plus importants de leurs personnalités, comme le savant Al Tarmazi.
C'est en cherchant à affiner la doctrine de l'islam et à interpréter correctement leshadith, tout en extrapolant sur les questions religieuses qui n'avaient pas été explicitement tranchées dans le Coran qu'avec la méthode de l'idjtihâd s'ouvrent les premiers débats philosophiques et théologiques en Islam, notamment entre les partisans dulibre arbitre ouQadar (de l'arabe :qadara, qui a le pouvoir), et lesdjabarites (dedjabr force), partisans dufatalisme.
La conscience religieuse de l'islam est un pacte éternel de fidélité (et non pas fondée sur un fait de l'histoire).« Ne suis-je pas votre Seigneur ? »[9] est l'interrogation divine posée aux Esprits des humains préexistant au monde terrestre. Le philosopheNâsir-e Khosraw (XIe siècle), une des grandes figures de l'Ismaélisme iranien, énonçait que« l'aspect exotérique de l'Idée (mamthûl) qui devient religion positive (mithâl) est en perpétuelle fluctuation avec les cycles et périodes du monde. C'est une énergie divine qui n'est pas en devenir ». Elle ne peut être dictée par des dogmes, par un Magistère. Mais elle requiert des Guides, des Initiateurs. La pensée philosophique en Islam se meut par un double mouvement vertical de progression depuis l'origine (mabda') et de retour à l'origine (ma'âd). Il s'agit de l'espace et non du temps[10].
Le kalâm se basait premièrement sur les textes légitimes comme le Coran et la Sunna et sur des façons logiques linguistiques pour construire un argument afin de faire face à ceux qui essayaient d’attaquer les vérités de l’Islam, alors que les philosophes mousha’in, et ce sont les philosophes musulmans qui ont adopté la philosophie grecque, avaient pour première référence le concept d’Aristote ou celui dePlaton qu’ils considéraient harmonieux avec les textes et l’esprit de l’Islam. Et d’après leurs tentatives d’utiliser la logique pour analyser ce qu’ils considéraient des lois universelles invariables issues de la volonté de Dieu, ils font d’abord les premières tentatives conciliatoire dans le concept du Créateur entre la notion Islamique de « Allah » (nom de Dieu) et la notion philosophique grecque du premier principe ou la première pensée.
Le kalām s'est construit dans le conflit entre deux grands courants, lesmutazilites et lesacharites[11]. Ces derniers, pour des raisons historiques, l'ont emporté, de sorte que le mutazilisme a presque disparu[12]. Mais l'acharisme a emprunté à ses adversaires certains concepts et problèmes, et surtout l'art de la dialectique[13] - le souci de justifier rationnellement ses positions, au lieu de se contenter de recourir à l'argument d'autorité. Cette exigence a conduit les théologiens acharites à évoluer, introduisant progressivement les méthodes rationnelles des philosophes (en particulier la syllogistique d'Aristote) dans la théologie. Jusqu'à ce que, parfois, la frontière entre kalām et falsafa devienne ténue, comme cela a été reproché àFakhr ad-Din ar-Razi[14],[15].
En toute rigueur, lafalsafa (فلسفة) n'est pas synonyme dephilosophie en général, mais désigne de façon précise les philosophes duMoyen Âge musulman[16]:Al-Kindi (Alkindus),Al-Fârâbî (Alpharabius) etIbn Sina (Avicenne) en sont les principaux représentants. Ils se caractérisent par leur effort pour articuler laRévélation et laraison, l'enseignement duCoran et celui des Grecs (surtoutAristote,Platon et lesnéoplatoniciens)[17]. On peut définir lesfalasifa (équivalent du grecphilosophos) comme les philosophes musulmans hellénisants[18].
La philosophie islamique se développe de l’étape d’étude des thèmes qui ne se prouvent que par le reportage et le culte à l’étape dont l’épreuve est limitée aux preuves logiques, mais le point commun au cours de cet étendu historique était de connaître Dieu et de prouver la présence du Créateur[pas clair]. Ce mouvement philosophique atteint un tournant très important avec Ibn Rouchd qui invoqua le principe de la liberté et la domination de la raison d’après l’observation et l’expérience. Le premier philosophe arabe à apparaître étaitAl-Kindi qui a le titre du premier professeur arabe, après futAl-Ghazâlî qui adopta beaucoup d’idées d’Aristote au sujet de l’intellect efficace, présenta le monde et le concept de la langue naturelle.Al-Fârâbî fonda une école intellectuelle dont :al-‘Āmirī, Alsajstani et Altawhidi. Al-Ghazâlî est l'un des premiers à réconcilier la logique et les sciences islamiques, quand il cherche à démontrer que les méthodes de la logique grecque peuvent être neutres et séparées des concepts métaphysiques grecs. Il détaille l'explication de la logique et il l'utilise dans la science dufiqh, mais par contre, il attaqua les visions philosophiques des philosophes musulmansmousha’in dans le livreL'Incohérence des philosophes[19] (Tahâfut al-falâsifa) ; plus tard, Ibn Rochd de Cordoue (connu sous le nom d'Averroès en Occident), dans son livreL'Incohérence de l'Incohérence (Tahâfut at-tahâfut)[19], répond à ses attaques.
De là, quelques-uns refusaient toujours de discuter des recherches portant sur des sujets divins et la nature du Créateur et la Créature, et préfèrent se contenter de ce qui est écrit dans le Coran et la Sunna. Ce mouvement connu sous le nom de « Ahl al Hadîth », et à qui se rapportent la plupart de ceux qui ont travaillé dans le « fiqh » islamique se doutait toujours de l’importance de la logique de la philosophie. Et il existe encore des mouvements islamiques qui croient qu’il « n’existe pas de philosophes musulmans et que cette expression est incorrecte, l’Islam a ses savants qui suivent le Coran et la Sunna, tandis que celui qui travaille dans la philosophie est un hérésiarque dupeur[réf. nécessaire] ».
Dans une étape tardive de la civilisation islamique, apparaît un mouvement critique de la philosophie, dont le plus important des chefs estIbn Taymiyya qui est considéré comme opposant à la philosophie et appartenant au mouvement de « Ahl Hadith » refusant tout travail philosophique, mais ce qu’il dit des modes (procédés) de la logique grecque et sa tentative de le lier aux concepts métaphysiques (contrairement à ce que Al Ghazali voulait clarifier) dans son livre « Répondre aux Logiques » qui a été considéré par certains des essayistes arabes contemporains comme étant une critique de la philosophie grecque, bien plus qu’une simple critique pour elle, sa critique est bâtie sur une recherche profonde des procédés de la logique et la philosophie et une tentative de construire une nouvelle philosophie, cette dernière fut une préface du transfert de la réalité du (kully) jusqu’à sa nomination.[incompréhensible]
LaMadhhabmotazilite est née d'une opposition aux vues traditionnelles des musulmans partisans ducalifat. Puis, s'intéressant aux attaques que subissait l'islam de la part des non-musulmans, ces motazilistes devinrent rapidement obsédés par le débat avec les autres théologies et courants de pensée à l'intérieur de l'Islam lui-même.
Très rapidement, encouragée par le califeAl-Mamun qui fit du motazilisme la doctrine officielle en827 et créera laMaison de la sagesse en832, la philosophie grecque fut introduite dans les milieux intellectuels persans et arabes. L'École péripatétique commença à avoir des représentants parmi eux : ce fut le cas d'Al-Kindi, d'Al-Fârâbî, d'Ibn Sina (Avicenne), et d'Ibn Rushd (Averroès).
Ceux qui cherchaient par une démonstration philosophique à conforter et démontrer le bien-fondé de leur foi religieuse ont été recrutés parHunayn ibn Ishaq, unarabe chrétien qui dirigea lamaison de la sagesse dans les870. Ils ont collecté, traduit et synthétisé tout ce que le génie des cultures grecque, indienne, iranienne avait pu produire avant d'entreprendre les commentaires sur ces œuvres et de former les bases de la philosophie musulmane desIXe etXe siècles. Ceux qui utiliseront cette méthodologie diteIlm-al-Kalâm basée sur ladialectique grecque seront appelésmutakalamin. En réponse aumotazilisme,Abu al-Hasan al-Ash'ari, initialement un motaziliste lui-même, développa le Kalâm et fonda l'école de penséeasharite qui s'appuyait sur cette méthodologie. Ainsi le kalâm et la falsafa influenceront plusieursmadhhabs. LesKaraïtes, une branche dujudaïsme, s'inspirent aussi peu à peu de la forme dialectique de la kalâm pour s'opposer à leurs adversaires. Ces philosophes se font appeler lesMas'udi[20]. Leurs arguments et raisonnement influenceront en retour les vues musulmanes.
Sous le califat desAbbassides, un certain nombre depenseurs et de scientifiques, et parmi eux de nombreux musulmans considérés comme« hérétiques » ou des non-musulmans, jouèrent un rôle dans la transmission à l'Occident des savoirs grec, indien, et d'autres sagesses pré-islamiques, mésopotamienne et iranienne. Trois penseurs spéculatifs, les deux PersansAl-Fârâbî[21] etAvicenne, et l'Arabeal-Kindi, combinèrent l'aristotélisme et lenéoplatonisme avec d'autres courants dans l'Islam. Ils furent considérés par beaucoup comme déviants par rapport à l'orthodoxie religieuse, et certains les jugèrent même comme des philosophes non-musulmans.
LeXIIe sièclevoit l'apothéose de la philosophie pure et le déclin duKalâm, plus tard. Cette exaltation de la philosophie doit être attribuée, pour une large part au persanAl-Ghazâlî et au juifJuda Halevi. En émettant des critiques, ils ont produit par réaction un courant favorable à la philosophie par une mise en cause des concepts et en rendant leurs théories plus logiques et plus claires[réf. nécessaire].Avempace etAverroès ont produit des œuvres importantes de la philosophie. Averroès clôt le débat par son œuvre d'une certaine audace. La fureur desorthodoxes est en effet telle que le débat n'est plus possible. Ces derniers s'en prennent sans distinction à tous les philosophes et font brûler les livres. Avec la mort d'Averroès, l'école de pensée péripatétique arabe a décliné tandis que la perte de l'Espagne au profit des chrétiens permettra au débat de se poursuivre enOccident, par l'intermédiaire desJuifs, et plus particulièrement deMoïse Maïmonide.
En Orient, la philosophie péripatétique s'est poursuivie à la cour des empereursottomans, enIran ou enInde comme avec les philosophes méconnus commeChah Waliullah etAhmad Sirhindi. Des écoles se sont fondées telle que celle deIbn Arabi,Sohrawardi etMolla Sadra Shirazi et sont toujours actives. De plus, la logique a continué à être enseignée dans les séminaires religieux jusqu'à aujourd'hui. Il est de tradition de séparer les écoles philosophiques concernées par les croyanceschiites et celles qui ne le sont pas.[réf. nécessaire]
la théosophie transcendante oual-hikmat al-muta’li (حكمت متعالي)également issue de Perse
Par la suite, il n'y a plus réellement eu de réflexion profonde sur l'Islam si ce n'est des divergences dans lesMadhhab, le développement duTasawwouf et l'essor de certainesTariqa[réf. nécessaire].
Lahikmah continue à être enseignée. LaNahda ou Renaissance voit se développer de nouvelles réflexions philosophiques, théologiques et politiques dans le monde islamique.Allama Muhammad Iqbal est un grand penseur du sous-continent indien qui a réformé et a revigoré la philosophie islamique au début duXXe siècle.
Unfaylasuf est unphilosophe arabe, héritier de laphilosophie grecque dans le contexte particulier de l'islam (falsafa). Lesmutakallimin sont les partisans duKalâm.
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