Depuis leXIXe siècle, leségyptologues regroupent ces dynasties en des séquences plus longues. Les trois plus importantes sont les « Empires ». Chacun d'eux se termine par une période de désorganisation monarchique appelée « Période intermédiaire ». À l'Ancien Empire, période de constructions des grandespyramides de Gizeh, sont attachés les noms célèbres deKhéops,Khéphren etMykérinos (IVe dynastie). À partir d'Ounas (fin de laVe dynastie) puis sous ses successeurs de laVIe dynastie, les chambres funéraires s'ornent desTextes des pyramides, les plus anciens écrits religieux de l'Humanité. AuMoyen Empire se rattachent les différentsAmenemhat etSésostris (XIIe dynastie). Cette période se caractérise par son foisonnementlittéraire et notamment par sesSagesses qui encouragent les élites au loyalisme, à l'honnêteté et à la piété. LeNouvel Empire marque l'apogée de la puissance militaire égyptienne avec la constitution d'une vaste aire d'influence depuis laNubie au sud et jusqu'en Syrie-Palestine au nord. Cette période est celle des pharaons guerriersThoutmôsis Ier,Thoutmôsis III,Séthi Ier,Ramsès II etRamsès III, membres illustres desXVIIIe,XIXe etXXe dynasties. L'ultime représentant de l'institution pharaonique proprement dite est le dernierLagide,Ptolémée XV (ditCésarion), fils deJules César et deCléopâtre. Quelquesempereurs romains, telsTrajan àPhilæ, ont toutefois accaparé le discours et l'imagerie pharaonique dans le but de s'inscrire dans cette longue tradition monarchique.
La monarchie pharaonique a développé dès ses origines un discours idéologique fondé sur l'union desDeux Terres (Haute etBasse-Égypte). Chaque pharaon est ainsi le garant d'une unité égyptienne voulue et instituée par lesdieux. Lors de soncouronnement, la puissance royale se matérialise par l'obtention d'emblèmes magiques (couronnes, coiffes, sceptres) et l'élaboration d'unetitulature sacrée. Le pouvoir divin de Pharaon est par la suite régulièrement confirmé ; chaque année à l'occasion du nouvel an, et plus fastueusement lors de lafête jubilaire des trente ans de règne.
La personnalité de Pharaon est complexe. À la fois humain et dieu, il est le descendant de l'Ennéade d'Héliopolis, la dynastie des dieux-rois. Selon la mythologie monarchique, le trône d'Égypte a été institué par ledémiurge. Il l'a ensuite transmis aux dieux ses successeurs, puis à des êtres semi-divins, lesSuivants d'Horus qui précèdent immédiatement les rois historiques dans les listes royales. Dans les textes initiaux, Pharaon est le fauconHorus sur le trône des vivants, dieu puissant et jeune. Mort, il estOsiris, le dieu régénéré par lamomification et le souverain éternel de l'Au-delà. Pharaon est aussi le fils deRê selon la théologiesolairehéliopolitaine et le fils d'Amon selon le mythethébain de lathéogamie.
Comme chef religieux, Pharaon a pour première mission de mettre en œuvre laMaât sur terre, c'est-à-dire l'harmonie entre les hommes et lesdieux, d'affermir la moralité du peuple et d'assurer la prospérité des familles. Maintenir l'ordre du monde (Maât) et combattre le mal (isfet), c'est satisfaire les divinités qui « vivent de Maât ». Aussi Pharaon se doit-il de bâtir, de restaurer et d'agrandir les temples, d’assurer le bien-être matériel des prêtres et de veiller à l’accomplissement correct des rites. Dans la pratique, il délègue l'exercice du culte à unclergé qu'il supervise. Ignorant laséparation des pouvoirs, Pharaon est à la fois le prêtre suprême, l'administrateur principal, le chef des armées et le premier magistrat de l'Égypte antique. À lui seul revient de choisir la politique à mener. Comme pour le culte, il délègue l'exécution de ses décisions gouvernementales à une cohorte de courtisans, de fonctionnaires et de conseillers, le premier d'entre eux étant levizir.
Dans l'entourage royal, les femmes occupent une grande place en tant que mères, épouses ou filles. Quelques-unes, dontHatchepsout, ont même accédé à la charge pharaonique. Grandpolygame, Pharaon possède de nombreuses concubines, pratique des unions rituellesincestueuses ainsi que des mariages diplomatiques. Ces multiples épouses sont regroupées au sein duharem sous les ordres de laGrande épouse royale. Ce lieu de vie est régulièrement agité par desconspirations dues à des rivalités entre co-épouses. Dans les cas les plus graves, la vie de Pharaon s'en trouve menacée, à l'image des fins tragiques deTéti,Amenemhat Ier etRamsès III. Mort de vieillesse ou assassiné, Pharaon reposemomifié dans une somptueuse tombe ; dans un caveau funéraire aménagé dans unepyramide auxAncien etMoyen Empires, dans unhypogée de lavallée des Rois auNouvel Empire ou dans une nécropole aménagée dans l'enceinte d'un temple à laTroisième Période intermédiaire et à laBasse Époque.À ce jour[Quand ?], la plus célèbre découverte est celle dutombeau de Toutânkhamon, réalisée en 1922 par le britanniqueHoward Carter.
Les grands pharaons sont passés à la postérité grâce aux écrits égyptiens de l'Antiquité, aux témoignages des historiens et géographes grecs (Hérodote,Diodore,Strabon) et aux chroniquesbibliques. L'un des plus célèbres est lepharaon de l'Exode, figurearchétypale du souverain despotique opposé aux desseins duDieu deMoïse. Sans preuve tangible, ce pharaon est fréquemment identifié au glorieuxRamsès II, en particulier dans les filmshollywoodiens narrant la sortie desHébreuxhors d'Égypte.
L'Égypte antique a vu se succéder quelque 345 pharaons[4]. La reconstitution de leur histoire fait l'objet de nombreuses difficultés. La documentation est vieille de 2 000 à 5 000 ans ; de ce fait, les informations qui nous sont parvenues sont très fragmentaires. Tous les écrits et toutes les données archéologiques disponibles nécessitent de la part deségyptologues un regard critique. De nombreuses discussions restent ouvertes sur l'ordre de succession de certains rois, sur la durée de leur règne ou sur leurs liens de parenté[n 1]. Certaines périodes troubles de l'histoire ont laissé des lacunes, parfois volontaires, dans la chronologie. L’Ægyptiaca est la plus ancienne chronologie disponible. Elle a été établie auIIIe siècle avant notre ère par leprêtre égyptienhelléniséManéthon de Sebennytos, à quiPtolémée II a demandé de rédiger engrec une histoire de l'Égypte. Cette œuvre suppose que les Égyptiens conservaient dans les archives des temples des listes royales remontant aux origines de la monarchie égyptienne. De ce travail d'historien, il n'existe désormais plus aucun texte complet. Mais, très apprécié durant l'Antiquité, il est aujourd'hui encore connu par des citations d'écrivains commeFlavius Josèphe,Sextus Julius Africanus ouEusèbe de Césarée. Ces abrégés fournissent une liste de rois classés en 31dynasties, regroupées de lapériode thinite à laBasse Époque. Les critères de la classification de Manéthon ne nous sont plus connus, mais en tout état de cause il a compulsé des sources égyptiennes, encore que le concept de dynastie qu'il utilise ne corresponde pas à celui pratiqué en Occident. En effet, lesdynasties deManéthon n'ont aucun rapport avec le lien du sang mais avec la ville d'où est originaire le pharaon fondateur de la dynastie et qui sert, dans la majorité des cas, decapitale dynastique. On trouve donc principalement, tout au long de l'histoire égyptienne, des dynastiesmemphites (Ancien Empire),héracléopolitaines (Première Période intermédiaire),thébaines (Moyen etNouvel Empire),avarites (périodeHyksôs pendant lesXVe etXVIe dynasties) outanites (Nouvel Empire etTroisième Période intermédiaire)[5].
Durant toute la durée de la civilisation égyptienne, les noms royaux ont été consignés dans des listes sur papyrus et sur les murs des temples. Selon toute vraisemblance, les noms recensés dans les temples sont des résumés de documents d'archives à présent perdus. Ces documents sont à utiliser avec précaution car on ne connaît pas les critères de choix ni de classement qui en sont à l'origine. Certains pharaons peu glorieux ou considérés comme non légitimes peuvent ne pas être mentionnés[6].
Latable royale de Saqqarah remonte, elle aussi, à la période ramesside. Elle a été découverte dans les décombres de la chapelle funéraire du scribe royal Tjounroy. Il s'agit d'un motif décoratif montrant le scribe en adoration devantOsiris et une liste de cartouches royaux disposés en deux rangées. Sur les cinquante-huitcartouches d'origine, quarante-sept sont encore préservés ; depuisAdjib de laIre dynastie àRamsès II. Là aussi, les pharaons de laDeuxième Période intermédiaire et ceux de lapériode amarnienne sont ignorés. Cette liste est exposée auMusée égyptien du Caire depuis sa découverte en 1861 par l'équipe d'Auguste Mariette[11].
Le document le plus intéressant mais aussi le plus endommagé est leCanon royal de Turin (XIXe dynastie). Cette liste sur papyrus a été gravement abîmée auXIXe siècle durant son transport vers leMusée égyptologique de Turin. Tombée en morceaux, elle se présente maintenant tel un grand puzzle avec des pièces lacunaires. Dans son état originel, le document comptait plus de trois-cents noms en uneécriture hiératique très soignée. Pour chaque règne est donné la durée exacte en années, mois et jours[12].
D'après les nombreuses fouillesarchéologiques menées depuis le milieu duXIXe siècle, il est maintenant assez bien établi qu'à la fin de lapériode Nagada II (vers 3300 avant notre ère), trois villes deHaute-Égypte,Noubt,Nekhen etThinis rivalisent de puissance entre elles. À Nekhen, les tombes des élites laissent apparaître une utilisation ininterrompue de lanécropole entre lapériode Nagada I et les débuts de laIre dynastie. Tout au contraire, à Noubt, les inhumations prestigieuses ne sont pas attestées entre lapériode Nagada III et laIre dynastie. Par conséquent, il semble que la ville de Noubt ait été soumise militairement ou diplomatiquement par l'une de ses rivales, par Nekhen ou Thinis, durant la dernière phase de la formation de l'État pharaonique. L'adoption deHor-Nekheny (le dieu faucon Horus adoré à Nekhen) en tant que divinité protectrice de la monarchie suggère que ce sont les dirigeants de cette cité qui ont impulsé l'unification politique de la vallée duNil. La localisation exacte de Thinis reste problématique mais les indications funéraires livrées par sa nécropole sur le site d'Oumm el-Qa'ab àAbydos laissent à penser que Thinis a été la puissance politique dominante enHaute-Égypte à la fin de lapériode Nagada III, très peu de temps avant l'unification. Il est cependant aussi possible de croire que plusieurs roitelets ont exercé simultanément leur domination, chacun sur son territoire, et chacun se réclamant de la totale maîtrise du titre royal. Cette dernière hypothèse est renforcée par la relative abondance des noms royaux à la fin de lapériode prédynastique. Il est actuellement impossible de donner le nom du souverain sous lequel le pays a été, pour la première fois, placée sous une autorité unique. L'unification s'est probablement réalisée entre le règne du possesseur de latombe U-j d'Abydos, peut-êtreScorpion Ier, et le règne deNarmer (vers 3150 avant notre ère). Quoi qu'il en soit, durant cette période l'influence des souverains de Haute-Égypte s'est progressivement étendu au sud jusqu'enBasse-Nubie et au nord jusqu'à laPalestine méridionale (dans les environs de l'actuelleGaza)[13].
Cartouche du pharaon Mény d'après laListe d'Abydos,XIXe dynastie.
Selon les listes royales compilées par les Anciens Égyptiens, le fondateur de laIre dynastie et du Royaume égyptien est le pharaon Mény. D'après les écrits laissés par les historiens de culture gréco-romaine telsManéthon de Sebennytos ouDiodore de Sicile, ce personnage est désigné par le nom hellénisé deMénès. SelonHérodote, Ménès est le premier pharaon à résider àMemphis, la capitale égyptienne. Il fonda cette ville en détournant le cours duNil pour permettre son établissement à la frontière entre laHaute et laBasse-Égypte[14]. Un des débats les plus virulents de l'égyptologie vise à identifier la figure semi-légendaire de Mény/Ménès à un souverain historique. Selon le BelgePhilippe Derchain, Mény est un nom inventé a posteriori par les Égyptiens eux-mêmes pour doter les annales royales d'une figure de père fondateur. Le nom de Mény signifierait tout simplement « Quelqu'un » et ce souverain serait par définition un personnage non identifiable[15]. Pour le françaisJean Vercoutter, Mény est un roi légendaire qui sous laXVIIIe dynastie a été associé aux dieuxMin etAmon par rapprochementphonétique[16].
Selon desartéfacts découverts lors defouilles archéologiques conduites sur la nécropole d'Abydos, on peut conclure que les roisNarmer etHor-Aha se sont eux-mêmes présentés comme les fondateurs des structures étatiques. Sur une empreinte desceau, Narmer, le premier roi de laIre dynastie, est aussi désigné par l'épiclèse deMén(y) qui signifie précisément « Celui qui établit / qui fonde (l'État) ». Son successeur Hor-Aha a quant à lui visiblement manifesté le désir de parachever cette œuvre fondatrice. Sur une étiquette en ivoire, satitulature desDeux Maîtresses comporte ainsi le nom deMény. Selon la tradition égyptienne seule une demi-douzaine de pharaons a fait œuvre de grand législateur. Parmi ces réformateurs figurent Ménès-Narmer qui, entre autres mesures judiciaires, abandonna les prélèvements fiscaux épisodiques pour les remplacer par des ponctions annuelles[17],[18]. La mise en place du régime pharaonique, dans le dernier quart du quatrième millénaire, résulte de deux facteurs sociaux-économiques principaux. D'une part l'achèvement du processus denéolithisation par l'abandon dunomadisme et de laprédation (pêche, chasse, cueillette) au profit de l'agriculture et de l'élevagesédentaire. D'autre part, le développement du commerce (ivoire, or, poterie) duSoudan à laPalestine a nécessité un contrôle militaire et administratif accru, plus efficace, centralisé et autoritaire sur les lieux de production et le long des axes de circulation pour éviter les pillages et les déperditions[17].
L'Ancien Empire (2700 à 2200 avant notre ère) est la plus longue période de stabilité politique connue par l'Égypte antique. Mis à part quelques incursions nomades, l'ordre intérieur n'est troublé par aucune menace extérieure sérieuse. Lacentralisation de l'État, la création d'une administration efficace amorcée sous lesdynasties thinites parviennent à leur pleine maturité sous les pharaons desIIIe etIVe dynasties. La prospérité agricole basée sur l'irrigation de laplaine nilotique engendre des ressources fiscales considérables. Il en va de même pour le commerce avec laNubie et lesoasis dudésert Libyque. Captées par le trésor royal, ces rentrées sont mises au profit de la famille royale et d'une petite élite nobiliaire qui a la haute main sur le pays. Fort de cette puissance, les conceptions religieuses évoluent vers la divinisation de la fonction pharaonique. Le souverain est considéré comme le successeur et l'incarnation du dieu fauconHorus, puis, à partir de laVe dynastie, également comme le fils deRê, le brûlant dieusolaire. La maîtrise des techniques de construction et de la sculpture sur pierre permet des développements architecturaux et artistiques considérables. Cette période est surtout connue pour être celle de l'apogée despyramides. Dans la régionmemphite, au sein des nécropoles deGizeh,Dahchour etSaqqarah, il s'est tout d'abord édifiée lapyramide à degré (soixante-deux mètres de haut) du roiDjéser, puis plus tard, lapyramide rhomboïdale (cent-cinq mètres) et lapyramide rouge (cent-dix mètres) deSnéfrou, puis lestrois pyramides monumentales deKhéops (cent-quarante-sept mètres),Khéphren (cent-quarante-quatre mètres) etMykérinos (soixante-six mètres). Ces monuments funéraires, ainsi que leGrand Sphinx expriment la puissance des pharaons de cette époque et la position centrale qu'ils occupent dans la société[19].
Cette formidable prospérité ne va toutefois pas se maintenir sous lesVe etVIe dynasties. Sous les effets conjugués de la désertification de la savane égyptienne et des rivalités intestines à la famille royale, le pouvoir pharaonique perd progressivement de sa superbe. Face à lui, les dignitaires locaux affirment, eux, de plus en plus leur pouvoir politique régional. Possible reflet des difficultés nationales, la hauteur et la qualité architecturale des pyramides s'amenuisent ;Ouserkaf etSahourê (≈ quarante-huit mètres),Néferirkarê (soixante-douze mètres),Niouserrê (cinquante mètres)[20]. Malgré leur modestie, les pyramides d'Ounas (quarante-trois mètres), dePépi Ier,Mérenrê Ier etPépi II (≈ cinquante-deux mètres) présentent l'avantage majeur de voir consignés sur leurs parois sépulcrales les hymnes et formules magiques desTextes des pyramides. Cecorpus, très hétérogène, est le plus ancien témoignage mis par écrit de la pensée humaine au sujet de l'au-delà. Là, sont évoqués l'osirianisation posthume du pharaon et la migration de son âme vers les contrées célestes[21],[22].
Après le long règne dePépi II, mortnonagénaire, la monarchie pharaonique s'effondre et l'unité du pays disparaît (vers 2200 avant notre ère). Des troubles sociaux, politiques et dynastiques mettent à mal le pays. L'anarchie s'installe. Les pyramides et nécropoles royales sont pillées de leurs richesses et les lieux cultuels attenants sont dévastés par la violence et les incendies. Les statues royales sont brisées et les momies des pharaons jetées dans le fleuve[n 2]. L'historienptolémaïqueManéthon illustre cette confusion extrême en affirmant, par exagération, que laVIIe dynastie voit se succéder soixante-dix rois en soixante-dix jours. LaVIIIe dynastie est bien plus certaine. Il s'agit sans doute de descendants dePépi II qui depuisMemphis exercent une autorité fantomatique (quelque dix-sept rois en vingt ans). Lors de cette confusion émergent deux pouvoirs pharaoniques distincts. Dans le Nord, àHéracléopolis se mettent en place les souverains successifs desIXe etXe dynastie. Depuis le Sud, la lignée desAntef etMontouhotep deThèbes (XIe dynastie) étend son autorité jusqu'àAbydos, zone frontalière où se produisent de nombreuses échauffourées militaires[23].
Progressivement, l'unité nationale se refait par le succès des armes au profit des Thébains. Sous le règne deMontouhotep II, la réunification est parachevée et débute l'époque prospère duMoyen Empire (≈ 2033 à 1786 avant notre ère)[24]. L'apogée de cette deuxième période faste est atteinte sous laXIIe dynastie entamée parAmenemhat Ier après l'éviction deMontouhotep IV, le dernier pharaon de laXIe dynastie. Sur quelque deux-cents ans se succèdent sept pharaons, les différentsAmenemhat etSésostris. À l'extérieur, sous le commandement deSésostris III, laNubie est mise au pas et verrouillée par l'édification deforteresses aux points stratégiques. À l'intérieur, l'administration est réformée et placée sous les directives d'un conseil de dignitaires aux ordres deTjaty (vizir) tandis que lesnomarques (dirigeants régionaux) sont réduits dans leur autonomie[25].
Les conceptions funéraires royales recommandent toujours l'édification de pyramides. L'usage est de les construire enbrique avec un revêtement enpierre calcaire àDahchour,Licht,Saqqarah,Mazghouna etHawara (hauteur de cinquante à cent-cinq mètres). Moins résistantes et ultérieurement dépourvues de leur revêtement, ces constructions ne sont actuellement plus que des amas informes érodés par les vents. LeMoyen Empire est l'âge glorieux des classiques égyptiens. La littérature est mise au profit de la royauté. Dans lessagesses, inlassablement recopiées par des générations d'élèves, la loyauté des notables envers le pharaon est encouragée voire magnifiée et exaltée, tels dans lesinstructions de Phtahhotep, deKagemni et d'Amenemhat[26].
Avec les pharaons de laXIIIe dynastie (lesSobekhotep etNéferhotep), l'institution monarchique perd une deuxième fois de sa superbe. La confusion politique et la division s'installent à nouveau. Progressivement l'entier contrôle du pays est perdu. Dans l'est dudelta du Nil, prend place l'obscureXIVe dynastie puis la lignée desHéqa-Khasout, les « Princes des pays étrangers » ouHyksôs desXVe etXVIe dynasties. Au cours duMoyen Empire, ces migrantssémites ont acquis une puissance croissante. Vers 1720 avant notre ère, ils mettentMemphis à sac et installent un gouvernement propre àAvaris. En partie égyptianisé, les roisHyksôs adoptent les symboles de la monarchie pharaonique comme latitulature (les roisSalitis,Yaqoub-Her,Khyan,Apophis, etc.). Leur supériorité militaire repose sur une technique de combat jusqu'alors inconnue des Égyptiens : l'utilisation des attelages àchevaux (charrerie) dans les batailles[27]. Dans le Sud, autour deThèbes, les princes de laXVIIe dynastie (dont lesAntef etSobekemsaf) entretiennent les traditions égyptiennes. Tout d'abord une sorte de paix s'installe entre les deux camps. Les hostilités débutent avecSeqenenrê Tâa mais le Thébain est tué au combat. Ses successeursKamosé etAhmôsis poursuivent cependant la lutte et lesHyksôs sont finalement expulsés après les prises d'Avaris etSharouhen (vers 1540 avant notre ère)[28].
Réunifiée, l'Égypte antique entame sa troisième période de prospérité, leNouvel Empire. De 1540 à 1070 avant notre ère, soit durant près de cinq-cents ans, trois lignées pharaoniques se font suite : laXVIIIe dynastie desAmenhotep etThoutmôsis et lesXIXe etXXe dynasties desSéthi etRamsès. Durant cette période, le royaume doit constamment veiller sur sa frontière avec leProche-Orient. Pour protéger les intérêts égyptiens en Syrie-Palestine face auMittani, auHatti et auxHittites, des pharaons telsThoutmôsis III,Séthi Ier etRamsès II entreprennent de fructueuses campagnes militaires (batailles deMegiddo et deQadesh) ou conduisent d'intenses tractations diplomatiques[29]. Contrairement à leurs prédécesseurs, ces pharaons ne se font plus inhumer dans des pyramides mais dans de profondshypogées creusés dans la montagne thébaine, la célèbrevallée des Rois[30]. La prospérité du trésor royal est entretenue grâce aux importantstributs versés par les peuples soumis. Les constructions gigantesques abondent, ponctuées de hautsobélisques et de statues colossales. Pour preuve, la démesure des temples deKarnak,Louxor,Abydos ouAbou Simbel. Le vrai visage de ces pharaons nous est connu par leurs momies découvertes en 1881 dans lacachette royale de Deir el-Bahari. La richesse de leur trousseau funéraire n'est plus ignorée depuis 1922 avec la découverte du trésor de latombe deToutânkhamon[31]. Malgré l'opulence, leNouvel Empire est ponctué par de sérieuses crises. Face à la surpuissance du clergé d'Amon, laréforme atonienne, balbutiante sousAmenhotep III et paroxystique sousAkhenaton se termine par son abandon définitif dans un État largement désorganisé[32],[33]. La monarchie, remise sur pied parHoremheb,Séthi Ier etRamsès II sombre à nouveau après la mort deMérenptah du fait des rivalités entre ses descendants ; le pouvoir deSéthi II se voyant contesté dans le sud parAmenmes[34],[35],[36],[37],[38].
Un temps rehaussée parSethnakht et son filsRamsès III, la monarchie se liquéfie inexorablement sous les règnes de leurs descendants dans un climat de grandecorruption (Ramsès IV àRamsès XI)[39],[40]. Ces pharaons, installés dans le Nord, àPi-Ramsès, perdent peu à peu toute influence dans le Sud face au pouvoir politique grandissant duclergé d'Amon. Sous le dernier Ramsès, le grand-prêtreHérihor devient une sorte de pseudo-pharaon[41].
Le premier millénaire avant notre ère est pour la monarchie égyptienne une ère de déclin qui débute tout d'abord par l'installation de deux lignées rivales (entre 1069 et 945 avant notre ère). Dans le Nord, àTanis,Nesbanebdjed Ier (Smendès), gendre deRamsès XI, installe laXXIe dynastie, tandis que dans le Sud, àThèbes, règnent lesprophètes d'Amon. Les liens sont toutefois entretenus par des mariages politiques. Le plus illustre pharaontanite de ce temps est ainsiPsousennès Ier, fils du grand-prêtrePinedjem. Les pratiques funéraires royales des souverains de Tanis sont renseignées par la découverte de plusieurs tombes inviolées, le « trésor de Tanis », effectuée en 1939-1940 et 1946 par une équipe d'égyptologues français dirigée parPierre Montet[42].
Durant près d'un siècle, entre 945 et 850 avant notre ère, des pharaons de souchelibyenne sont au pouvoir (Mâchaouach etLibou). ÀBubastis,Sheshonq Ier fonde laXXIIe dynastie. Sous son règne, le royaume égyptien retrouve quelque peu sa puissance à l'extérieur. Il part en campagne enJuda où il assiègeJérusalem puis monte enIsraël à la poursuite deJéroboam. L'activité architecturale est relancée parOsorkon II àMemphis,Thèbes,Bubastis,Éléphantine. Les fils royaux reçoivent enapanage la fonction deGrand prêtre d'Amon ou la fonction de gouverneur d'Héracléopolis. Les rivalités entre ces lignées de princes conduisent malheureusement le royaume vers une période troublée connue sous le nom d’« anarchie libyenne » (850 à 730 avant notre ère). Le pays se trouve partagé entre différents pharaons rivaux (jusqu'à cinq roitelets). LaXXIIe dynastie règne en parallèle avec lesXXIIIe etXXIVe dynasties. Le nord est fortement morcelé entre une dizaine de Grand-chefs qui, au mieux, reconnaissent la suzeraineté de l'un des pharaons[43]. Entre 730 et 656 avant notre ère se déroule le conflit pour la réunification sous l'impulsion de laXXVe dynastienubienne issue deNapata. Les pharaons nubiens parviennent à annexer le sud mais piétinent dans le nord face auxXXIVe etXXVIe dynasties libyennes fortement installées dans leDelta. Sous l'autorité du nubienChabaka sont érigés de nombreux monuments dans les principaux centres religieux égyptiens : à Memphis, Abydos, Dendérah, Esna et Edfou. Les souverains nubiens, très attachés à leur patrie d'origine, se font inhumer dans depetites pyramides érigées dans la nécropole d'El-Kourrou près deNapata (Soudan actuel). À cette période, l'Assyrie émerge puis se développe comme la grande puissance militaire duProche-Orient. En 671 avant notre ère, sous le règne dunubienTaharqa, lesAssyriens d'Assarhaddon pénètrent enÉgypte et prennentMemphis ; en 663 avant notre ère, sousAssurbanipal, ils mettent en déroute l'armée deTanoutamon et pillentThèbes de ses riches trésors cultuels[44],[45].
Avec ses obscurs premiers représentants, laXXVIe dynastie deSaïs n'est d'abord qu'une simple autorité régionale qui se doit de coexister avec les derniers membres de laXXVe dynastienubienne. Cette situation change dès les débuts du long règne dePsammétique Ier (664 à 610 avant notre ère). Profitant de l'affaiblissement assyrien, il parvient à réunifier l'Égypte ; d'abord en liquidant les chefferies du Delta avec des mercenaires juifs etgrecs (ioniens,cariens etdoriens), ensuite en annexant laThébaïde par la nomination de sa filleNitocris commeDivine adoratrice d'Amon et le ralliement du grand-prêtreMontouemhat[46].
Avec le retour de la stabilité et de la paix, le pays s'ouvre au commerce méditerranéen avec laPhénicie et les villes grecques. Les vieilles valeurs religieuses sont maintenues. Dans le domaine de l'art, les artistes se glissent dans un moule archaïsant en copiant les œuvres desAncien etMoyen Empires. SousNékao II, l'Égypte domine pendant trois ans la Palestine après sa victoire à labataille de Megiddo contreJosias, roi deJuda. Ladéfaite que lui infligeNabuchodonosor II àKarkemish, en 605 avant notre ère, l'oblige à abandonner cette possession.Psammétique II mène une campagne enNubie en 592 avant notre ère où il descend jusqu'à la troisièmecataracte du Nil. Son filsApriès conduit des interventions en Palestine, notamment pour contrer lesBabyloniens. En 570 avant notre ère, il est tué lors d'une guerre civile qui l'oppose au généralAmasis. Devenu pharaon, ce dernier règne durant quarante-cinq ans de 571 à 526 avant notre ère[47]. Il est probable que l'ensemble des pharaonssaïtes se soient fait inhumer dans leur ville, dans l'enceinte du temple deNeith dont il ne reste aujourd'hui plus grand-chose. Aussi, seuls quelques-uns de leursouchebtis sont connus[48].
En 525 avant notre ère, lesPerses deCambyse II envahissent l'Égypte après leur victoire àPéluse face au jeunePsammétique III. Ce dernier est déporté àSuse, la capitale perse. Durant 121 ans, les Perses prennent en charge l'administration du pays (XXVIIe dynastie achéménide). Profitant de déchirements internes à la famille royale perse, l'égyptienAmyrtée, prince deSaïs, se proclame pharaon en 404 avant notre ère puis étend son autorité jusqu'àAssouan (seul représentant de laXXVIIIe dynastie)[49]. Son rivalNéphéritès Ier parvient au pouvoir (398 à 393 avant notre ère), fonde laXXIXe dynastie et déplace la capitale àMendès. Après son décès, éclate une crise de succession qui voitAchôris remporter la mise (393 à 380 avant notre ère). Les pharaonsNectanébo Ier (380 à 362 avant notre ère) etNectanébo II (360 à 343 avant notre ère) de laXXXe dynastie, originaires deSebennytos, sont les deux derniers plus illustres pharaons de souche égyptienne. Le premier parvient à refouler lesPerses mais le second est défait parArtaxerxès III après s'être fait déborder àPéluse. Il s'enfuit enNubie où l'on perd sa trace. Selon une légende rapporté par leRoman d'Alexandre dans la version duPseudo-Callisthène, Nectanébo se serait exilé enMacédoine, dans le camp anti-perse[50].
La seconde domination perse (XXXIe dynastie) ne dure qu'une décennie (343 à 332 avant notre ère). LorsqueAlexandre le Grand, roi deMacédoine, dans sa guerre contre lesPerses, pénètre enÉgypte, le pays est livré sans grands heurts par lesatrape Mazakès. Le conquérant se rend, de suite, dans l'oasis deSiwa où unoracle le reconnaît comme fils du dieuAmon et pharaon. Après la mort d'Alexandre en 323 avant notre ère, lediadoquePtolémée fils deLagos, s'empare de l'Égypte. Avec lui s'ouvre lapériode ptolémaïque longue de plus de trois siècles (323 à 30 avant notre ère). Quatorze de ses descendants prennent sa suite sous le nom dePtolémée (XXXIIe dynastie égyptienne). Leurs reines jouent un grand rôle politique dans le cadre de mariages consanguins (les différentesBérénice,Arsinoé etCléopâtre). Le dernier représentant de la lignée estPtolémée XV issu de la relation entretenue parCléopâtre VII avecJules César. Implantés àAlexandrie, les Ptolémée sont avant tout des rois de culture grecque et leur capitale appartient pleinement à lacivilisation hellénistique. Leur politique extérieure est tournée vers le mondeméditerranéen. À l'instar des pharaons égyptiens, les trois premiers Ptolémée conquièrent la Palestine et la Syrie. Cependant leur véritable horizon est grec. Ils se constituent ainsi un empire maritime avec l'annexion de laCyrénaïque, de laCilicie, de laCarie, deChypre et d'îles Égéennes. La période n'est pas exempte de révoltes égyptiennes. SousPtolémée V, les pharaons autochtones Hourounnéfer et Ânkhounéfer en viennent à émanciper laThébaïde. Dans la capitale, sous les derniers lagides, l'agitation politique est surtout le fait de la famille royale elle-même. La lignée est secouée par innombrables complots, intrigues, trahisons et assassinats. En province, de nombreux temples sont agrandis ou reconstruits dont ceux d'Edfou etPhilæ. La faiblesse du gouvernement alexandrin favorise l'autonomie d'un clergé égyptien qui profite régulièrement de larges exemptions fiscales[51],[52]. Après ladéfaite navale d'Actium en 31 avant notre ère, lesuicide deCléopâtre VII et l'assassinat dePtolémée XV en 30 avant notre ère, l'Égypte passe sousdomination romaine en devenant une province de l'Empire administrée par unpréfet[53].
Le pouvoir de Pharaon vise à maintenir la cohésion d'un double royaume constitué par laHaute et laBasse-Égypte ; chaque partie ayant ses propres symboles héraldiques et ses propres divinités protectrices. Lors ducouronnement, sont remis à Pharaon un ensemble d'objets symboliques de la royauté : couronnes, coiffes, sceptres. Ses liens avec la sphère divine se manifestent par l'élaboration d'unnom sacré composé de cinq titres différents.
La pensée égyptienne accorde une grande place au concept de ladualité. Toute réalité s'exprime comme l'union de deux modalités contraires mais appairées. Dans lemythe osirien,Horus etSeth sont les « Deux Combattants » ou les « Deux Compagnons » tandis qu'Isis etNephtys sont les « Deux Sœurs » ou les « Deux Pleureuses ». La monarchie pharaonique est elle aussi imaginée comme une institution duelle dans laquelle laHaute etBasse-Égypte sont unifiées[54]. En tant que symbole politique de l'unité égyptienne, le pharaon est le « Maître des Deux-Terres » (neb-taouy) car il est avant tout le personnage dans lequel se manifeste l'union politique des deux parties du pays. Cette unité desDeux Terres est fréquemment évoquée par la scène dite duSéma-taouy ou « Réunion des Deux-terres ». Ce motif décoratif figure fréquemment sur les deux flancs latéraux du trône royal. La plante du Sud, lelys blanc et celle du Nord, lepapyrus, sont vigoureusement nouées ensemble parHorus etSeth ou par deuxHâpy (esprit de l'inondation) autour duhiéroglyphe de latrachée artère (séma), unidéogramme qui évoque les notions d'unité et de réunification[55]. Dès les débuts de l'histoire égyptienne, les déessesNekhbet etOuadjet sont les deux déesses tutélaires de la double-monarchie pharaonique. Les deux déesses figurent pour la première fois ensemble sur une étiquette enébène découverte dans une tombe datée du règne deHor-Aha (Ire dynastie). Cette fonction protectrice leur est ensuite assignée jusqu'à la fin de la royauté pharaonique et même par-delà. Dans le temple d'Esna,Tibère (empereur romain de 14 à 37) est ainsi figuré entre elles deux tel un pharaon couronné duPschent[56].
Les attributs du pharaon ouregalia pharaoniques sont un ensemble d'objets symboliques de la royauté égyptienne. Dans l’iconographie, les pharaons se distinguent de leurs sujets par des attributs qui sont autant de symboles de leur fonction. Les dieux, détenteurs originels du pouvoir royal, peuvent également porter certains de ces insignes. Pharaon ne paraît jamais tête nue en public eu égard à sa fonction divine. Dès laIre dynastie, lacouronne blanche deHaute-Égypte est portée très couramment ; de même que lacouronne rouge deBasse-Égypte et ladouble-couronnepschent. Cette dernière s'adapte parfois à lacoiffe-némès, un linge plissé et rayé. Plus tardive, lacoiffe bleuekhépresh est assez fréquente sous leNouvel Empire. Puissant symbole de protection, le serpent-uræus ceint immanquablement le front royal en toute occasion. Les sceptres sont d'autres symboles de domination. Lacrosse-héqa et leflagellum-nekhekh, auxaspects pastoralistes, démontrent que le pharaon est le berger de son peuple, le guidant et le protégeant. Parmi les autres attributs figurent la queue de taureau fixée à l'arrière du pagne (symbole de fécondité et de virilité), labarbe cérémonielle (symbole d'autorité et de sagesse), les écharpes, les sandales et les pagnes. Tous ces insignes sacrés ont conféré à leur détenteur une autorité civile en tant que commandant suprême de l'administration étatique, une autorité militaire en tant chef des armées et une autorité religieuse en tant que représentant terrestre des dieux. Chaqueregalia est porteuse de sa propre signification symbolique. Chacune d'elles est une puissanteamulette magique dont le rôle est de protéger le pharaon de tout danger et d'éloigner loin de lui les forces hostiles qui hantent l'univers (démons invisibles, rebelles égyptiens, pays ennemis)[57].
EnÉgypte antique comme dans d'autres sociétés anciennes ou primitives, donner unnom à une personne est lourd de signification. Le nom de l'enfant est généralement donné par la mère à la naissance. Il est choisi en fonction des croyances religieuses locales ou est le reflet de préoccupations familiales plus particulières[58]. À partir de l'Ancien Empire, lors du couronnement, chaque nouveau pharaon se voit attribuer unetitulature officielle composée de cinq noms successifs. Ces derniers définissent la nature de la personne royale et constituent en même temps une idéologie du pouvoir. Ils se suivent dans un ordre invariable ; lenom d'Horus, lenom de Nebty, lenom d'Horus d'or, lenom de Nesout-bity et lenom de Sa-Rê. Les noms royaux sont tout naturellement imprégnés d'un fort symbolisme politico-religieux car ils visent à intégrer le détenteur de la charge pharaonique dans la sphère du sacré. Au cours du règne, lorsqu'un événement d'importance advient (victoire militaire, célébration d'un jubilé), la titulature peut être amendée afin de l'évoquer. Tout au long de la civilisation, certains concepts sont immanquablement mentionnés dans les titulatures comme la puissance, la compétence, la fécondité, la vitalité ou la justice (Maât). Dans la pensée égyptienne, le nom donne vie à la chose qu'il désigne et le détruire revient à anéantir magiquement son possesseur. D'où l'importance qu'attachent les pharaons aux noms qui les désignent et l'acharnement avec lequel ils ont fait marteler ceux d'un prédécesseur honni[59].
La titulature royale est intimement liée aux statues et aux autres représentations iconographiques de Pharaon. Une statue anonyme est inconcevable car l'absence du nom du détenteur de la charge royale revient à lui dénier l'exercice de la royauté terrestre. Tout comme l'image, le nom est le signe de la présence de Pharaon[61]. Aussi, dans lestemples, le nom de Pharaon est omniprésent et figure gravé sur les parois, sur les plafonds, sur les colonnes[62].
Le sacre (ou couronnement) de Pharaon est un cérémonial complexe formé d'un ensemble de rites destinés à inaugurer un nouveau règne. Il s'agit d'une fête religieuse organisée par les prêtres après les funérailles du roi précédent dans un délai de soixante-dix jours après la mort du roi (délai nécessaire à la momification de la dépouille). La luxuriance de la cérémonie est telle qu'il est jusqu'à présent impossible auxégyptologues de la reconstituer dans ses moindres détails. La documentation disponible (iconographie et textes) insiste sur quelques faits saillants ; sortie du palais, lustration, entrée dans le temple, imposition des couronnes, intronisation, proclamation de la titulature. En tout premier lieu se tient l'avènement qui est la prise de pouvoir effective le lendemain matin après la mort du pharaon précédent. L'avènement peut donc se dérouler à n'importe quel moment de l'année. Ce jour est aussi le début ducomput des années de règne. Par contraste, la date du couronnement est mise en relation avec un événement cosmique favorable. AuMoyen Empire, le couronnement se tient leJour de l'an au début de l'inondation duNil (finjuin). AuNouvel Empire, la date coïncide avec la réapparition de laLune dans le ciel comme l'attestent les textes au sujet d'Amenhotep Ier,Thoutmôsis Ier,Amenhotep II, Amenhotep IV (Akhenaton) etRamsès II. La cérémonie peut aussi se tenir lors dessolstices et deséquinoxes[63],[64].
Dans les textes égyptiens, l'acte du couronnement est présenté comme une apparition divine dans le monde :khâou nesout « apparition du roi de Haute-Égypte »,khâou bity « apparition du roi de Basse-Égypte » etkhâou nesout-bity « apparition du roi de Haute et Basse-Égypte ». Le termekhâou « apparition » sert aussi à désigner les couronnes que porte le souverain. Il s'agit d'undérivé substantivé du verbekhâi qui signifie « apparaître, briller ». Ce verbe sert à décrire le lever du soleil au petit matin lorsqu'il étincelle au-dessus de l'horizon. D'emblée, Pharaon est ainsi assimilé àRê, le dieu solaire[65]. Dans l'écriture hiéroglyphique,khâi etkhâou sont deux notions restituée par l'idéogramme d'une colline surmontée d'une sorte d'auréole en éventail. Cette auréole peut être interprétée comme les premiers rayons du soleil sur la terre. Dans les plus anciennes occurrences cette auréole contient quatre bandes concentriques de couleur différentes (bleu, vert et rouge) ; aussi peut-on y voir une représentation plausible de l'arc-en-ciel[66].
La cérémonie est une reprise de certains gestes cérémoniels d'intronisation[n 4]. Elle se déroule près et dans la cour de laMaison de vie, sur une quinzaine de jours, avant la venue de la crue duNil, entre le premier desjours épagomènes et le 9 du mois deThout. La ville d'origine du rite n'est pas connue, peut-êtreHéliopolis, mais il s'est diffusé à travers le pays et a été mis en œuvre dans les grands temples provinciaux. À Edfou, la confirmation se tient aussi le premier du mois deTybi, date anniversaire du couronnement d'Horus, avant l'ensemencement des champs et en lien avec l'investiture annuelle duFaucon sacré[69]. Le pharaon ou à défaut son substitut rituel (leprêtre-du-roi) subit un long cérémonial de renaissance où le pouvoir monarchique est confirmé par l'assimilation de la personne royale àRê le dieu solaire d'Héliopolis et àHorus, fils d'Osiris. Dans une première phase, durant leCérémonial du Grand Siège, le pharaon est purifié des miasmes de l'année écoulée. Il reçoit des amulettes en faïence (les glyphesânkh etouas, vie et puissance) ainsi que des parures régalienne (écharpe, couronnes, pagne). À neuf reprises, Pharaon est oint avec desonguentsprophylactiques destinés à repousser les esprits malins (morts en colère, envoyés deSekhmet, démons massacreurs deBastet) et toute chose néfaste. Dans une seconde phase, durant les journées desRites de l'Adoration d'Horus qui confère l'héritage, se met en place unemagie opératoire où le glypheiaout « fonction royale » est dessiné sur la main du roi[n 5]. Ce même emblème est confectionné enmie de pain mâchée que le roi doit ingérer. Après l'incorporation de la « fonction » dans le corps du roi, l'année passée est symboliquement enterrée sous la forme d'une galette enrobée dans du limon de l'année nouvelle. La confirmation se parachève par la remise de quatre sceaux, deux au nom deGeb et deux au nom deMaât etNeith, placés sous la tête du roi. Ce dernier est couché sur un lit d'apparat durant un sommeil simulé qui évoque la mort. Le matin du jour de l'an, Pharaon se réveille, jeune et renouvelé.
Le rituel se poursuit par divers gestes dont le massacre des ennemis par la décapitation symbolique de sept plantes, des offrandes aux dieux souterrains et aux ancêtres royaux que sont lesSuivants d'Horus[n 6] et par le déploiement de neuf oiseaux au-dessus de la tête du roi[70].
Comme tous les êtres humains, Pharaon est soumis au vieillissement et à l'amoindrissement de ses forces. Cependant, en raison de sa proximité avec les dieux, il peut surmonter ces aspects néfastes grâce à des rituels de régénération dont il a le privilège. Dès les débuts de la monarchie pharaonique, les pharaons ont pris pour habitude de célébrer au bout de trente ans de règne une fête jubilaire dénomméeHeb-Sed (ou Fête deSed), ensuite répétée à des intervalles plus rapprochés ; généralement tous les deux-trois ans[71]. Malgré l'importance de la documentation égyptienne, il est très difficile de se faire une idée précise du déroulement de la fête-Sed qui semble s'étendre sur au moins cinq journées consécutives. Sa signification est plus profonde que la simple célébration de la longévité du roi. Dans son essence, il s'agit d'un rituel de régénération dans lequel la puissance magique et la force physique du pharaon en exercice sont renouvelés ainsi que ses relations avec les divinités et avec le peuple.
Une partie du jubilé réaffirme lepouvoir séculier du pharaon par un rite de revendication territoriale connue sous le nom de « dédicace du champ ». Au sol, deux bornes délimitent un champ de course orienté sud-nord. Cet espace symbolise les limites territoriales du pays dans lesquelles est exercé le pouvoir pharaonique. À quatre reprises, Pharaon se déplace à grandes foulées entre les deux bornes afin de réaffirmer ses prétentions territoriales sur le pays et sur l'ensemble de la création[72]. Cette course n'est cependant pas le rituel central du jubilé. Dans l'écriture hiéroglyphique, le jubilé s'écrit avec le sigle de latjentjat qui représente deux estrades accolées. Par ce moyen est signifié que l'acte rituélique central est le renouvellement du double couronnement de Pharaon, une fois en tant que roi deHaute-Égypte, une seconde fois en tant que roi deBasse-Égypte[73]. Lors de la fête, Pharaon traverse différents états d'être lors d'un parcours mystique. Chaque étape est symbolisée par le port d'un costume spécifique. Ces différents costumes cérémoniels apparaissent dans ce qu'il est convenu d'appeler les piliers « osiriaques ». Ces éléments décoratifs appartiennent à l'architecture des temples du culte royal édifiés durant lesMoyen etNouvel Empires. Par le moyen de statues colossales (hautes de 1,95 m à 9,50 m) adossées à des piliers, Pharaon apparaît debout et statique les deux bras croisés sur la poitrine ; par exempleHatchepsout àDeir el-Bahari etRamsès II auRamesséum. Cette attitude n'est pas sans rappeler les figurations du dieuOsiris, surtout lorsque Pharaon est vêtu du suaire mortuaire qui le fait ressembler à une momie. Les textes gravés sur les piliers attestent cependant très clairement le contexte jubilaire :« Première fois de la fête-Sed ; qu'il soit un doué de vie ! »,« Première fois de la fête-Sed ; puisse-t-il en célébrer de très nombreuses comme Rê éternellement ! »[74].
Personnification de la déesseMaât, la référence du pouvoir pharaonique.
L'État pharaonique résulte de la conjonction de plusieurs éléments : à savoir l'autorité unique du pharaon, le territoire délimité de l'Égypte, l'homogénéité culturelle de la population, le centralisme gouvernemental et administratif, la déconcentration régionale des quarante-deuxnomes, l'écriture commune des scribes, les structures judiciaires et militaires et d'abondante ressources agricoles et artisanales. LaMaât est l'idéologie de référence, la norme qui légitime toutes les institutions et tous les comportements humains. Cette référence s'exerce à tous les niveaux de la hiérarchie sociale de la plus humble à la plus élevée[75].
Le pharaon est un monarque absolu et sacré qui concentre en sa personne les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Les dérives despotique et tyrannique lui sont interdites par le jeu de la Maât. La littérature égyptologique désigne généralement cette notion par les concepts de « Vérité-Justice » et d'« harmonie cosmique » mais il faut aussi lui ajouter les notions de la « prospérité » et de la « victoire guerrière ». En résumé, la Maât est un principe de vie ; l'ensemble des conditions qui font apparaître et se renouveler la vie[76]. Son exact contraire estisefet manifestation des aspects déchaînés de la vie sociale (vol, mensonge, avidité, cruauté, colère, crise, violence). D'après des textes comme lesLamentations d'Ipou-Our et laProphétie de Néferti, les périodes de grande crise se caractérisent par l'absence conjointe de la Maât et de Pharaon. Ce dernier est son garant terrestre, celui qui par son discours et ses comportements incite chaque individu à observer des pratiques justes[77].
Tout au long de l'histoire de la monarchie égyptienne, le discours pharaonique se caractérise par l'antinomie entre les concepts deMaât etisefet. Dès lesTextes des pyramides, le pharaon est « celui qui met Maât à la place d’isefet » et « celui qui amène laMaât, qui repousse l’isefet ». SelonBernadette Menu cette assertion résume les deux fonctions essentielles du roi égyptien. En tant que combattant, pharaon repousseisefet par la guerre contre les envahisseurs et la chasse contre les bêtes sauvages. Pour réussir cela, il se doit de disposer d'un appareil militaire (troupes, police). Dans son rôle nourricier, le pharaon amène laMaât en accomplissant des rites agraires et en garantissant, par sa neutralité, une bonne justice (scribes, juges) ; en particulier au sujet du bornage des champs après l'inondation annuelle[78].
Les civilisations antiques de laGrèce et deRome ont fondé leurs sociétés politiques sur le concept de la communauté decitoyens libres (polis etcivitas). EnÉgypte antique, où le phénomène est plus ancien, la fondation des groupes humains ne s'est pas appuyé sur la citoyenneté mais sur le concept dulignage. Le lignage ne repose pas tant sur les liens du sang que sur celui du partage en commun d'un culte spirituel dédié à un ancêtre commun (paternel ou maternel). Chaque lignage dispose de sa proprepersonnalité juridique qui, commepersonne morale non physique, a des droits et des obligations avec unmandat de représentation pour un ensemble de familles évoluant sur un même territoire. Le mandataire du lignage est celui qui exerce l'autorité politique et celui qui officie aux cultes des ancêtres. Il est aussi chargé d'accomplir les rites agricoles de la fertilité car avant de cultiver les champs, il est nécessaire de s'adresser aux ancêtres pour espérer de bonnes récoltes[79]. Durant laPériode prédynastique, les lignages villageois se sont progressivement fédérés entre eux pour constituer des aires plus vaste. Ces territoires sont désignés sous le terme égyptien desepat (nome en grec), un mot qui estdéterminé dans l'écriture hiéroglyphique par l'image d'un champ irrigué[80]. Ces nomes, d'abord territoires tribaux autonomes, sont devenus, sous lespremières dynasties, des divisions régionales administrées par un fonctionnaire : lenomarque dont la charge est d'appliquer la volonté royale et les coutumes traditionnelles des anciens lignages[81].
Tout au long de l'histoire égyptienne, les nomes ont conservé leur légitimité propre basé sur le culte des dieux locaux (Anubis àCynopolis,Horus àEdfou,Hathor àDendérah,Seth àNoubt, etc. Pour les Égyptiens, une communauté humaine est avant tout une large famille placée sous la protection d'ancêtres communs ; à savoir,in fine, les grandesdivinités égyptiennes. En période forte (Ancien,Moyen etNouvel Empires), le pharaon partage le pouvoir avec les dieux des nomes qu'il domine. Cette suprématie royale s'incarne dans le fauconHorus, dieu emblématique de la monarchie et vainqueur deSeth, le semeur de trouble. En période faible (les trois Périodes intermédiaires), la royauté se morcelle entre les dieux des Nomes et leurs représentants (nomarques) dans l'attente d'un nouveau roi fort capable de fédérer l'ensemble du pays[81].
Parmi les textes légués par l'Égypte antique figure le genre desprophéties où un sage capable de prédire l'avenir s'adresse à Pharaon en des termes pathétiques. Deux textes majeurs sont connus ; lesLamentations d'Ipou-Our et laProphétie de Néferti. Ils décrivent un royaume égyptien dévasté par d'horribles événements où les voleurs règnent en maître, où tout bonheur est absent et où les cycles naturels sont bouleversés[82] :
« On prendra les armes de guerre, le pays vivra dans le tumulte. On fabriquera des pointes de flèches en cuivre, on demandera du pain avec du sang. On s'esclaffera devant la souffrance, on ne pleurera plus devant la mort, on n'observera plus le jeûne rituel lors d'un décès. Le cœur de l'homme ne se préoccupera que de lui-même. […] Je te décris le fils comme un adversaire, le frère comme un ennemi, l'homme assassinant son père. Chaque bouche sera emplie de cette parole : « Seul compte mon intérêt ». »
— La Prophétie de Néferti (extraits). Traduction de A. Fermat et M. Lapidus[83].
Le milieu égyptologique considère généralement ces deux textes comme la description des graves troubles politiques et sociaux de laPremière Période intermédiaire qui a entre autres vu le pillage des pyramides de l'Ancien Empire. Selon l'égyptologueMiriam Lichtheim les prophéties égyptiennes s'inscrivent plutôt dans une perspective symbolique. Seul un pharaon juste et puissant est capable de mettre fin au chaos. Si le gouvernement de Pharaon est mauvais, s'il n'observe pas laMaât (la loi divine) alors le chaos-isefet prend le dessus, le malheur se répand et l'injustice règne en maître[84]. La lecture duLivre de l'Exode nous a habitué à voir en Pharaon un être injuste qui gouverne ses sujets par la violence et l'assujetissement. Les sages égyptiens ont cependant eu une perception toute contraire de l'institution pharaonique. Dans le ciel, les forces cosmiques sont incapables de fonctionner sansRê, le maître des dieux. Sur terre, les Égyptiens ne peuvent prospérer sans Pharaon, le maître des hommes[85]. Toute action humaine doit nécessairement s'insérer dans les structures de l'État pharaonique imaginé comme la transposition terrestre du gouvernement céleste de Rê. Dans ce cadre idéologique, la réussite d'une existence individuelle découle forcément de son loyalisme envers Pharaon ; lui-même étant assimilé aux dieux vivificateurs :
« […] unissez-vous à Sa majesté dans vos cœurs ; car il est le dieuSia qui réside dans les cœurs, et ses yeux sondent chaque corps. Il estRê, grâce aux rayons duquel on voit, et il illumine le Double Pays plus que le disque solaire. Il est aussi celui qui fait reverdir la terre plus que leNil en sa crue, après qu'il a empli lesDeux Terres de force et de vie. […] Il donne la force à ses compagnons et des nourritures à ceux qui suivent son chemin. Le roi est unka ; sa bouche, c'est l'abondance. C'est lui qui crée ce qui sera. C'estKhnoum pour tous les corps, qui a engendré les êtres venus à l'existence. C'estBastet qui protège le Double Pays. Celui qui l'adorera trouvera assistance. Mais c'estSekhmet pour qui transgresse son ordre ; et celui qu'il hait sera accablé de misère. Combattez pour son nom, témoignez du respect pour sa vie ; ainsi vous serez exempts de toute action dommageable ; celui qui est aimé par le roi sera unimakhou. Il n'y a pas de tombe pour qui se révolte contre Sa Majesté, et son cadavre est jeté à l'eau. Agissez donc ainsi et votre corps sera sain et prospère. Vous découvrirez que ceci est valable pour l'éternité. »
— Instruction royaliste de Séhotepibrê (extrait). Traduction deClaire Lalouette[86].
Selon les concepts de l'idéologie royale, la nature de Pharaon est double : humaine et divine. La notion de la divinité de Pharaon a évolué selon les époques. Sous L'Ancien Empire, Pharaon est par essence un dieu chargé de maintenir en ordre la création. Selon la théologie dominante, il est comme le dieu solaireRê dont il est le fils. Après les bouleversements politiques de laPremière Période intermédiaire, sous leMoyen Empire, Pharaon se rapproche de ses sujets. Il est choisi par Rê et joue le rôle de médiateur. AuNouvel Empire, Pharaon est le fils charnel du dieu, sa semence. Les liens filiaux entre le roi et les dieux sont mis en avant. À partir deThoutmôsis III, la divinité de pharaon devient un instrument du pouvoir et la légitimité est, au besoin, prouvée par le mythe de lathéogamie ou entérinée par le recours à un oracle dans le temple d'Amon. À toutes les époques la divinité de Pharaon est exploitée à des fins politiques et de propagande. Moins l'accession au trône est justifiée, plus le roi régnant prend la peine de démontrer qu'il a été choisi entre tous et que les dieux l'ont désigné, parfois même dès sa naissance[87].
L'aspect divin de la personnalité de Pharaon s'exprime à travers le concept duKa Nesout ou « Ka du roi ». LeKa est l'autre corps du roi, son tempérament, son double, son élément immortel. Par son Ka, le pharaon est lié aux dieux et s'intègre dans toute la lignée de ses prédécesseurs royaux. Dans les scènes de lathéogamie, le Ka apparaît en même temps que le corps lors de la conception. Cependant Pharaon ne devient divin qu'à partir du moment où il s'unit à son Ka, lorsque sa forme humaine fusionne avec cet élément immortel. Cette fusion se produit lors du couronnement lorsque l'individu prend place sur le trône d'Horus. Pharaon est en effet perçu comme la personnification du Ka d'Horus. C'est la fonction royale qui fait du roi un dieu, c'est-à-dire lorsque le roi s'identifie pleinement à Horus, fils d'Osiris et àRê, le dieu créateur, dont il est le fils[88]. Le Ka du roi peut être matérialisé de différentes manières. La forme la plus spectaculaire est la statue-colosse haute de plusieurs mètres. Plus que tous les autres pharaons,Ramsès II a usé de ce moyen de propagande ; àMemphis, àThèbes, àPi-Ramsès ou àAbou Simbel en les plaçant à l'entrée des temples. Ces colosses sont plus que des objets de décoration. Il s'agit d'objets du culte destiné à la vénération du peuple. Ces statues jouent le rôle d'intercesseur auprès des dieux car elles portent en elles une part de l'essence divine du souverain[89].
Letemple égyptien est un lieu sacré qui accueille sur terre une parcelle de l'éternité divine. Au plus profond du sanctuaire, lastatue divine concentre en elle le mystère des forces cosmiques à l'œuvre dans l'univers. À heure fixe, lesprêtres prodiguent à la statue des soins domestiques précis. D'une manière théorique, Pharaon est seul autorisé à approcher la statue. Dans les faits, physiquement absent, il est remplacé par les prêtres, ses substituts. Pharaon est toutefois omniprésent par l'image. L'entière décoration des murs est consacrée à sa rencontre avec la divinité. De multiples gestes d'offrande sont accomplis. Boissons, nourritures, parures, onguents et minéraux sont apportés afin d'entretenir les forces divines qui assurent la prospérité au pays[90],[91]. D'après certains textes, Pharaon se place avec ferveur et sincérité sous la dépendance des dieux. Dès laIVe dynastie, la statuaire royale le montre dans des attitudes serviles ; à genoux avec des objets rituels dans les mains ou les levant dans un geste d'offrande et d'adoration. Cette soumission a pour corollaire l'obéissance. Pharaon se doit d'appliquer les ordres reçus par les dieux. Ces ordres divins sont très divers ; construire un temple, monter une expédition, ériger une paire d'obélisques, creuser un puits dans le désert, etc.
Le rythme biologique des divinités est calqué sur celui des humains avec son alternance de sommeil et de veille, s’ajoute à cela la nécessité de se nourrir. Le rôle de Pharaon est d’entretenir cette vitalité. Toutes les richesses, tous les vêtements, toutes les nourritures qui convergent vers le temple et ses entrepôts sont un devoir contractuel entre les dieux et les humains mais Pharaon en est le seul garant et responsable[92]. En tant que concept référentiel, laMaât permet à Pharaon de maintenir un contact intime avec les forces divines à l'œuvre sur terre depuis le ciel. Dans l'iconographie des temples, l'offrande de la Maât est une scène qui montre Pharaon tendre à une divinité une corbeille sur laquelle est assise Maât. Par ce geste, Pharaon déclenche les cycles divins qui assurent la vie. En offrant la Maât terrestre telle une nourriture, il montre à la divinité à laquelle il s'adresse qu'il est capable d'organiser le bien-être général. En retour de ce don, sans doute le plus précieux de tous, Pharaon obtient des dieux que le système perdure par l'envoi de la Maât cosmique que sont les cycles du temps et des saisons[93].
L'Égypte antique a fondé sa prospérité sur les eaux duNil. Le régime annuel du fleuve est marqué par deux extrêmes ; lacrue et l'étiage qui sans cesse se répètent. Chaque année au mois de juin, la crue est attendue avec fébrilité et impatience. Avec fatalisme, un bon niveau d'inondation est espéré. Les Égyptiens n'ont jamais imaginé que Pharaon était capable de commander (tel un dieu) le phénomène de l'inondation. Son rôle est moindre et se limite à obtenir la bienveillance des divinités ; la régularité et l'abondance des eaux étant assurées par le moyen des offrandes cultuelles. La coopération entre Pharaon et les dieux est une question de survie mutuelle. Au sein des temples, l'approvisionnement des autels dépend de l'inondation et celle-ci n'est accordée qu'à la condition d'un service régulier et généreux[94]. Affilié aux dieux, Pharaon est le garant de la fertilité des terres et de la fécondité des troupeaux d'élevage. Le bien-être général de la population est, entre-autres, assuré par la mise en œuvre de rituels festifs annuels destinés à provoquer la prospérité agricole avant la mise en culture des sols. Lors de la montée des eaux de la crue, Pharaon dirige des rituels où la force fécondante deHâpy est encouragée par des offrandes jetées dans le fleuve ; pains, gâteaux, fleurs, fruits, statuettes à l'image du dieu. En tant que prêtre suprême, il peut aussi ordonner des sacrifices supplémentaires si la crue est jugée insuffisante. Dès l'Ancien Empire, desfamines sont toutefois évoquées. La providence royale est cependant présentée comme le contraire exact des calamités de la famine. En ordonnant l'ouverture des réserves, Pharaon met fin à la pauvreté et telle une puissance surnaturelle assure l'abondance générale[95].
L'imaginaire religieux égyptien est dominé par le mythe du conflit originel entreRê et le serpentApophis. Dans cette vision pessimiste d'un univers sans cesse menacé, l'expression courante « le banc de sable d'Apophis » est unemétaphore qui sert à désigner la « famine » et d'une manière générale la « détresse ». Or, pour ce peuple antique, à la pensée très globalisante, les crises mythiques, politiques, sociales et individuelles se réfèrent les unes aux autres. Aussi, quand dans le mythe, Rê triomphe d'Apophis alors, sur terre, c'est Pharaon qui triomphe de toute famine, épidémie, rébellion et guerre. Dans cette optique, tout rebelle, envahisseur et pillard est une manifestation du chaos primordial. Chaos que Pharaon se doit d'éradiquer par sa puissance guerrière[96]. La scène du « massacre de l'ennemi » est une représentation du triomphe royal dont la reproduction perdure sur les trois millénaires de la civilisation pharaonique. Pharaon est montré debout, armé d'une massue et tenant par les cheveux un ennemi agenouillé. La massue est brandie bien haut, prête à fracasser le crâne d'un captif apeuré, les bras levés dans un ultime geste défensif. Lechar de combat est introduit en Égypte durant laDeuxième Période intermédiaire lorsque leDelta du Nil est sous la domination desHyksôs. Ces derniers sont chassés hors du royaume parAhmôsis au début de laXVIIIe dynastie. Le char de guerre jouant dès lors un grand rôle au cours des opérations militaires, celui-ci devient le nouveau symbole du pouvoir pharaonique. Le roi est montré debout sur son char et crible de flèches ses ennemis. Les représentations historiques de ce genre sont relativement peu nombreuses jusqu'àThoutmôsis III mais elles se multiplient sousRamsès II àKarnak, àLouxor, auRamesséum et dans les templesnubiens. Symbole de l'oppression égyptienne, l'image de Pharaon sur son char est battue en brèche dans leLivre de l'Exode lorsque la charrerie égyptienne est engloutie dans la mer, victime de la puissance du Dieu deMoïse[97].
L'Égypte antique est une civilisation qui n'a pas connue de magistrats professionnels. Quel que soit leur rang hiérarchique, les fonctionnaires de Pharaon exercent un pouvoir judiciaire lié à leur fonction. Aucune distinction n'est faite en justice et religion ou entredroit pénal etdroit civil. La pratique de lapalabre domine et une solution de médiation est tentée afin d'assurer la paix sociale. Pour s'assurer de la véracité des paroles de l'accusé, celui-ci doit prêter serment sur la Vie de Pharaon ou sur la Vie des dieux. Trahir ce serment, c'est s'exposer à la peine de mort. Dans les cas les plus graves, la procédure devient inquisitoriale avec le recours à la torture. Tel est le cas dans l'affaire duComplot du Harem où les criminels ont visé la personne deRamsès III. En dernière instance, le droit de juger revient à Pharaon surtout lorsqu'il est question d'appliquer la peine de mort. Au cours du premier millénaire avant notre ère s'est aussi largement pratiqué le recours juridique aux dieux par le moyen des pratiquesoraculaires[98]. L'État égyptien se caractérise par une organisation basée sur un vaste ensemble de lois écrites conservées dans des archives mises sous la responsabilité duvizir ; le plus proche collaborateur du souverain. D'une manière générale, leshymnesapologétiques chargent Pharaon de « raffermir » les lois, de les « parfaire », de les « promulguer » et de les « faire appliquer ». Le fonctionnement effectif de la monarchie est assuré par les lois (hépou)promulguées au moyen de décrets royaux (oudjou nesout ; littéralement, les « ordres du roi »). Ces décrets recouvrent une vaste réalité de décisions tels les annonces d'un nouveau règne, les lettres à des fonctionnaires ou à des courtisans, les arrêtés de nomination ou de destitution, les ordres à l'administration comme l'organisation d'une campagne militaire, d'une expédition minière, de l'élévation d'un obélisque ou de la levée d'un impôt exceptionnel. Le souverain peut aussi décider de favoriser un temple en le dotant de terres, de desservants et de cheptels supplémentaires voire d'ordonner son embellissement, sa rénovation ou sa complète reconstruction. Les décrets concernent aussi l'organisation du culte funéraire de ses proches courtisans par le don d'un sarcophage, d'un mastaba ou d'une fondation agricole destinée à la production des offrandes alimentaires. Il apparaît ainsi que les décrets ont soit une portée générale comme l'amélioration des conditions sanitaires, soit une portée particulière comme l'exemption fiscale d'un seul domaine. La composition des décrets fait appel au discernement royal après discussion et consultation des notables, des courtisans mais aussi par la consultation des écrits d'archives[99].
À l'image des dieux, les pharaons ont brouillé les liens familiaux en pratiquant à l'occasion des unions incestueuses ou rituelles. Grandpolygame, Pharaon dispose de nombreuses concubines ; la première de toutes étant laGrande épouse royale. Garante du sang royal, certaines princesses ont endossé la charge monarchique à l'image d'Hatchepsout. Évoluant dans unharem, ces concubines sont parfois des étrangères, filles de rois voisins. Lieu de rivalités intestines, le harem fut parfois secoué par desconspirations visant à éliminer un pharaon sénescent.
Nombre de travauxethnologiques réalisés depuis la fin duXIXe siècle ont mis en avant les fondements structurels des royaumes africains. D'une manière générale, enAfrique, toute société humaine (petites communautés de quelques villages ou vastes royaumes) se caractérise par sonorganisation lignagère. Symbole d'une unité réalisée à partir de la diversité, le roi africain est l'arbitre suprême de la société qu'il gouverne. Il est un individu isolé car placé en dehors deslignages de l'édifice social. Son pouvoir sacré, magique et religieux s'établit sur une distanciation morale en rupture avec les règles matrimoniales traditionnelles. Aussi, dans plusieurs États africains, au moment de l'intronisation, le roi réalise un acte rituel transgressif ; uninceste avec une sœur ou une tante qui, par son horreur et sa bestialité, le rejette en dehors des lignages[100],[101].
Ce retournement ou ce brouillage des règles matrimoniales se retrouve déjà dans les pratiques royales de l'Égypte pharaonique. Dans les mythes, les unions frère-sœur sont bien attestées de même pour d'autres relations scabreuses ;Shou avec sa sœurTefnout,Geb avec sa sœurNout, viol de Tefnout par son fils Geb,relations homosexuelles entreSeth et son neveuHorus. Quant àOsiris etIsis, ils sont les principes de la fertilité et selonPlutarque, ils s'unissent déjà dans le sein maternel deNout[102]. Dans la famille royale, le mariage frère-sœur est bien documenté, notamment sous l'Ancien Empire et plus particulièrement sous lesIVe etVIe dynasties[103]. Cette constatation est tout aussi valable pour lesMoyen etNouvel Empires. Sous laXVIIIe dynastie, le roiToutânkhamon est issu de l'union d'Akhenaton avec sa sœur, une princesse pour nous encore anonyme (momie de laJeune Dame). En âge de se marier, Toutânkhamon épouse sa demi-sœurÂnkhésenamon et conçoit d'elle deux enfants mort-nés. Il faut cependant se garder d'ethnocentrisme car le tabou de l'inceste varie fortement d'une société à l'autre. L'horreur de l'union frère-sœur n'a ainsi pas eu cours en Égypte sousannexion romaine. D'après les recensements de cette époque, ce type d'union est même assez fréquent dans leFayoum où il représente près d'un tiers des mariages[104]. Cette pratique n'a pas été introduite par les Romains. Pour les époques antérieures, en Égypte, ce type d'union est toléré sans être fréquemment attesté. Certains types d'inceste sont malgré tout réprimés. Les unions parents-enfants sont condamnées de même que les relations maritales ou adultérines entre un individu avec deuxconsanguins à savoir un homme avec deux sœurs ou inversement une femme avec deux frères (inceste de second type)[105]. De ces interdits les pharaons se sont largement affranchis et cela à toutes les époques ; sans doute par rite d'inversion[106]. Sous l'Ancien Empire, il est possible de penser queKhéops ait fait de ses filles ses épouses rituelles ; ces dernières disposant d'un tombeau près de sapyramide. On sait de manière certaine quePépi Ier a épousé deux sœursÂnkhésenpépi Ire etÂnkhésenpépi II (inceste de second type). AuNouvel Empire, il est attesté qu'Amenhotep III,Akhenaton puisRamsès II etRamsès III ont convolé rituellement avec plusieurs de leurs filles[107],[108].
Après une révolte humaine, le dieu-roiRê s'est retiré vers le ciel en laissant aux dieux de l'Ennéade la direction du monde, puis à des rois semi-divins et enfin à des monarques humains, les pharaons, qui sont ses fils et représentants sur terre. La légitimité de Pharaon se fonde donc sur une ascendance divine. Selon leMythe de la théogamie, chaque fois que ledémiurgeAmon-Rê désire engendrer un représentant terrestre, il prend l'apparence du pharaon régnant et s'unit charnellement à une humaine qui, de ce fait, devient la reine mère[109]. En Égypte ancienne, il n'existe aucun mot pour désigner l'institution du mariage et aucune cérémonie publique ou privée n'a existé pour les particuliers. Le mariage est un état de fait, une cohabitation d'un homme et d'une femme au sein d'une même maison[110]. Grandpolygame, Pharaon dispose d'un grand nombre de concubines. Au sein des temples, ce fait est généralement passé sous silence dans l'iconographie où l'accent est surtout mis sur la relation entre le roi et son épouse principale, cette dernière jouant un rôle rituel d'importance. Au niveau de la famille royale, la règle successorale est laprimogéniture illustrée par le mythe d'Osiris et son filsHorus. Dans les faits, de par la grandemortalité infantile, une grande souplesse a prévalu et nombre de princes issus d'un même souverain mais de mères différentes ont ainsi pu se prévaloir du titre de « fils aîné du roi »[111].
Selon toute apparence, les petits-fils royaux dont le père n'a lui-même pas régné sont exclus de la succession. À défaut d'héritier mâle, la transmission s'effectue au plus proche parent par droit d'aînesse, de frère aîné à frère cadet. Si une lignée est épuisée, la transmission peut passer à une autre branche de la famille royale. Une même famille peut ainsi se répartir sur plusieurs dynasties, comme lesIVe etVe dynasties, lesXVIIe etXVIIIe dynasties et probablement aussi lesXIXe etXXe dynasties[112].
Dans l'idéal, la légitimité de l’héritier de la couronne est garantie, tout à la fois, par l'origine royale du père et de la mère. Contrairement à une idée largement répandue, il n'existe pas dematriarcat et la transmission n'est pas véhiculée par la lignée de la mère. L'épouse n'est que la gardienne de la pureté royale donnée au futur héritier. Si l'héritier est issu d'une épouse secondaire ou d'une concubine, il se doit d'épouser sa demi-sœur née de laGrande épouse royale. Dans ce cas, la continuité de la dynastie passe par l'épouse mais le pouvoir revient à l'époux. C'est donc à la fois le souci d’assurer la légitimité de l’héritier du trône et la volonté de souligner la nature divine de Pharaon qui explique la prérogative royale de l’inceste[113]. Le mariage avec une princesse du sang royal n'est cependant pas une obligation et nombre de pharaons ont pris des roturières pour Grande épouse. De plus, tel pharaon dont la légitimité était douteuse ou contestée pouvait légitimer sa prise du pouvoir en faisant valoir qu'elle avait été voulue par la divinité. Le dieu marquait son choix par un signe, une naissance prodigieuse (théogamie) pour les rois de laVe dynastie et pourHatchepsout, un rêve de l'heureux élu telThoutmôsis IV au pied duGrand Sphinx ou un oracle rendu parAmon au bénéfice d'Horemheb et d'Alexandre le Grand[49].
À toutes les époques, la suprématie masculine fut affirmée. Aussi, le règne des femmes est souvent associé à la déliquescence du pouvoir monarchique et se présente comme la prolongation d'une dynastie en proie aux difficultés[114].
La pharaonneNitocris semble n'être qu'un personnage légendaire. Les sources grecques parlent de ce souverain comme d'une femme (Hérodote, Manéthon,Ératosthène) mais le nom grec de Nitokris semble dériver du nom égyptien Nétikerti, un roi de la fin de laVIe dynastie mentionné par leCanon royal de Turin et assimilable au roiNetjerkarê de laTable d'Abydos. Aucun autre document archéologique égyptien ne mentionne Nitokris. Selon la tradition grecque, Nitokris aurait régné à la fin de laVIe dynastie après l'assassinat de son frèreMérenrê II. Au moyen d'une ruse, elle se serait vengée des meurtriers en tuant un grand nombre d'Égyptiens puis, pour éviter des représailles, se serait suicidée[115],[116].
Le personnage deNéférousobek « la beauté de Sobek » est incontestable ; elle est la fille du pharaonAmenemhat III et la sœur-épouse d'Amenemhat IV auquel elle succède. La fin de son règne marque la fin de laXIIe dynastie et le début de laXIIIe dynastie. Selon leCanon royal de Turin son règne se limite à trois années et dix mois. LeMusée du Louvre conserve d'elle une statue fragmentaire, acéphale et se réduisant au buste. Elle porte une robe féminine et, par-dessus, le pagne masculin des pharaons. Sur les épaules, on devine qu'elle porte aussi la coiffenémès. Sa sépulture est une petitepyramide édifiée àMazghouna[117],[118].
Une autre pharaonne, plus hypothétique et dont l'identité n'est pas connue avec certitude, estÂnkh-Khéperourê[n 7] « Les manifestations de Rê sont vivantes ». Elle appartient à la mêmeXVIIIe dynastie qu'Hatchepsout (qui en était le cinquième pharaon), mais elle est plus tardive puisqu'elle en serait le onzième pharaon. On sait en tout cas que c'est probablement uneReine qui succède àAkhenaton[121], le pharaon d'une réforme théologique contestée s'orientant vers lemonothéisme. À la mort de celui-ci, elle monte sur le trône pendant une période trouble soumise à la pression de l'offensive desHittites, l'empire concurrent de l’Égypte de l'époque. Elle aurait régné seulement trois années, entre 1338 et 1335 avant notre ère environ (dates elles aussi controversées[122]). Un débat existe sur la question de savoir qui fut cette pharaonne de transition : était-ceMérytaton, la fille aînée d'Akhenaton et deNéfertiti, devenuegrande épouse royale de son père à la mort de sa mère (c'est l'hypothèse la plus fréquemment retenue) ? Ou bien serait-ce Néfertiti elle-même qui aurait survécu à son royal époux, alors qu'une majorité d'égyptologues ont longtemps pensé qu'elle serait morte avant Akhenaton[122] mais dont l'hypothèse est défendue auXXIe siècle[123] ? Par ailleurs cette pharaonne aurait peut-être partagé le trône en l'anII de son règne avecSmenkhkarê, un roi dont l'identité et l'existence sont encore plus hypothétiques que les siennes : serait-il un des fils d'Amenhotep III ou d'Amenhotep IV-Akhenaton et demi-frère de Mérytaton[121] ? Peut-être était-il plutôtZannanza, prince hittite qu'Ânkh-Khéperourê aurait mandé comme époux à l'empereur hittiteSuppiluliuma Ier, pour rétablir des relations diplomatiques et apaiser le conflit avec l'adversaire ? À moins que cette demande de prince hittite comme nouvel époux d'une pharaonne ou d'une reine n'ait émané un peu plus tard d'Ânkhésenamon, troisième fille d'Akhenaton et alors jeune veuve de son demi-frère le pharaonToutânkhamon. En tout cas, quelles que fussent leurs identités, ce règne (conjoint ?) est bref : quelques mois tout au plus pour Smenkhkarê[121], et tout juste trois ans pour Ânkh-Khéperourê qui aurait peu survécu à son éventuel époux[122]. Rappelons que selon l'hypothèse la plus courante, Mérytaton meurt très jeune, à 17 ans[124], mais on n'a pas encore retrouvé sa tombe ni sa momie[122] ; et c'est Toutânkhamon qui lui succède. Selon une hypothèse récente (2019) de l'égyptologue Valérie Angenot de l'université du Québec, qui s'appuie sur une longue analyse iconographique de nombreuses représentations, ce ne serait pas une seule« mais deux reines qui auraient pris la succession d'Akhenaton. Deux des six filles du pharaon,Mérytaton etNéfernéferouaton Tasherit[n 8], qui auraient été couronnées de façon conjointe pour régner sur l'Égypte, [… parce] qu'à la mort de son père Akhenaton, Toutânkhamon, âgé de quatre à cinq ans, était trop jeune pour régner[125] ». Toujours est-il aussi que cette période est marquée par une grande confusion à la fois religieuse, politique, dynastique et militaire.
Bien moins fameuse qu'Hatchepsout est la pharaonneTaousert « La Puissante » dont le règne clos laXIXe dynastie, une quinzaine d'années après la mort deRamsès II dont elle est une probable petite-fille. Fille deMérenptah, elle épouse son demi-frèreSéthi II et s'empare du pouvoir après la mort du chétifSiptah. Elle adopte une titulature royale et fonde un temple funéraire à Thèbes. Son nom est écarté des annales et sa tombe est réutilisée par son successeur, le roiSethnakht de laXXe dynastie[126].
EnÉgypte antique, l'accès d'une femme au pouvoir suprême est un fait hors norme. D'une manière générale, les femmes de la famille royale sont des personnes qui, contrairement aux hommes, n'occupent pas de positions dans la hiérarchie administrative de l'État. De par ses titres, la reine n'est pas un personnage indépendant. Bien au contraire, elle se définit de par ses liens parentaux avec le souverain en tant quemout nesout « mère du roi »,sat nesout « fille du roi » ouhemet nesout « épouse du roi »[127]. Grandpolygame, Pharaon peut multiplier les mariages mais seule lahemet nesout ouret ou « Grande épouse du roi » joue un rôle d'importance dans l'idéologie politico-religieuse de la monarchie. Les héritiers du trône doivent en principe être les fils de la Grande épouse, mais par défaut, ils peuvent être issus d'une épouse secondaire. Dès laIre dynastie, les reines ont joué le rôle de proche conseillère du roi. Certaines ont mis à profit leur compétence politique en tant que reine-mère, régente ou tutrice. Tel est le cas de la reineÂnkhésenpépi II dont le filsPépi II est monté sur le trône à l'âge de six ans (VIe dynastie). À partir duNouvel Empire, en tant quehemet netjer « épouse du dieu » oudjeret netjer « main du dieu », la reine incarne l'aspect féminin dudémiurgeAmon-Rê ; le principe qui entretient les ardeurs sexuelles et créatrices du maître de l'univers. Ces reines, en tant qu'incarnation terrestre de la déesseMout sont venues à porter une perruque arborant une dépouille devautour (symbole des qualités maternelles)[128]. Parmi ces grandes dames, on peut retenir les noms deTétishéri l'ancêtre des rois de laXVIIIe dynastie, d'Ahmès-Néfertary la première desDivines adoratrices, deTiyi l'épouse d'Amenhotep III, de la belleNéfertiti l'épouse d'Akhenaton, deNéfertari l'épouse deRamsès II. Pour cette dernière, son époux lui a consacré lepetit temple d'Abou Simbel et unetombe thébaine qui a conservé son admirable décoration murale d'origine[129].
L'institution de l’ipet-nesout « appartement du roi » ouper khener « maison de la réclusion » est approximativement traduite par le mot « harem » en référence à la résidence des concubines dessultansmusulmans de l'Empire ottoman. EnÉgypte antique, le harem est une institution parallèle à l'administration royale et indépendante de celle-ci. C'est le lieu de résidence de laGrande épouse royale, des épouses secondaires, deskhékérout nesout « Ornements du roi » et desnéferout « les Beautés ». En ce lieu vivent aussi les enfants royaux, les veuves des pharaons défunts ainsi que leurs suivantes et leurs servantes. Ce vaste groupement humain dispose de sa propre structure de gestion assurée par une hiérarchie administrative de scribes, de percepteurs et de gardiens masculins ; le tout sous la mainmise de la Grande épouse. Le harem possède son propre domaine agricole qui lui assure des revenus réguliers et considérables (troupeaux, pâturages, champs, pêcheries, chasses). Durant leurs journées, les femmes pratiquent lefilage et letissage d'une manière industrielle et leurs productions alimentent les temples et la cour royale[130]. Il n'existe pas qu'un seul harem car cette institution se trouve dans les principales villes du royaume ; àThèbes, àMemphis et àAkhetaton (sousAkhenaton). Il semble aussi avoir existé une structure itinérante placé dans la suite de Pharaon et l'accompagnant à chaque instant, même durant les guerres en territoires étrangers.Ramsès II a ainsi été accompagné d'une partie de sa famille durant labataille de Qadesh. Un des harems le plus considérable a été édifié en Moyenne-Égypte, dans leFayoum à Mer-Our, l'actuelle Médinet Gourob[131]. Ce lieu fondé parThoutmôsis III a été très florissant sousAmenhotep III et, selon toute apparence, a encore fonctionné sous lesramessides[132],[133],[134]. Le harem égyptien n'est pas qu'un lieu de villégiature royale et une unité économique florissante. Les princes royaux y sont éduqués aux côtés des fils des grands dignitaires locaux et étrangers. Les compagnons d'enfance du futur pharaon sont généralement destinés à de brillantes carrières professionnelles en tant que directeur administratif, commandant militaire, héraut ou échanson. Entre le début de laXIIe et la fin de laXVIIIe dynastie, le palais et le harem forment ces jeunes gens dans le Kep ; une salle des appartements royaux spécialement réservée à l'instruction[135].
Dès l'Ancien Empire, des princesses étrangères sont devenues les épouses secondaires des rois égyptiens.Sahourê semble ainsi avoir reçu auprès de lui une princesse deByblos. Inversement, durant leMoyen Empire des Égyptiennes ont été envoyées auprès des dirigeants de cette villephénicienne. Les unions diplomatiques sont cependant mieux renseignées pour la période duNouvel Empire. Durant tout le deuxième millénaire avant notre ère, les pharaons successifs ont échangé avec leurs homologues duMoyen-Orient une intense correspondance enakkadien, la langue diplomatique de l'époque ; pour preuve les tablettescunéiformes découvertes àAmarna en Égypte, àOugarit dans l'actuelleSyrie et àHattusa dans l'actuelleTurquie.
Essai d'élévation du complexe de la pyramide deDjedkarê Isési et de sa reine restée anonyme.
Dans l'imaginaire collectif contemporain, lespyramides sont le symbole de l'Égypte antique. La pyramide est le monument où le corps du pharaon mort est déposé dans unsarcophage afin de le préserver. Là, s'opère une transformation mystique où la dépouille passe de l'immobilité de la mort vers une vie nouvelle auprès des grands dieux dupanthéon égyptien. L'origine du tombeau pyramidal remonte à l'Ancien Empire. Durant lapériode thinite (Ire etIIe dynasties), chaque pharaon se fait inhumer dans un tombeau surmonté par unmastaba de forme rectangulaire. SousDjéser, premier roi de laIIIe dynastie, la superposition de six mastabas de pierre donne lapyramide à degrés. Le passage vers lapyramide à faces lisses est réalisé par étapes sous le règne deSnéfrou (IVe dynastie) :pyramide à sept degrés àMeïdoum,pyramide rhomboïdale àDahchour (Sud) etpyramide parfaite à Dahchour (Nord). Ses successeurs,Khéops etKhéphren se font édifier les plus imposantes àGizeh (cent-quarante-sept et cent-quarante-quatre mètres de haut). Les pharaons qui suivent se contentent de monuments plus modestes à Gizeh,Saqqarah etAbousir. Les puissants pharaons duMoyen Empire poursuivent la pratique, àLicht notamment. Les pillages de la fin de l'Ancien Empire ont incité les architectes à doter ces édifices de mesures de sécurité plus compliquées avec des corridors àherses et des impasses. Le pharaonAhmôsis (fondateur de laXVIIIe dynastie) est le dernier souverain à bénéficier d'une pyramide, grâce à soncénotaphe d'Abydos. Toute pyramide bénéficie d'une substructure intérieure qui comprend des couloirs qui relient une succession de chambres funéraires. Dès la fin de laIVe dynastie, l'intérieur se normalise et suit une règle stricte d'une enfilade de trois chambres successives. Chaque pyramide est desservie par untemple haut adossé à son pied et qu'unechaussée couverte relie à untemple bas aménagé en bordure d'un canal en liaison avec leNil. Généralement de plus petites pyramides sont édifiées autour de celle du pharaon pour recevoir les dépouilles de la mère ou des épouses royales[140],[141]. La mémoire du pharaon défunt est entretenue par l'intermédiaire d'un culte funéraire rendu dans les temples haut et bas par un personnel de prêtres spécialement affecté à cette charge. Ces derniers sont rémunérés par les revenus d'une fondation et sont logés, le temps de leur office, dans des cités dortoirs, lesvilles de pyramide[142].
Les chambres funéraires de la plupart despyramides sont restéesanépigraphes (sans inscriptions). Les pyramides des pharaonsOunas,Téti,Pépi Ier,Mérenrê Ier,Pépi II etQakarê-Ibi présentent toutefois l'intérêt exceptionnel de voir figurer sur leurs parois lesTextes des pyramides. Ces inscriptions sont les plus anciens textes religieux connuà ce jour[Quand ?] et sont à la base de nos connaissances sur les fondements de la religion égyptienne. Les formules magiques et liturgiques qui composent cette collection sont très disparates. Elles témoignent de différents courants de pensée mais toutes se rejoignent dans une préoccupation unique ; assurer à Pharaon une survie éternelle. Les moyens pour parvenir à l'éternité sont multiples. Dans certains passage, le défunt est identifié àOsiris et règne sur les morts dans le sombre royaume de l'Occident. Dans d'autres, influencé par la doctrine des prêtres d'Héliopolis, Pharaon est le dieu solaireRê qui parcourt glorieusement le ciel dans ses barquesdiurne etnocturne[143]. Dans l’Hymne cannibale, la force magique de Pharaon est entretenue par l’absorption du corps des dieux débités en morceaux. À l'occasion de dialogues ésotériques avec unpasseur récalcitrant, la traversée d'un canal est assimilé à un voyage vers les contrées de l'Au-delà. Dans d'autres formules, encore, Pharaon désire sortir de sa pyramide et monter vers les étoiles afin de briller éternellement, sans fatigue, dans le ciel nocturne. Le thème majeur de tous ces textes est la montée de Pharaon vers les contrées céleste. Pour ce faire de nombreux moyens d'ascension sont mis à sa disposition, le pharaon grimpe à une corde ou à une échelle fixée entre ciel et terre, navigue dans des barques mythiques, devient flamme ardente ou fumée d'encens, se transforme en oiseau (faucon, oie, pélican, vautour, etc), en taureau sauvage, en serpent, en insecte, marche, nage, bondit ou pagaye dans des attitudes sportives ; devient nuage, orage, lumière, vent ou air[144].
Durant tout leNouvel Empire, la plupart des pharaons ont été inhumés à l'ouest deThèbes. Leurs tombes souterraines (hypogées) ont été creusées au sein de lavallée des Rois, unoued situé au nord-est de « La Cime », une colline pyramidale qui culmine à 300 mètres de haut. Les Anciens Égyptiens ont probablement vu dans cette élévation naturelle un symbole du tertre primordial sur lequel s'est éveilléRê à l'aube des temps. Sur les trente-deux pharaons de cette époque, au moins vingt-six ont fait le choix de ce lieu. La plus ancienne tombe royale connue sur le site est celle deThoutmôsis Ier (Tombeno 20), la dernière étant celle qui a été apprêtée pourRamsès XI (Tombeno 4). Vers la fin, la vallée était percée par une soixantaine de tombes royales ou princières ce qui ne manqua pas de poser des problèmes de place et d’empiétement. Le choix du lieu de creusement revenait aux architectes et aux carriers. Ce choix était ensuite approuvé par le vizir et le pharaon. Une fois le lieu choisi, se déroulait un rituel de purification et de fondation par le creusement de quatre à cinq petits puits dans lesquels étaient déposés des offrandes (outils, vases, amulettes). Il n'existe pas deux tombes royales semblable. La taille d'une tombe n'est pas corrélée avec la longueur du règne même si des considérations de temps et de ressources ont pu entrer en jeu. Son plan dépend bien plus des notions théologiques élaborés par les prêtres pour le pharaon défunt car les textes et les scènes pariétales qui y figurent servent à sonâme comme des guides sur les chemins de l'au-delà. La vie des ouvriers et artisans chargés de creuser puis décorer ces tombes est relativement bien documentée. Ceci grâce aux vestiges archéologiques de leur lieu d'habitation ; le village deDeir el-Médineh composé de près de soixante-dix maisons regroupées à l'intérieur d'un mur d'enceinte[145].
Après l'hypogée, letemple des millions d'années est le second élément architectural du culte funéraire des pharaons duNouvel Empire. Chacun de ces temples a été édifié à la lisière du désert sur la rive occidentale deThèbes dans une zone que les voyageurs grecs de l'Antiquité ont baptiséeMemnonnia. Elle s'étend au pied deLa Cime qui est la colline au sein de laquelle ont été creusées les tombes pharaoniques. S'ils avaient tous été conservés intacts, ces temples auraient constitué une rangée quasi ininterrompue depuis letemple deSéthi Ier àGournah, au nord, jusque vers letemple deRamsès III àMédinet Habou, au sud, en passant entre autres par les temples deMontouhotep II etHatchepsout àDeir el-Bahari, leRamesséum (temple deRamsès II) et l'Aménophium (temple d'Amenhotep III). L'état de conservation de ces édifices est très divers. L'Aménophium, le plus gigantesque, a très tôt disparu : dès lapériode ramesside. Aujourd'hui, il n'en reste plus que les deuxcolosses de Memnon. Ceux deSéthi Ier etRamsès II, sont très ruinés et le mieux conservé est celui deRamsès III[146].
Le rôle des temples des millions d'années est avant tout funéraire. Dans les décors dusaint des saints sont évoquées les multiples formes de renaissance de Pharaon sous les aspects d'Osiris et deRê-Horakhty. Ces lieux servent cependant aussi à commémorer les victoires militaires et tous les hauts-faits royaux car les dieux ont confié à Pharaon la charge de promouvoir l'ordre afin d'asseoir laMaât (harmonie cosmique et sociale). Ces temples sont, en outre, aussi consacrés au dieuAmon car les rois qui y sont honorés le sont en qualité d'invités de cette grande divinité. Chaque année au cours de laBelle fête de la vallée (2e mois de la saison de l'Inondation), les statues d'Amon et deMout quittaient leurs temples deKarnak et se rendaient en procession dans lanécropole thébaine avec des arrêts dans chaque temple des millions d'années. Tous ces sanctuaires disposaient d'un important personnel de prêtres et de serviteurs et drainaient de considérables ressources en nature entreposées dans des greniers attenants[147].
Entrée de la cachette royale de Deir el-Bahari (TT320).
Les momies de la plupart des grands pharaons duNouvel Empire sont parvenues jusqu'à nous. À la fin de laXXe dynastie débutent les premierspillages des tombeaux de lavallée des Rois ; les pilleurs étant avides de s'emparer des bijoux précieux disposés entre les bandelettes desmomies ou rangés dans des coffrets funéraires. Le phénomène s'accentue au début de laXXIe dynastie. Pour préserver les corps, les autorités de cette époque décident d'exhumer les dépouilles royales, de les regrouper puis de les cacher en des lieux secrets. Durant plusieurs millénaires, ces momies sont oubliées de tous. En 1871, les trois frères Mohamed, Ahmed et Soliman Abd el-Rassoul, habitants du village deGournah, découvrent une de ces cachettes. Durant dix ans, ils profitent de cette aubaine et vendent discrètement des amulettes précieuses à de riches touristes. En 1878, l'égyptologueGaston Maspero prend connaissance de ce trafic d'antiquités. Le, après enquête de la police, les trois frères révèlent l'emplacement de la cachette située dans les rochers deDeir el-Bahari.Émile Brugsch est le premier scientifique à descendre dans lacachette royale, à l'origine une tombe creusée pour le grand-prêtrePinedjem II. Dans un désordre indescriptible, il constate la présence d'une cinquantaine de momies dont celles des plus illustres pharaons desXVIIe,XVIIIe,XIXe etXXe dynasties ;Seqenenrê Tâa,Ahmôsis Ier,Amenhotep Ier,Thoutmôsis Ier,Thoutmôsis II,Thoutmôsis III,Ramsès Ier,Séthi Ier,Ramsès II,Ramsès III,Ramsès IX. Après un très rapide dégagement, les momies sont déposées àLouxor puis acheminées par bateau jusqu'auCaire où elles arrivent à la mi-juillet. Les années suivantes, elles sont étudiées parGaston Maspero et son équipe duMusée de Boulaq[148]. L'année 1898 est la date de la découverte d'une seconde cache. Après avoir procédé à des sondages de terrain dans lavallée des Rois, l'égyptologueVictor Loret découvre, le 6 mars, l'entrée de la tombe d'Amenhotep II. Il y constate la présence de la momie de son propriétaire ainsi que les corps de huit autres pharaons :Thoutmôsis IV,Amenhotep III,Mérenptah,Séthi II,Siptah,Ramsès IV,Ramsès V,Ramsès VI. Dans les mois suivant ces deux découvertes, les momies ont été « débandelettées » et les mieux conservées exposées au public. Elles sont à présent conservées par leMusée égyptien du Caire. Certaines identifications effectuées par Maspero sont maintenant controversées ; celle deThoutmôsis Ier n'est ainsi probablement pas la bonne[149].
Howard Carter et un assistant égyptien occupés à nettoyer la momie du jeune pharaon.
Le règne du pharaonToutânkhamon a été court et peu glorieux (fin de laXVIIIe dynastie). Il monte sur le trône, très jeune, à l'âge de neuf ans et meurt précocement avant ses vingt ans. À l'occasion de ses funérailles, il bénéficie à l'instar des autres pharaons d'une tombe dans lavallée des Rois dotée d'un riche matériel funéraire. Dans les années suivantes, son tombeau a été visité par deux fois par lespilleurs de tombe. Mais le jeune souverain n'ayant pu imposer sa renommée à ses contemporains, sa tombe a cependant été très vite oubliée de tous. La redécouverte de ce tombeau quasiment inviolé remonte à novembre 1922 après plusieurs années de fouilles infructueuses conduites parHoward Carter et financées parLord Carnarvon[150]. Le tombeau se présente comme un modestehypogée avec un couloir en pente douce qui conduit vers quatre salles souterraines regorgeant de plus d'un millier d’artéfacts : trônes, fauteuils, lits funéraires et lits utilitaires, coffres, malles, boîtes, chars d'apparat et chars utilitaires, vaisselle, statues, statuettes, vêtements, oushebtis, etc.[151]. Entre l'automne 1922 et l'hiver 1927, la sépulture est méticuleusement vidée de son contenu.
La plupart des sépultures de Tanis ont été découvertes inviolées. La tombe dePsousennès Ier était intacte. Ce pharaon reposait dans un imposant sarcophage rectangulaire engranit rouge qui refermait un cercueil en granit noir de formeanthropomorphe. Dans ce dernier, la dépouille était placée dans un cercueil en argent massif ; lui aussi anthropomorphe. À cause de l'humidité duDelta du Nil, la momie a été trouvée très dégradée mais sur son visage était placé un masque en or. Il est le plus finement ouvragé de tous ceux découvert à Tanis mais est loin de soutenir la comparaison avec celui deToutânkhamon, plus ancien[154].
Fac-similé duPapyrus Berlin 3022 avec le début duConte de Sinouhé.
Un nombre appréciable decontes de l'Égypte antique ont été redécouverts depuis les débuts de l'égyptologie au milieu duXIXe siècle. Dans quelques uns de ces récits, Pharaon apparaît comme l'un des personnages. Il s'agit soit d'un souverain fictif ou anonyme soit un monarque historique dont le nom est entré dans la légende. LeConte de Sinouhé daté de laXIIe dynastie est considéré comme l'un des chefs-d'œuvre de cette littérature. Le personnage principal, Sinouhé, fuit l'Égypte après le meurtre d'Amenemhat Ier lors d'un complot. Après avoir passé plusieurs années en exil chez des nomades, il revient au pays rappelé parSésostris Ier qui lui accorde son pardon sur ses errements[155]. Les contes duPapyrus Westcar sont contemporains de cette époque. Le début est perdu, mais dans le reste qui nous est parvenu, le pharaonKhéops se fait narrer de prodigieuses histoires du passé par ses filsKhéphren,Baoufrê etDjédefrê[156]. LeConte prophétique ouProphétie de Néferti a une portée plus politique. Pour tromper son ennui,Snéfrou convoque auprès de lui le sage Néferti pour lui prédire l'avenir du pays. Ce dernier lui décrit une nation bouleversée par les troubles, les invasions et les dissensions. Il rassure toutefois le souverain en annonçant l'avènement d'Amény, un pharaon sauveur ; sans douteAmenemhat Ier. Ce sombre tableau est généralement interprété comme une description de la chaotiquePremière Période intermédiaire[157]. Dans leConte des deux frères rédigé au milieu de lapériode ramesside, le hérosBata combat un pharaon anonyme qui a organisé le rapt de sa compagne[158]. De la même époque date le conte duPrince prédestiné dont la fin est malheureusement perdue. Un pharaon sans héritier, obtient un fils après une prière adressée aux dieux. LesSept Hathor révèlent toutefois qu'une malédiction mortelle plane sur le jeune prince. Anxieux, le pharaon enferme l'enfant dans une maison en plein désert. Le prince parvient toutefois à convaincre son père de le laisser partir au loin afin d'accomplir son destin[159],[160].
Le péplum est ungenre cinématographique defiction historique dont l'action se déroule dans l'Antiquité dans des décors restituant plus ou moins fidèlement l'Empire romain, laGrèce antique ou l'Égypte antique. De nombreux films se sont attachés à faire revivre les pharaons célèbres. Il n'est pas lieu ici de les citer tous. Comme évoqué plus haut, dans les films s'inspirant de laBible, l'affrontement entreMoïse et Pharaon est régulièrement mise en scène comme dansLes Dix Commandements (1956) ou dansExodus: Gods and Kings (2014). L'origine de la présence des juifs en Égypte est quant à elle évoquée dans une productionitalo-yougoslave de 1960 ;L'Esclave du pharaon qui restitue la vie du patriarcheJoseph ; un esclave vendu par ses frères devenu le puissant conseiller du pharaon.
En 1954, le film américainL'Égyptien (The Egyptian) deMichael Curtiz adapte librement le romanSinouhé l'Égyptien de l'écrivain finlandaisMika Waltari paru en 1945. Fils de médecin, Sinouhé (Edmund Purdom) est recueilli par ses parents alors que nouveau-né il dérivait dans une barque sur le Nil, puis médecin lui-même il officie dans un quartier pauvre de la ville. Bien que de condition modeste, il devient l'ami et le médecin du très pacifique pharaonAkhenaton (Michael Wilding), ainsi qu'avec l'ambitieux et fougueuxHoremheb (Victor Mature), général et futur pharaon[171].
En 1955,La Terre des pharaons (Land of the Pharaohs) deHoward Hawks, tourné enCinemaScope, relate l’épopée de la construction titanesque de la pyramide deKhéops. Ce dernier est joué par le britanniqueJack Hawkins et est présenté comme un despotemégalomane. Ce film s'est avéré être un échec commercial et artistique. Avec le recul, il vaut surtout pour quelques-unes de ses reconstitutions tel le long panoramique qui montre l'étendue des carrières où des milliers de figurants — jusqu'à 12 000 — travaillent à ériger le tombeau de pharaon[172].
L'Égypte antique et sa culture ont très tôt inspiré les auteurs de fiction. LeSéthos deJean Terrasson (1670-1750) a connu auXVIIIe siècle un réel succès d'édition et a popularisé la notion de « mystères égyptiens ». À partir de la seconde moitié duXIXe siècle, avec le développement de l'égyptologie et la redécouverte des pharaons, des romanciers ont imaginé desfictions avec pour toile de fond un épisode (parfois majeur) de l'Histoire pharaonique. Dans ce genre littéraire, sont généralement mêlés des événements et des personnages réels et fictifs. L'intrigue s'efforce d'apparaître vraisemblable en regard de la vérité historique et l'auteur s'appuie quelquefois sur une importante documentation. En 1939, l'ÉgyptienNaguib Mahfouz met sa poésie au service du conte pharaoniqueLa Malédiction de Râ qui se déroule sous le règne deKhéops. En 1943,L'Amante du pharaon a pour personnage principal la courtisaneRhodopis de laquelle s'éprend le jeune pharaonMérenrê II. En 1974, l'auteureAndrée Chedid publieNéfertiti et le Rêve d'Akhnaton : Les Mémoires d'un scribe. L'égyptologue et romancierChristian Jacq a quasiment exploité toutes les époques égyptiennes ;La Reine Soleil (1988) décrit le couple formé parToutânkhamon etÂnkhésenpaaton, les cinq tomes deRamsès (1995-1996) constituent une biographie romancée du fougueuxRamsès II,Le Pharaon noir (1997) relate les luttes dePiânkhy contre les princes libyens, les trois tomes deLa Reine liberté (2001-2002) relatent l'expulsion desHyksôs, en quatre tomesLes Mystères d'Osiris (2003-2004) narrent des intrigues sous le règne deSésostris III, les trois tomes deEt l'Égypte s'éveilla (2010-2011) montrent la formation du royaume égyptien sous la conduite deNarmer, tandis queImhotep, l'inventeur de l'éternité (2011) est une biographie fictive du concepteur de la pyramide deDjéser[174]. Il est aussi possible de signaler les ouvrages du romancierGuy Rachet, passionné d'archéologie et d'égyptologie ; en deux tomesLes Vergers d'Osiris (1981) montre une action située à la fin de lapériode ramesside, les cinq tomes duRoman des Pyramides (1997-1998) se déroulent sous laIVe dynastie durant les règnes des constructeurs despyramides de Gizeh (Khéops,Khéphren etMykérinos) etLes larmes d'Isis en trois tomes (2006-2007) sous l'occupation des pharaons Hyksôs[175].
↑Pour un résumé détaillé du rituel de confirmation, lire : Dimitri Meeks et Christine Favard-Meeks,La vie quotidienne. Les dieux égyptiens, Paris, Hachette, 1993, chapitre : « La machine univers au moment de tous les dangers ».
Ce glyphe représente une sorte de colonnepapyriforme qui supporte une paire de cornes de bovidé entre laquelle s'insère la spirale de la couronne rouge de Basse-Égypte. Ce symbole est en lien avec le dieu de la fertilitéMin.
↑Cette partie est l'une des versions connues du chapitre 168 A/B duLivre des Morts.
↑Ou plutôt Ânkh(t)Khéperourê, car let est la marque du féminin, et cette forme est attestée sur plusieurs chatons de bague inscrits, montrant que ce pharaon aurait bien été une femme.
↑Mérytaton et Néfernéferouaton seraient alors deux personnes distinctes et Néfernéferouaton ne serait pas, en ce cas, le deuxième nom de titulature d'Ânkh-Khéperourê.
↑Ce nom est inspiré de celui d'Osiris et de sa ville deBousiris : « Per-Ousir », la Demeure d'Osiris.
↑Cette fable n'est pas sans rappeler un conte de l'époque ptolémaïque oùKhâemouaset (fils deRamsès II descend dans laDouât guidé par son fils Saousir pour voir letribunal d'Osiris rendre la justice aux âmes des défunts.
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