La Petite Entente est principalement tournée contre le révisionnisme du régent hongroisMiklós Horthy. L'alliance est inopérante face aux revendications desAllemands des Sudètes qui, à partir de 1933, veulent se détacher de la Tchécoslovaquie pour rejoindre l'Allemagne nazie, face à l'Italie fasciste qui revendique laDalmatie au royaume des Serbes, Croates et Slovènes, et face à l'URSS qui refuse de reconnaître l'union de larépublique démocratique moldave avec la Roumanie.
Au moment où la commission « Lord » s'était mise à tracer leurs frontières en1918-1919 à travers ce qui avait été l'Autriche-Hongrie, le géographe françaisEmmanuel de Martonne avaitveillé à ce que des voies ferrées stratégiques réunissent les trois pays au nom du « principe de viabilité »[1]. À partir de la deuxième moitié desannées 1920, à la suite desaccords de Locarno, laFrance accorde progressivement sa garantie officielle aux trois pays alliés. Le, une alliance militaire est signée avec la Tchécoslovaquie, suivie le d'un texte similaire avec la Roumanie. En novembre1927, c'est au tour de la Yougoslavie de bénéficier de la même protection.
Tchécoslovaquie, Yougoslavie et Roumanie forment la Petite Entente pendant l'entre-deux guerres.
Les divergences d'intérêts des participants incitentNicolae Titulescu, ministre des affaires étrangères roumain, à proposer un pacte d'organisation de la Petite Entente () dont l'objet est de faire de l'alliance une structure internationale solide et visible, dépassant le cadre purement formel dans lequel elle était inscrite jusqu'alors, et capable d'assurer unesécurité collective, d'autant qu'en1934 leTroisième Reich et laPologne avaient signé un pacte de non-agression destiné à faire face à l'URSS. Cette politique de sécurité collective soutenue par les ministres françaisÉdouard Herriot etLouis Barthou et initialement concrétisée par lePacte oriental, avait été à l'origine de la victoire desAlliés de la Première Guerre mondiale.
Dans l'Europe sous domination nazie au cours de laSeconde Guerre mondiale, laRoumanie, laCroatie et surtout laSlovaquie (attaquée par la Hongrie au printemps 1939) continuent à craindre les visées de laHongrie deMiklós Horthy, leur voisine et désormais alliée au sein de l'Axe mais agrandie à leurs dépens par lesarbitrages de Vienne et par l'invasion de la Yougoslavie. En, ces trois pays proclament donc leur solidarité contre toute nouvelle expansion hongroise, positionnant en juin des troupes slovaques et des unités fluviales et aériennes croates en Roumanie. Ce mois-là, les troupes hongroises effectuent une dizaine de raids transfrontaliers contre la Roumanie et la Slovaquie. En juillet, la guerre menaçant entre sessatellites, Hitler somme Miklós Horthy de cesser ces escarmouches meurtrières, et exige d'Antonescu et de Pavelić qu'ils reconnaissent officiellement lesarbitrages de Vienne comme irrévocables.
En août, Antonescu déclare publiquement que la Roumanie, ayant reçu laTransnistrie en « compensation » à l'Est (enPodolie aux dépens de l'URSS envahie), reconnaît ledeuxième arbitrage de Vienne et n'a plus de revendication territoriale contre la Hongrie « tant que la guerre durera ». En privé, il déclare que la Transnistrie, où lesRoumains ne sont qu'une faible minorité au milieu d'une masseukrainienne, est un fardeau pour la Roumanie, et continue d'insister auprès d'Hitler pour le convaincre de rendre à la Roumanie, à l'issue de la guerre, la Transylvanie septentrionale (éventuellement, moins l'enclave dupays sicule)[3].
Slovaquie, Croatie et Roumanie pendant la Seconde Guerre mondiale.
MatthieuBoisdron,« La France et le pacte d'assistance mutuelle de la Petite Entente (juin 1936-avril 1937) », dans Krisztián Bene et Eva Oszetzky (dir.),Újlatin kultúrák vonzásában. Újlatin filológia 5., Pécsi Tudományegyetem, Francia Tanszék (Université de Pécs, Département de français),, 354 p.(lire en ligne),p. 283-305.
NicoletteFranck,La Roumanie dans l'Engrenage, Paris, Elsevier Sequoia,, 269 p..
Jean-PhilippeNamont, « La Petite Entente, un moyen d’intégration de l’Europe centrale »,Bulletin de l’Institut Pierre Renouvin, Université Paris I Panthéon-Sorbonne,no 30,(lire en ligne).
↑Gavin Bowd,Un géographe français et la Roumanie : Emmanuel de Martonne (1873-1955), L'Harmattan, Paris 2012, 222 p. et Gaëlle Hallair,Le géographe Emmanuel de Martonne et l'Europe centrale, Grafigéo, no 33, Paris 2007, 148 p.
↑Mihai Pelin,Antonescu, le Pétain roumain et ses guerres, Ed. Iosif Constantin Drăgan, Venise 1988.