Lapeste de Justinien, dite aussipestis inguinaria oupestis glandularia en latin, est la premièrepandémie connue depeste, survenue de 541 à 767 (la nature exacte des « pestes » précédentes reste incertaine), dans tout lebassin méditerranéen et leMoyen-Orient.
Elle porte le nom de l'empereur romain d'OrientJustinien Ier qui survit à la maladie en 542, lors de la première vague pandémique rapportée par les chroniqueurs byzantinsProcope de Césarée etJean d'Ėphèse. Cette pandémie aurait affaibli les régions de l'Europe méditerranéenne au profit de l'Europe du nord, accéléré le déclin de l'Empire byzantin et favorisé l'expansion de l'Islam à ses débuts.
Depuis 2012, les analyses degénétique moléculaire menées sur des sites archéologiques ont confirmé que l'agent pathogène était bienYersinia pestis. L'importance de cette pandémie, son impact démographique, ses effets et conséquences historiques restent en cours de discussion.
La peste de Justinien désigne, à proprement parler, la première vague (541-544) de la première pandémie de peste, survenue sous le règne deJustinien Ier, mais il est d'usage de nommer ainsi cette pandémie qui s'est déroulée sur près de deux cents ans (541-767), en 15 à 20 vagues selon les historiens[1].
La peste de Justinien est la moins connue des trois pandémies de peste (les deux autres étant lapeste noire et lapeste de Chine). Les premiers historiens modernes étudiant la peste duhaut Moyen Âge sont Jean Noël Biraben etJacques Le Goff en 1969[2],[3]. En 1975 Biraben utilise le terme de « peste justinienne » pour désigner les deux siècles de peste qui ont suivi[4], terme repris dans le monde anglophone (Justinianic plague) par l'historienne Pauline Allen en 1979[5].
En 1989, une étude critique de Jean Durliat[6] constate que les sources des chroniqueurs qui décrivent une situation catastrophique ne concordent guère avec les autres sources historiques (épigraphiques, archéologiques,numismatiques…). Le milieu des historiens est resté divisé sur la question de l'importance réelle (gravité et conséquences) de la première pandémie de peste[2].
En 2004, l'historien Stathakopoulos présente un tableau complet de la peste de Justinien[7]. Dans les années qui suivent, l'approche de cette pandémie est pluridisciplinaire (climatologie,paléomicrobiologie…)[2]. Si la grande majorité des historiens reconnaissent l'importance de cette pandémie (consensus dominant dit « maximaliste ») un courant minoritaire en doute pour en faire une pandémie « sans conséquences » (opposition dite « minimaliste »)[8],[9].
Les chroniqueurs contemporains de la pandémie rédigent en grec, ensyriaque, en latin, arabe etvieil irlandais. Ils sont issus de divers horizons, de différents milieux sociaux, religieux ou politiques[8].
Les deux principaux chroniqueurs, témoins indépendants l'un de l'autre, sont ceux du début de la pandémie auVIe siècle : l'historien byzantinProcope de Césarée (Les guerres de Justinien,Histoire secrète de Justinien en grec) etJean d'Éphèse (Histoire ecclésiastique ensyriaque). Ces témoignages, qui paraissent se compléter, concernent surtout la première vague (541-544) dans les grands centres urbains de l'Empire byzantin[10],[11].
La valeur des témoignages historiques a fait l'objet de discussions : sur le fait que les chroniqueurs byzantins prennent modèle sur la description de lapeste d'Athènes parThucydide (notamment sur les conséquences sociales de l'épidémie)[2],[15], qu'il s'agit d'exagérations littéraires à contextualiser par des motivations religieuses ou politiques (mettre en avant la colère divine ou accuser un parti adverse)[9]. D'autres, au contraire, soulignent la convergence des différentes sources[8], le fait que les chroniqueurs ont conscience d'affronter une maladie différente de la peste d'Athènes[10],[16].
Dans les sources latines, Biraben et Legoff (1969) reconnaissent la peste lorsque la maladie est présentée comme une fièvre mortelle dont la description comporte les adjectifsinguinarius ouglandolarius, ce qui caractérise lapeste bubonique[3]. Des termes équivalents existent en grec, syriaque et arabe : Procope et Jean d'Éphèse concordent en notant un gonflement de l'aine pouvant donner unabcès (bubon pesteux)[17],[18].
Sur ces bases, Biraben écarte les textes où ces mots clés ne figurent pas, les termespestilentia etpestis étant jugés imprécis en pouvant correspondre à d'autres épidémies (variole,typhus…)[4],[19]. Il reconnait qu'il prend le risque d'écarter des pestes effectives, mais il préfère rester critique pour être plus près de la réalité. Ce qui l'amène à ne pas reconnaître la peste dans la moitié nord de la France et dans les îles Britanniques[4].
La plupart des sources antiques paraissent indiquer que la peste touche tout le monde, mais des auteurs notent des particularités. Procope affirme que les femmes enceintes sont plus affectées par la peste, elles meurent en fausse couche ou en donnant naissance à un enfant mort-né.Agathias affirme que ce sont les jeunes et les hommes en général les plus touchés, ce qui mène à un pressentiment de l'apocalypse chez les survivants.Théophane écrit que les jeunes, tous sexes confondus, sont atteints par la peste. L'auteur desMiracles de saint Demetrios affirme la même chose concernant la cinquième vague de la peste justinienne en 597[7].
En 2012,Y. pestis a été identifiée sur un site funéraire daté de 500-700 apr. J.-C. enBavière (Aschheim, près de Munich). Ses éléments génétiques ont été recherchés dans la pulpe dentaire de squelettes inhumés dans des tombes multiples (deux à cinq individus ensemble) de la deuxième moitié duVIe siècle. L'analysephylogénétique du matériel retrouvé confirme l'origine asiatique de la pandémie (souche génétique d'origine mongole), et infirme l'hypothèse minoritaire d'une origine africaine (à partir d'un foyer angolais). Cette étude apporte aussi un élément nouveau, elle montre que la pandémie (poussées 2 à 5) a franchi les Alpes de l'Italie à la Bavière[20], prolongeant un axe de pénétration déjà connuConstantinople -Ravenne -Vérone. Elle confirme aussi que les Bavarois étaient les alliés des Lombards lors de l'invasion de l'Italie, et que la peste ne fait pas de distinction entre les belligérants.
De 2012 à 2019, la bactérie a été identifiée (8 génomes distincts) dans des sépultures (21 sites datés autour desVIe et VIIe siècles) en Bavière, Espagne, France et Angleterre[8],[21]. En 2025, une découverte de ce type est publiée à propos du site deJerash enJordanie[22]. Ces études confirment sans ambiguïtés que la peste était bien impliquée dans cette pandémie, toutefois les datations archéologiques ne sont pas assez précises pour associer ces génomes à des vagues différentes[21],[23].
Ces souches génétiques sont distinctes de celles des autres pandémies de peste et n'ont été retrouvées nulle part par la suite[24],[25]. Ces souches anciennes, contemporaines de la peste de Justinien, sont plus diversifiées que les souches modernes. Il y aurait eu une microdiversité évolutive deYersinia pestis selon les régions d'Europe occidentale de cette période[21],[26].
L'empire Byzantin, au faîte de sa puissance, sous le règne (525-567) de Justinien Ier.
Les témoins historiques donnent l’Éthiopie et l’Égypte comme point de départ de la pandémie, avec une diffusion terrestre via laPalestine et une diffusion maritime vers Constantinople et l'Asie Mineure. Ce qui a fait pencher vers une origine africaine (région des grands lacs,sources du Nil)[2].
Les auteurs modernes penchent pour une origine asiatique (foyer endémique originel d'Asie centrale) parvenant en Méditerranée orientale par laroute de la soie. Si la diffusion d'Égypte vers l'Occident est bien documentée, on ne sait pratiquement rien de sa diffusion via la Perse et l'Inde. Un scénario plausible est la route maritime reliant lamer Rouge à l'océan Indien, l'Empire byzantin étant, dès son début, relié à l'Inde par trafic commercial[24].
L'origine asiatique est renforcée par les études génomiques (phylogénétique) indiquant le nord-ouest de la Chine (région duXinjiang) ou leKirghizistan. L'ancêtre commun des souches de Y. pestis de la première pandémie serait daté desIIe et IIIe siècles, en Asie centrale (montagnesTian Shan). Il existe une possibilité de diffusion par transport terrestre (des steppes d'Asie centrale à la mer Rouge via l'Iran), mais ceci n'est appuyé par aucune donnée[21].
L'origine de la première pandémie reste mal connue. Il semble que la première pandémie n'est pas une évolution linéaire d'une souche microbienne unique, elle serait plutôt le résultat de souches émergeant de façon indépendante de diverses régions, en rapport avec des variationsécologiques retentissant sur lesréservoirs animaux et lesvecteurs (rongeurs sauvages et leurspuces). La première pandémie aurait été précédée d'une diffusion silencieuse dans les réservoirs animaux, avant d'exploser localement dans des populations humaines[26].
La peste humaine est alors favorisée par des transformations socio-économiques : développement agricole, urbanisation, densité et mobilité humaines, routes commerciales et militaires à longue distance. En retour, les humains deviennent hôtesamplificateurs de l'agent pathogène, accélérant l'évolution deY. pestis par émergence de nouveaux variants[26].
Des perturbations climatiques auraient pu déclencher la pandémie. Les sources historiques mentionnent l'année 535-536 comme une année « sans été », le soleil étant assombri par un nuage persistant. Ce phénomène serait un nuage de cendres provenant d'une éruption explosive duvolcan Rabaul enNouvelle-Guinée. D'autres hypothèses ont été avancées comme l'explosion duKrakatoa enIndonésie, de la même époque, ou la chute d'unastéroïde[2],[27].
À l'échelle planétaire, des études decarottes de glace et dedendrochronologie confirment l'importance des éruptions volcaniques et de la chute des températures des années 530 et 540. Cependant les mécanismes exacts de ces influences climatiques sur l'émergence d'une pandémie de peste restent mal connus[27].
Le scénario plausible dominant serait : éruptions volcaniques, nuages de cendres, perturbations climatiques (froid, pluies, inondations… ), déséquilibres écologiques (populations de rongeurs sauvages et derats noirs, comportement des puces…) et humains (mauvaises récoltes, migrations, promiscuité…)[2],[27]. Ce scénario est en discussion car il s'agit d'une combinaison de généralités imprécises, voire contradictoires, et qui n'expliquent pas les différences loco-régionales[28].
La pandémie s'est déroulée de 541 à 767, en une vingtaine de poussées successives de périodicité d'environ neuf à treize ans, périodes dont le mécanisme reste énigmatique[29]. Les premières poussées sont les plus violentes, il s'agit des poussées de 541-544 (une grande partie de l'Europe), 558-561 (Constantinople et Italie), 570 (Italie et Europe du Sud parGênes etMarseille), 580-582 et 588-591 (Gaule et Espagne viaNarbonne, probablement liées aussi à une épidémie devariole), la sixième poussée 599-600 concerneRavenne, Rome et Marseille mais avec extension limitée dans les terres[14].
De 600 à 767, les épidémies suivantes sont généralement plus faibles et limitées à des villes portuaires en relation avec la Méditerranée orientale. La peste revient périodiquement après disparition spontanée[14].
En 2004, l'historien Dionysios Ch. Stathakopoulos se livre à une chronologie de la peste de Justinien en distinguant dix-huit vagues épidémiques. Il se base sur des sources primaires ainsi que sur la chronologie de Biraben et Le Goff qu'il s’attelle à corriger[7].
Des témoins historiques, commeÉvagre le Scholastique, rapportent que la peste revenait tous les quinze ans, àAntioche par exemple, pour dévaster chaque nouvelle génération, mais sans associer ces recrudescences à des extensions géographiques. La métaphore de la « vague » épidémique de peste apparait auXIXe siècle enInde britannique pour indiquer un retour cyclique saisonnier (uniquement temporel), en particulier celle des courbes mensuelles de mortalité de peste[28].
Au début duXXIe siècle, le concept de vague est en discussion. SelonKyle Harper, la première apparition de la pandémie s'est bien présentée comme une vague, mais pour expliquer sa persistance et ses recrudescences durant deux siècles, il faudrait intégrer aussi les aspectsenzootiques (peste dans les réservoirs animaux). Dès lors la pandémie serait plutôt une succession d'amplifications d'épizooties locales (rongeurs) devenant épidémies régionales (humaines) avant de trouver le chemin de Constantinople, la capitale étant relais de convergence et moteur de propagation[30].
L'empire byzantin en 550, avec les conquêtes de Justinien en vert.
La première vague, première apparition de la peste justinienne, est la plus violente et la plus sévère, la population n’ayant jamais été exposée et n’ayant jamais rencontré cette maladie. Cette première vague commence àPéluse enjuillet 541. L’épidémie se propage rapidement : à Gaza en août, àAlexandrie en septembre, enPalestine au début del’année 542. Constantinople est touchée de mars à[31].
La peste arrive enAsie Mineure àl’automne 542, selon Procope, depuis la route principale connectant la Capitale àAntioche puis à la petite ville de Sykeon enGalatie. L’épidémie atteint laTunisie en débutd’année 543. La côte est infectée en premier. L’Italie est touchée en 543 à cause de mouvements de troupes depuis Constantinople qui restent enÉpire. Elle a peut-être touchéRome en 544 ce qui expliquerait la multiplication d’inscriptions funéraires. L’épidémie arrive jusqu’enScandinavie et auYémen où elle arrête les activités. Cette première apparition de la peste est très documentée par les sources[31].
La deuxième vague touche Constantinople en. La ville d'Antioche aurait été touchée en 560 et 561 selon Théophane et laVita deSiméon Stylite le Jeune[7].
La troisième vague est mentionnée dans les témoignages deMarius d'Avenches etGrégoire de Tours : elle touche l’Italie et laGaule en 571 et reste jusqu'en 572. Paul le Diacre parle d’une épidémie en Italie pendant la même période. La quatrième vague commence à Rome et reste dans la ville de janvier à, les seuls témoignages subsistent grâce à des légendes. Elle arrive àRavenne enOmbrie l’été suivant, se propageant par voie maritime — elle touche d’abord les cités portuaires. Elle arrive enfin à Antioche en 592 selon un témoin oculaire[7].
La cinquième vague est considérée comme une vague séparée malgré sa proximité avec la quatrième — seulement cinq ans de différence avec la contamination d’Antioche. Elle commence à l’été 597 àThessalonique. Elle se dirige ensuite vers laTurquie actuelle en 598 et atteint Constantinople en 599. Puis tout le diocèse d’Asie et deBithynie.Grégoire le Grand atteste présence dans le Nord de l’Afrique et en Italie àl’été 599 puis en 600. Les sources mentionnent aussi la présence de la peste aux alentours deRavenne etVérone en 600 et 602 mais ces témoignages sont limités[7].
La sixième vague se déroule sousHéraclius et c’est à partir de celle-ci que l’on a beaucoup moins de sources : les archives impériales ne font aucune mention des épidémies ou famines. Cependant, avec l'avènement de l'Islam, les sources arabes commencent à apparaître sur les épidémies en Orient. La septième vague commence avec laPalestine en 626 et la Perse l’année suivante. On peut connecter cette vague avec une peste ayant eu lieu au nord-est de laChine – àHami – mais on ne sait pas si la contamination s’est faite de la Chine à la Perse ou inversement. La huitième vague touche laSyrie, la Palestine et l’Irak en 639. La neuvième vague atteintKoufa et l’Égypte en 669 puis la Palestine en 672[7].
De 680 à 734, Stathakopoulos distingue huit vagues (10 à 17) le plus souvent à partir de la Syrie[31].
Contrairement aux précédentes, la dix-huitième vague est bien documentée par les sources byzantines : la peste arrive en Syrie et en Irak pendantl’hiver 744 et touche l’Égypte et l’Afrique du Nord au même moment. Elle se propage en Sicile,Calabre et enGrèce — dans les îles égéennes par voie maritime. Une lettre du papeZacharie atteste sa possible présence à Rome en 745. Elle arrive à Constantinople en 747. C’est la dernière vague de cette peste justinienne dans l’est de la Méditerranée. Le Goff et Biraben incluent aussi une épidémie àNaples en 767. Cette date est traditionnellement acceptée comme terminaison de la peste justinienne en 767[7],[31].
Stathakopoulos note que la pandémie s'est modifiée en deux siècles : les six premières vagues se succèdent après un intervalle de 14,2 ans en moyenne alors que les six dernières sont séparées de 6,6 ans en moyenne, ce qui indiquerait une « endémisation » de la peste[31], plus particulièrement en Syrie selon Kyle Harper. La peste indiquerait les voies de pénétration commerciale : en gravité et en extension, la dernière vague a été supérieure aux vagues qui ont suivi la première, ce serait l'indice d'une nouvelle méditerranée appartenant au moyen-âge et non plus à l'antiquité[32].
La disparition de la peste de Justinien reste mystérieuse. Kyle Harper invoque des « dynamiques cachées » de populations de rongeurs en rapport avec un changement climatique : passage du petit âge glaciaire de l'antiquité tardive au réchauffement duHaut-Moyen Âge[32] ; le dépeuplement des régions touchées, une baisse devirulence du germe causal (perte de gènes de virulence[21]) sont des facteurs possibles mais insuffisants.
La peste humaine circule par transport commercial maritime de port à port, plus lentement parcabotage), ou par déplacements militaires. En Occident, la diffusion à l'intérieur des terres est relativement restreinte, contrairement à ce qu'il se passera pour lapeste noire du Moyen Âge. En Europe, la peste se propage par voie fluviale à partir des fleuves côtiers méditerranéens, comme le bassin duPô ou l'axeRhône-Saône. Les points de pénétration et les voies de diffusion révèlent les échanges commerciaux et les zones de peuplement desVIe et VIIe siècles[4].
Selon Kyle Harper, le commerce méditerranéen des céréales aurait été le facteur principal de propagation, d'abord par la production en Égypte destinée au ravitaillement de Constantinople. De là l'empire byzantin organisait un réseau d'entrepôts et de greniers à blé sur tout son territoire, notamment pour l'armée. Cette infrastructure aurait constitué unécosystème favorisant la prolifération durat noir et de sespuces[33] ;Y. Pestis évoluant selon la rencontre de nouveaux hôtes sous de nouveaux climats[34],[35].
Selon J.N. Biraben, vers le nord, la pandémie n'aurait pas dépassé laLoire, ni les régions deDijon et deTrêves. Les épidémies décrites dans les îles Britanniques (notamment parBède le Vénérable) ne seraient pas la peste[4],[14]. Cependant, ceci a été discuté parJohn Maddicott(en) qui argumente la présence de la peste auVIe siècle enIrlande et auVIIe siècle enAngleterre[36]. Dans les campagnes anglaises, la multiplication des monastères aurait favorisé la diffusion de la peste en raison de la promiscuité qui y régnait et de l'absence relative (par rapport à laGaule) de villes importantes d'origine romaine[37].
En 2019, le génome deY. Pestis est identifié sur un site archéologique (cimetière d'Edix Hill, près deCambridge) daté 500-650, confirmant la présence de la peste en Angleterre de cette période[38],[21].
En ce qui concerne les pertes humaines, les témoins historiques parlent d'un tiers à la moitié de la population. En analysant mathématiquement les données de Procope on arrive à deux cent quarante-quatre mille morts sur une population estimée à cinq cent huit mille à Constantinople[7] lors de la première vague de 542[7] . Procope et Jean d'Éphèse parlent tous deux d'une mortalité quotidienne croissante jusqu'à un pic de dix mille morts et plus pour Procope, de seize mille pour Jean qui précise« Des hommes se tenaient sur le port, aux intersections et aux portes pour compter les morts. À partir de 230 000, les corps étaient emportés sans être comptés »[39].
À l'échelle d'une ville particulière, cela est possible en raison de la concentration de population et de la contagion associée. Il est difficile d'extrapoler à la population totale, toutefois la peste a certainement affaibli le peuplement des régions méditerranéennes[4]. Toutes les sources contemporaines aux événements donnent des chiffres très hauts mais cela relève plus de la rhétorique : ils exagèrent volontairement les chiffres — de toutes les vagues de cette peste — afin de montrer leur choc devant tant de morts dans les rues ainsi que la dévastation causée par les vagues de peste successives contre lesquelles les autorités semblaient impuissantes[7],[40].
Le chiffre de 100 millions de morts lors de la peste de Justinien proprement dite (541-543) provient de l'interprétation d'Edward Gibbon (1737-1794) qui, dans sonHistoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, interprète l'expression de Procope « myriade de myriades ». Ce chiffre a été repris en 2014 dans un article duLancet Infectious Diseases[25] et de là par l'AFP et sur plusieurs réseaux sociaux durant lapandémie de Covid-19 pour rappeler « les pandémies les plus meurtrières de l'histoire »[28].
Selon les principaux chroniqueurs, la peste de Justinien est universelle, touchant l'ensemble du monde connu et des populations de tout âge, sexe et conditions, les villes comme les campagnes. L'épidémie débute souvent chez les plus pauvres, puis se communique aux riches. Justinien Ier lui même tombe malade et survit à la peste[10]. La peste peut emporter des familles entières, mais de façon éparse ou inégale : en ville, une maison peut être touchée mais pas l'autre, de même à la campagne, un village peut être touché mais pas son voisin. De même, si les populationssédentaires sont affectées, les populationsnomades sont épargnées. Ces données seraient, pour les commentateurs modernes, caractéristique d'une maladie infectieuse transmise parectoparasite[41].
Des chroniqueurs notent des distinctions, surtout lors des vagues plus tardives. Les hommes jeunes sont plus souvent touchés par la peste et meurent plus que les femmes, mais cela peut s’expliquer soit parce que les femmes sont moins prises en compte, soit par différence d'exposition aux puces et aux rats selon le milieu de travail et d'activité. Un autre facteur est que les femmes peuvent présenter unecarence en fer à cause des pertes sanguinesmenstruelles, ce qui pourrait avoir un rôle protecteur contre les bactéries ayant besoin de fer pour se développer. Cependant les femmes enceintes restent particulièrement vulnérables[42].
La peste frappe même les jeunes filles etJean d'Éphèse cherche à transmettre toute l'horreur de cette situation[43] :
« [Avec quelles larmes j’aurais dû pleurer] pour des belles jeunes filles et vierges qui espéraient une joyeuse fête de mariage et des tenues [de mariage] ornées des parures précieuses [mais qui étaient désormais] mises à nu et souillées avec la saleté des autres morts, elles offraient un spectacle misérable et âpre, même pas placées dans un tombeau, mais dans les rues et les havres, leurs corps étaient traînés là-bas comme ceux des chiens[44] »
S'appuyant sur le témoignage de Jean d'Éphèse, Michael Edward Stewart suggère une conséquence sous-estimée de la pandémie : elle aurait influencé les politiques d'alliances familiales des élites de Constantinople en accentuant la concurrence à cause du manque de conjoints potentiels pour leurs enfants[43].
Stathakopoulos utilise lestress théorisé en trois phases parHans Selye. Une première phase est caractérisée par la réaction active : l’émigration de masse. Des groupes partent avec leurs familles et leurs proches. C’est aussi à ce moment que les riches cherchent l’aide de médecins qui sont cependant impuissants. La population se tourne en second lieu vers des actions de charité pour obtenir le salut de son âme. Enfin, la troisième phase est caractérisée par le chaos[7].
Au plus grave de la crise, les liens sociaux sont détruits : on abandonne tout ; les populations fuient en laissant leurs biens derrière eux. Ceux qui restent se barricadent ou s’enferment dans le mutisme et les villes deviennent silencieuses. Beaucoup cherchent refuge dans les églises et tentent de se soigner par la prière ou l’érection d’autels. Les superstitions prennent le dessus ; en effet les populations se tournent plus facilement vers le surnaturel en ces temps difficiles et les miracles ainsi que les guérisons par des saints ou des reliques sont monnaie courante. La mortalité excessive entraine des réactions de dissidence religieuse comme lepaganisme ou le doute religieux. Les maisons des morts sont pillées et ceux qui aident à enterrer les corps demandent des salaires très hauts[7],[10].
En réponse à l'épidémie de 542, l’empereur nomme unreferendarius (sorte de commissaire ou rapporteur) ayant pour mission de se débarrasser des corps avec l’aide de la garde palatine. Une fois que les cimetières sont pleins, desfosses communes sont creusées tout autour de Constantinople. Des cadavres sont même empilés sur les quais avant d’être emmenés par bateau dans la ville deSykai enThrace où ils sont entassés dans les tours de défense de la ville : Procope les compare à des pressoirs à vin où les cadavres humains sontfoulés comme des grappes de raisin, comme« une vendage dans la grande cuve de la colère de Dieu »[39],[45].
Enterrer les morts est très important car c’est une pratique chrétienne mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle les autorités décident d’évacuer les morts des rues : on pense que les cadavres en putréfaction infectent l’air et propagent la maladie. Dans le cas de la gestion de la crise à Constantinople, il est important de noter que, compte tenu de la situation, les autorités font du mieux qu’elles peuvent et le font bien : si l’on en croit les calculs et les estimations donnés par Jean d'Ephèse et Procope, mille morts doivent être évacués et enterrés par semaine ce qui est un nombre colossal[7].
Follis en argent de Justinien Ier, avec l'année 13 du règne. Celles de même type des années 15 et 16 porteraient un visage déformé par un bubon du cou.
En 543-544, Justinien légifère sur les droits d'héritage, le contrôle des prix et des salaires des paysans et des artisans. Il autorise l'Église à vendre des terres parbail emphytéotique pour continuer à les mettre en valeur. Ces mesures sont destinées à faire face à la dépopulation, à maintenir une hiérarchie sociale et un système fiscal. Le poids des pièces d'or et de cuivre sont réduits[8]. Dans une série de pièces de l'an 15 et 16 du règne, le visage de l'empereur parait déformé par un cou enflé, signal envoyé au peuple qu'il avait survécu à la maladie[46], une interprétation jugée très spéculative[8].
La peste à elle seule ne provoque pas de persécutions sociales, ethniques ou religieuses. Si Justinien prend des décrets contre les païens, hérétiques et juifs, ce ne serait que la continuation d'une politique déjà mise en œuvre avant l'arrivée de la peste. Toutefois un décret de 559 contre les homosexuels, liant leurpéché à la survenue de catastrophes, pourrait être en rapport avec la peste[40].
La peste de Justinien paraît absente de la littérature médicale de cette période. Il s'agit de textes encyclopédiques transmettant un savoir et non des observations épidémiques de leur temps[47].
La peste de Justinien serait mentionnée chez trois médecins susceptibles de l'avoir rencontrée.Jean d'Alexandrie (médecin)(en) distingue les bubons après blessure et les bubons par pestilence (loimos) ;Stephanos d'Athènes explique les bubons par pestilence selon ungalénisme (un excèshumoral se transforme en putréfaction sous l'effet d'un air pestilentiel, et qui s'extériorise par bubon).Paul d'Égine va plus loin en proposant divers traitements des bubons fébriles par pestilence. Il utilise desdiaphorétiques pour stimuler la transpiration, lasaignée au bras et lesdécoctions decamomille ou d'aneth. En dernier recours, si ces traitements échouent et que le bubon est mûr, il faut en drainer le pus par incision[48].
Selon Mulhall, ces médecins byzantins ne se contentent pas de reproduire les textes anciens, confrontés à une maladie inconnue, ils cherchent une nouvelle réponse médicale en utilisant les concepts et les moyens à leur disposition. Dans la médecine d'Hippocrate et de Galien, la maladie est conçue comme une réaction de prédisposition individuelle dans un environnement local. Elle ne pouvait expliquer qu'une maladie mortelle puisse frapper des populations différentes, quel que soit l'environnement, de façon massive et indiscriminée[48].
Les médecins s'avèrent incapables d'aider les malades, Procope note qu'il y a des malades soignés qui meurent et des non soignés qui survivent. Aussi la population utilise les remèdes magiques et folkloriques, les talismans et les amulettes[10].
Les chrétiens byzantins pensent que l'Apocalypse est proche. Ils cherchent refuge dans les églises et sur les lieux depèlerinage, auprès des tombeaux de saints, desreliquaires, et desastrologues. L'Église d'Orient est divisée en écoles différentes ; l'empereur nomme lepatriarche et s'intéresse à la nomination des évêques très impliqués comme intermédiaires dans l'administration impériale[49].
Si cette Église joue un rôle dans la gestion de crise, elle n'organise pas de réponse collective[50]. Des témoignages affirment que lepatriarche d’Antioche va lui-même fermer les yeux des morts et mène les processions funéraires en personne[7], mais il n'existe pas de processions organisées pour une repentance implorant la clémence divine, ni d'écritsliturgiques répondant à la peste. Le recours auxSaints reste local (chaque cité a son saint protecteur) et il n'existe pas de saint protecteur universel contre la peste commeSaint-Sebastien etSaint Roch en Occident à partir duXIVe siècle[51].
La pandémie suscite un regain de dévotion religieuse : elle aurait encouragé leculte de Marie et le culte desicones, notamment l'icone de Marie pour son rôle protecteur. Il ne s'agit pas de laMater dolorosa, mais de la reine des Cieux, celle qui défendra les humains lors duJugement dernier[52].
L'Église d'Occident considère aussi que l'Apocalypse est proche mais elle est plus réactive que celle d'Orient. Lesévêques organisent desliturgies spéciales, des pèlerinages, et des processions miraculeuses de reliques et d'images de la Vierge ou des saints, dans toutes les villes[53]. À Rome, en 590, le papeGrégoire Ier conduisit une procession fameuse qui termina la peste, et où l'on vit dans le ciel l'Archange Michel remettant aufourreau son épée distributrice de peste[50].
En Occident, un moyen préventif nouveau apparait dans un texte isolé : une lettre deGall II (évêque deClermont) àDidier (évêque deCahors), entre 650 et 655, qui montre qu'au moins une fois, des évêques ont tenté d'arrêter la peste en interdisant la circulation des voyageurs et des marchandises[4].
Selon Jean-Noël Biraben, dans l'histoire des mentalités et des épidémies, la peste de Justinien marque la fin de l'Antiquité et le début du Moyen Âge. Lessuperstitionspaïennes restent encore très répandues : utilisation de signes magiques,oniromancie,incantations, amulettes… comme enAuvergne en 543. LeHaut Moyen Âge apparait comme un monde mental en gestation. Des moyens magiques, comme l'oniromancie, vont disparaître mais la plupart vont être adaptés, christianisés ou islamisés selon les régions[4].
Après 620, les populations musulmanes attribuent la peste à la main de Dieu qui punit seulement les infidèles en faisant des croyants des martyrs (chahid) gagnant leparadis. D'où une sorte de fatalisme : il ne fallait pas entrer dans une ville pesteuse, ni la fuir si on s'y trouvait. Il n'y a pas de contagion et le port d'amulettes peut repousser les esprits qui répandent la peste[50]. Cette peste suscite nombre d'hadiths discutés au cours des siècles entre philosophes, juristes et médecins pour déterminer la conduite pratique et l'attitude morale des musulmans confrontés à la peste[54],[55].
Selon une anecdote rapportée par les chroniqueurs arabes, un chefabbasside parle en public àDamas, vers 750, pour annoncer que l'arrivée au pouvoir des Abbassides est une faveur divine, puisqu'elle coïncide avec la disparition de la peste. Un partisan desOmeyyades lui répond que c'est le contraire, Dieu ayant remplacé la peste par les Abbassides[4],[56].
L'étendue et l'importance des conséquences de la peste de Justinien font l'objet de discussions entre historiens et chercheurs. Kyle Harper en fait une rupture culturelle majeure, cause principale du déclin de l'Empire byzantin, et la plupart des auteurs considèrent que cette pandémie marque la fin de l'Antiquité et le début du Moyen-Âge[57] en affaiblissant les régions méditerranéennes au profit de l'Europe du Nord[4]. Quelques-uns en font une épidémie dépourvue de conséquences significatives[9],[45], ce qui est vivement débattu[8],[58].
L'épidémie bouleverse les modes de vie des byzantins : la dépopulation entraîne un déficit de main-d'œuvre à l'origine de pénuries alimentaires et de famines, d'une paralysie du trafic commercial, d'où une crise économique, monétaire et fiscale, l'arrêt des réformes et un affaiblissement militaire[59]. Cela à une période cruciale pour l'Empire byzantin,Justinien était en voie de reconquérir l'Italie byzantine et la côte occidentale de laMéditerranée ; cela aurait signifié, en cas de succès, le retour à unEmpire romain unifié, pour la première fois depuis 395.
Le monde méditerranéen vers 650.
La peste met un coup d'arrêt aux visées de Justinien en frappant ses troupes, dès lors incapables de se déplacer. Quand l'épidémie s'apaise, ses troupes restent en Italie mais ne pourront faire mouvement vers le nord. Justinien parvient à conserver l'Italie mais, après sa mort, celle-ci est perdue pour l’Empire romain d'Orient qui n'en conserve que la partie méridionale. La pandémie aurait favorisé l'invasion desLombards au nord de l'Italie et l'établissement deroyaumes barbares en méditerranée[60],[61].
D'autres historiens insistent au contraire sur larésilience de l'Empire byzantin capable de maintenir ses objectifs politiques et militaires, par exemple en assurant lestatu quo sur sa frontière avec l'Empire sassanide (à peu près le territoire de l'Iran et de l'Irak modernes). Le choc démographique n'aurait été que temporaire, sans changement réel des structures de pouvoir et des rapports sociaux[62].
EnArabie, une nouvelle communauté de croyants est apparue au travers d'anciennes divisions tribales[63]. Ces tribus nomades, se déplaçant dans des territoires désertiques ou semi-désertiques, échappent plus facilement à la contagion que les populations sédentarisées[54]. Comme pour les chrétiens et les juifs, la peste a une dimensioneschatologique pour les musulmans : elle annonce la fin des temps, mais par un nouveauprophète. L'émergence de l'Islam serait liée à un contexte d'apocalypse : le premier thème duCoran étant lemonothéisme et le second, lejugement dernier[63].
En affaiblissant l'Europe méridionale (dépopulation, pertes commerciales et économiques), elle favorise l'Europe du Nord : meilleure croissance démographique, nouveaux courants d'échanges entre la Gaule du nord, l'Angleterre et les pays scandinaves. Cet essor commercial traduit un basculement économique du sud au nord de l'Europe, avec notamment un renforcement desrois francs qui tournent le dos à la Méditerranée, des marchandsfrisons et desAnglo-Saxons[66].
Des chercheurs ont suggéré que la peste de Justinien s'est étendue au nord en facilitant laconquête anglo-saxonne de la Grande-Bretagne. La peste atteint les iles britanniques par l'Irlande en 544 ou 545, puis l'Angleterre en 664. Son apparition a coïncidé avec les offensives saxonnes renouvelées dans lesannées 550, tandis qu'auparavant les Saxons étaient contenus.Maelgwn Gwynedd, roi dupays de Galles, est supposé mort de la « peste jaune de Rhos[67] » autour de 547[68].
EnNorthumbrie, les épidémies de peste entrainent la disparitions de monastères et de villages et la fuite des survivants qui, dans un second temps, se réorganisent en communautés plus grandes dans de nouveaux habitats[69]. Par exemple, ce pourrait être le cas de la disparition soudaine, vers 560, de la ville romaine deCalleva devenueSilchester : le lieu a longtemps gardé une réputation de « ville maudite » pour les Anglo-Saxons[réf. nécessaire].
Les discussions portent sur la valeur des données concernant la peste de Justinien : données historiques littéraires et non littéraires (numismatique,épigraphiques, archéologiques…) et les nouvelles données scientifiques. Ce sont autant d'éléments de puzzle qui permettent de proposer un tableau d'ensemble selon différents modèles très débattus, par exemple sur les relations de causalité et les modes de raisonnement (constater une antériorité ou une simultanéité n'est pas forcément une explication causale )[28],[70].
Les auteurs sont unanimes sur la nécessité de confrontations multidisciplinaires et sur le fait que la première pandémie de peste ne se limite pas à l'empire byzantin. L'histoire des pandémies a connu un regain d'intérêt avec l'émergence de l'épidémie desida à la fin duXXe siècle, puis avec lapandémie de Covid-19 posant le problème de la résilience des sociétés humaines en situation de crise épidémique[28],[62]. Selon Kyle Harper, Rome serait« presque inévitablement un miroir et un instrument de mesure » pour un monde globalisé confronté à des pandémies et à un changement climatique[71]. Dès lors les historiens et les chercheurs seraient influencés par leur propre contexte[70].
La peste de Justinien est mentionnée dans le jeu vidéoA Plague Tales : Requiem aux chapitres IX et XII où les protagonistes découvrent les traces de porteurs de maladie de l'époque[72].
↑abcdef etgMarie-Hélène Congourdeau,« La peste à Byzance : état des lieux », dans François Clément,Epidémies, épizooties, Rennes, Presses Universitaires de Rennes,, 264 p.(ISBN978-2-7535-5540-2,lire en ligne),p. 83-92.
« … on compta, un dimanche, dans une basilique de saint Pierre [Note : ville de Clermont], trois cents corps morts. La mort était subite ; il naissait dans l’aine ou dans l’aisselle une plaie semblable à lamorsure d’un serpent ; et ce venin agissait tellement sur les hommes qu’ils rendaient l’esprit le lendemain ou le troisième jour ; et la force du venin leur ôtait entièrement le sens. »
↑HenriPottier, « L'empereur Justinien survivant à la peste bubonique (542) »,Mélanges Cécile Morrisson, Paris,,p. 685-691.(lire en ligne, consulté le)
↑BernardMerdrignac,« Chapitre 12. Excursus : les Bretons « malades de la peste » », dansD’une Bretagne à l’autre : Les migrations bretonnes entre histoire et légendes, Presses universitaires de Rennes,coll. « Histoire »,, 191–209 p.(ISBN978-2-7535-6856-3,lire en ligne)