Les pauliciens, se référant àPaul de Tarse et peut-être aussi aumonothéisme strict dePaul de Samosate en matière de foi, rejettent le clergé, la croix, les saints, l'Eucharistie, les sacrements, le mariage et le cérémonial des Églises grecque et romaine, leur formalisme et leur appétit pour le pouvoir et la richesse. La communion se fait par l'enseignement du Christ et non par l'Eucharistie. Ils prônent une lecture intérieure et personnelle desÉcritures, la méditation et laprière. LePater Noster est pour eux la seule prière. Cela vaut aussi par la suite pour divers courants duprotestantisme et ducatharisme.
en Grècemanichéenne, Dieu était un double principe créateur du monde : mauvais pour l'esprit humain à travers le monde (siège de la matière, de la violence et du mensonge, c'est-à-dire des tentations) mais bon à travers le ciel (siège de la force, de la sagesse et de la beauté spirituelles, c'est-à-dire des vertus).
Constantin de Mananalis fonde, vers660, une secte néo-manichéenne dont les écrits desaint Paul constituent une base doctrinale. Il sera condamné à mort pour hérésie par l'empereur byzantin en687.
La doctrine dualiste de Constantin de Mananalis oppose l'esprit divin à la matière, qui est l'œuvre du diable. Elle rejette tout culte marial car les pauliciens estiment que Marie n'était ni vierge au sens charnel du terme, ni la mère charnelle du Christ, dont le corps (œuvre diabolique, s'il avait été réel, et qui n'aurait jamais pu emprisonner l'esprit divin du Christ) n'était qu'une illusion. Pour les pauliciens, l'esprit divin du Christ n'a fait que « se parer de l'image d'un corps humain » afin que les hommes le reçoivent. Ils rejetaient lessacrements (baptême,Eucharistie) et n'avaient pas de prêtres.
L'État militaire en lutte contre l'Empire byzantin
Après la mort de Sergios, le dernier didascale (« enseignant » en grec), vers834-835, le mouvement évolue et se structure en État militaire autonome, basé enAnatolie (dans l'est de l'actuelleTurquie) qui entre en lutte contre l'Empire. En842-843, l'impératriceThéodora relance la persécution contre la secte, ce qui a pour effet de renforcer l'émigration vers la région d'Argaoun. Un officier (prôtomandator) duthème desAnatoliques,Karbéas, se laisse convertir avec une partie de sa troupe : ils font défection et s'assurent le commandement de la ville qui devient le quartier général militaire des pauliciens, d'où ils lancent des raids contre l'empire, s'alliant pour cela à l'émir deMélitène dans le territoire duquel ils sont accueillis. Là, ils fondent une nouvelle capitale pour leur mouvement :Téphrikè, entreSébastée et Argaoun, près de la frontière byzantine du thème desArméniaques. S'ensuit une série d'attaques contre l'empire, en859,861 et863, où les pauliciens épaulent finalement les arméesarabes, ce qui les fait considérer par les Byzantins non seulement comme des hérétiques, mais aussi comme des apostats et des traîtres (ἀπόστασιοι ϰάι ϖροδότες) punissables de mort[3].
Chrysocheire (Χρυσόχειρος : « main dorée » en grec) succède à son oncle et beau-père Karbéas et poursuit son activité militaire : il porte les attaques de plus en plus profondément en territoire impérial, atteignantNicée,Nicomédie etÉphèse, mises à sac en869-870. Une ambassade dePierre de Sicile, cette même année, est envoyée négocier à Tephrikè le rachat des prisonniers et un traité de paix, en vain.
La contre-offensive militaire byzantine commence par un échec en871 avec une expédition malheureuse deBasile Ier. La mort de Chrysocheire en872 sur le chemin du retour d'un raid enGalatie, àBathys Ryax, porte toutefois un coup décisif à l'État paulicien, dont la capitale tombe finalement en878[3].
Carte du paulicianisme et de ses avatars probables.
Après la destruction de l'État paulicien, une partie de la communauté émigre vers le sud et constitue une véritablediaspora paulicienne enSyrie. Ils y sont parfois persécutés en tant que chrétiens, et, face au danger arabo-musulman, l'Empire de son côté cherche des alliés et offre aux pauliciens son pardon : certains soldats sont intégrés dans l'armée byzantine en contingents spéciaux, sans être forcés d'abjurer semble-t-il : leurs unités sont mentionnées par la suite dans l'histoire militaire de l'empire, comme celle d'un certain Diakonitzès qui s'illustre au service deNicéphore Phocas l'Ancien enItalie du Sud vers.
La reconquête de la Syrie-Mésopotamie parJean Ier Tzimiskès (-) entraîne l'intégration de nouveaux contingents pauliciens qui sont transférés dans lesBalkans, où ils sont établis comme garnisons des défilés de l'Axios et de l'Euros, en amont deSalonique et dePhilippopolis, et où ils sont appelés « Bardariotes »[4].
D'autres communautés sont attestées par les vies de saints enAsie Mineure : Paul le Jeune (avant) les combat et demande à l'empereur de les éloigner deMilet et du thème desCibyrrhéotes. Philothéos, métropolited'Euchaïta dans lePont (aujourd'hui village d'Avgat-Beyözü), est également confronté à leur présence dans sa métropole, et demande conseil à Théodore de Nicée[5].
Ils représentent toujours une communauté puissante sous le règne d'Alexis Ier Comnène et envoient un contingent de trois mille hommes à labataille de Dyrracheion en. Après la défaite, ils refusent de répondre aux nouvelles convocations de l'empereur et celui-ci en fait exiler leurs principaux chefs. Les Pauliciens s'allient alors auxPétchénègues et participent à la bataille de Béliatova () qui est un désastre pour les Byzantins. Par la suite, Alexis tente plutôt la persuasion pour se concilier à nouveau les Pauliciens et participe personnellement à des débats religieux avec eux.
Bien sûr, on ne peut pas démontrer de lien direct entre le passé religieux ancien de ces régions et leurs traditions ultérieures, mais la concordance géographique semble indiquer que le souvenir des traditions pauliciennes ne s'est pas effacé dans les mémoires des habitants, par-delà les évolutions des langues et des religions. Toutefois, la théologie paulicienne, ainsi que ses avatars européens, a bel et bien disparu du paysage religieux moderne[9].
↑François Pouqueville :Voyage en Morée, à Constantinople, en Albanie, et dans plusieurs autres parties de l'Empire Ottoman, Paris, 1805, 3 vol., à lire suren ligne (Gallica).