Cet article concerne la Palestine en tant querégion géographique et historique. Pour la Palestine en tant qu'État souverain, voirPalestine (État). Pour la Palestine en tant que territoires conquis par l’Égypte et la Jordanie de 1948 à 1967 puis par Israël, voirTerritoires palestiniens occupés. Pour les autres significations, voirPalestine.
Selon l'exégèteGuy Couturier[11], la forme actuelle du nom « Palestine » résulte de transformations, à travers les siècles, du mot hébreuPelishtîm, que nous transcrivons « Philistins ». Il ajoute qu'il fait directement référence aux Philistins, mais sous la forme assyriennePalastu répandue par les Grecs[12].
Le mot « Palestine » est attesté dans l'Antiquité dans différentes langues. L'usage géographique du terme désignait des territoires dont les frontières ne sont pas bien délimitées, situés approximativement à l'ouest et à l'est duJourdain, et couvrant parfois l'ensemble du pays deCanaan.
Dans la langue française, le terme « Palestine » est utilisé depuis plusieurs siècles pour désigner le territoire situé géographiquement entre lamer Méditerranée et le fleuveJourdain.
Le nom « Palestine » perdure même s'il a pris un sens politique et a perdu une partie de sa neutralité, spécifiquement après la création de l'État d'Israël en1948. Notamment, certainsIsraéliens ouJuifs perçoivent dans l'utilisation de ce terme un déni de l'existence effective de l'État d'Israël sur une partie de ce territoire, ou de sa légitimité sur cette même terre. Et le fait de désigner par « Palestine » un éventuel futur État arabe sur lesterritoires palestiniens occupés accroît cette confusion.
Toutefois, la partie arabe continue d'appeler « Palestine » soit la région dans son intégralité, soit seulement labande de Gaza et laCisjordanie, tandis que le terme « Palestiniens » est adopté pour désigner les descendants des habitants de Palestine avant le début duconflit israélo-arabe, y compris souvent les habitants arabes et les Juifs qui descendent des familles qui habitaient en Palestine bien avant lesimmigrations juives duXXe siècle.
Zones approximatives d'influence des royaumes antiques de la région pendant l'âge du fer.
LesPhilistins, nom d'envahisseurs venus d'au-delà des mers[13], sont désignés par les Israélites sous le nom dePelishtîm[12], et« bien connus de leurs voisins égyptiens sous la formePurusati, et assyriens sous la formePalastu »[14]. Dans laBible, la région est désignée sous le nom dePeleshet (פלשת), terme qu'il faudrait traduire littéralement parPhilistia[14],[9],[10].
Peuple vivant, entre la fin de l'âge du bronze et le début de l'âge du fer, sur une partie de la bande côtière centrée autour de l'actuellebande de Gaza, les Philistins sont mal connus, car ils n'utilisaient pas l'écriture. D'aprèsGuy Couturier,« [leur langue] est certainement apparentée à celles qu'on parlait en Grèce et à l'ouest de l'Asie Mineure. Les Philistins font partie des Peuples de la Mer. Les noms de ces peuples se rapprochent de ceux des tribus du mondeégéen formé de la Grèce, des îles et de la côte ouest de l'Asie mineure (Turquie…)[12]. »
On dispose de références à ce peuple dans des documents égyptiens qui en font l'un des « Peuples de la mer » envahisseurs de l'Égypte sousRamsès III et désignent parPeleset (P-l-s-t),Philistie, la région qu'ils habitent. Les Philistins et leur paysPeleshet (פלשת Pəléšeth) sont également mentionnés dans laBible[10] qui parle aussi de « Cananéens » à la fois antérieurs et voisins par rapport aux « Philistins » : selon le texte, lesHébreux étaient régulièrement en guerre avec ce peuple dont les principales villes étaientAshdod,Ashkelon,Éqron,Gath etGaza.
L'existence ou non d'un lien historique entre lesPhilistins - d'origine « vraisemblablementindo-européenne » - et lesPalestiniens - descendants desArabes qui peuplèrent la région de Palestine, à partir duVIIe siècle, passée sous contrôle byzantin - est contestée[15].
Ces différentes appellations de l'Antiquité renvoyaient à la région côtière au nord et au sud de Gaza où s'étaient installés les Philistins[13]. D'autres noms pouvaient être utilisés à cette époque pour désigner approximativement cette même région :Canaan, Amurru, Retenu.« Le terme ethnique le plus ancien est Canaan[14],[13]. » Les Juifs appelaient le paysTerre d'Israël (Eretz Yisrael)[13].
Dans les textes grecs et latins, le terme de « Palestine »(Palaïstinê) apparaît pour la première fois sous la plume de l'historien grecHérodote, auVe siècle av. J.-C., sous le nom de Παλαιστίνη Συρία « Syrie de Palestine » (Histoires, 1.105 ; 2.104 ; etc.)[16],[17],[18],[13],[9]. La région désignée n'a pas de frontières bien délimitées :« Philon, le Juif d'Alexandrie (-13 et 20 av. J.C.-vers 50 apr. J.-C.), assimile la Palestine àCanaan.Pline l'Ancien parle de la Palestine comme du nom de la région frontière de l'Arabie[14]. »
« (XIII.) Puis commencent l'Idumée et la Palestine à la sortie dulac Sirbon, qui a, d'après quelques-uns, 150 000 pas de tour.Hérodote (3, 5) l'a mis au pied dumont Casius ; maintenant c'est un marais de médiocre étendue. Villes : Rhinocolure, dans les terres ; Rhaphée ;Gaza, et dans les terresAnthédon ; le mont Argaris ; sur la côte, laSamarie ; la ville d'Ascalon, libre ;Azotus, les deuxJamnia, dont l'une est dans les terres ;Joppé, desPhéniciens, plus ancienne que ledéluge, d'après la tradition ; elle est placée sur un coteau, et a devant elle un rocher où l'on montre les restes des chaînes d'Andromède. On y adoreCéto, monstre fabuleux ; au-delà,Apollonie, la tour de Straton, autrementCésarée, fondée par le roiHérode, maintenant appelée Prima Flavia, d'une colonie qui y a été établie par l'empereurVespasien ; la limite de la Palestine, à 189 000 pas de la frontière d'Arabie ; puis commence laPhénicie. Dans l'intérieur de laSamarie, les villes deNéapolis, qui se nommait auparavant Mamortha, deSébaste sur une montagne, et deGamala sur une montagne plus haute. »
« (XV.) (XIV.) Au-delà de l'Idumée et de la Samarie s'étend laJudée dans un grand espace. La partie qui tient à laSyrie s'appelleGalilée ; celle qui est voisine de l'Arabie et de l'Égypte s'appellePérée, parsemée d'âpres montages, et séparée par leJourdain du reste de la Judée. La Judée même est divisée en dixtoparchies, dans l'ordre suivant : celle deJéricho, plantée de palmiers, arrosée de sources ; celle d'Emmaüm, celle deLydda, celle deJoppé, celle d'Acrabatène, celle deGophna, celle de Thamna, celle de Bethleptephe, celle d'Orine, futJérusalem, la plus célèbre des villes non de la Judée seulement, mais de l'Orient ; celle d'Herodium, avec une ville illustre du même nom. »
« Tels sont les événements qui se passèrent alors en Palestine : c'est l'ancien nom de la contrée qui s'étend depuis la Phénicie jusqu'à l'Égypte, le long de la mer intérieure ; mais elle en prend aussi un autre. Elle se nomme Judée et les habitants s'appellent Juifs. Je ne connais pas l'origine de ce second nom… »
Vers390, le terme de « Palestine » est à nouveau utilisé pour nommer les trois subdivisions administratives duterritoire romain de la Palestine :
Sous le gouvernement desCroisés, est fondé en1099, leroyaume latin de Jérusalem ; Jérusalem redevient capitale d'unÉtat. Après la défaite et le départ des Croisés, auxXIIe et XIIIe siècles, lesjund (districts) arabo-musulmans sont réintroduits, mais leurs frontières sont sans cesse redéfinies.
Le, l'Assemblée générale des Nations unies vote lepartage de la Palestine entre un État juif, un État arabe et fait deJérusalem et de sa région une zone internationale. LesArabes rejettent le partage et la guerre éclate entre Juifs et Arabes de Palestine. Le 15 mai 1948, l'État juif déclare son indépendance sous le nom d'Israël avec la reconnaissance immédiatede jure desÉtats-Unis et de l'URSS. Les États arabes voisins interviennent dans le conflit et envahissent le territoire de l'État juif, le lendemain. Le, leHaut Comité arabe palestinien se réunit àGaza et proclame la formation dugouvernement arabe de toute la Palestine, sans reconnaissance internationale à l'exception de l'Égypte lors de son occupation de la bande de Gaza. À la fin de laguerre, Israël possède les territoires qui lui ont été alloués par le plan de partage ainsi qu'une partie du territoire initialement alloué à l'État arabe. Des territoires se situant principalement dans le désert duNéguev, le nord de laGalilée et autour de Jérusalem (« Jérusalem-Ouest »). Elle annexe l'ensemble. Le territoire de laCisjordanie et une partie de Jérusalem (Jérusalem-Est) sont occupés et annexés par laJordanie, tandis que labande de Gaza est occupée et placée sous administration militaire égyptienne à la suite de l'armistice du[31].
Le, l'État d'Israël est admis commeÉtat membre de l'ONU et devient membre de l'UNESCO le[32]. Du côté arabe, la guerre entraîne l'exode palestinien de 1948, qui marque l'imaginaire collectif de la population arabe palestinienne comme laNakba[33], en plus de créer une large population deréfugiés palestiniens (entre700 000 et 750 000personnes), tandis que dans les années suivantes, les communautés juives des pays arabes, certaines multi-millénaires comme enIrak ou enÉgypte,sont contraintes de les quitter et que beaucoup de leurs membres se réfugient en Israël.
Le, leHamas prend le contrôle par la force de labande de Gaza des mains duFatah qui en avait hérité après le retrait d'Israël en 2005, dans le contexte duconflit Fatah-Hamas conduisant à la scissionde facto de l’Autorité nationale palestinienne en deux régimes politiques revendiquant tous les deux être les véritables représentants du peuple palestinien[35]. LeFatah dirige l’Autorité palestinienne enCisjordanie, le Hamas contrôle la bande de Gaza. Le, la délégation palestinienne acquiert le statut de mission permanente d’observation à l'UNESCO. Le, l'État de Palestine est admis en tant qu'« État observateur non membre » à l'ONU[36]. Le vote de cette résolution a été acquis à une majorité de 138 voix pour, 9 contre et 41 abstentions. Le, laSuède est le premier membre de l'Union européenne à reconnaître l'État de Palestine. Le, l'ONU accepte la demande d'adhésion de l'État de Palestine à laCour pénale internationale[37]. Le, l'État de Palestine devient officiellement le123e État membre de la Cour pénale internationale[38],[39].
Bas-relief réutilisé, trouvé en 1870 (aujourd'hui détruit) sur la Grande mosquée (anciennement église desCroisés) deGaza, indiquant en hébreu puis en grec « A Hanania fils de Jacob »[40].
La population arabe, qui habitait en Palestine avant le début duconflit israélo-arabe[41],[42] a pris, dans l'histoire moderne, le nom de « peuple palestinien », en référence à l'appellation du lieu. En 1920, un rapport de laSociété des Nations évalue la population globale à 700 000 personnes, dont 76 000 juifs[43]. En 1947, l'UNSCOP estime la population arabe à environ 1 200 000 personnes et la population juive à environ 600 000 personnes, soit une population globale de 1 800 000 habitants[44].
La population de laPalestine mandataire vit sur le territoire israélien et les territoires palestiniens (Territoires occupés et la Bande de Gaza). La population du territoire israélien comprend desjuifs (75 %), desmusulmans (18 %)[45] et dans une moindre proportion desChrétiens. La population des territoires palestiniens est principalement arabe, comprenant une majorité musulmane, une importante minorité chrétienne et d'autres minorités ethniques et religieuses. En outre, il existe une certaine diversité de groupes ethniques : Circassiens (Adyguéens sunnites),Arméniens,Kurdes etSamaritains.
Parmi les musulmans se trouvent dessunnites, desdruzes, desalaouites, desTurkmènes[46], desDoms[47] — lesbahaïstes sont séparés de l'islam. Parmi les chrétiens, se trouvent descatholiques orientaux, dont desmaronites, desprotestants, desorthodoxes grecs ou arabes et desarméniens, etc.[45] La partie restante de la population palestinienne est principalement musulmane. La minorité chrétienne arabophone est en constante diminution[48],[49],[50]. En 2018, le nombre de ces chrétiens palestiniens s'élève à 47 000 et 98 % d'entre eux vivent en Cisjordanie, principalement à Ramallah, Bethléem et Jérusalem ; une communauté de 1 100 personnes vit dans la bande de Gaza[51], qui s'élevait à 3 000 en 2009[48].
↑« États non membres auxquels a été adressée une invitation permanente à participer en qualité d’observateurs aux sessions et aux travaux de l’Assemblée générale et ayant une mission permanente d’observation au Siège de l’ONU » sur le site de l'ONU(lire en ligne).
↑« L'ONU accepte la demande d'adhésion de la Palestine à la Cour pénale internationale »,Le Monde, 7 janvier 2015(lire en ligne).
↑Jihane Sfeir revient sur les conditions du départ de Palestine dans l'article « Le désastre et l'exode, imaginaire collectif et souvenir individuel de l'expulsion de 1948 », in. Nadine Picaudou (dir.),Territoires palestiniens de mémoire, Paris, Karthala - IFPO, 2006.
↑Voir aussi Elias Sanbar,Figures du Palestinien, identité des origines, identité du devenir, Paris, Gallimard, 2004.
↑RogerHeacock,Temps et espaces en Palestine : Flux et résistances identitaires, Presses de l’Ifpo,, 329 p.(ISBN978-2-35159-212-0,lire en ligne), « La situation actuelle des Turkmènes de Palestine ».
↑Sarah Lalou, « Des Tsiganes dans la ville d’Or »,The Jerusalem Post,(lire en ligne, consulté le).
Menahem Macina, « Le terme "Palestine", utilisé par les auteurs anciens, désignait-il la "Terre d'Israël" ? »,The Times of Israel, 18 juillet 2018,lire en ligne.
Biger, Gideon, "Where was Palestine? pre-World War I perception", in:AREA (journal of the Institute of British Geographers), vol. 13, n° 2, 1981,p. 153-160.