Lestraités de Tilsit sont deux accords signés en juillet1807 dans la ville deTilsit[2] par l'empereurNapoléonIer après avoir remporté labataille de Friedland. Le premier traité de Tilsit a été signé en secret le par letsarAlexandreIer et Napoléon, lors d’une rencontre sur un radeau au milieu duNiémen. Le second traité de Tilsit a été signé le avec leroi de Prusse, qui avait déjà accepté une trêve le après avoir été pourchassé par laGrande Armée jusqu’aux limites des frontières de son royaume.
En échange de l'engagement d'Alexandre d'adhérer au blocus contre l'Angleterre, Napoléon laisse les mains libres au tsar pour s’emparer de laFinlande qui appartenait à laSuède et dans son projet de démembrement de l'Empire ottoman (une clause prévoit le partage des possessions turques entre la Russie et la France). La Russie promet de fermer de ses ports au commerce britannique et même de déclarer la guerre auRoyaume-Uni si ce dernier refusait son offre de médiation, ce qui aura lieu en lors du déclenchement de laguerre anglo-russe. Les deux souverains concluent ainsi une alliance contre les Anglais. En outre, le tsar rendCattaro à la France et cède lesîles Ioniennes.
Napoléon à Tilsit avec le roi et la reine de Prusse.
Le second traité est signé avec la Prusse le 9 juillet 1807. Leroyaume de Prusse perd la moitié de ses territoires. Ceux situés à l'ouest de l'Elbe sont intégrés auroyaume de Westphalie nouvellement fondé dontFrédéric-Guillaume III doit reconnaître le souverain,Jérôme Bonaparte, dans l'article VI du traité[3]. La Prusse doit également céder les territoires qu'elle avait gagnés à la suite despartages de la Pologne et cela depuis le1er janvier1772, hormis l'Ermeland et des terres à l'ouest des territoires prussiens anciens. L'article XIV commande à la Prusse de renoncer àDantzig qui devient uneville libre. C'est ainsi qu'est créé leduché de Varsovie. En plus, la Prusse doit adhérer au blocus continental contre lesAnglais, payer 100 000 000 defrancs d'indemnité de guerre et réduire son armée à 42 000 hommes.
Talleyrand avait conseillé à Napoléon de modérer ses exigences envers le vaincu ; les deux traités constituent une étape importante dans sa mise à l'écart graduelle par l’empereur.
Un observateur a fait remarquer qu'alors qu'on rédigeait le traité, le roi de Prusse marchait à l'écart le long du Niémen ; selon McKay, Napoléon « n’avait qu'à lever la main pour rayer la Prusse de la carte. » C'est pourquoi plusieurs officiels prussiens et russes virent le traité comme un acte inique et une humiliation nationale : les soldats russes refusèrent par la suite d'obéir aux ordres de Napoléon, comme l’incident à Lisbonne le démontra à toute l'Europe. Les projets de Napoléon d'épouser la sœur du tsar furent repoussés par la famille royale russe ; et finalement, la coopération entre la Russie et la France prit fin lorsqu'en1810 le tsar commença à autoriser l'accès de ses ports aux navires neutres. En1812, Napoléon fit franchir le Niémen par la Grande Armée etenvahit la Russie, balayant les derniers vestiges de l’alliance passée.
Pertes territoriales et démographiques de la Prusse
Au terme du second traité de Tilsit, le royaume de Prusse perdit la moitié de son territoire et la population dedix millions d'habitants qu'il comptait avant les hostilités fut désormais réduite de moitié[réf. souhaitée]. Les rentrées fiscales du royaume furent entamées dans une proportion considérable, car les provinces perdues, qui étaient les plus riches et les plus fertiles, étaient aussi celles que depuis des années l’État modernisait à coups de millions dethalers. Presque tout ce que la Prusse avait conquis lors des troispartages de la Pologne était désormais perdu. Leduché de Saxe, ancienne principauté alliée de la Prusse, était le nouveau bénéficiaire de ces provinces. Quant à la Russie, naguère son plus fidèle allié, elle lui prenait 200 000 habitants en étendant sa frontière au thalweg duBoug[4]. Le tableau suivant résume les pertes prussiennes du traité de Tilsit[5] :
L'un des fameux radeaux de l'entretien a eu un destin peu ordinaire : il fut donné àRegnaud de Saint-Jean d'Angély qui le ramena avec peine en France et l'installa sur un étang dans sa propriété de l'abbaye du Val, àMériel dans le Val d'Oise[7].
↑Charles J. Bail,Histoire politique et morale des révolutions de la France, ou chronologie raisonnée des évenemens mémorables depuis 1787 jusqu'à la fin de 1820, époque des conférences de Troppau et de Laybach, Volume 2, Eymery,, 445 p.(lire en ligne), Page 69
↑D'aprèsThe Annual Register, or General repository of history, politics, and literature : To which is Prefixed, the History of Knowledge..., Londres, Pater-noster-Row, G.G.J. & J. Robinson,(lire en ligne),p. 276, note.
↑Quelques-unes des possessions de Westphalie avaient déjà été concédées auparavant, si bien qu'aucune compensation ne vint en payer le transfert au traité de Tilsit.
↑Philippe Champy, « Visite de l'abbaye du Val »,bulletin des Amis du Vexin français, 2003, p. 19-20
(de) Sven Prietzel, Friedensvollziehung und Souveränitätswahrung. Preußen und die Folgen des Tilsiter Friedens 1807-1810 (Quellen und Forschungen zur Brandenburgischen und Preußischen Geschichte, 52), Berlin 2020(ISBN978-3-428-55850-6).