Pétrarque passe à la postérité pour la qualité de sa poésie qui met en vers son amour pourLaure de Sade. SonCanzoniere, dans lequel il rénove la manière des écrivains du « dolce stil novo »[3], a eu une influence stylistique et linguistique majeure.
Dans cette œuvre, il se présente comme « une sorte deJanus regardant à la fois vers le passé et l'avenir, l'antiquité et la chrétienté, la frivolité et le recueillement, le lyrisme et l'érudition, l'intérieur et l'extérieur »[4].
Il est également reconnu comme celui qui a retrouvé lesCorrespondances deCicéron jusqu'alors perdues. Ces dernières sont à l'origine de la volonté de Pétrarque de publier ses propres lettres.
« Le lundi 22 juillet de l’an 1304[N 2], au lever de l’aurore, dans un faubourg d’Arezzo appelé l’Horto[N 3], je naquis, en exil, de parents honnêtes, Florentins de naissance et d’une fortune qui touchait à la pauvreté. »
— Pétrarque,Epistola ad Posteros (Épître à la Postérité[5]).
Les exilés arrivèrent àAvignon[N 7] en1312 puis François s’installa àCarpentras où « il fit seshumanités sous l'autorité de l’excellent maîtretoscan Convenole de la Prata »[6]. La tradition veut que celui-ci ait reçu de son élève un livre deCicéron contenant, entre autres, leDe Gloria aujourd’hui perdu. Toujours gêné pécuniairement, le maître avait engagé ce livre et, malgré les offres de Pétrarque pour le lui racheter, il refusa toujours par fierté. À sa mort, le poète gémit d’avoir « perdu à la fois son livre et son maître ». Ce fut pourtant de lui que le jeune homme acquit le goût des belles lettres. Dans une lettre à son ami d’enfance, Guido Settimo[N 8],archevêque deGênes, qui étudia avec lui chez le maître toscan, il rappelle :
« Je séjournai quatre ans à Carpentras, petite ville voisine d’Avignon, du côté du levant, et dans cette ville j’appris un peu de grammaire, de dialectique et de rhétorique, autant que l’on peut en apprendre à cet âge et qu’on peut en enseigner à l’école[N 9]. »
Pour payer ses études, son père donnait chaque année au recteur du collège quatorzeéminées de blé, et le futur poète devait apporter son vase à vin et son gobelet pour boire au cours des repas.
À Carpentras, le jeune Pétrarque vécut un moment important. Il assista, le, à l’arrivée duSacré Collège venu élire un nouveau pape[7]. Les vingt-troiscardinaux — dont quinze Français et huit Italiens — entrèrent en conclave puis durent se disperser face à l’attaque armée desGascons de la famille deClémentV, le pape défunt.
François, qui avait terminé ses études, quitta Carpentras pour suivre des cours de droit à l'Université. C'est lui-même qui nous indique son cursus :
« Je me rendis à Montpellier, où je consacrai quatre années à l'étude des lois ; puis à Bologne, où pendant trois ans, j'entendis expliquer tout le corps du droit civil. »
Il arriva àMontpellier au cours de l'automne1316 et y apprécia son séjour estudiantin si l'on en croit cette confidence épistolaire :
« Là-bas aussi, quelle tranquillité avions-nous, quelle paix, quelle abondance, quelle affluence d'étudiants, quels maîtres ! »
— Pétrarque, Lettres familières aux amis
En 1318 ou en 1319, alors qu'il était adolescent, Pétrarque perdit sa propre mère, Eletta, qui était alors âgée de38 ans.« Détail véridique ou inventé, c'est cette disparition qui lui fit écrire ses premiers vers, une élégie de trente-huithexamètres latins en hommage à cette mère morte à trente-huit ans[8] ».
Pourtant, ce fut dans cette cité universitaire qu'à peine un ou deux ans plus tard, se déroula un autre drame. En 1320, son père brûla ses livres. Lui et son cadet Gérard[9] partirent alors continuer leurs études àBologne, le plus grand centre européen d'études juridiques.
Ils étaient accompagnés de Guido Settimo, rencontrèrent les trois fils de l'influente et puissantefamille Colonna, Agapito, Giordano et Giacomo et se lièrent avec ce dernier. Ce fut là, dès l'automne 1320, que le jeune homme prit conscience de la naissance d'une nouvelle forme de poésie écrite, non plus en latin, mais en langue vulgaire, le plus souvent le toscan.
La famille Colonna a une importance considérable pour Pétrarque ; il entre en 1325 au service de celle-ci à travers Giacomo et son père,Stefano le Vieux, et jusqu'en 1347. Il voue à la figure parentale de Stefano une affection et une admiration considérable, ayant trouvé en devenant orphelin des deux parents — le père de Pétrarque mourut en — unpère modèle qui lui permettra de faire face aux aléas de la vie. Dans lesCorrespondances, il témoigne de reconnaissance pour ce lien néo-parental[10].
Les deux frères ne revinrent à Avignon qu’à la mort de leur père, abandonnant leurs études de droit. François, âgé de22 ans, attiré par laCour pontificale, s’y installa en. L'héritage paternel, bien écorné, permit aux deux frères de mener pendant quelques mois une vie insouciante et mondaine.
« Là, je commençai à être connu et mon amitié fut recherchée par de grands personnages. Pourquoi ? J'avoue maintenant que je l'ignore et que cela m'étonne ; il est vrai qu'alors cela ne m'étonnait pas car, selon la coutume de la jeunesse, je me croyais très digne de tous les honneurs. »
François, flanqué de son ami Giacomo Colonna, s'est effectivement fait remarquer par son élégance, sa prestance et son éloquence avant d'être admiré pour ses talents poétiques. En effet, le jeune homme, qui avait définitivement abandonné le droit, s'adonna dès lors à une activité littéraire.
« Le talent qu'il va démontrer dans ces exercices poétiques et le raffinement de sa personne[N 10] lui permettent d'acquérir rapidement, dans cette société courtoise, une réputation prometteuse »[11].
Mais, pour continuer à satisfaire autant leurs besoins que leurs ambitions, les deux frères durent s'assurer des revenus réguliers. C'est sans nul doute ce qui les amena à recevoir les ordres mineurs[N 11], seule possibilité de percevoir des revenus ecclésiastiques.
En1330, François rejoignit son ami Giacomo,évêque de Lombez où il retrouva son frère Gherardo, devenu chanoine, ainsi que deux autres de ses amis, Lello et Luigi di Campina[N 12]. Son séjour estival dans la cité a été idyllique :
« Ce fut un été quasi divin grâce à la franche allégresse du maître de céans et de ses compagnons. »
De retour dans la cité papale, il entra au service du cardinal Giovanni Colonna[N 13]. Mais il ne se plaisait point à Avignon, la cité des papes lui semblant être unenouvelle Babylone. Il déversait sur elle les pires calomnies et médisances[N 14]. La cité papale avait droit à ce type d'invective : « Ô Avignon, est-ce ainsi que tu vénères Rome, ta souveraine ? Malheur à toi si cette infortunée commence à se réveiller ! ».
Pour lui, Avignon était « l’enfer des vivants, l’égout de la terre, la plus puante des villes », « la patrie des larves et des lémures », « la ville la plus ennuyeuse du monde »[5] ou bien « le triste foyer de tous les vices, de toutes les calamités et de toutes les misères ». Il ajouta même que « La Cour d’Avignon [était] un gouffre dévorant que rien ne peut combler ». Enfin, il eut cette formule qui fit florès « Avignon,sentine[N 15] de tous les vices »[N 16].
Mais plus que sa haine d'Avignon, c'est celle contre les cardinaux duSacré et Antique Collège qui éclate dans ses lettres. Les affublant du nom de boucs, il leur réservait ses traits les plus acérés[N 17].
Il cloua au pilori un de ceux-ci qui « [pesait] de tout son poids sur les malheureuses chèvres et ne [dédaignait] aucun accouplement », dénonça son alter ego qui « [troublait] tous les enclos et ne [laissait] aucune chèvre dormir tranquillement pendant la nuit somnifère », fustigea un autre qui « n'[épargnait] pas les tendres chevreaux ».
Dans son « Invective contre le cardinal Jean de Caraman »[N 18], il s'attaquait en particulier à « un petit vieillard capable de féconder tous les animaux. Il avait la lascivité d'un bouc ou s'il y a quelque chose de plus lascif et de plus puant qu'un bouc ». Pour que ses contemporains l'identifient avec précision, Pétrarque indiqua « qu'il avait dépassé sa soixante-dixième année, qu'il ne lui restait plus que sept dents, qu'il avait la tête blanche et chauve et qu'il était si bègue qu'on ne pouvait le comprendre ».
Puis il narra à son sujet un épisode tragicomique. Le barbon dut, alors qu'il était dans le plus simple appareil, coiffer son chapeau de cardinal pour convaincre une jeune prostituée effarouchée qu'il était membre du Sacré Collège.
Et le poète de conclure :
« Ainsi ce vétéran de Cupidon, consacré à Bacchus et à Vénus, triompha de ses amours, non en armes, mais en robe et en chapeau. Applaudissez, la farce est jouée. »
Buste deLaure de Noves (Musée Pétrarque deFontaine-de-Vaucluse (84))Vestige d'une des chapelles de l'église du couvent Sainte-Claire d'AvignonPlaque commémorative apposée par l'Académie de Vaucluse sur la façade du couvent Sainte-Claire
Pourtant, en1327, en dépit de la mort de sa mère Eletta Cangiani[N 19], la cité pontificale d’Avignon lui sembla parée de tous les charmes un certain. Ce jour-là, pour la première fois, le poète rencontra Laure[N 20]. Sur son manuscrit de Virgile, il nota :
« Laure, célèbre par sa vertu et longuement chantée par mes poèmes, apparut à mes regards pour la première fois au temps de ma jeunesse en fleurs, l’an du Seigneur 1327, le 6 avril, à l’église de Sainte-Claire d’Avignon, dans la matinée. »
Laure de Sade, épouse d'Hugo de Sade, venait d'avoir dix-sept ans et Pétrarque eut un coup de foudre. Un événement banal qui allait pourtant, par la grâce du génie d’un poète, entrer dans l’histoire de la littérature mondiale. Il allait, en effet, la chanter et la célébrer comme jamais aucun poète ne l’avait fait depuis le temps des troubadours.
Fidèle aux règles de l'amour courtois, le poète a peu donné de renseignements sur Laure. Il précisa seulement que « sa démarche n'avait rien de mortel », que « sa bien-aimée avait la forme d'un ange » et que « ses paroles avaient un autre son que la voix humaine »[N 21].
Il en conclut : « Moi qui avais au cœur l'étincelle amoureuse, quoi d'étonnant si je m'enflammais tout à coup ».
Depuis quelques années, une nouvelle campagne « négationniste » a été développée par certainspétrarquistes. Pour eux, il faut que Laure n'ait point existé charnellement et qu'elle soit réduite, si l'on en croit leurs analyses, à un simple mythe poétique. Le plus acharné est Nicholas Mann qui nie en bloc et l'existence même de Laure et la véracité, nous le verrons plus loin, de l'ascension du Ventoux par le poète[N 22]. Une dernière et récente hypothèse suggère que le personnage de Laure ait été celui d'une chanteuse rencontrée en Vénétie vers le milieu duXIVe siècle[12].
Ces hypothèses d'école sont battues en brèche par une lettre du poète à Giacomo Colonna, parue dans sesEpistolæ metricæ, I, 6, et qui a été écrite à Vaucluse, vers l'été ou l'automne1338« Il est dans mon passé une femme à l'âme remarquable, connue des siens par sa vertu et sa lignée ancienne et dont l'éclat fut souligné et le nom colporté au loin par mes vers. Sa séduction naturelle dépourvue d'artifices et le charme de sa rare beauté lui avaient jadis livré mon âme. Dix années durant j'avais supporté le poids harassant de ses chaînes sur ma nuque, trouvant indigne qu'un joug féminin ait pu m'imposer si longtemps une telle contrainte »[13].
C'est cette année-là que Pétrarque rencontra le maître qui, à sa demande, réalisa pour lui deux médaillons à son effigie et à celle de Laure[N 23].
Un an plus tard, le poète accompagna le dauphinHumbertII lors de son pèlerinage à laSainte-Baume[14]. En cette année1337, à Avignon, naquit Giovanni, son fils naturel; l'événement suscita un scandale. Dans la chapelle napolitaine de Sancta Maria dell’Incoronata de Naples, lieu de culte voulu par la souveraine et édifié entre 1360 et 1373, les fresques des voûtes représentent les sept Sacrements et le Triomphe de l’Église[N 24]. Dans leMariage, les spécialistes ont pu identifier les portraits de Robert d’Anjou et de la reine Jeanne, et on suppose que dans leBaptême on a représenté Pétrarque et Laure[N 25].
Il est sûr que la rencontre du poète et de sa muse ne le fixa pas sur place. De 1330 à 1333, il voyagea. Après sa visite àLombez, il entreprit un périple qui, parParis,Liège etAix-la-Chapelle, lui fit traverser laFrance, laFlandre et laRhénanie. Il retourna enfin vers Avignon par lesArdennes etLyon.
L'itinéraire possible de l'ascension du Ventoux par Pétrarque (d'après un croquis dressé par Pierre de Champeville)
Son cadet le rejoignit dans leComtat Venaissin en 1336. Là, le[N 26], François et Gérard firent l’ascension dumont Ventoux. Le poète décrivit sa randonnée deMalaucène jusqu’au sommet à François Denis de Borgo San Sepolcro. Cette expédition de Pétrarque tranche avec les autres auteurs médiévaux, qui se désintéressent des milieux montagneux[15]. Certains auteurs ont mis en doute la date de cette montée. Pour étayer leur thèse, les adversaires de la réalité de la montée du Ventoux, en 1336, ont été obligés de déplacer la date de l'ascension après 1350, période où effectivement, pendant un demi-siècle, les accidents climatiques se succédèrent. Cet artifice leur permet d'expliquer que, dans de telles conditions, ce périple était impossible à réaliser au printemps 1353[16] et parle donc d’une recherche uniquement mystique[N 27].
Personne aujourd'hui ne nie que la lettre relatant la montée du Ventoux n'est pas la relation primitive que Pétrarque fit à son confesseur. Si elle a été réécrite par le poète pour mieux passer à la postérité[N 28], cela ne peut servir d'argument pour expliquer que cette ascension n'eut pas lieu.
C'est bien pourtant la voie dans laquelle s'est lancé Nicholas Mann, un professeur d'histoire de la tradition antique auWarburg Institute de l'Université de Londres. Indiquant que « la lettre ne prit sa forme définitive qu'en 1353 », il glose :
« Dix-sept ans plus tard, l'excursion d'une journée était devenue un programme pour la vie. Même, si au bout du compte, Pétrarque n'escalada jamais le mont Ventoux, la chaleur du récit qu'il en tira est autant littéraire que morale : la difficulté d'adopter le chemin le plus escarpé qui mène au bien ».
Des arguments bien différents en faveur de la réalité de cette montée ont été apportés dès 1937, année où Pierre Julian a fait paraître une traduction du texte latin de François Pétrarque surL'ascension du Mont Ventoux suivie d'un essai de reconstitution de l'itinéraire du poète par Pierre de Champeville[17]. En dépit du peu d'indications géographiques données, il en existe une essentielle. Le poète signale s'être reposé au pied de laFiliole.
Cette dénomination désigne toujours un ensemble toponymique qui comprend un piton dominant la combe la plus haute et la plus importante du Ventoux qui part duCol des Tempêtes et descend jusqu'auJas de la Couinche. Cette combe est aujourd'hui diteCombe Fiole. Sa désignation a été, à l'évidence, faite par le berger qui guidait les deux frères[N 29]. Elle est largement suffisante, à moins de traiter le poète de menteur, pour prouver qu'il a atteint dans son ascension au moins ce point précis situé à quelques centaines de mètres du sommet.
Dans son essai de reconstitution de l'itinéraire des frères Pétrarque, l'alpinistePierre de Champeville suppose qu'aprèsLes Ramayettes, à la différence de la route qui emprunte à partir de là le flanc nord, ils ont parcouru la face méridionale moins boisée et plus accessible de l'ubac[N 30].
Mais Avignon, objet de tant d'amour et de haine, permit surtout à Pétrarque de mener à bien un grand dessein qui occupa toute sa vie, « retrouver le très riche enseignement des auteurs classiques dans toutes les disciplines et, à partir de cette somme de connaissances le plus souvent dispersées et oubliées, de relancer et de poursuivre la recherche que ces auteurs avaient engagée »[11].
Il a eu non seulement la volonté mais aussi l'opportunité et les moyens de mettre en œuvre cetterévolution culturelle.
Symbole de l'humanisme retrouvé,Le jeune Cicéron lisant, fresque deVincenzo Foppa de Brescia, datée vers 1464
Sa notoriété de poète et d'homme de lettres désormais reconnue, ses contacts avec la Curie qui lui ouvre ses portes, le soutien efficace de la famille Colonna, lui permirent de rencontrer tous les érudits, lettrés et savants qui se rendaient dans la cité papale. À titre d'exemple, sous le pontificat deBenoîtXII, Pétrarque apprit les rudiments[18] de la langue grecque grâce à un grec calabrais, lebasilienBarlaam, évêque de Saint-Sauveur, venu à Avignon avec le Vénitien Étienne Pandolo en tant qu'ambassadeurs du basileusAndronicIII Paléologue afin de tenter de mettre un terme au schisme entre les Églises orthodoxe et catholique. La condition était que les armées «franques » vinssent soutenir l’empire byzantin contre la poussée turque, les arguties réciproques firent capoter cette ambassade. L’évêque Barlaam, de retour à Constantinople, en butte aux persécutions quiétistes, préféra revenir en Avignon où il se lia d’amitié avec Pétrarque[19].
Il créa, au cours de ces rencontres, unréseau culturel qui couvrait l'Europe et se prolongeait même en Orient. Pétrarque demanda à ses relations et amis qui partageaient le même idéal humaniste que lui de l'aider à retrouver dans leur pays, leurs provinces, les textes latins des anciens que pouvaient posséder les bibliothèques des abbayes, des particuliers ou des villes.
Ses voyages lui permirent de retrouver quelques textes majeurs tombés dans l'oubli. C'est à Liège qu'il découvrit lePro Archia deCicéron et àVérone,Ad Atticum,Ad Quintum etAd Brutum du même[N 31]. Un séjour à Paris lui permit de retrouver les poèmes élégiaques deProperce. En 1350, la révélation deQuintilien marqua, aux dires du poète, son renoncement définitif aux plaisirs des sens.
Dans un souci constant de restituer le texte le plus authentique, il soumit ces manuscrits à un minutieux travail philologique et leur apporta des corrections par rapprochements avec d'autres manuscrits.
C'est ainsi qu'il recomposa la première et la quatrième décade de l'Histoire Romaine deTite-Live à partir de fragments et qu'il restaura certains textes deVirgile.
Ces manuscrits, qu'il accumula dans sa propre bibliothèque, en sortirent par la suite sous forme de copies et devinrent ainsi accessibles au plus grand nombre[N 32]. Un de ses biographes, Pier Giorgio Ricci, a expliqué à propos de la quête humaniste de Pétrarque :
« L'aspiration à un monde idéal, soustrait à l'insuffisance de la réalité concrète, se trouve à la base de l'humanisme pétrarquiste : étudier l'antiquité par haine du présent et rechercher une perfection spirituelle que Pétrarque n'aperçoit ni en lui ni autour de lui. »
Abordant la question d'une possible dichotomie entre humanisme et christianisme, il affirme :
« Il n'existe aucun conflit entre son humanisme et son christianisme. La vraie foi manqua aux Anciens, c'est vrai, mais lorsqu'on parle vertu, le vieux et le nouveau monde ne sont pas en lutte. »
L'admiration de Pétrarque envers les auteurs classiques n'est pas simplement la marque de son humanisme mais révèle une prise de conscience nationale, un nationalisme romain qui, à l'instar deDante, juge les autres cultures barbares toujours imprégnées descolastique, ce qui entraîne en retour un réveil du nationalisme français[20].
Pétrarque, parce qu’il n’aimait pointAvignon ou parce que Laure ne l’aimait pas, se réfugia sur les berges de laSorgue à lafontaine de Vaucluse à partir de 1338. Décidé de mettre un terme à ses obligations mondaines et à mener une vie consacrée à la solitude, la poésie et la réflexion, il y fit installer sa bibliothèque[21]. C'est ce qu'il explique dans sonÉpître à la Postérité :« Je rencontrai une vallée très étroite mais solitaire et agréable, nommé Vaucluse, à quelques milles d'Avignon, où la reine de toutes les fontaines, la Sorgue, prend sa source. Séduit par l'agrément du lieu, j'y transportai mes livres et ma personne. »[réf. souhaitée]
Il va y séjourner épisodiquement mais régulièrement jusqu'en 1353 faisant de ce lieu le« centre de sa vie émotive et intellectuelle »[22].Philippe de Cabassolle, l’évêque de Cavaillon, qui y possédait sonchâteau épiscopal, devint dès lors son ami le plus cher. Ses amours ne l’empêchèrent point d’avoir le sens de la formule puisqu’il déplora ce « bien petit évêché pour un si grand homme »[N 33].
Il resta en tout quinze années à Vaucluse. Le poète dit lui-même :« Ici j’ai fait ma Rome, mon Athènes, ma patrie[N 34] ». Dans l'une de ses lettres à l'évêque de Cavaillon, Pétrarque explique les raisons de son amour pour laVallis Clausa :« Exilé d'Italie par les fureurs civiles, je suis venu ici, moitié libre, moitié contraint. Que d'autres aiment les richesses, moi j'aspire à une vie tranquille, il me suffit d'être poète. Que la fortune me conserve, si elle peut, mon petit champ, mon humble toit et mes livres chéris ; qu'elle garde le reste. Les muses, revenues de l'exil, habitent avec moi dans cet asile chéri. »
Dans sesFamiliarum rerum, il nota :« Aucun endroit ne convient mieux à mes études. Enfant, j'ai visité Vaucluse[N 35], jeune homme j'y revins et cette vallée charmante me réchauffa le cœur dans son sein exposé au soleil ; homme fait, j'ai passé doucement à Vaucluse mes meilleures années et les instants les plus heureux de ma vie. Vieillard, c'est à Vaucluse que je veux mourir dans vos bras. »
La Sorgue, reine de toutes les fontaines
Au cours d’un premier séjour de deux ans, il rédigeaDe Viris Illustribus et le monumental poème latinAfrica dont les neuf livres inachevés ont pour héros Scipion l’Africain. Son second séjour, d'un an, eut lieu en 1342, après la naissance de Tullia Francesca, sa fille naturelle. Jules Courtet, le premier historiographe du Vaucluse, se permit de commenter « Cette faiblesse embarrasse quelque peu certains biographes (...) mais Pétrarque n’aima que Laure. C’est possible, sauf la distraction »[23].
En 1346, il retourna à nouveau à Vaucluse. Il y écrivitDe Vita Solitaria etPsalmi Penitentiales où il implorait la rédemption. Un an plus tard, il se rendit àMontrieux rencontrer son frère Gherardo[N 36]. De retour de la Chartreuse, il composaDe otio religioso (ouDe Otio Religiosorum) : « Du Repos religieux » ouDe la Paix et de la liberté des esprits contemplatifs et religieux.
L’année 1351 marqua le commencement des trois séjours consécutifs du poète à Vaucluse. Au cours de ces trois années, où il fustigeait les mœurs de la Cour pontificale d’Avignon, il composa ses traitésSecretum meum etDe otio religioso.
La somme de travail qu'il accumula est impressionnante, car c'est dans le Vaucluse que prirent corps toutes ses œuvres poétiques et littéraires[24], le poète le reconnaît lui-même :« En résumé, presque tous les opuscules qui sont sortis de ma plume (et le nombre est si grand qu'ils m'occupent et me fatiguent encore jusqu'à cet âge) ont été faits, commencés et conçus ici. »[25]
Dessin de la main de Pétrarque de la Fontaine de la Sorgue
Ce qui est certain, c’est que François, rêvant et travaillant sur les rives de la Sorgue, cultivait autant ses amours (platoniques) pour Laure que sa réputation (bien établie) de poète. La solitude de laVallis clausa lui servit« à faire revenir la mémoire en arrière et à vagabonder par l'esprit à travers tous les siècles et tous les lieux »[26]. En dépit de sa gloire, il revenait toujours à son séjour de prédilection. Il y organisait sa vie et écrivit à Francesco Nelli, prieur de l'église des Saints-Apôtres àFlorence :« J'ai acquis là deux jardins qui conviennent on ne peut mieux à mes goûts et à mon plan de vie. J'appelle ordinairement l'un de ces jardins mon Hélicon transalpin, garni d'ombrages, il n'est propre qu'à l'étude et il est consacré à notre Apollon. L'autre jardin, plus voisin de la maison et plus cultivé, est cher à Bacchus[27]. »
Pétrarque, comblé d’honneurs, cultivait donc conjointement sa muse et ses vignes. Comme il le nota lui-même lafontaine de la Sorgue aurait été un lieu parfait de résidence si l'Italie avait été plus proche et Avignon plus lointaine[28]. C'est de plus à sa plume qu'est dû le plus ancien croquis de la Fontaine. Il dessina en marge de sonHistoire Naturelle dePline la Sorgue jaillissante du rocher sommé d'une chapelle avec en premier plan un échassier. Il légendatransalpina solitudo mea jocundissima[29]> (en français : Ma solitude transalpine très joyeuse).
Sa notoriété était telle qu’en 1340, son maître et confesseur, le moine augustin François Denis de Borgo San Sepolchro, lui proposa de recevoir la couronne de lauriers à laSorbonne où il professait. Les docteurs de Paris lui offraient cette distinction pour remercier celui qui permettait la renaissance des lettres, la redécouverte des textes anciens oubliés et ouvrait la voie aux humanistes.
Le Sénat romain lui fit la même proposition. Pétrarque eut donc le choix entreParis etRome. S’il opta pour laVille Éternelle, ce fut avant tout pour être honoré parRobert d’Anjou, roi de Naples et comte de Provence. Car, expliqua-t-il, « Le roi de Sicile est le seul que j’accepterai volontiers parmi les mortels comme juge de mes talents »[N 37].
Au cours de l’année 1341, Pétrarque quitta momentanément sa retraite de Vaucluse et sa fontaine pour se rendre auroyaume de Naples. Le Vauclusien fut d’abord accueilli, en mars, par le roiRobert àNaples qui allait juger s’il était digne d’être couronné deslauriers d’Apollon comme prince des poètes.
Durant trois jours, Pétrarque se soumit publiquement à son jugement. Le premier jour, il discourut longuement sur l’utilité de la poésie ; le second, le roi l’interrogea sur des sujets allant de la métaphysique aux phénomènes naturels, de la vie des grands hommes à ses voyages àParis ; le troisième, après lecture de quelques extraits de l'Africa, le souverain le déclara digne des lauriers et proclama « Nous l’engageons dans notre maison pour qu’il soit possesseur et jouisse des honneurs et privilèges que possèdent les autres familiers, après avoir prononcé le serment d’usage ». Ce que Pétrarque fit avec joie. Et le poète vauclusien proclama haut et fort :
« Heureuse Naples, à qui il est échu, par un singulier don de la Fortune, de posséder l’ornement unique de notre siècle ! Heureuse Naples, et digne d’envie, siège très auguste des Lettres ; toi qui parus déjà douce à Virgile, combien dois-tu le sembler davantage maintenant que réside en tes murs un juge si sage des études et des talents . »
Robert d’Anjou lui ayant proposé de le couronner à Naples, le poète insista pour l’être àRome. Il partit donc en compagnie de Giovanni Barrili, chambellan royal et fin lettré, après avoir reçu des mains du roi l’anneau et le manteau pourpre aux fleurs de lys. La cérémonie a eu lieu début avril au Palais Sénatorial sur la colline du Capitole, mais les sources donnent de dates contradictoires, les 8 et sont les dates fournies par Pétrarque, et la plus probable semble être la deuxième, cependantBoccace situe l'événement au 17 et le document officiel, lePrivilegium laureationis, au moins en partie rédigé par Pétrarque lui-même, porte la date du[30].Dès lors, il fut porté aux nues par tout ce que l’Occident comptait de lettrés.
Mais ces lauriers si désirés déçurent rapidement le poète vauclusien. « Cette couronne n’a servi qu’à me faire connaître et me faire persécuter » écrivit-il à l’un de ses amis. Il confia à un autre « Le laurier ne m’a porté aucune lumière, mais m’a attiré beaucoup d’envie ». François Pétrarque adorait égratigner mais ne supportait pas de l’être.
Il quitta Rome et ses lauriers à l'invitation d'Azzo di Correggio, seigneur deParme qui lui offrit l'hospitalité pour un an. Là, il découvrit et chérit sa seconde solitude à Selvapina.
Pétrarque, dans son épître àBenoîtXII, décrit Rome sous les traits d'une vieille femme qui supplie à genoux de la délivrer de son infortune[31] Bibliothèque Nationale, f° 18, Ms italien 81Statue deCola di Rienzo, il fut admiré puis méprisé par Pétrarque
Rome, où le poète avait été couronné, devint dès lors pour lui une obsession. Vénérant et idolâtrant cette ville plus que toute autre, il écrivit à son propos :
« Rome, la capitale du monde, la reine de toutes les villes, le siège de l'empire, le rocher de la foi catholique, la source de tout exemple mémorable. »
Cette glorieuse cité ruinée, capitale d’un empire, devait retrouver tout son lustre. Pétrarque, partisan des gouvernements populaires, vit d’un bon œil la politique qu’y menait Nicola Gabrino, ditCola di Rienzo. Mais, pour que Rome redevienne Rome, il fallait surtout que la papauté délaissât les berges du Rhône pour retourner sur celles du Tibre.
En 1342, travaillé par une profonde crise spirituelle due à sa lecture des textes deSaint Augustin, il quitta le Vaucluse pour revenir à Avignon. Là, il demanda àClémentVI de retourner à Rome qui bouillonnait de révolte sous la férule du jeune et brillant deCola di Rienzo. Ce fut une fin de non-recevoir.
Un an plus tard, Cola di Rienzo arriva à Avignon à la tête d’une ambassade italienne. Le tribun et le poète ne purent que sympathiser. Ne venait-il pas demander au Souverain Pontife de quitter Avignon pour Rome ? Lors de sa réponse, le pape ne daigna pas aborder ce sujet mais accorda aux Romains un jubilé pour l’année 1350. Déçu, le poète retourna à sa chère maison deVallis Clausa ruminer contre Clément quelques acerbesclémentines.
Le pape le sortit rapidement de sa réserve et le chargea d’une ambassade àNaples au cours de ce mois de. Arrivé sur place, il constata que le Royaume était comme « un navire que ses pilotes conduisaient au naufrage, un édifice ruiné soutenu par le seul évêque de Cavaillon ». Pétrarque dénonça àClémentVI la camarilla qui entourait Jeanne et mit particulièrement en cause un certain fra Roberto qu’il accusa d’être responsable de la décrépitude de la Cour napolitaine[N 38].
Un an plus tard, le poète vauclusien, retourné à ses chères études, commença la rédaction des quatre livres deRerum Memorandorum. Il reprit foi dans le devenir de Rome quand, en 1347, Rienzo se fit élire Tribun. Pétrarque rompit alors avec le cardinal Giovanni Colonna et partit rejoindre laVille Éternelle pour le soutenir.
La déception fut à la hauteur de l’espoir. Chassé de Rome le aux cris de « Mort au tyran », Rienzo fut contraint de se réfugier chez lesfranciscains spirituels puis àPrague auprès de l'empereurCharlesIV de Luxembourg[N 39]. Celui-ci le fit incarcérer puis l'envoya à Avignon, où il fut emmuré pendant un an auPalais des Papes dans laTour du Trouillas.
Pétrarque commença à se poser des questions sur celui en qui il voyait l'homme providentiel capable de faire renaître la splendeur de la Rome antique. Il écrivit à son ami Francesco Nelli :
« Nicolas Rienzi est venu dernièrement à la Curie, pour mieux dire, il n'est pas venu, il y a été amené prisonnier. Jadis tribun redouté de la ville de Rome, il est maintenant le plus malheureux de tous les hommes. Et pour comble d'infortune, je ne sais s'il n'est pas aussi peu digne de pitié qu'il est malheureux, lui qui, ayant pu mourir avec tant de gloire au Capitole, a à supporter à sa grande honte et à celle de la République romaine d'être enfermé dans la prison d'un Bohème puis dans celle d'un Limousin[32]. »
Un an plus tard, il envoya une lettre à Rienzo dans laquelle il put lire : « Vous me ferez dire ce que Cicéron disait à Brutus : Je rougis de vous ».
Incarcéré à Avignon, Rienzo est resté prisonnier jusqu’au. Rappelé à Rome par le cardinalGil Álvarez Carrillo de Albornoz, il n'échappa pas à son destin et mourut lors d'une nouvelle émeute du peuple romain.
Le, vingt et un ans jour pour jour après sa rencontre avec Pétrarque,Laure, le parangon de toutes les vertus, trépassa, sans doute atteinte de lapeste noire. Pétrarque était alors en ambassade auprès du roi Louis de Hongrie. Ce fut son amiLouis Sanctus deBeeringen qui, le, lui envoya un courrier d’Avignon pour l’informer. Pétrarque reçut la missive le. Outre la mort de l’aimée, elle l’informait qu’Avignon était vidé de ses habitants les plus notables, réfugiés dans les campagnes avoisinantes et que sept mille demeures étaient fermées.
De plus, le, son ami et protecteur, le cardinal Giovanni Colonna, décédait à son tour dumal contagieux. C'est à lui qu'en 1338, il avait confessé son amour pour Laure, cette dame de rang élevé, dont l'image le poursuivait dans ses pérégrinations et dans sa solitude de Vaucluse[33]. Effondré, le poète ne put qu’écrire « La postérité pourra-t-elle croire à tant de malheurs ? ». Mais, son naturel reprenant le dessus, il composa un sonnet où il explique que « la mort paraissait belle sur son beau visage ». Celui-ci reste un des sommets de la poésie de Pétrarque, l'une des images les plus parfaites du concept idéal incarné par Laure[3].
Il ne lui restait plus qu’à compiler ses différents sonnets pour composer leCanzoniere dit encoreRime Sparse ouRerum Vulgarum Fragmenta[N 40]. Dans sa première partie,In Vita di Madonna Laura, le poète apparaît tourmenté par sa passion amoureuse, l'humaniste épris de vie et de gloire se heurte au chrétien cherchant à renier toutes ses faiblesses. Dans la seconde,In Morte di Madonna Laura, les tourments du poète se sont apaisés et Laure, transfigurée par la mort, devient plus tendre et plus accessible pour un François dont l'amertume a laissé place à la mélancolie.
Des poèmes qui allaient faire pendant des siècles le tour de l’Europe entière. Grâce à eux, Laure et Pétrarque entrèrent dans l'imaginaire amoureux au même titre queTristan et Iseut ouRoméo et Juliette. L’impossible amour deMesser Francesco pourMadonna Laura avait, de toute éternité, trouvé son cadre sur les rives de la Sorgue. Il avait suffi de la magie d’une rencontre pour que le génie d’un des plus grands poètes puisse le magnifier. Car si Vaucluse est le lieu où germèrent lesÉpitres, c'est aussi et surtout la vallée dans laquelle l'amant de Laure vagabonda« de pensée en pensée, de monts en monts »[34].
Si les rapports de Pétrarque avecClémentVI avaient été quelquefois tendus, une estime réciproque unissait les deux hommes. Mais sentant venir la fin de ce pontife, le, le poète voulut quitter définitivement sa retraite de Vaucluse. Surpris par une pluie torrentielle, il dut s'arrêter àCavaillon. Là, il apprit que les routes vers l'Italie étaient bloquées soit par la neige, soit par des soldats débandés. Il préféra faire demi-tour[28].
Ses relations avec le nouveau papeInnocentVI furent peu amènes. Il faut dire que le poète avait pris en grippe non seulement la Curie mais aussi lesphysiciens de la Cour pontificale dont l'illustreGuy de Chaulhac et que son soutien affiché à Rienzo et ses partisans, contre lesquels luttait lecardinal Albornoz en Italie, lui avait valu l'hostilité du nouveau Souverain Pontife.
Il préféra quitter Vaucluse et lecomtat Venaissin pour aller se faire oublier en Italie. Avant son départ, il s’arrêta à la chartreuse de Montrieux pour y rencontrer son frère Gérard. Pétrarque passa la frontière auMontgenèvre en. La vue de son pays d'origine depuis le col souleva son émotion littéraire et il versifia :
« Salut terre très sainte, terre chérie de Dieu, terre douce aux bons, aux superbes redoutable. »
— Epistolææ metricæ, III, XXIV
Il avait quitté le village de Vaucluse au bon moment. En effet, le jour de Noël de cette même année, une bande de pillards pénétra dans laVallis Clausa et la maison du poète fut brûlée.
En route àPadoue, Pétrarque se vit remettre une lettre du Sénat deFlorence par l’intermédiaire de son amiBoccace. Elle lui proposait de venir enseigner à l’Université florentine qui venait d'ouvrir et de rentrer en possession des biens paternels. Dans leur missive, les sénateurs florentins le couvraient de louanges :
« Illustre rejeton de notre patrie, il y a longtemps que votre renommée a frappé nos oreilles et remué nos âmes. Le succès de vos études et cet art admirable dans lequel vous excellez vous ont valu le laurier qui ceint votre front et vous rendent digne de servir de modèle et d’encouragement à la postérité. Vous trouverez dans les cœurs de vos compatriotes tous les sentiments de respect et d’affection auxquels vous avez tant de droit. Mais, afin qu’il n’y ait rien dans votre patrie qui désormais puisse encore vous blesser, nous vous accordons, de notre propre libéralité et par un mouvement de tendresse paternelle, les champs jadis ravis à vos ancêtres, qui viennent d’être rachetés des domaines publics. Le don est faible en lui-même, sans doute, et peu proportionné à ceux que vous méritez, mais vous l’apprécierez davantage si vous avez égard à nos lois, à nos usages, et si vous vous rappelez tous ceux qui n’ont pu obtenir une semblable faveur. Vous pouvez donc, à l’avenir, habiter dans cette ville qui est votre patrie. Nous nous flattons que vous n’irez pas chercher ailleurs les applaudissements que le monde vous donne et la tranquillité que vous aimez. Vous ne rencontrerez pas parmi nous des César et des Mécène. Ces titres nous sont inconnus. Mais vous rencontrerez des compatriotes zélés pour votre gloire, empressés à publier vos louanges et à étendre votre renommée, sensibles à l’honneur d’avoir pour concitoyen celui qui n’a pas d’égal dans le monde. Nous avons résolu, après mûre délibération, de relever notre ville en y faisant fleurir les sciences et les arts ; c’est par là que Rome, notre mère, acquit l’empire de toute l’Italie. Or il n’y a que vous qui puissiez remplir nos vœux. Votre patrie vous conjure, par tout ce qu’il y a de plus saint, par tous les droits qu’elle a sur vous, de lui consacrer votre temps, de présider à ses études et de concourir à lui donner ainsi un éclat qu’enviera le reste de l’Italie. Les magistrats, le peuple et les grands vous appellent ; vos dieux pénates et votre champ recouvré vous attendent. S’il y a dans notre style quelque chose qui vous blesse, ce doit être un motif de plus pour vous porter à vous rendre à nos vœux : vos leçons nous seront nécessaires. Vous faites la gloire de votre patrie, et c’est à ce titre que vous lui êtes si cher ; c’est à ce titre qu’elle vous chérira davantage si vous cédez à ses instances[35]. »
Pétrarque répondit négativement :
« J’ai assez vécu, mes chers compatriotes, suivant l’axiome du sage, qu’il faut mourir quand on n’a plus rien à désirer… Hommes illustres et généreux, si j’avais été auprès de vous, aurais-je pu solliciter rien de plus que ce que vous m’avez accordé en mon absence, et lorsque je ne le sollicitais pas ! Comblé de vos faveurs, j’oserais m’approprier la réponse que fit Auguste au Sénat, en versant des larmes :Arrivé au comble de mes vœux, que puis-je demander aux dieux si ce n’est que votre bonne volonté dure autant que ma vie ! Jean Boccace, interprète de votre volonté et porteur de vos ordres, vous dira combien je désire vous obéir et quels sont mes projets pour mon retour. Je les lui ai confiés. En vous remettant cette lettre, il vous fera connaître mes sentiments ; je vous prie de croire à ses paroles comme si je vous parlais moi-même. Fasse le ciel que votre république soit toujours florissante[36]. »
Et il ne retourna jamais à Florence.
La maison de Pétrarque à Venise sur la Riva degli Schiavoni
À l'invitation de l'archevêqueGiovanni Visconti, il se fixa àMilan d'abord dans une petite maison près de Saint-Ambroise puis au monastère de Saint-Simplicien-hors-les-murs. Au cours des neuf années de son séjour lombard, il exerça à nouveau sa verve contre Guy de Chaulhac en publiant « Invective contre un médecin ».
En 1356, Barnabò et Galeazzo Visconti, potentats de Milan qui venaient de succéder à leur oncle Giovanni, le chargèrent de se rendre àPrague auprès de l’empereurCharlesIV de Luxembourg. Sa présence en Lombardie n’empêcha pointInnocentVI d’utiliser ses talents d’ambassadeur auprès du dogeGiovanni Dolfin en 1357.
Le, àVilleneuve-lès-Avignon, arriva l’ambassadeur deGaleazzo Visconti en l’Hôtel du Dauphin. C’était François Pétrarque. Après un discours d’une rare éloquence, il remit au roi de France, de la part du Milanais, la bague sertie d’un diamant perdu parJeanII àMaupertuis. Puis il offrit au Dauphin Charles une autre bague montée d’un rubis[N 41]. Ravi, le roi voulut retenir le poète à sa Cour mais Pétrarque préféra rejoindre Milan.
À son retour, son fils Giovanni venait de mourir de la peste. Fuyant l'épidémie qui ravageait la plaine du Pô, il quitta les Visconti et se réfugia àPadoue à l'invitation de Francesco da Carrara. Il se rendit ensuite àVenise, en 1362, où il fut accueilli par le dogeLorenzo Celsi. Dithyrambique, le poète proclama :
« Ville auguste, seul réceptacle à notre époque de liberté, de paix et de justice, dernier refuge des bons, port unique où peuvent trouver abri les vaisseaux de ceux qui aspirent à la tranquillité »
— Seniles, Iv, III.
Il allait y rester cinq ans et fut rejoint par sa fille et son gendre. Le couple venait d'avoir une petite fille, Eletta[N 42]. Au cours de ce séjour, il terminaDe Remediis etFamiliari ainsi que son recueilSenili. Pour répondre aux attaques de jeunes vénitiens averroïstes, il composaDe sui ipsius et multorum ignorantia, dégoûté d'avoir été traité d'ignorant par ce groupe.
En 1367, Pétrarque quitta la Sérénissime République avec sa fille Francesca et son gendre Francescuolo da Brossano pour se rendre à l’invitation de Francesco de Carrare, seigneur de Padoue. Le poète acheta alors une maison àArqua, dans lesMonts Euganéens.
Là, il apprit l’entrée triomphale d’UrbainV dans Rome le. Pétrarque afficha une joie sans retenue. Il en fit part à son ami Francisco Bruni : « Jamais mes paroles n’ont égalé ce que je pense de ce pontife. Je lui ai fait des reproches que je croyais justes, mais je ne l’ai pas loué comme je voulais. Mon style a été vaincu par ses mérites. Ce n’est point l’homme que je célèbre, c’est cette vertu que j’aime et que j’admire avec étonnement. »
Le,UrbainV décréta Barnabò Visconti coupable de révolte contre l’Église et prêcha la croisade contre lui. Le pape désirait que Charles de Luxembourg en prenne la tête. Pétrarque quitta Arqua pour se rendre àUdine auprès de l’empereur et participer à la guerre contre les Visconti.
Deux ans plus tard, alors qu’il se rendait à Rome auprès d’UrbainV, une syncope frappa le poète. Le, il dut rédiger son testament.
Quand, en 1373,GrégoireXI annonça à son tour son intention de retourner à Rome, Pétrarque en fut comblé d’aise. Un an auparavant, désespéré, il avait rédigé sonApologia contra Gallum, où il réfutait la thèse favorable au maintien de la papauté en Avignon[N 43].
Cette année-là, le poète, fatigué par l’âge, accepta quand même de reprendre sa toge d’ambassadeur pour aider son ami Francesco de Carrare. Battu par les Vénitiens, ce dernier devait non seulement verser une forte rançon mais aussi livrer son fils en otage. Ce fut Pétrarque qui l’accompagna à Venise afin de le recommander au dogeAndrea Contarini[N 44].
Pétrarque mourut à Arqua, le[37], terrassé par une crise d’apoplexie. Sa fille le retrouva la tête reposant sur un livre. Francesca lui fit élever un mausolée et son gendre fut son exécuteur testamentaire. Sur un des piliers qui soutiennent son cercueil, figure la traduction littérale en latin d'un distique grec :Inveni requiem. Spes et fortuna, valete ! / Nil mihi vobiscum est ; ludite nunc alios (« J'ai trouvé le repos. Adieu illusions et fortune ! Vous n'êtes plus rien pour moi ; que d'autres vous servent de jouet »).
Tombeau du poète à Arquà, près de l'église de Santa Maria Assunta.
Par testament, les restes de Pétrarque ont été enterrés dans l'église paroissiale du village[38] , puis placés par son gendre, en 1380, dans une arche de marbre à côté de l'église. Les vicissitudes concernant la dépouille de Pétrarque ont alimenté les comptes rendus.Comme le raconte Giovanni Canestrini dans l'un de ses volumes écrits à l'occasion du500e anniversaire de la mort de Pétrarque.
« Nel 1630, e precisamente dopo la mezzanotte del 27 maggio, questa tomba fu spezzata all'angolo di mezzodì [quindi a sud, n.d.a], e vennero rapite alcune ossa del braccio destro. Autore del furto fu un certo Tommaso Martinelli, frate da Portogruaro, il quale, a quanto dice un'antica pergamena dell'archivio comunale di Arquà, venne spedito in quel luogo dai fiorentini, con ordine di riportare seco qualche parte dello scheletro del Petrarca. La veneta repubblica fece riattare l'urna, suggellando con arpioni le fenditure del marmo, e ponendovi lo stemma di Padova e l'epoca del misfatto »
« En 1630, et précisément après minuit le 27 mai, cette tombe fut brisée à l'angle de midi [alors au sud, n.d.a.], et quelques os du bras droit furent pris. L'auteur du vol est un certain Tommaso Martinelli, un frère de Portogruaro, qui, selon un ancien parchemin des archives municipales d'Arquà, a été envoyé dans ce lieu par les Florentins, avec l'ordre de rapporter une partie du squelette de Pétrarque. La République vénitienne fit restaurer l'urne, en scellant les fissures du marbre avec des harpons, et en y plaçant les armoiries de Padoue et l'époque du méfait. »
Les restes volés n'ont pas été retrouvés[40],[41]. En 1843, le tombeau, qui était en très mauvais état, fut restauré par l'historienPier Carlo Leoni(it), qui fut bouleversé par l'état dans lequel se trouvait le tombeau. Leoni, cependant dut abandonner et à la suite de complications bureaucratiques et de conflits de compétence et même de questions politiques, fut même jugé pour « profanation de tombe »[42].
Dès le, un vendredi saint, à la vue de Laure à la sortie de l'église de Sainte-Claire d'Avignon, Pétrarque développa une longue passion célébrée dans leCanzoniere (Livre de Chant) puis dansI Trionfi.
Épouse de Hugues de Sade ou personnage anonyme idéalisé ? La représentation réaliste de Laure dans ses poèmes contraste avec les clichés destroubadours et de l'amour courtois. Sa présence lui causait une joie inexplicable mais son amour non partagé lui fit endurer un désir insoutenable. Plus que Laure, c'est le poète lui-même qui est le personnage central. Au fil de chaque poème, il déroule « l'inquiétude de celui qui n'est plus très sûr des valeurs morales de son époque »[45].
Détail du portrait de Laura Battiferri présentant leCanzoniere, Angelo Bronzino (1550 / 1555),Palazzo Vecchio de Florence
Partagé entre l'amour profane - il confesseson vil penchant pour les femmes - et la conception médiévale de l'amour - Laure, comme Béatrice, devant lui montrer la voie qui conduit au salut - Pétrarque se réfugie dans le rêve et magnifie dans ses vers ce qui pourrait être la réalité.
Marc Maynègre[45] résume en deux phrases cette philosophie du poète : « Cette mise en scène, cette contemplation de lui-même, vont devenir contemplation esthétique, œuvre d'art. La Beauté devient alors l'Idéal du Poète ».
Maria Cecilia Bertolami[46] constate : « Dès le premier sonnet, leCanzoniere se présente comme l'histoire exemplaire d'un échec. L'amour pour Laure, tel qu'il est décrit dans le premier sonnet du recueil, estun giovenile errore qui a conduit le poète à osciller constammentfra le vane speranze e il van dolore ».
Pétrarque a canalisé ses sentiments en poèmes d'amour exclamatifs plutôt que persuasifs et son œuvre montre son dédain envers les hommes qui harcelaient les femmes. À l'époque de la mort de Laure en 1348, le poète considérait son chagrin aussi difficile à vivre que l'était son précédent désespoir :
« Dans mon jeune âge, j'ai lutté constamment contre une passion amoureuse débordante mais pure - mon seul amour, et j'aurais lutté encore si la mort prématurée, amère mais salutaire pour moi, n'avait éteint les flammes de la passion. J'aimerais certainement pouvoir dire que j'ai toujours été entièrement libre des désirs de la chair mais je mentirais en le disant. »
— Lettres à la Postérité, Pétrarque
Ève Duperray, commente : « Pétrarque reprend le thème néoplatonicien de l'amour comme médiateur entre le profane et le sacré. La poésie de Pétrarque est essentiellement une anagogie car elle se veut à la fois l'expression de l'extériorité des sentiments et de l'intériorité de la conversion ».
Et ce durant toute sa vie, c'est l'analyse que fait Pier Giorgio Ricci à partir duCanzioniere et desTriomphes, ses deux œuvres majeures enlangue vulgaire : « Les désirs, les espérances, les angoisses, les tristesses de Pétrarque furent toujours les mêmes, à trente ans comme à soixante ans. C'est une remarque importante parce qu'elle révèle que le climat spirituel de Pétrarque n'eut point de développements quand bien même la disposition des poèmes duCanzioniere voudrait démontrer une ascension progressive de l'humain au divin, fait confirmé par lesTriomphes qui manifestent également l'intention de considérer comme atteint ce « port tranquille » toujours convoité par le poète ».
Si, dans leCanzionere, Laure n'existe qu'à travers les effets qu'elle provoque dans l'âme du poète, il en va tout autrement dans lesTrionfi. Commencé en 1354, ce poème allégorique est un testament spirituel où triomphent, tour à tour, le Désir et la Chasteté, la Mort et la Gloire, le Temps et l'Éternité. Ève Dupperay commente ainsi cette œuvre : « Ce poème en langue italienne, en tercets d'hendécasyllabes à la manière dantesque[N 45], participe à l'œuvre la plus expérimentale de Pétrarque. Il s'inscrit dans une structure emboîtante de sixTriomphes distribués en douze chapitres selon le schéma combatif et homicide du vaincu-vainqueur-vaincu où les abstractions personnifiées terrestresAmour, Chasteté, Mort, Renommée et célestesTemps, Éternité s'affrontent et s'efforcent crescendo sous un pouvoir plus irréductible dans un mécanisme qui s'accélère en degrés ascendants avec une unique triomphatrice : Laure ».
Dans cette épopée amoureuse, le poète adresse à sa muse provençale cette question qu'il avait laissée sans réponse dans leCanzoniere :
« L'amour fit-il jamais naître dans votre esprit la pensée d'avoir pitié de mon long tourment ? »
Quittant enfin sa froideur habituelle, Laure déclare son amour à Francesco :
« Jamais loin de toi ne fut mon cœur, jamais ne le sera. »
Et le poète lui fait préciser :
« En nous l'ardeur amoureuse était égale, avec toi était mon cœur, mais je n'osai porter mes yeux sur toi[3]. »
Alors que leCanzoniere se clôt avec une invocation au nom de la Vierge Marie, lesTriomphes se terminent sur celui de Laure, son éternel amour[N 46].
« Une Laure [qui] renvoie à quelque chose de plus haut, à une splendeur qui n'est plus humaine mais qui, cependant, garde et exalte cette humanité », explique Maria Cecilia Bertolami[46]. Ce que confirme Pierre Dubrunquez pour qui Pétrarque, toujours hésitant entre attrait et retrait du monde, développe dans son œuvre : « Une sensibilité si neuve qu'elle ne sait pas encore ce qu'elle perçoit, et une conscience qui cherche dans son patrimoine spirituel une règle de conduite pour en user ».
C'est ce que laisse entrevoir Pétrarque dans une lettre adressée à l'un de ses amis[réf. nécessaire] :
« La part la plus considérable de la vie se passe à mal faire, une large part à ne rien faire, toute la vie à ne pas être à ce que l'on fait. Me citeras-tu un homme qui attribue une valeur réelle au temps, qui pèse le prix d'une journée, qui comprenne qu'il meurt un peu chaque jour ? »
— Sénèque, Lettre à Lucilius (I, 1-2).
Dans ce conflit entre l'humain et le divin, Pier Giorgio Ricci souligne que, dans chacune des œuvres du poète, « Il est possible de trouver des allusions au temps qui s'envole, à notre vie qui n'est qu'une course rapide vers la mort, au monde qui va, lui aussi, vers une fin inéluctable ».
Lesonnet de Pétrarque, ditsonnet italien, comprend unhuitain suivi d’unsizain. Le huitain est composé de deuxquatrains, le sizain de deux tercets. Il comporte unevolta qui consiste en un changement majeur du sujet entre le huitain et le sixain. Le poète, dans la première moitié du poème, rime sur un thème, la seconde lui permettant de présenter, grâce à la ‘’volta’’, une réflexion personnelle à propos de ce même sujet.
Avec son premier gros ouvrage,Africa - une épopée en latin qui fait le récit de ladeuxième guerre punique -, Pétrarque devint une célébrité européenne : cet ouvrage lui valut lacouronne de lauriers des poètes et la reconnaissance de ses pairs.
Sa mort en 1374 empêcha Pétrarque d'achever ce qui eût dû constituer sa troisième œuvre majeure : lesTrionfi. Corrado Belluomo Anello, dans le catalogue de l'expositionLe Triomphe de l'Amour : Éros en guerre[N 47], souligne que leCarros deRaimbaut de Vacqueyras est parmi les sources possibles desTriomphes du poète[N 48]. Letroubadour provençal l'a inspiré au même titre que laDivine Comédie deDante et l'Amoroso Visionne de Boccace, laBible ou les auteurs latins (Virgile,Ovide,Properce).
En dehors de l'Africa, duCanzoniere et desTrionfi, Pétrarque a laissé un très grand nombre de textes en latin :églogues invectives,biographies héroïques, récits exemplaires et plusieurs traités. Il faut y ajouter unEpistolario riche de plus de six cents lettres adressées à ses parents, amis et même à certains grands penseurs de l'Antiquité.
Parmi les œuvres latines de Pétrarque, on trouveDe Viris Illustribus, le dialogueSecretum (dans lequel il fait le récit de ses pensées et de ses combats intérieurs et qui n'était pas destiné à la publication), un débat avecsaint Augustin, unRerum Memorandarum Libri, un traité incomplet sur lesvertus cardinales,De Remediis Utriusque Fortunae, son œuvre en prose latine la plus populaire,Itinerarium, un guide sur laTerre promise etDe Sui Ipsius Et Multorum Ignorantia, contre lesAristotéliciens. Il a écrit ses œuvres culturelles et son épopée poétique en latin, ses sonnets et chants en toscan, idiome qui allait dès lors fixer la langue littéraire italienne.
L'accouchement de Jeanne, gravure ornant le chapitre queBoccace consacra à la papesse dans sesDames de renom
LaCronica delle vite de Pontefici et Imperatori Romani est généralement attribuée sans preuve à Pétrarque[N 49]. Ce texte, qui fut pour la première fois imprimé à Florence en 1478 puis à Venise en 1534, est surtout célèbre car il élève lapapesse Jeanne au rang de personnage historique.
En Italie, une tradition vivace voulait qu’une femme d'origine anglaise, mais née àMayence, se fût travestie en homme pour poursuivre des études avec son amant. Ils se rendirent à Athènes puis à Rome. Anna ou Agnès, tel aurait été son prénom, dissimulant toujours son sexe, fut reçue dans les milieux ecclésiastiques et en particulier par la Curie. Son savoir et son charisme furent tels que le conclave l’éleva sur le trône de saint Pierre. Mais ce qui devait arriver arriva : la papesse se retrouva enceinte. Au cours d'une procession qui se déroulait entre Saint-Pierre du Vatican et Saint-Jean de Latran, elle fut prise de contractions et fut contrainte d’accoucher publiquement, ce qui lui valut d’être condamnée à mort[N 50].
LeCanzoniere et lesTrionfi figure dans le manuscrit vénitien du cardinal Mazarin dont les enluminures furent réalisées par Cristoforo Cortese en 1420. Ce manuscrit se trouve à laBibliothèque nationale deParis (MS. ital. 549).
Un manuscrit desTrionfi, calligraphié àFlorence par Besse Ardinghelli en 1442 et illustré parApollonio di Giovanni, fait partie des collections de laBibliothèque Laurentienne (Ms. Med. Pal. 72). Un autre manuscrit florentin desTrionfi, provenant dustudio de Francesco d'Antonio del Ghierico et réalisé vers 1456-1457, est déposé à laBibliothèque nationale (MS. ital. 548).
La bibliothèque de l'Université de Manchester possède seize éditionsincunables des « Rime » de Pétrarque, depuis l'éditionprinceps de 1470, imprimée àVenise par Vindelinus de Spira, jusqu'à l'édition de 1486 avec sa typographie à la mode différenciant les vers (imprimés en gros caractères) et les commentaires (en petits caractères).
Une attention toute particulière doit être portée à la merveilleuse et rarissime édition Lauer de 1471 ainsi qu'à trois éditions vénitiennes différentes de 1473[réf. nécessaire].
En 1476, la ville de Florence offrit àCharlesVIII, roi de France, un manuscrit desTriomphes somptueusement illustré (B. N. Ms. Ital. 548). Quant à celui de la Walter Art Gallery deBaltimore (Ms. W. 755), il a été composé à la fin des années 1480 par Sanvito.
Enfin, laBibliothèque nationale, lemusée Condé àChantilly et leBritish Museum possèdent les éditions duLaure d'Avignon : au nom et adveu de la Royne Catharine de Médicis, Royne de France, extraict du poete florentin François Petrarque ; mis en françois parVaisquin Philieul à Carpentras. La première fut imprimée à Paris en 1548, la seconde à Avignon, en 1555[N 52].
Chansonnier. Rerum vulgarium fragmenta, édition de Giuseppe Savoca, introduction de François Livi, traduction de Gérard Genot, Les Belles-Lettres, 2009(ISBN978-2-251-34496-6)
UneAccademia degli Umidi fut fondée par un groupe de jeunes marchands florentins ennovembre 1540. Son but était d'offrir « une seconde chance à ces marchands qui n’ont pas eu accès à la culture classique »[48]. Elle était consacrée à la poésie, à la philosophie puis aux sciences[48]. Ses principaux fondateurs furentNiccolò Martelli,Luigi Tansillo,Annibal Caro et leBronzino. Réunis autour deGiovanni Mazzuoli da Strada par une même admiration pourDante et Pétrarque, une commune passion pour les lettres, leur but était de défendre l'utilisation de la langue florentine.
Placée au départ sous le simple patronage deCosmeIer, elle passa sous sa coupe. Le grand-duc imposa statuts et membres, lieux de réunions et productions littéraires[48]. Le, elle changea son nom enAccademia Fiorentina o Società di Eloquenza[49], mais elle fut le plus souvent désignée sous celui de l'Accademia Fiorentina. Son premier secrétaire futAnton Francesco Doni.
Au même moment, dans tous les pays de langue d'oc, une renaissance littéraire se fit aussi sous l'influence du pétrarquisme avec le gasconPey de Garros (1525-1583), le provençalBellaud de la Bellaudière (1543-1588) et le languedocienAuger Galhard (1540-1593)[51]. Il faut également compter parmi les adeptes du pétrarquisme le lyonnaisMaurice Scève (1501-1564), à qui l'on a attribué de son temps la découverte du Tombeau de Laure[52].
Parmi les recueils de sonnets de laRenaissance anglaise imprégnés des réminiscences de Pétrarque, on peut citerAstrophil and Stella dePhilip Sidney, composé vers 1582 et publié en 1591, exprimant la rébellion de l'amant et du poète contre les conventions du pétrarquisme. En 1594,Michael Drayton publieIdea’s Mirrour, et en 1595Edmund Spenser, traducteur de Pétrarque, publieAmoretti. Un recueil de sonnets deWilliam Shakespeare est publié plus tardivement, en 1609. En 1621, une poétesse,Mary Wroth, publie elle aussi un recueil de sonnets,Pamphilia to Amphilanthus, en annexe deThe Countess of Mongomery’s Urania, un roman à clef qui fait scandale.
Vittore Branca, dans sa biographie consacrée au poète, affirme que : « Pétrarque a occupé dans l'histoire de la poésie et de la culture de l'Europe chrétienne et moderne une place exceptionnelle : jamais, peut-être, un écrivain n'eut une influence aussi décisive ni aussi prolongée ».
Quand il apprit la mort de Pétrarque,GrégoireXI salua en lui « une lumière éclatante de la sagesse morale »[53] et demanda àPhilippe de Cabassolle, sonvicaire enpéninsule italienne de lui procurer ou de lui faire copier, « De Africa », ses « Invectives » et « De Vita Solitaria »[54].
« J'allèguerai Pétrarque, duquel j'ose bien dire que, si Homère et Virgile avaient entrepris de le traduire, ils ne pourraient le rendre avec la même grâce et naïveté. »
La reineChristine de Suède (1626-1689) qui lui portait une admiration sans borne eut ce mot à son sujet : « Grandissimo filosofo, grandissimo innamorato, grandissimo poeta ! ».
Madeleine de Scudéry, qui tenait le poète vauclusien en grande estime, lui rend hommage dansClélie puis dansMathilde où elle narre le récit de ses amours avec Laure. Dans cette dernière nouvelle, laGrande Précieuse fait quatorze fois référence à des sonnets duCanzionere.
Le poète vauclusien a perdu toute son aura et est même dénigré. C'est ce que faitVoltaire en 1764 :
« Pétrarque, après tout, n'a peut-être d'autre mérite que d'avoir écrit des bagatelles sans génie dans un temps où ces amusements étaient fort estimés parce qu'ils étaient rares. »
— Lettre aux auteurs de laGazette littéraire, 6 juin 1764
Seul l'Abbé de Sade (1705-1778) s'intéressa au poète auquel il consacra trois tomes intitulésMémoires pour la vie de François Pétrarque, tirés de ses œuvres et des auteurs contemporains avec les notes ou dissertations et les pièces justificatives.
Chateaubriand et Victor Hugo, les deux géants de la littérature française, lui rendirent hommage en des termes tout à fait différents :
« Siècle fécond, jeune, sensible, dont l'admiration remuait les entrailles ; siècle qui obéissait à la lyre d'un grand poète, comme à la loi d'un législateur. C'est à Pétrarque que nous devons le retour dusouverain pontife auVatican ; c'est sa voix qui a fait naîtreRaphaël et sortir de terre le dôme deMichel-Ange »
« Pétrarque est une lumière dans son temps, et c’est une belle chose qu’une lumière qui vient de l’amour. Il aima une femme et il charma le monde. Pétrarque est une sorte de Platon de la poésie ; il a ce qu'on pourrait appeler la subtilité du cœur, et en même temps la profondeur de l’esprit ; cet amant est un penseur, ce poète est un philosophe. Pétrarque en somme est une âme éclatante. Pétrarque est un des rares exemples du poète heureux. Il fut compris de son vivant, privilège que n’eurent ni Homère, ni Eschyle, ni Shakespeare. Il n'a été ni calomnié, ni hué, ni lapidé. Pétrarque a eu sur cette terre toutes les splendeurs, le respect des papes, l’enthousiasme des peuples, les pluies de fleurs sur son passage dans les rues, le laurier d'or au front comme un empereur, le Capitole comme un dieu. »
— Victor Hugo,Lettre autographe conservée au musée Pétrarque, 18 juillet 1874
Verlaine a écrit un sonnet intitulé :
À la louange de Laure et de Pétrarque
Chose italienne où Shakspeare a passé Mais que Ronsard fit superbement française, Fine basilique au large diocèse, Saint-Pierre-des-Vers, immense et condensé,
Elle, ta marraine, et Lui qui t’a pensé, Dogme entier toujours debout sous l’exégèse Même edmondschéresque ou francisquesarceyse, Sonnet, force acquise et trésor amassé,
Ceux-là sont très bons et toujours vénérables, Ayant procuré leur luxe aux misérables Et l’or fou qui sied aux pauvres glorieux,
Aux poètes fiers comme les gueux d’Espagne, Aux vierges qu’exalte un rythme exact, aux yeux Épris d’ordre, aux cœurs qu’un vœu chaste accompagne.
Pierre de Nolhac (1869-1936), qui fut conservateur du musée de Versailles et l'un des meilleurs spécialistes de Pétrarque et de son école, écrivit :
« Pétrarque est donc du petit nombre des esprits auxquels, sans le savoir, nous devons tous quelque chose de notre vie intellectuelle. Il faut juger sa grandeur à celle des idées qu'il a fait revivre et dont l'Europe n'a pas encore, après des siècles, cessé de nourrir sa pensée. »
En 1947,Aragon etPicasso unirent leurs talents pour faire éditer à110 exemplairesCinq sonnets de Pétrarque[N 53]. Aragon, pour cet hommage, a finementpétrarquisé en plaçant en exergue « They said Laura was somebody else », jeu de mots bien dans la veine du poète vauclusien où le texte anglais qui affirme « Ils disent que Laure était une autre » laisse à entendre et à lire le nom d'Elsa[56].
En 2009, la principauté de Monaco rendit hommage à Pétrarque par l'émission d'un timbre-poste à son effigie, dessiné parCyril de La Patellière. Le projet se trouve au Musée-bibliothèque Pétrarque de Fontaine-de-Vaucluse.
L’édition bilingue et critique en cours de publication auxBelles Lettres dans la collection « Classiques de l’humanisme », contient les œuvres suivantes dans la version la plus complète publiéeà ce jour[Quand ?] en français :
Lettres familières (6 volumes) ;
Lettres de la vieillesse (5 volumes) ;
L'Afrique (2 volumes);
Le Chansonnier (coffret de 2 volumes, incluantRerum vulgarium etFragmenta).
Les Triomphes, illustrés par le vitrail de l'Aube auXVIe siècle, traduits et annotés parJean-Yves Masson ; direction scientifique de l'iconographie et introduction de Flavie Vincent-Petit ; introduction et commentaires des œuvres dePaule Amblard ; photographies de Christophe Deschanel, Paris, Éditions Diane de Selliers, 2018,318 p.
Correspondance choisie, lettres choisies et préfacées par Pierre Laurens ; commentaire de Ugo Dotti mis en français par Frank La Brasca, Paris, les Belles lettres, coll. « Editio minor » 2019,805 p.
Canzoniere, tr. Ferdinand L. de Gramont, Paris, Masgana, 1842 ; rééd. Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 1983.
Canzoniere, tr. Pierre Blanc, Paris, Bordas, 1988.
Je vois sans yeux et sans bouche je crie, Vingt-quatre sonnets de Pétrarque traduits parYves Bonnefoy ; accompagné de dessins originaux deGérard Titus-Carmel, Paris, Galilée, coll. « Lignes fictives », 2011(ISBN978-2-7186-0849-5).
↑Qui sera nommé ensuite en son honneurArquà Petrarca.
↑Francesco Petrarca naquit, en réalité, dans la nuit du 19 au 20 juillet.
↑Le premier fils d'Eletta Canigiani vit le jour dans lavia dei Pileati, une rue qui menait au Dôme d'Arrezo.
↑En 1302, Ser Petrarco, en tant que guelfe blanc ayant soutenu l'intervention en Italie de Charles de Valois, frère de Philippe le Bel, prétendant à la couronne impériale, eut tous ses biens confisqués par la partie adverse au pouvoir et fit l'objet d'un bannissement politique.
↑Les Guelfes noirs prirent le pouvoir à Florence le.
↑C'est la version popularisée par Pétrarque lui-même. En réalité, Vittore Branca indique que sa famille fut bannie en raison des démêlés personnels de son père avec Albizzo Francezi, l'un des chefs de la faction noire.
↑Ser Petrarco savait qu'à Avignon, il pouvait compter sur la protection du cardinal Niccolo da Prato, ami desBlancs.
↑Le collège de Convennole, à Carpentras, dispensait donc le cycle dutriumvium.
↑Pétrarque lança à Avignon la mode des vêtements noirs, couleur qui fit florès chez les hommes durant une grande partie duXIVe siècle.
↑Les spirituels occitans et les fraticelles italiens, partisans de la pauvreté de l’Église et de la thèse catharisante du mariagesacrement mineur, avaient comme maîtres à penserPierre de Jean Olivi, en Languedoc, et Ubertin de Casale, en Toscane. Le premier avait publié, en 1276 à Narbonne, un traité contre le mariage (un bordel privé) intituléDe Perfectione Evangelica, le second, auteur deArbor Vitæ Crucifixæ, avait réussi à ce que les thèses du frère Olivi ne fussent pas condamnées par le concile de Vienne. Elles étaient popularisées en Languedoc par Bernard Délicieux et Mathieu de Bouzigues ; en Provence, par Jean Joli et Philippe Alquier de Riez. Tous prêchaient que l’Église était en train de pourrir, gangrenée par les vices et l’argent, en clamant« C’est la Babylone, la grande prostituée qui mène à leur perte les hommes et les corrompt. » Des thèmes dont sut se souvenir Pétrarque.
↑Pétrarque, dans sesLettres, nomme les deux frères Laelius et Socrate.
↑Pétrarque note dans sonÉpître à la Postérité : « J'ai été recherché principalement par la noble et célèbre famille des Colonna qui fréquentait alors la Curie romaine, ou pour mieux dire l'illustrait ».
↑En 1335 et 1336, Pétrarque avait adressé deux suppliques àBenoîtXII pour l'exhorter à venir à Rome. Face à l'hostilité de Bologne, cité pontificale, il avait refusé. Dès lors, il fut traité d'ivrogne invétéré par le jeune homme.
↑Endroit, à fond de cale, où se rassemblent les eaux usées (→égout, cloaque).
↑Cette formule lapidaire a été pourtant formulée différemment par Pétrarque : « Avignon, ce n'est plus une ville, c'est lasentine de tous les crimes et de toutes les infamies »
↑Il est bon de souligner que, hormis Hélie de Talleyrand-Périgord et Philippe de Cabassolle, la haine du poète se concentra uniquement sur les cardinaux français. Ceux originaires d'Italie furent, par contre, parés de toutes les qualités.
↑Jean de Caraman d’Euse (1350-1361), petit-neveu deJeanXXII, était notaire apostolique et cardinal-diacre de Saint-Georges au Voile d’Or. Pétrarque le cloua au pilori dans ce texte qu'il rédigea en 1355.
↑Pétrarque composa alors uneélégie en vers latins qui est sa première composition poétique.
↑Le, Laure de Noves avait épousé Hugues de Sade. Elle resta toujours fidèle à son mari et lui fit même onze enfants.
↑Cette description de Laure se trouve dans leCanzoniere au sonnet XC.
↑Nicholas Mann a formulé ses thèses dans deux ouvrages édités en 1994. Le premier, intituléPétrarque et les métamorphoses de Daphné, parut dans leBulletin de l'Association Guillaume Budé, le second, intituléPétrarque et traduit de l'anglais par Edith Mac Morran-Babel, a été coédité par Actes-Sud et l'Aire. Il est revenu à la charge avec sonPétrarque : les voyages de l'esprit, Grenoble, 2004.
↑C. F. Trachsel a démontré que le grand Simone Martini, lors de son séjour avignonnais, réalisa à la demande du poète deux gravures représentant l’une Laure et l’autre Pétrarque.
↑Elles ont été réalisées parRoberto d'Oderisio, l’un des élèves du siennois Ambrogio Lorenzetti.
↑{{"Dans la scène du Mariage on peut supposer de voir le portrait de Giovanna, tandis que dans le Baptême, on veut voir les portraits de Pétrarque et de Laure, mais évidemment c'est ridicule (In the Marriage we may think to see the portrait of Giovanna, while in the Baptism, it is said, we see portraits of Petrarch and Laura, but this is obviously ridiculous)}} Edward Hutton,Naples and southern Italy Methuen, Londres (1915)
↑L'ascension dumont Ventoux par les frères Pétrarque est datée du 6 des calendes de. Cette date correspond au du calendrier julien et au de notre actuel calendrier grégorien. Cf. Georges Brun,Le Mont Ventoux, recueil de textes anciens et modernes, Le Nombre d'Or, Carpentras, 1977.
↑Il est vrai que le poète avait apporté lesConfessions de saint Augustin et qu'il lut, arrivé au sommet, ce passage : « Les hommes s'en vont admirer les cimes des montagnes, les vagues énormes de la mer, le cours large des fleuves, les côtes de l'océan, les révolutions des astres et ils se détournent d'eux-mêmes » (L. X,chap. VIII).
↑C'est la quatrième lettre du premier livre desFamilières.
↑Pétrarque, en bon latiniste, ne comprend pas ce mot provençal - depuis passé en français - qui désigne un système d'irrigation. Le poète pense qu'il s'agit du diminutif defilia (fille). D'autres traductions indiquent : « Le pic le plus élevé est nommé par les paysansle Fieux ». Ce qui ne veut rien dire en provençalMon ascension sur le Mont Ventoux.
↑Cette première relation d'une ascension donne unedate de naissance à l'alpinisme, Pétrarque serait alorsPetrarca alpinista, lepère de l'alpinisme
↑Pétrarque recopia sur place ces lettres à Atticus, Quintus et Brutus. Son manuscrit est conservé aujourd'hui à la Bibliothèque Laurentienne de Florence.
↑Alain Artus indique que, pour faciliter la lecture, les premiers humanistes remplacèrent l'écriture gothique par lacursive humaniste.
↑Le poète dédia à Philippe de Cabassolle sonDe Vita Solitaria.
↑Comme l’a écrit Stendhal, ce fut le centre de la Provence où Pétrarque a « vécu, aimé, écrit ».
↑C'est à l'âge de neuf ans que François découvrit pour la première fois la fontaine de Vaucluse en compagnie de son père, de son ami Guido Settimo et de l'oncle de celui-ci : « Arrivé à la source, je m'en souviens comme si c'était aujourd'hui, je me dis au mieux de mes juvéniles émotions, voilà un site fait pour moi ».
↑En 1342, Gherardo Petrarca, devenu veuf, entra à la chartreuse de Montrieux où il devint clerc rendu donc non astreint à la clôture. Son frère lui rendit visite par deux fois en 1347 et en 1353.
↑C’était aussi l’opinion de Boccace qui affirmait qu’il était « le roi le plus savant que les mortels aient connu depuis Salomon ». Dans saCronica, Giovanni Villani renchérissait « Ce seigneur doux et aimable était le plus sage roi qui fut parmi les chrétiens depuis cent cinquante ans, aussi bien de plus naturel que comme maître suréminent en théologie et en philosophie de premier ordre ».
↑Roberto de Mileto, dit fra Roberto, était un disciple dePhilippe de Majorque. Pétrarque le décrivit comme un « horrible animal à trois pieds ». Petit et gras, cefrère de la Pauvre Vie marchait appuyé sur une canne, couvert de haillons, sans chapeau ni couvre-chef.ClémentVI, à la lecture de ce rapport, annula le conseil de régence et nomma son compatriote Aimery de Châtelus, cardinal de Saint-Martin-aux-Monts, légat pontifical pour le Royaume.
↑Cola di Rienzo demanda à l'empereur de le nommerVicaire Général de l'Empire.
↑Pétrarque le divisa en deux parties :In Vita di Madonna Laura (1 – 263) etIn Morte di Madonna Laura (264 – 366). Dans sa forme finale, leCanzoniere comporte 317 sonnets, 29 chansons, 9 sextines, 7 ballades et 4 madrigaux. Sa dernière mouture est le manuscrit autographeVaticano Latino 3195 intituléFrancisci Petrache laureati poete rerum vulgarum fragmenta.
↑Pétrarque, qui avait impressionné le Dauphin, convint que ce prince étaitun jeune homme d’une très ardente intelligence (ardentissimi spiritus adolescentem).
↑Un second petit-fils, Francesco, naquit en 1366 mais il décéda avant son second anniversaire.
↑Pour contrer les assertions de Pétrarque sur la primauté romaine, les partisans du séjour avignonnais soulignaient que les papes n'avaient résidé à Rome que pendant cent vingt-deux ans entre 1100 et 1304.
↑Il est composé enterzine (unité métrique utilisé par Dante dans saDivine Comédie.
↑Comme son ami Philippe de Cabassolle, Pétrarque était un dévot d'Elzéar et Delphine de Sabran, les « époux virginaux ». Ceux-ci avaient passé vingt-sept ans de vie conjugale sans consommer leur mariage et s'étaient déclarés que leur amour resterait éternel car n'étant pas charnel
↑Pour le septième centenaire de la naissance de Pétrarque, le Conseil général de Vaucluse organisa, du au, une exposition, à l'Hôtel de Sade d'Avignon, intituléeLe Triomphe de l'Amour : Éros en guerre.
↑Raimbaut de Vacqueyras (1155-1207) est cité par Pétrarque dansTriomphus Cupidonis (IV, 46-47).
↑Reprenant une tradition bien établie, F. X. de Feller, dans saBiographie Universelle ouDictionnaire Historique des Hommes illustres qui se sont fait un nom (t. VI, Paris, 1849), atteste qu'il en fut l'auteur.
↑Cette nouvelle que Pétrarque avait écrite en latin en 1374 était tirée de Boccace qui en avait fait le dernier chapitre de son Décaméron. Il en fut informé par une longue lettre que lui envoya son ami.
↑Cet ouvrage a été réédité par les éditions Actes-Sud, en 1987, avec une présentation de Pierre Lartigue et Jacques Roubaud.
↑Le poète et le peintre lui donnèrent comme titre ;Cinq sonnets de Pétrarque avec une eau-forte de Picasso et les explications du traducteur, À la Fontaine de Vaucluse, MCMXLVII.
↑« Il s'appelait Francesco Petracca qu'il transforma en un Petrarca plus harmonieux ».Bernard Guillemain,Les Papes d'Avignon (1309-1376), Paris, Éd. du Cerf,,p. 115.
↑Antoine Destemberg,Atlas de la France médiévale : Hommes, pouvoirs et espaces duVe auXVe siècle, autrement, « La papauté à Avignon »,p. 76–77.
↑ab etcMario Fubini,Dictionnaire des personnages littéraires et dramatiques de tous les temps et de tous les pays, Paris, SEDE et V. Bompiani,.
↑Cf.Dubled 1975. Il y étudia de 1313 à 1317. Son maître Convenole ouConvenevole de Prato (1270-1338) fut surnommé par Pétrarque lepauvre petit homme (homunculum). Il retourna à Prato en 1336, à la demande de ses concitoyens qui avaient créé pour lui une chaire de lecture de Cicéron.
↑Pierre Julian,L'ascension du Mont Ventoux traduction du texte latin de François Pétrarque, suivi d'un essai de reconstitution de l'itinéraire du poète par Pierre de Champeville, Éd. du Mont Ventoux, Carpentras, 1937.
↑Histoire de la renaissance des lettres en Europe au quinzième siècle, Volume 1, par Jean-Pierre Charpentier, page 162
↑Léonard 1954. Le roi-comte Robert d’Anjou le subventionna pour ses travaux de littérature et de traduction.
↑Étienne Gilson,La Philosophie au Moyen Âge, vol.II : de saint Thomas d’Aquin à Guillaume d’Occam, Payot, 1922,p. 728
↑Familiarum rerum, XIII, 8. Pétrarque donna une information identique à son ami Giacomo Colonna qui fut évêque de Lombez de 1328 à 1341 : « Je me suis fait deux jardins qui me plaisent à ravir. L’un est ombragé, fait pour les études et dédié à Apollon. L’autre est plus près de la maison, moins sauvage et agréable à Bacchus ».
↑Jacques-François-Paul-Aldonzede Sade,« Demande de retour à Florence adressée à Pétrarque », dansMémoires pour la vie de François Pétrarque(lire en ligne).
↑Jacques-François-Paul-Aldonzede Sade,« Réponse de Pétarque à Florence », dansMémoires pour la vie de François Pétrarque(lire en ligne).
↑C'est la date que confirme Ève Duperray, conservatrice duMusée Pétrarque à Fontaine-de-Vaucluse : « C'est à Arqua que Pétrarque devait achever son existence le ».È. Duperray,op. cit..[réf. non conforme]
↑J. B. Trapp, inLe Triomphe de l'Amour : Éros en guerre (Avignon, 2004) indique : « Ces illustrations sont remarquablement novatrices et font preuve d'un esprit indépendant dans leur iconographie, leur mise en page et leur mode d'expression ».
Abbé de Sade,Mémoires pour la vie de François Pétrarque, tirés de ses œuvres et des auteurs contemporains avec les notes ou dissertations et les pièces justificatives,t. I àIII, Amsterdam-Avignon, 1764-1767.
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