Unoutil est un objet physique utilisé par unêtre vivant directement, ou par l'intermédiaire d'unemachine, afin d'exercer une action le plus souventmécanique, outhermique, sur un élément d'environnement à traiter (matière brute, objet fini ou semi-fini, être vivant, etc). Il améliore l'efficacité des actions entreprises ou donne accès à des actions impossibles autrement. Beaucoup procurent unavantage mécanique en fonctionnant selon le principe d'unemachine simple, comme lapince-monseigneur, qui exploite le principe dulevier.
L'outil peut être compris comme un prolongement de la main, du corps, un intermédiaire d'action, voire comme uneprothèse, dans le sens où il remplace (ou même crée) un membre ou un organe (ὄργανον /órganon signifie d'ailleurs en grec « instrument, outil »). PourMichel Serres, l'homme est un animal despécialisé et l'outil qui prolonge sa main le spécialise particulièrement. Selon cette définition, outil serait quasiment synonyme d'objet technique. Toutefois, le langage courant réserve ce terme aux objets portables, interchangeables : ainsi, lafaux est un outil, mais lamoissonneuse est unemachine, laperceuse électrique portable est un outil, mais la perceuse à colonne d'établi est déjà une petitemachine-outil.
Outils d'un restaurateur de tapisserie - Mobilier national.
Le domaine d'application limite également l'usage du terme d'outil :
pour les objets à usage ménager, on préfère le terme d'ustensile (de mêmeétymologie[a]),
les objets à vocation artistique ou scientifique sont plutôt appelés instruments (du dessinateur, etc).
Toutefois ces limitations sont peu précises, le termeoutil reste un terme du langage courant pouvant difficilement s'utiliser pour définir une catégorie technique précise.
Le choix d'une matière ou d'une forme pour un objet finalisé, afin de le rendre apte à remplir sa fonction, n'en fait pas pour autant un outil. Unclou, par exemple, objet finalisé à la forme étudiée, fabriqué en matière ad hoc, n'est pas pour autant un outil, par contre le marteau qui l'a planté en est un. L'outil, est un objet qui après avoir servi, revient dans la boîte à outils. Le clou, quant à lui, reste dans l'objet dans lequel il assure une liaison.
Les outils rudimentaires ou primitifs supportent mal cette caractéristique. Par exemple, le promeneur qui ramasse une noix sur le chemin et qui la casse avec une pierre (potentiellement un outil). Pourtant, bien qu'abandonnée, ne revenant dans aucune boîte à outils, la pierre a gardé sa capacité« casse-noix » mais elle est« définalisée ». Une noix rencontrée plus loin utilisera une autre pierre. Si les pierres se font rares, le promeneur conservera celle qu'il aura fini par trouver, et là il s'agit déjà d'un début d'« outil », alors qu'avant, il s'agissait d'un« instrument ». À l'autre extrémité, le système économique (voirsociété de consommation) tend à rendre l'outil le plus éphémère possible (voirObsolescence programmée). L'outil« jetable » en retournant à la poubelle plutôt que dans la boîte à outils rend sa caractérisation d'outil difficile.
L'outil de toutes façons vieillit et finit à la poubelle, par ce qu'on peut appeler d'une façon générale l'usure. Usure plus ou moins rapide : du ciseau dont la lame diminue à chaque affûtage, mais qui dure des années, à laceinture de sécurité des voitures qui« s'use » (se distend définitivement) à la première sollicitation (lors d'un freinage violent).
On a longtemps pensé que seuls les humains (lesespèces du genreHomo) étaient capables de fabriquer des outils sophistiqués, de les conserver entre deux usages et de les faire évoluer dans letemps. On parle parfois d'Homo faber pour souligner cette caractéristique essentielle de l'homme. Toutefois la découverte, en 2015, des plus anciens outils jamais découverts et datés de3,3 millions d'années[1],[2], soit 500 000 ans avant l'arrivée supposée dugenre Homo qui semble être apparu auPliocène, il y a environ2,8 millions d'années[3],[4],[5], remet largement en question cette théorie. De même, desoutilsoldowayens sont découverts en 2023 à Nyayanga (Kenya) dans des dépôts comportant aussi des os d'hippopotame et deux fragments demolaire de paranthropes, datés d'environ 2,8 Ma (entre 3,032 et 2,595 Ma)[6],[7].
Les outils pouvant être utilisés commearmes sont certainement parmi les premiers que l'Homme ait fabriqués. Outre leur importance intrinsèque pour la survie et la protection de l'espèce, ces outils ont la particularité de pouvoir être utilisés en marchant ou en courant, face à un ennemi ou à la poursuite d'uneproie, donc debout, alors que les autres outils primitifs ne pouvaient être utilisés qu'en position assise ou du moins statique. Ainsi, la station debout, la spécialisation des membres, et le développement de lamain de l'Homme, sont peut-être liés à l'aptitude à laviolence de ses ancêtres (ceci est unehypothèse discutée, voir par exemple la théorie de l'origine côtière de l'homme, qui constitue une autre hypothèse).
Depuis qu'ils vivent, en groupe, puis ensociété, les humains se sont partagé les tâches et doncspécialisés en fonction souvent de leursaptitudes, naturelles ou acquises, ou des besoins du moment. Cette organisation a permis à l'humanité de conserver, de transmettre, et donc de faire évoluer lestechniques de fabrication des outils. Le développement de l'outil est une marque de lasédentarisation des peuples : lenomadisme impose en effet une restriction en volume, en poids et en quantité d'objets à transporter. Il est donc vraisemblable d'imaginer que le passage dechasseur-cueilleur à celui de l'agriculteur ouéleveur se soit produit dans la même période. On peut effectivement penser que l'agriculture a nécessité des outils facilement volumineux, en même temps que la sédentarité, rendant leur conservation et réutilisation possible,« rentabilisait » leur fabrication et leur développement.
Alors que les premiers outils créés nécessitent une manipulation humaine, intervient ensuite l'énergie animale, puis des outils fonctionnant avec une énergie non animale : sans doute le moulin, à eau ou à vent.PourJacques Grinevald, larévolution carnotienne qui entraîne le basculement dans unesociété thermo-industrielle avec l’utilisation massive de l’énergie fossile (charbon puispétrole)[8] constitue un tournant décisif. Désormais la « puissance du feu » permet l'avènement d'unemachine nouvelle, construite autour d'unmoteur et qui constitue unebifurcation dans l'histoire de l'outil, en permettant de s'affranchir de la force motrice de l'homme, de l'animal, des éléments naturels, et de leurs limites et caractère aléatoire.
L'outil est un moyen qui permet à son utilisateur un rapprochement avec sondésir. L'homme est ainsi passé des outils prolongements de ses mouvements (lamassue, l'arc, lelaser, etc.), à des outils automatisés pouvant fonctionner sans sa présence (lesrobots, lesmachines-outils, l'électronique) prolongeant ainsi savolonté.
Dans la mesure où leplaisir provoque un apaisement en nous, l'accomplissement de celui-ci est supposé être facilité par l'outil. Cette idée se base cependant sur la croyance que la réalisation de tous ses désirs est souhaitable: ainsi l'Outil Suprême serait celui qui à l'extrême« ferait ce que l'on voudrait en y pensant », tandis que l'histoire a montré que l'usage détermine le bienfait d'un outil, plus que l'outil en lui-même: armement, médication, etc. Cette volonté d'accomplissement des désirs par l'outil reste toutefois un principe qui a fait la force de l'Homo sapiens, et sans doute de ses ancêtres.
Une femellegorille utilisant un bâton pour se stabiliser dans une zone marécageuse et ainsi ramasser de sa main libre des herbes aquatiques (2005).
Beaucoup d'anthropologues considèrent que l'usage d'outils, facilité par labipédie, a joué un rôle déterminant dans le développement de la lignée humaine. Toutefois l'observation montre que différentesespèces d'animaux (principalement de l'ordre desprimates dont font partie leshumains, mais aussi desoiseaux, lesloutres de mer et ainsi que quelques insectes comme la fourmi tisserandeOecophylla smaragdina) en utilisent.
Il ne s'agit là que d'outils rudimentaires, circonstanciels et non pérennes, mais :
l'habitation de nombreuses espèces animales est une construction finalisée, parfois pérenne comme le nid de certains oiseaux (qui retrouvent leur nid d'une année sur l'autre) ;
les barrages descastors sont pérennes, et surtout entretenus ;
lescacatoès, pour profiter d'un fruit local, sont capables d'utiliser successivement un bâton court et pointu pour percer une membrane puis une paille souple, glissée à travers une grille, pour avoir accès à la graine. Ils transportent les deux outils ensemble, ce qui montre que la séquence des opérations et l'usage de chaque outil sont planifiés. Ils le font sans aide et sans mimétisme, chaque oiseau appliquant une méthode légèrement différente de celle des autres[9],[10].
L'emploi d'outils peut être caractéristique d'une espèce ou, notamment chez lesmammifères, seulement d'une population (culture) voire d'individus (on a par exemple observé unevache utilisant à diverses reprises le manche ou la brosse d'unbalai pour se gratter différentes parties du corps[11]).