Les auteurs romains réservaient initialement le nom d’urbs aux villes « ouvertes » : agglomérations d’habitants à demeure fixe, se livrant à l’agriculture, au commerce ou à l’industrie. Ultérieurement, on les entoura quelquefois de fortifications, mais l'habitude fit conserver leur dénomination primitive. C'est ainsi que l’expressionurbs finit par s’appliquer aussi par extension à desvilles fortifiées[3].
Dans son ouvrage,Commentaires sur la guerre des Gaules,Jules César utilise le terme d’oppidum aussi bien pour des habitats ouverts (Genava) que fortifiés (Bibracte). Il rapproche même certaines places fortes du termeurbs. On apprend, selon les termes de César, que l’oppidum est donc un lieu économique, d’échange, dans lequel il a pu ravitailler ses légions. Cependant, il ne définit jamais clairement ce terme dans son œuvre, tout en le distinguant ducastellum. Toujours est-il que l’on applique ici un terme d’origine latine à une autre civilisation.
Leslangues celtiques possèdent un terme qui s'accorde bien à ces lieux, c'estdunon (liredūnon) engaulois (latinisé endunum, que l'on retrouve par exemple dansUxellodunum,Augustodunum,Lugdunum), qui signifie « forteresse, enceinte fortifiée, mont » ; celui-ci a donné en vieil irlandaisdūn : lefort, laforteresse. C'est aussi un site fortifié, qui évolue vers la ville comme le justifie le termegalloisdin, lebretondin de même origine celtique ou le germanique commun* tūnaz, * tūnam « espace clos », qui a donnéZaun « clôture » en allemand, maistown « petite ville » en anglais[4].
Il existe donc bien une ambiguïté dans la définition de ce terme, usité pour désigner tantôt un fort, tantôt une ville. Cependant, comme l'explique Stephan Fichtl, l'oppidum comprend la notion d'espace clos. Doit-on prendre en compte alors les frontières symboliques, lepomerium latin en plus des frontières matérielles que forment les remparts pour définir l’oppidum ? La question reste toujours ouverte à l'heure actuelle.
Dans lescirques romains,oppidum désigne le bâtiment, comprenant les écuries et les stalles de départ, qui était disposé en oblique de manière à compenser les handicaps résultant des positions de départ plus ou moins avantageuses[5].
Le terme « oppidum » a pris un sens de plus en plus précis depuis le début desfouilles sur ce type de site, entreprises dèsNapoléonIII. Toutefois, sa définition varie encore selon les chercheurs et les écoles. On en distingue principalement deux, une large et une restreinte[6].
La définition large considère comme oppidum tout habitat fortifié de l'âge du fer situé enEurope de l'Ouest etcentrale, sans critère particulier de superficie[6]. Cette définition se focalise surtout sur les caractéristiques fonctionnelles de l'oppidum, qui sont une position au centre d'un territoire regroupant des activités économiques, politiques et sociales, même si la présence de fortifications reste indispensable.
La définition restreinte limite les oppidums à un cadre précis, établi selon des critères de taille, de date et de localisation qui peuvent parfois sembler artificiels mais qui tendent à s'uniformiser[7] : elle reprend également la distinction arbitraire queJules César faisait entreoppidumetcastellum(habitat fortifié de moindre importance)[8]. Dans ce sens, un oppidum est une agglomération fortifiée de plus de quinzehectares, construite à la fin dela Tène, au cours de ce queJoseph Déchelette nommait anciennement lacivilisation des oppida (entre leIIe et le Ier siècle av. J.-C.). L'aire de répartition est également plus précise et ne concerne que les grands habitats fortifiésnord-alpins (du Sud de l'Angleterre jusqu'en Europe centrale et dans le Sud de la France). Cette définition est censée exclure les villes fortifiées dupourtour méditerranéen, celles construites à la période deHallstatt ou au début dela Tène, ainsi que de nombreuses autres ne répondant pas au critère de plus de quinze hectares.
Les oppidums sont connus notamment grâce aux descriptions deJules César, dans sesCommentaires sur la guerre des Gaules. Il en cite un grand nombre, décrit la topographie de plusieurs et détaille particulièrement la structure du mur deBourges (Avaricum). Le mur de terre et de pierre est renforcé par des traverses de bois dont les extrémités décorent la façade d'un motif de quinconces. À l'intérieur du mur, elles sont assemblées à de longues poutres perpendiculaires par de grandes fiches de fer de 20 à 30 cm comme àBibracte. Ce type de mur particulier aux oppidums gaulois est nommémurus gallicus. À l'inverse, dans lesîles Britanniques, où de nombreuses enceintes fortifiées sont connues, de simples levées de terre ou murs de pierres étaient utilisés, un peu comme lesmottes castrales.
Sur le continent et tout particulièrement enGaule, certains oppidums ont pu être considérés comme les premières formes de « villes », ou comme des « centres proto-urbains » de l'Europe barbare, ce qui a donné lieu à la dénomination de « civilisation des oppida » pour désigner la réalité socio-économique qui prédominait à la veille de la guerre des Gaules. On sait que certains oppidums n'étaient habités que de façon épisodique ou utilisés comme refuge[réf. nécessaire], et qu'ils le sont restés jusque pendant le hautMoyen Âge, avant d'être abandonnés à la période de l'« enchâtellement ». Les difficultés d'interprétation sur la question sont nombreuses : on ne connaît des infrastructures du réseau des oppidums que ce que l'archéologie nous laisse entrevoir. Aussi, les avis des archéologues divergent quant à l'importance exacte que ces lieux pouvaient avoir dans la civilisation celtique, et en particulier dans la civilisation gauloise à la veille de la conquête romaine.
Comme le montrent des fouilles accomplies sur les sites de Manching, sur le montTitelberg auLuxembourg, sur le mont Beuvray àBibracte ou encore sur l'oppidum de Corent enFrance, il est acquis que les oppidums les plus importants ont connu une répartition régulière et dense de constructions sur leur site, au plus tard à partir duIIe siècle.
L'organisation de certains oppidums durant la période finale deLa Tène a pu être rapprochée dans une certaine mesure du modèle des cités archaïques du monde classique. Il semble qu'à l'origine, en effet, le développement particulier de certains sites ait été lié à l'existence d'un lieu de culte important (oppidum d'Entremont, et celui deConstantine près d'Aix-en-Provence ou l'Alésia desMandubiens).
Pour Stéphan Fichtl[11], le terme decivitas employé par César dans sesCommentaires a pu aussi correspondre dans certains cas à une réalité politique au cœur de laquelle l'oppidum, véritable chef-lieu, pouvait concentrer le pouvoir politique d'un peuple ou d'une fédération de peuples sur ses « clients » et dans un territoire délimité : la meilleure illustration de cette hypothèse est l'exemple desÉduens, dont la magistrature suprême (desVergobrets) s'exerçait à l'intérieur de ce territoire.
Des concentrations d'importation méditerranéenne découvertes dans plusieurs oppidums ont, quant à elles, révélé l'importance que pouvaient avoir certaines de ces « places fortes » dans les réseaux commerciaux reliant le monde « barbare » au monde méditerranéen, dès avant la périodelaténienne.
Certains oppidums, en effet, purent jouer un rôle politique majeur à l'époque des principautés celtes du premierâge du fer en permettant à une aristocratie locale de contrôler les voies de passage et d'asseoir son pouvoir sur un territoire pouvant atteindre 80 km de diamètre[12].
Fouilles archéologiques sur leplateau de Gergovie dans le département duPuy-de-Dôme : vestiges du mur d'enceinte de l’oppidum.
Plusieurs formes de remparts d’oppidums existent, mais deux grandes catégories prédominent : les « fortifications de barrage » et les « enceintes de contour ».
La fortification de barrage s'appuie sur un élément topographique qui protège naturellement le site. On peut distinguer différentes dénominations pour ces structures selon la nature de l'élément naturel :
la confluence barrée, où la ville se situe entre deux bras d'eau se rejoignant ; le barrage protégeant l'ouverture de l'oppidum sur la terre ;
le bord de falaise ou de fleuve, où le barrage protège, de la même manière que pour les confluences barrées, l'ouverture de la ville sur la terre.
L'enceinte de contour (ex : le mont Beuvray, ouBibracte du temps de César, etc.), quant à elle, n'a pas véritablement de formes différentes. Un rempart encercle la ville, « posée » sur un mont (tel qu'une colline, etc.) ou à même la plaine (Manching) et suit généralement une même ligne de niveau.
PendantLa Tène finale, de nombreux oppidums avec une fortification de barrage se dotent d'une enceinte complète qui revêt un aspect purement symbolique (et non militaire), délimitant la ville de la campagne. De même, les enceintes de contour ne suivent plus une ligne de niveau et peuvent dévaler des pentes. Ceci ne revêt donc pas un aspect militaire puisque ceci les affaiblit en ces points. Sur d'autres sites enfin, on voit apparaître des tracés de remparts géométriques comme des cercles (Manching).
On distingue deux types de remparts dans le monde celtique : le talus massif et le rempart à poutrage interne, plus complexe[13]. Letalus et leparement diffèrent dans leurs formes et leur matériau d'ouvrage selon les différentes régions européennes de lakoïnê celte. Cet élément est la conséquence directe de la diversité des types d'environnement géographiques,géologiques ettopographiques. Concrètement, ces données environnementales requièrent une forme d'adaptation évidente, afin d'en optimiser au maximum les ressources immédiates. Toutefois, ces structures défensives présentent des traits architecturaux récursifs[13],[14],[15]. Les principales divergences architecturales que l'on distingue d'une région à une autre reposent essentiellement sur la mise en œuvre du poutrage dit « interne » d'une part, et sur la hauteur et longueur du fossé d'enceinte d'autre part[15],[16]. Olivier Buchsenschutz, directeur de recherches auCNRS, et Ian Ralston, professeur d'archéologie à l'université d'Édimbourg ont proposé une classification des remparts en fonction de ce poutrage[17] :
les remparts à poutrage horizontaux :
le rempart de type Ehrang. Il tire son nom du site allemand de Ehrang dans l'Eifel où il fut décrit pour la première fois. Celui-ci se compose d'un assemblage interne de poutres horizontales régulièrement espacées, superposées en grilles et calées à l'aide de pierres, ainsi que d'un parement extérieur en pierre. L'espace entre les poutres est remblayé avec de la terre et des pierres,
lemurus gallicus. Baptisé ainsi parCésar dans laGuerre des Gaules, ce mur est construit de la même façon que le rempart de type Ehrang, auquel ont été adjoints des fiches de fers de tailles notables, ainsi que des clous permettant de combiner les poutres les unes aux autres[18]. Le parement interne à l'oppidum est, quant à lui, remplacé par une pente de terre qui permet d'accéder au sommet du rempart ;
les remparts à poutrage verticaux (Pfostenschlitzmauern) :
le rempart de type Altkönig-Preist. Du nom de deux sites allemands, ce type de rempart possède des poteaux verticaux espacés de quelques mètres dans le parement interne et externe. Les poteaux internes et externes sont reliés par des poutres horizontales à l'intérieur du rempart. Comme les autres types de mur, il est rempli de remblai,
le rempart de type Kelheim. Il porte le nom d'un site bavarois. Son parement externe est identique au type Altkönig-Preist et il possède la même rampe que lesmurus gallicus. Des poutres horizontales fixent alors les poteaux dans la terre :
les remparts àtalus massifs : ce type defortification se présente sous l'aspect d'une double enceinte concentrique. Celle-ci relève d'une élévation monumentale ouvragée en terre[N 1], précédée d'un fossé de taille importante mais variable selon les variantes géographiques et les cas étudiés. En outre, les oppidums dotés de cet élément défensif apparaît globalement sous forme horizontale et plane. Toutefois, on objecte qu'au sein de nombreuses occurrences répertoriées, le fossé révèle une sensible inclinaison et dans d'autres cas en prenant une apparence semblable à une cuvette[19],[15].
Lesportes jouent un rôle capital dans la fortification puisqu'elles sont un lieu de passage obligatoire pour entrer dans l'oppidum[20]. Ouverture dans le rempart, ce sont les points faibles de l'enceinte qui nécessitent une protection toute particulière. Globalement, on distingue deux types de ces éléments decastramétation : les portes principales en appui direct avec letalus et les portes secondaires, également appelées « portes à ailes rentrantes » venant à la perpendiculaire du tracé général de la fosse d'enceinte[20],[21]. Toutefois, ces édifications étayées en bois ne se pérennisent pas. Ainsi, les archéologues n'ont retrouvé aucune trace du système de fermeture de la porte du Rebout sur l'oppidum deBibracte. En revanche, des trous de poteaux et quelques échantillons de bois ont pu être retrouvés sur d'autres sites tels queManching ce qui a permis d'émettre des hypothèses sur ces portes[22],[23]. Si l'aspect général de la porte semble se doter d'une certaine uniformité géographique, la typologie et la taille des tours qui la surmontent demeurent hypothétiques: les seuls indices caractérisant ces superstructures se présentent sous la forme de poutres porteuses au sein des divers oppidums mis au jour[24],[25].
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GérardCoulon et SimoneDeyts,Les stèles funéraires gallo-romaines de Saint-Ambroix, Cher : un atelier de sculpture dans la cité des Bituriges, Châteauroux, Musées de Châteauroux,, 160 p.(ISBN978-2-912184-65-8 et2-912184-65-7)
AlainDelay, « Prospections sur le site antique d'Ernodurum (Saint-Ambroix-sur-Arnon, Cher) »,Revue Archéologique du Centre de la France,vol. 13,no 3,,p. 301-313(ISSN0220-6617)
SophieKrausz, « La topographie et les fortifications celtiques de l’oppidum biturige de Châteaumeillant-Mediolanum (Cher) »,Revue archéologique du Centre de la France,nos 45-46, 2006-2007(ISSN1951-6207,lire en ligne, consulté le)
Jean-René Mestre, « Le Chalat de Jax, un site fortifié à la frontière entre Auvergne et Velay »,Cahiers de la Haute-Loire, Le Puy-en-Velay,