
L’opération Keelhaul est uneopération militaire desÉtats-Unis et duRoyaume-Uni enItalie du Nord, qui visait, en vertu de laconférence de Yalta, à rapatrier enURSS les citoyens soviétiques qui avaient été capturés par lesnazis pendant laSeconde Guerre mondiale.
Après laSeconde Guerre mondiale, de nombreux citoyens soviétiques sont dispersés dans toute l'Europe. La plupart étaient desprisonniers de guerre duTroisième Reich ou des civilsrazziés pour le travail forcé, et avaient étédurement traités par lesnazis. Quelques-uns étaient des militaires de l'Armée Vlassov qui s'étaient rendus à laWehrmacht et avaient combattu contre lerégime stalinien aux côtés des Allemands. La législation soviétique les considérait tous indistinctement commedéserteurs,« traîtres à la patrie soviétique » et c'est pourquoi la plupart, craignant leGoulag, souhaitaient rester enEurope occidentale[1].
Contrairement à une idée répandue, l'opération Keelhaul n'a pas été prévue par lesaccords de Yalta, mais par des accords spécifiques bilatéraux signés entre chacun des Alliés occidentaux et l'Union soviétique[2], respectivement le par la Grande-Bretagne, le par les États-Unis et le par laFrance libre[3]. Il faut aussi préciser que ces accords comportaient une part de réciprocité[4], l'URSS s'engageant de son côté à libérer des ressortissants occidentaux détenus sur son territoire[5],[6],[7],[8].
L'opération Keelhaul proprement dite s'est déroulée entre le et le : son nom a par la suite été appliqué pour désigner, par extension, l'ensemble des rapatriements effectués par lesAlliés, même quand ils n'ont pas eu lieu durant l'opération proprement dite. Ces rapatriements ont scellé le sort de millions de réfugiés d'après-guerre fuyant l'Europe de l'Est. Parmi eux, 1,6 million de citoyens soviétiques furent rapatriés par les forces armées desalliés occidentaux[9]. Les autorités civiles des pays alliés ou neutres où les citoyens d'Europe de l'Est se trouvaient, ont collaboré à cette déportation, Suisse comprise, à une seule exception près : la principauté deLiechtenstein qui refusa de livrerBoris Smyslovski, général de l'armée Vlassov, et quelques dizaines de ses hommes. Comme l'URSS considérait la capture, la capitulation ou le travail pour l'ennemi comme un acte de trahison, plus de 80 % des rapatriés furent condamnés auxtravaux forcés[10].
Par ailleurs, le gouvernement soviétique exigeait aussi qu'on lui livre les ressortissants des pays que laconférence de Moscou d'octobre 1944, confirmée par les accords de Yalta, avait attribués à lazone d'influence soviétique[11]. Ainsi, les Roumains faits prisonniers par les Allemands après queleur pays ait rejoint les Alliés et libérés par les Alliés occidentaux en Autriche, furent livrés à l'URSS[12].