L'œuvre, chantée par des interprètes possédant unregistre vocal déterminé en fonction durôle et accompagnés par un orchestre, parfoissymphonique, parfoisde chambre, parfois destiné au seulrépertoire d'opéra, est constituée d'unlivret mis enmusique sous forme d'airs, derécitatifs, dechœurs et d'intermèdes souvent précédés d'uneouverture et parfois agrémentés deballets. Comme pour le théâtre, le livret met en scène les personnages et leur histoire, mais les rôles sont chantés.
Legenre musical est décliné selon les pays et les époques et recouvre des œuvres d’appellations et de formes différentes. Aujourd’hui, les œuvres sont jouées dans dessalles d’opéra spécifiquement affectées ou tout simplement sur desscènes dethéâtre ou dans des salles deconcerts, voire en plein air.
Les représentations sont organisées par desinstitutions du secteur public ou privé, parfois désignées sous le vocable de « maison d'opéra », qui peuvent regrouper les compagnies d’artistes (orchestre,chœur etballet) et les services administratifs et techniques nécessaires à l’organisation des saisons culturelles.
Selon Serge Dorny, directeur duBayerische Staatsoper,« il y a en tout dans le répertoire 6000 opéras, dont 100 seulement sont joués régulièrement[1]. »
Comme pour le théâtre, le livret met en scène les personnages et leur histoire, mais les rôles sont chantés. Le mouvement artistique à partir des années 1960 amena à chanter l'opéra sans traduction du texte, dans la langue originale du livret, contrairement à la période précédente où le livret était traduit, particulièrement auXIXe siècle[2].
L’opéra occidental est né enItalie àFlorence auXVIIe siècle. Parmi les ancêtres de l'opéra figurent lesmadrigaux italiens, qui mirent en musique des situations avec des dialogues mais sans jeu de scène. Lesmascarades, lesballets de cour, lesintermezzi, ainsi que d'autres spectacles de cour de laRenaissance, faisant intervenir des figurants, de la musique et de la danse, sont autant deprécurseurs. L’opéra proprement dit émane d’un groupe de musiciens et d'intellectuelshumanistes florentins qui s'étaient donnés le nom de Camerata (« salon » en florentin). La Camerata, appelée aussiCamerata fiorentina ou encoreCamerata de' Bardi, du nom de sonprincipal mécène, s’était fixé deux objectifs principaux : faire revivre le style musical duthéâtre grec antique et s’opposer au stylecontrapuntique de lamusique de la Renaissance. En particulier, ils souhaitaient que les compositeurs s'attachent à ce que la musique reflète, simplement et mot pour mot, la signification des textes, les mette en valeur et non les rende incompréhensibles par la complexité des architectures sonores de son accompagnement. La Camerata pensait reprendre en cela les caractéristiques de la musique grecque antique. Pour atteindre ce but, on utilise lamonodie accompagnée par labasse continue, leschœurs madrigalesques et lesritournelles et danses instrumentales.
L’opéra se répandit rapidement dans toute l’Italie, mais assez vite, les intentions initiales des créateurs de l'opéra sont dévoyées, le chant prenant progressivement la primauté sur la déclamation. La diffusion du nouveau type de spectacle touche d'abordRome (Stefano Landi,Luigi Rossi) et plus encore Venise devenue le principal centre de l’opéra en Italie au milieu et à la fin duXVIIe siècle (Cavalli,Cesti,Legrenzi, plus tardCaldara,Lotti,Vivaldi, etc.). En 1637, dans cette ville, l'ouverture pour la première fois duthéâtre San Cassiano à un public payant a eu pour conséquence d'élargir l'audience de l'opéra au-delà des cours fréquentées uniquement par la noblesse et d'accroître son importance artistique et sociale. L'opéra de tradition vénitienne mêle souvent aspects tragiques et comiques voire burlesques, fait intervenir magie et merveilleux, multiplie les personnages et les genres musicaux. La dernière école à apparaître est celle de Naples, elle finira par imposer son style à toute la péninsule italienne et à presque toute l'Europe. L'opéra napolitain va être l'objet d'une lutte d'influence continuelle entrelibrettistes, musiciens et chanteurs. Les librettistes considèrent que la musique doit être au service du texte, les musiciens, que seule la musique donne vie et consistance à l'œuvre ; les chanteurs usent de leur étonnante virtuosité pour imposer l'évolution de l'opéra vers une simple succession d'arias, les récitatifs n'étant que des intermèdes permettant un enchaînement logique des arias. Latradition napolitaine connaît ainsi plusieurs « réformes » visant à retourner aux fondamentaux. Fondée parProvenzale, son héros principal estAlessandro Scarlatti, qui introduit l'ouverture à l'italienne, réduit la structure musicale à l'alternance « récitatif/aria da capo », met en vedette la virtuosité des chanteurs (et surtout celle des castrats) et favorise l'évolution dudramma per musica vers l’opera seria (qui se différencie alors de l’opera buffa) composé sur les livrets d'Apostolo Zeno et surtout dePietro Metastasio, partisans d'une épuration inspirée par l'exemple des poètes classiques français (Corneille et plus encoreRacine) : respect des trois unités, élimination des éléments comiques et merveilleux, limitation du nombre de personnages... L'école napolitaine brilla particulièrement auXVIIIe siècle avecA. Scarlatti,Porpora,Vinci,Feo,Leo,Jommelli, etc.
Le genre fut adopté par les musiciens allemands ayant séjourné en Italie, rivalisant alors avec les Italiens eux-mêmes :Haendel composa43 opéras,Hasse pas moins de56 opéras. Le genre fut ensuite importé dans les autres pays d'Europe. En France,Jean-Baptiste Lully etJean-Philippe Rameau composèrent des opéras.
L’homme qui a personnifié l’opéra italien est sans contesteGiuseppe Verdi : il a insufflé à ses œuvres une vigueur dramatique et une vitalité rythmique inégalées. Il composa nombre d’opéras dontNabucco (1842),Ernani (1844)Rigoletto (1851),Il trovatore (Le Trouvère, 1853),La traviata (1853),Un ballo in maschera (Un bal masqué, 1859),La forza del destino (La Force du destin, 1862) etAïda (1871), qui associe les splendeurs visuelles du grand opéra aux subtilités musicales d’une histoire d’amour tragique. Néanmoins, les opéras de Verdi restent profondément italiens, utilisant la voix humaine comme principal moyen d’expression.
L'opéra italien arrive enFrance en 1645 : le cardinalMazarin avait fait venir deVenise une troupe qui interprétaLa finta pazza à la cour deLouis XIV : le succès est immédiat. Mais il faut attendre 1671 pour voir le premier opéra réellement « français » :Pomone, deRobert Cambert etPierre Perrin.
Heinrich Schütz écrit, en 1627, le premier opéra sur des paroles allemandes,Dafne, dont la musique est perdue[3].
C’est enAngleterre que le compositeur d’origine allemandeGeorg Friedrich Haendel (1685-1759) fut le plus apprécié. Il écrivit quarante opéras dans le style italien pendant les années 1720-1730, après quoi il se tourna vers l’oratorio.
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) a écrit lui aussi des opéras, une vingtaine en tout si l'on compte les « actions théâtrales » mises en musique. Mozart composa son premieropera seria (œuvre sérieuse enitalien) à l'âge de14 ans, en 1770, pour une commandemilanaise. Ce futMitridate, re di Ponto (Mithridate, roi duPont), d'après une tragédie deRacine.
Dans les années 1780, l'empereur d'Autriche voulut créer un genre théâtral national, dans lequel les opéras seraient chantés en allemand. C'est dans ce contexte que fut composé leSingspielDie Entführung aus dem Serail (L'Enlèvement au sérail). Néanmoins, l'empereur ne donna pas suite à sa lubie, et l'opéra allemand dut attendreWagner pour se faire un nom.
Mozart composa vers la fin de sa vie cinq de ses opéras les plus joués. Les trois premiers (Le nozze di Figaro,Don Giovanni etCosì fan tutte) sont considérés comme une trilogie, car leurlivret a été écrit par le même auteur,Lorenzo da Ponte, un aventurier aux mœurs légères (il était l'ami deCasanova, et à la fin de sa vie, exilé auxÉtats-Unis, il fera donner l'un des premiers opéras chantés sur le sol américain, à savoirDon Giovanni).Don Giovanni avait été créé en 1787 àPrague.
En 1791, l'année de sa mort, Mozart composa deux opéras : le premier,La clemenza di Tito (la Clémence de Titus), est aujourd'hui considérée comme l'un des meilleurs operas serias jamais écrits[réf. nécessaire]. Le deuxième,la Flûte enchantée, a notamment été filmée parIngmar Bergman. Ce dernier opéra doit son livret àSchikaneder, un organisateur de spectacles alors lourdement endetté qui vit dansla Flûte enchantée l'occasion de se refaire une santé. Le plus redoutable de ses opéras pour la technique et les suraigus qu'il exige. Un air interprété parla Reine de la Nuit qui s'intituleDer Hölle Rache kocht in meinem Herzen (Les flammes de l'enfer me dévorent le cœur) monte au contre-fa, sommet de la voix humaine.
L’opéra allemand atteignit l’un de ses sommets avecRichard Wagner (1813-1883) qui donna naissance à ce qu’il a appelé le « drame en musique », dans lequel le texte (dont il était l’auteur), la partition et la mise en scène étaient inséparables. Ses premiers opéras, tels queLe Vaisseau fantôme (1843),Tannhäuser (1845) etLohengrin (1850), conservèrent des éléments de l’ancien style. Ses plus grandes œuvres furentTristan et Isolde (1865), les quatre opéras composant l’Anneau du Nibelung (1852-1874, comprendL'Or du Rhin,La Walkyrie,Siegfried etLe Crépuscule des dieux),Les Maîtres chanteurs de Nuremberg (1868), où il décrivit les guildes médiévales, etParsifal (1882). Les œuvres de Wagner font un grand usage duleitmotiv, terme musical identifiant un personnage ou une idée revenant régulièrement dans toute l’œuvre.
L’influence de Wagner se poursuivit dans pratiquement tous les opéras. Un des rares opéras à se détacher du lot estHänsel et Gretel d’Engelbert Humperdinck (1893), inspiré du conte du même nom.
Au début du siècle la figure dominante estRichard Strauss, qui utilise une orchestration et des techniques vocales similaires à celles de Wagner dansSalomé (1905) et les poussa à l'extrême dansElektra (1909).Le Chevalier à la rose (1911) devint son œuvre la plus populaire. Cet opéra fut suivi, entre autres, d’Ariane à Naxos (1912), deLa Femme sans ombre (1919) et d’Arabella (1933).
La grande majorité de ces œuvres montre l'importance croissante dunationalisme russe, composante d'un mouvementslavophile plus vaste, dans l'ensemble de la création artistique. L'œuvre dePouchkine, considéré comme le fondateur de lalittérature russe, a fourni l'intrigue d'une grande partie de ces opéras (notammentRousslan et Ludmilla,Eugène Onéguine,Boris Godounov,Le Convive de pierre,Le Chevalier avare,La Roussalka,La Dame de pique,Le Coq d'or).
Au cœur duSiècle d'or espagnol, qui connaît une floraison théâtrale, est représenté le premier opéra espagnol :La gloria de Niquea[5] (sur une musique deMatheo Romero, Juan de Palomares, Juan Blas de Castro et Álvaro de los Ríos) auPalais d'Aranjuez. Cette création en 1622 suit de peuRome, mais précèdeVenise dans l’expérimentation dugenre lyrique. La France et l’Allemagne devront encore attendre. Succède, en 1627,La selva sin amor[6], autre pièce théâtrale entièrement chantée sur unlivret deFélix Lope de Vega. L’œuvre fut exécutée auchâteau royal de l’Alcazar de Madrid. Peu après, c’est lePalais du Buen Retiro qui devient le réceptacle habituel des ouvrages lyriques de la cour espagnole. Ce palais madrilène, aujourd’hui disparu (à la suite de son incendie par l’Armée napoléonienne en déroute en 1808)[7], comportait un théâtre couvert à l’image de la toute nouvelle mode italienne. Car en ces temps, la péninsule italienne était en large partie sous la domination politique de l’empire espagnol. D’où, des échanges culturels et artistiques. Il sera même des compositeurs d’origine italienne qui écriront des œuvres lyriques pour l’Espagne à partir de livrets en espagnol, comme plus tardFrancisco Corradini (1700-1769) ouLuigi Boccherini (1743-1805).
Peu après la création de l’opéra en Espagne, naît un genre dérivé : lazarzuela, en 1648 avecEl jardín de Falerina[8], auPalais royal de la Zarzuela (aux environs deMadrid). La zarzuela se distingue de l’opéra (intitulé qui n’existait pas encore, en Espagne ni même en Italie) par l’introduction de passages parlés parmi les scènes chantées (comme pour l’opéra-comique français ou leSingspiel allemand, genres qui eux n’apparaîtront que plus d’un siècle après). Mais il est difficile de faire des catégories tranchées entre opéra espagnol et zarzuela, tant les hybrides abondent.
L'engouement pour l'opéra a permis de produire les premières œuvres littéraires enwallon, qui contribuèrent à conférer un statut respectable à cette langue. Les quatre livrets deSimon de Harlez, de Cartier, Fabry et Vivario, connus sous le nom de « théâtre liégeois », furent créés en 1756, et joués régulièrement sous l'Ancien Régime devant les princes invités enPrincipauté de Liège. Ils furent republiés par François Bailleux en 1854 et contribuèrent à la naissance de laSociété de langue et littérature wallonnes en 1856.
En 1757,Jean-Noël Hamal, formé à Liège et à Rome, a mis en musique ces opéras en wallon, dontLi Voyedje di Tchofontaine (Le Voyage deChaudfontaine)[17].
Le[18],[19], la démonstration à Paris de la première transmission de cinéma numérique parsatellite en Europe d'un long métrage cinématographique par Bernard Pauchon, Alain Lorentz, Raymond Melwig et Philippe Binant[20],[21],[22] ouvre la voie à l'application des télécommunications à l'industrie cinématographique et aux retransmissions par satellites[23] d'opéras dans les salles de cinéma[24].
En septembre 2005,Marc Welinski prend la direction d'un réseau de transmission par satellite (CielEcran) qui permet la retransmission d'événements diversifiés dans les cinémas : opéras, ballets, concerts[25]. Après le rachat par le GroupePathé en 2007, la société devientPathé Live, et retransmet notamment en direct les représentations duMetropolitan Opera de New York.
↑Éric-Emmanuel Schmitt, « Dans quelle langue chanter les opéras ? », surCLASSICA N°227,(consulté le) :« De la traduction à la trahison : Dans l’Absolu, tout opéra doit être exécuté dans la langue qui inspira le compositeur, aucun doute n’est permis (...) Pendant des siècles, on traduisit les oeuvres, particulièrement et intensément au XIXe où l’opéra jouissait de la popularité immense dont bénéficie maintenant le cinéma. Ainsi, les gens assistaient à une pièce chantée qu’ils comprenaient, drame ou comédie ; ils goûtaient du théâtre musical. Récemment, dans les années 1960, on préféra la version originale. Désormais, Wagner sonne allemand de Rome à Buenos Aires en passant par Londres, Dubaï ou Singapour. »
↑Cet opéra fut joué à Liège avecJules Bastin dans la distribution. Il en existe un enregistrement noir et blanc (sans sous-titres) qui a été diffusé par laRTBF (télévision) en décembre 1996, à la mort de Jules Bastin.