Professeur à l'université Columbia etmédecin consultant dans de nombreux hôpitaux new-yorkais, il a écrit plusieurs ouvrages sur différents cas cliniques qu'il a rencontrés au cours de sa carrière. Il atteint une notoriété mondiale grâce à ses œuvres devulgarisation décrivant les troubles du comportement observés dans les lésionscérébrales. Par ses récits composés d'une suite d'anecdotes qu'il rapporte et analyse, il rend ainsi accessibles ses conclusions auprès d'un grand public non spécialisé.
Oliver Sacks, né au nord de Londres, est le plus jeune enfant de Samuel Sacks, médecin, et de Muriel Elsie Landau, l'une des premières femmes exerçant le métier de chirurgien en Angleterre[2]. La famille de Sacks était très étendue, et on retrouve parmi ses cousins germains l'homme d'État israélienAbba Eban, l'acteur et réalisateurJonathan Lynn, ou encore l'économisteRobert Aumann. Deux de ses frères aînés, David et Marcus, sont devenus par la suite médecins généralistes.
Alors qu'il a six ans, son frère Michael et lui sont évacués de Londres afin d'échapper auBlitz : il est alors placé dans un pensionnat desMidlands, dans lequel il demeura jusqu'en 1943[2]. Il suit des cours à l'école St Paul à Londres. Il se passionne dans sa jeunesse pour lachimie, ainsi qu'il le raconte dans son autobiographieOncle Tungstène[3], pour la moto et l'haltérophilie. Grâce à ses parents il est attiré par la médecine, et intègreThe Queen's College de l'université d'Oxford en 1951[2], dans laquelle il reçoit en 1954 unbaccalauréat en arts (équivalent actuel d'une licence) en physiologie et biologie[4]. Toujours dans la même université, il passe unmaster en arts et reçoit les diplômes deBachelors of Medicine and Surgery, l'autorisant ainsi à pratiquer la médecine. Des difficultés affectives, dues au refus de sa mère d'accepter sonhomosexualité, le font sombrer quelque temps dans une addiction auxamphétamines, à la suite de laquelle il entame unepsychanalyse avecLeonard Shengold qu'il consultera pendant une cinquantaine d'années et auquel il dédiera en 1985 son recueilL'Homme qui prenait sa femme pour un chapeau[5]. Il évoquera en2012 ce moment douloureux de sa jeunesse dansHallucinations -L'odeur du si bémol : L'univers des hallucinations.
Sacks est nommé, en 1966, médecin consultant à l'hôpital Beth Abraham, dans leBronx, établissement destiné aux soins des maladies chroniques[6]. Il travaille dans cet hôpital avec un groupe de survivants à l'épidémie d'encéphalite léthargique des années 1920, personnes incapables de bouger par leurs propres moyens depuis des décennies[6]. L'étude de ces patients, et le traitement qu'il leur donne, donnera la matière de son livreL'Éveil (Awakenings)[6].
Sacks a également été instructeur, puis professeur en neurologie au collège de médecine Albert-Einstein de 1996 à 2007, et il a aussi été affecté à laUniversity Medical School de New York de 1999 à 2007. En, Sacks rejoint la faculté de l'université Columbia, en tant que professeur de neurologie et depsychiatrie[7].
Depuis 1966, Sacks a travaillé comme neurologue consultant dans diverses maisons de soins à New York, sous la direction desPetites Sœurs des pauvres ; il consulta également auBronx State Hospital de 1966 à 1991.
Les travaux de Sacks à l'hôpital Beth Abraham ont contribué au développement de l'Institute for Music and Neurologic Function[8]. En 2000, cet institut a honoré le travail de Sacks en lui attribuant le premierMusic Has Power Award[9]. L'institut a en 2006 remis à nouveau unMusic Has Power Award à Sacks, afin de commémorer « ses 40 années de service à Beth Abraham, et d'honorer sa remarquable contribution à lamusicothérapie, et aux effets de la musique sur le cerveau humain »[10].
Depuis 1970, Oliver Sacks écrit plusieurs livres sur son expérience avec ses patients. Ses livres sont actuellement traduits dans 25 langues. En outre Sacks a collaboré régulièrement aux magazinesThe New Yorker etThe New York Review of Books, ainsi qu'à d'autres publications médicales, scientifiques ou généralistes[11],[12],[13]. Il a reçu en 2001 le prix Lewis Thomas, qui récompense les écrivains scientifiques[14].
Les travaux de Sacks ont été présentés dans un« plus large éventail de médias qu'aucun autre auteur médical contemporain[15] » et en 1990, leNew York Times affirme« [qu']il est devenu une sorte de poète lauréat de la médecine contemporaine[16]. » Sa description de personnes qui sont contraintes de s'adapter à leurs conditions et maladies neurologiques, éclaire souvent sur les moyens par lesquels un cerveau normal réagit à la perception, sur la mémoire et sur l'individualité.
Sacks décrit ses « affaires » avec une profusion de détails narratifs, se concentrant sur ce que ressent le patient (dans son livreSur une jambe, il est d'ailleurs lui-même le patient décrivant sa propre expérience). Bien que ces maladies neurologiques décrites soient dans la plupart des cas incurables, ces livres nous montrent des patients capables de s'adapter à leurs conditions[18]. Son livre le plus célèbre,L'Éveil, adapté au cinéma en 1990 dans lefilm du même nom, décrit le cas de patients atteints de séquelles d'encéphalite léthargique, sur lesquels il teste un nouveau médicament, laL-DOPA[6].L'Éveil fut également traité dans la série de documentaires réalisés en 1974 pour la télévision britannique,Discovery. Enfin,L'éveil a aussi inspiré au dramaturge britanniqueHarold Pinter un drame en un acte intituléUne sorte d'Alaska.
En ce qui concerne ses autres livres, plusieurs s'intéressent à des patients atteints de lamaladie de Gilles de la Tourette ou de lamaladie de Parkinson. Son essaiL'Homme qui prenait sa femme pour un chapeau, publié dansle livre homonyme, traite le cas d'un homme atteint d'agnosie visuelle liée à uneatrophie corticale postérieure, et inspire en 1986 un opéra àMichael Nyman. Son essaiUn anthropologue sur Mars, récompensé par unprix George-Polk comme meilleur reportage dans un magazine, décrit le cas exemplaire du professeurTemple Grandin, une autiste de haut niveau.Des yeux pour entendre : voyage au pays des sourds (Seeing Voices), un livre publié en 1989, couvre une large palette de problèmes liés à la surdité.
DansL'Île en noir et blanc, Sacks présente l'île dePingelap, où la population présente un taux anormalement élevé d'achromatopsie. Cette maladie génétique, dont les principaux symptômes sont une absence totale de vision des couleurs, une forte photophobie et une acuité visuelle très réduite, touche entre 8 et 10 % de sa population, contre 1/33 000e en Occident. Dans la seconde partie du livre, il décrit le peupleChamorro de l'île deGuam, qui souffre d'un taux anormalement élevé de la maladie neurodégénérative connue sous le nom deLytico-bodig (une combinaison desclérose latérale amyotrophique (SLA), du syndrome de Parkinson et dedémence). En collaboration avec le botaniste Paul Cox, Sacks publie un article suggérant de possibles causes environnementales à la maladie, notamment la toxineβ-N-Méthylamino-L-alanine (BMAA) contenue dans les noix decycadophyta, qui s'accumule parbiomagnification chez des animaux tels que laroussette[19],[20].
DansMusicophilia publié en 2008, Sacks décrit le cas de Tony Cicoria, un chirurgien de 42 ans non musicien, qui, lorsqu'il se retrouve frappé par la foudre, développe une passion pour le piano[21]. Oliver Sacks s'interroge sur les aspects biologiques des compétences musicales[22].
Une partie de la communauté médicale critique Oliver Sacks, notamment dans les années 1970 et 1980, sur le fait que son travail à propos deL'Éveil ne suit pas un modèle quantitatif avec des tests en double aveugle.Le chercheur Makoto Yamaguchi a remis en question la description qu'il donne des capacités desautistes savants. Cette critique est partagée parDaniel Tammet[réf. souhaitée]. Quant àArthur K. Shapiro, décrit comme« le père de la recherche moderne sur les tics », il dit ironiquement d'Oliver Sacks qu'il a« bien plus de talent pour l'écriture que pour la médecine. » Howard Kushner, auteur deA Cursing Brain?: The Histories of Tourette Syndrom, commente cette critique en disant que Shapiro« met en contraste son travail clinique rigoureux avec l'approche idiosyncratique de l'investigation clinique, fondée sur des anecdotes, de Sacks. »
Son positionnement éthique et politique a régulièrement été la cible d'attaques. Si Sacks est décrit par beaucoup comme un écrivain et médecin doué d'une« grande compassion », d'autres n'hésitent pas à le suspecter de tirer parti de ses patients : Tom Shakespeare, un chercheur britannique et défenseur des droits des handicapés, l'a surnommé« l'homme qui prenait ses patients pour une carrière littéraire. » Cette critique trouve un écho dans le personnage caricatural joué parBill Murray dansLa Famille Tenenbaum. Sacks lui-même a déclaré :« Je souhaite que ceux qui me lisent voient le respect et la considération (que je porte à mes patients, NdT), et non pas un quelconque désir de faire de l'exhibitionnisme ou du sensationnalisme, (soupir) mais c'est une affaire délicate. »
En 2015 il se présente comme « racontant beaucoup d'histoires, certaines drôles, certaines tragiques, certaines vraies, certaines fausses[23]. »
« « The sense of the brain's remarkable plasticity, its capacity for the most striking adaptations, not least in the special (and often desperate) circumstances of neural or sensory mishap, has come to dominate my own perception of my patients and their lives. » »