La Nouvelle-Russie, telle qu'elle est revendiquée en 2016 par Pavel Goubarev (incluant laTransnistrie et laGagaouzie) et par le « Parti de la Nouvelle Russie » : en vert foncé, les oblasts de Donetsk et Lougansk.
Dans un sens plus restreint, la Nouvelle-Russie, aussi nomméeUnion des républiques populaires (Союз народных республик,Soïouz narodnykh respoublik) fut un projet d'État non officiel russophone qui devait réunir les deuxentitéssécessionnistes de larépublique populaire de Donetsk et de larépublique populaire de Lougansk, soit au moins le territoire duDonbass (extrême est de l'Ukraine). Le concept aurait été théorisé par Pavel Goubarev, gouverneur autoproclamé de la RPD de mars à novembre 2014[3]. Les autorités russes vont sembler embrasser le projet dans un premier temps[4] mais il est plus ou moins officiellement abandonné le[5].
Le nom Nouvelle-Russie, a désigné administrativement la région au sens large sous l'empire tsariste mais l'origine du concept d'une union politique des russophones situés hors des frontières de la fédération de Russie remonte sans doute à l'éclatement de l'Union soviétique entre 1989 et 1991, et aux craintes de conflits nationalistes et ethniques qui en découlait[6]. En 2014 le concept réapparait spontanément comme option maximaliste chez certains Ukrainiens russophones inquiets dans une Ukraine divisée par les événements de larévolution ukrainienne de 2014[7]. Quelques mois plus tard ont lieu l'insurrection d'une partie du Donbass et la proclamation de l'indépendance du Donbass à la suite de l'annexion de la Crimée. C'est le commencement d'une longue guerre contre le pouvoir ukrainien, laguerre du Donbass, où la Russie apporte un soutien militaire aux séparatistes mais pas ouvertement. En dehors de son soutien officiel, le soutien russe à la publicité et à la propagande autour du projet est massif dans le monde russophone et à destination de l'étranger[7],[8]. En février 2022, le concept de Nouvelle-Russie est intégré aux projets d'expansion deVladimir Poutine, qui reconnaît alors officiellement l'indépendance des républiques du Donbass. Il devient officiellement le but à atteindre pour l'armée russe après ses échecs dans le nord de l'Ukraine pour prendreKiev rapidement et faire tomber le gouvernement, lors du lancement de la seconde phase de son offensive.
C'est dans le cadre du concept de Nouvelle-Russie que quatreréférendums d'auto-détermination sont tenus dans quatre régions d'Ukraine au sujet de leur adhésion à la Fédération de Russie, y compris deux qui ne comptaient pas de mouvements indépendantistes ou rattachistes avant la guerre.
Ces territoires sontofficiellement intégrés en tant que nouveauxoblasts russes le 5 octobre 2022[9]. Étant simplement rattachés audistrict fédéral du Sud, sans autre spécificité que celui de territoire disputé avec l'Ukraine, le projet de création d'un tel État fantoche, suivant le modèle de laBiélorussie de Loukachenko, ne semble plus à l'ordre du jour.
L'annexion est dénoncée par l'Union européenne, qui la juge illégale[10]. Elle est condamnée par de nombreuses résolutions et déclarations de l'ONU (dont la Fédération de Russie est membre)[11].
Historiquement, laNouvelle-Russie, ou Novorossia, est le nom d'un territoire de l'Empire russe formé en 1764 sur les steppes du nord de lamer Noire. L'Empire russe organisa la colonisation de la région par des colons de différentes nationalités. La région perd son nom lors d'une réorganisation administrative en 1802 et son territoire est plus tard intégré à larépublique socialiste soviétique d'Ukraine. À la suite de l'effondrement de l'URSS, le nom de Nouvelle-Russie / Novorossia commença à être réutilisé dans des appels à l'indépendance des régions correspondant au territoire historique[12].
Le nom de Nouvelle Russie rentra rapidement dans l'usage parmi les manifestants anti-Maïdan à la suite de l'« Euromaïdan » avec la création d'un compteTwitter « Novorussiya », lequel a gagné plusieurs milliers defollowers lors de son premier week-end[12]. Au milieu de négociations à Genève sur la résolution des troubles grandissants dans le sud et l'est de l'Ukraine, le président russeVladimir Poutine a noté lors d'une séance de questions-réponses à la télévision que les parties sud et est de l'Ukraine faisaient partie de la Nouvelle Russie et n'avaient été intégrées à l'Ukraine qu'en 1920, insinuant que cette décision était erronée[13].
Les journalistes internationaux présents lors de la journée des référendums du 11 mai 2014 déclarèrent que ces votes ne remplissent pas toutes les garanties démocratiques[15] etRanko Krivokapić, président de l'OSCE, défendait qu'un vote organisé dans ces conditions ne pourrait être considéré comme libre, équitable, et reconnu par la communauté internationale, dans la mesure où il se déroulerait dans« un climat de peur, de violence et d'anarchie qui éloignerait sûrement beaucoup de personnes des bureaux de vote[16] ». Les résultats n'ont pour l'heure pas été reconnus internationalement, ni par l'UE[17], ni par les États-Unis[18], ni par aucun État membre de l'Organisation des Nations unies. La Fédération de Russie[19] s'est initialement abstenue de toute reconnaissance officielle mais, le 21 février 2022, son présidentVladimir Poutine a déclaré les reconnaître afin de justifier soninvasion de l'Ukraine lancée le 24 février.
Drapeau de la Nouvelle-Russie.Drapeau militaire.
L'idéologue et principal artisan de la constitution d'un État de Nouvelle-Russie est l'ukrainienPavel Goubarev, gouverneur de larépublique populaire de Donetsk de mars à novembre 2014. L'intellectuel nationaliste russeAlexandre Douguine considère que cet État futur permettrait une renaissance de la culture, de l'esprit et de l'identité russe[20]. Dimitri Trénine, directeur duCarnegie Moscow Center en 2014, affirmait l'existence en 2003 déjà de réflexions« pas véritablement académiques » au sujet d'une région prorusse, formée à partir des régions méridionales sécessionnistes de Kiev, en réponse aux volontés d'intégration de l'Ukraine dans l'OTAN formulées à cette époque[12].
Lesrépubliques populaires deDonetsk et deLougansk couvrent approximativement et respectivement la moitié desoblasts ukrainiens deDonetsk et deLouhansk : leur union a été proclamée le 22 mai 2014 et des accords ont été signés le 24 mai entre les dirigeants des deux entités[21],[22].
Comme laTransnistrie, la Nouvelle-Russie n'est pas reconnue par laRussie qui incline plutôt vers unefédéralisation de l'Ukraine (comme de la Moldavie) que vers une partition (de toute façon refusée par le président ukrainienPorochenko). La Russie considère que son annexion de larépublique autonome de Crimée est un cas différent, justifié, selon Moscou, par l'homogénéité de sa population et par la présence de la flotte russe àSébastopol, incompatible avec l'intégration éventuelle de l'Ukraine à l'OTAN.
En mai2015, Alexander Kofman, ministre des affaires étrangères de la république populaire de Donetsk, indique lui-même que le projet est gelé. Il mentionne le manque de personnalités politiques pour soutenir celui-ci, et déclare aussi ne pas vouloir l'imposer au villes deKharkiv,Zaporijjia etOdessa[29]. Le projet n'était plus soutenu par Moscou, qui demande que les territoires contrôlés par les rebelles restent une partie de l'Ukraine[29].
Oblasts partiellement sous contrôle de la Nouvelle-Russie
Oblasts revendiqués par la Nouvelle-Russie
La Crimée, annexée par la Russie.
Le territoire faisant partie actuellement de laNouvelle-Russie, selon son droit propre, est celui de ses républiques constitutives : larépublique populaire de Donetsk, sur le territoire de l'oblast de Donetsk, et larépublique populaire de Lougansk, sur le territoire de l'oblast de Louhansk. La Nouvelle-Russie couvrirait ainsi leDonbass ukrainien, partie la plus orientale de l'Ukraine, même si en pratique elle n'en contrôle qu'une fraction. L’union aurait des frontières avec l'Ukraine à l'ouest, la Russie au nord et à l'est, ce qui offrirait, en principe, une ouverture sur lamer d'Azov au sud.
↑Ouest France -Guerre en Ukraine : L'armée russe vise le contrôle total du Donbass et du sud de l'Ukraine - 22/04/2022 - Général Roustam Minnekaïev, commandant adjoint des forces du District militaire du Centre de la Russie :« Depuis le début de la deuxième phase de l’opération spéciale, phase qui a commencé il y a deux jours, l’un des objectifs de l’armée russe est d’établir un contrôle total sur le Donbass et le sud de l’Ukraine. Cela permettra d’assurer un couloir terrestre vers la Crimée, ainsi que de peser sur des infrastructures vitales de l’économie ukrainienne, les ports de la mer Noire à travers lesquels se font les livraisons de produits agricoles et métallurgiques. Le contrôle du sud de l’Ukraine, c’est également un couloir vers la Transdniestrie, où on observe également des cas d’oppression de la population russophone. »