LaNouvelle-Guinée occidentale est la partie occidentale de l'île deNouvelle-Guinée appartenant à l'Indonésie, l'autre partie, orientale, étant constituée de l'État souverain dePapouasie-Nouvelle-Guinée. Depuis 2022, elle est constituée de six provinces. Elle a connu différents noms au cours du temps,Nouvelle-Guinée néerlandaise jusqu'en 1962 etIrian Jaya jusqu'en 2002, mais le nom adopté depuis 1961 par les indépendantistes papous est laPapouasie Occidentale (traduction française deWest Papua)[1]. L'Indonésie la nommePapua depuis 2002.
La légitimité de l'incorporation de la Nouvelle-Guinée occidentale au territoire indonésien en 1969 demeure controversée. Elle est rejetée par une grande majorité des Papous[2].
Cette région qui constitue 22 % du territoire indonésien n'est que faiblement peuplée, ne comptant en 2010 que 3 593 803 habitants contre 237 millions pour l'ensemble de l'archipel indonésien (soit 1,5 % de la population totale). Elle est formée d'un ensemble de territoires le plus souvent très difficile d'accès et peuplée comme la partie orientale de l'île de populations majoritairementpapoues. Sa position excentrée, ses traits culturels, historiques et géographiques en font une région à part de l'Indonésie.
La population locale espère un référendum pour l'autodétermination[2], comme ce fut le cas à la fin des années 1990 auTimor oriental occupé également par l'Indonésie.
Il y a environ 21 000 ans, laNouvelle-Guinée était reliée à l'Australie, formant la masse continentale appelée "Sahul". L'Australie avait été peuplée il y a au moins 60 000 ans par des migrationsmélanésiennes depuis le sud de l'actuel continent asiatique. Ces migrations avaient été possibles car à l'époque, le niveau des mers était plus bas qu'actuellement, et le continent australien était alors relié au continent asiatique. Des migrations avaient également pu avoir eu lieu directement de l'Asie vers la Nouvelle-Guinée et lesîles Salomon. Il y a 5 000 à 6 000 ans, le niveau des mers est remonté pour atteindre la situation actuelle, coupant les populations de la Nouvelle-Guinée du continent asiatique et empêchant d'autres migrations pour un certain temps.
Carte de la Nouvelle-Guinée occidentale des années 1720
En 1660 la VOC (Vereenigde Oostindische Compagnie, c'est-à-dire laCompagnie néerlandaise des Indes orientales), présente dans les Moluques depuis 1605, reconnaît la suzeraineté dusultan de Tidore, alors un des principaux États de l'est de l'archipel indonésien, sur les Papous.
Les Hollandais vont surtout arriver à partir de 1885, et encore, de manière modeste. Entre 1900 et 1910, ils vont fixer et établir les frontières définitives du territoire, avec les Allemands et les Anglais, qui colonisaient l'Est des territoires Papous.
À la fin des années 1940, les Pays-Bas reconnaissaient encore la suzeraineté de Tidore sur une partie du nord du territoire[5].
Lacorvette "Triton" en route vers la Nouvelle-Guinée occidentale en 1828Fort Du Bus en 1828Carte américaine de 1842 montrant entre autres que la Nouvelle-Guinée occidentale est également appelée "Papua"
En 1826 Pieter Merkus, gouverneur hollandais desMoluques, a vent de rumeurs d'une installation des Anglais sur la côte de la Nouvelle-Guinée quelque part à l'est desîles Aru. Il envoie une expédition pour explorer cette côte jusqu'à l'île deDolak[6]. En 1828, les Hollandais établissentFort Du Bus à l'emplacement de l'actuelle ville deLobo, essentiellement pour empêcher toute autre puissance européenne de prendre pied enNouvelle-Guinée occidentale. Le poste est abandonné en 1836.
Les 6afdelingen (circonscriptions) de la Nouvelle-Guinée néerlandaise
En 1872, Tidore reconnaît la souveraineté du royaume desPays-Bas.
Après laPremière Guerre mondiale, la Papouasie orientale est administrée par l'Australie, tandis que la Papouasie occidentale devient un lieu où lesHollandais internent les nationalistesindonésiens, dans le camp de Boven Digul.
La Nouvelle-Guinée occidentale, objet de contentieux
Pendant laSeconde Guerre mondiale, les Japonais débarquent dans le nord-ouest de l'île. Le 17 août 1945,Soekarno etHatta proclament l'indépendance de l'Indonésie. Les Hollandais reviennent. Il faudra encore quatre années de luttes pour qu'ils reconnaissent à leur tour l'indépendance indonésienne.
En juillet 1946, les Néerlandais organisent uneconférence dans la station de montagne de Malino dans lesud de Célèbes. Ils obtiennent le soutien de Bornéo et du Grand Est. À la conférence est présent un représentant papou,Frans Kaisiepo. Sa position est que « la Nouvelle-Guinée occidentale ne devait pas être séparée du “Grand Est” (Timur Besar) » de l'archipel indonésien[7].
Durant les années 1950, les discussions sur le territoire se poursuivront entre les deux parties, sans progrès. La question de l'« Irian », nom que les Indonésiens donnent au territoire (le mot veut direau-dessus des nuages dans la langue de l'île deBiak, d'où l'on voit surgir les montagnes de Nouvelle-Guinée), amène à une détérioriation des rapports entre l'Indonésie et les Pays-Bas. En même temps, en ces années où éclatent de nombreuses rébellions séparatistes, elle permet de mobiliser la population indonésienne autour d'un thème unificateur.
En 1957, lesNations unies échouent à faire passer une résolution demandant aux Néerlandais de régler la question de l'Irian. L'Indonésie rompt les relations diplomatiques avec les Pays-Bas en 1960.
Sur le front de la politique indonésienne, le 5 mars 1960, le présidentSoekarno dissout l'Assemblée délibérative du peuple (Dewan Perwakilan Rakyat, DPR,Parlement) issu des élections de 1955 (les premières de l'histoire de la république) et crée un nouveau parlement : leDPR Gotong Royong (DPR « de l'entraide mutuelle »). Le parti islamisteMasyumi, qui détenait 21 % des sièges dans l'ancien DPR, est interdit. En revanche, leParti communiste indonésien (PKI) étend son influence politique dans le pays.
Le 18 décembre 1961, Soekarno lance une campagne de « libération de l'Irian ». Les effectifs de l'armée augmentent de façon importante, atteignant 330 000 hommes en 1962. À cette époque, Soekarno se rapprochait du bloc communiste. L'Indonésie achète des armes à l'Union soviétique. La campagne pour l'Irian est l'occasion pour leParti communiste indonésien (PKI) de recruter et d'étendre son influence.
Le président indonésienSoekarno rencontre des dirigeants papous en 1963
Les intérêts économiques américains sont privilégiés. En avril 1967, la junte militaire indonésienne accorde à Freeport Sulphur (aujourd'huiFreeport-McMoRan) le droit de prospecter les immenses gisements cuprifères et aurifères des mines d'Ertsberg et deGrasberg — plus grande mine d'or et l'une des principales mines de cuivre au monde[8].
En 1969, Soeharto organise l'« acte de libre choix », unréférendum convenu avec les Nations unies lors du transfert du territoire. Les votants sont 1 054 chefs locaux triés sur le volet, qui votent sous la contrainte des militaires indonésiens pour le maintien dans l'Indonésie[9].
Les Papous contestent ce référendum, la colonisation indonésienne (notamment autour des ports du nord) et les conditions d’exploitation de lamine de Grasberg, les expropriations qu’elle a provoquées, la déforestation massive et la pollution des cours d’eau qu’elle cause, la répartition des royalties (un milliard de dollars au gouvernement indonésien, 65 millions au gouvernement provincial).
Le gouvernement indonésien, qui doit faire face à plusieurs autres tendances séparatistes (Aceh àSumatra,Kalimantan sur l’île deBornéo,Ambon dans lesMoluques, et la récente indépendance duTimor oriental) et extrémistes (islamistes à Sumatra et Java), craint que le pays ne se désintègre, et répond par un renforcement des troupes en Papouasie. Le chef du mouvement indépendantiste,Theys Eluay, est assassiné par les forces spéciales indonésiennes en 2001[9]. Cette même année, le gouvernement a promulgué une loi accordant à la province un statut d'autonomie spéciale. Certains leaders indépendantistes Papous demandent que la Papouasie Occidentale soit placée sous Tutelle de l'ONU à défaut d'indépendance.
Après la répression violente des manifestations de mars 2006, une quarantaine d’indépendantistes ont demandé l’asile politique à l’Australie.
À partir d'aout 2019 la province est secouée par un important mouvement de protestation à la suite de l'attaque d'une résidence étudiante par des nationalistes indonésiens. Les autorités font déployer 6 000 soldats supplémentaires dans une province qui comptabilise déjà près d'un policier pour cent personnes[8].
La jungle couvre presque tout le territoire aux vallées encaissées. Les côtes sont basses et marécageuses au Sud-Est, échancrées dans legolfe d'Irian et bordées d'îles au Nord.
La Nouvelle-Guinée occidentale est dotée d'un grand nombre de ressources naturelles et minières. Les populations locales se nourrissent de cultures de subsistance sur brûlis à l'intérieur des terres, tandis que les cultures commerciales depalmiers à huile, denoix de muscade et decacao occupent la majeure partie des terres côtières.
Par ailleurs, la région compte de nombreuses mines, notamment denickel dans l'île deWaigeo et decobalt. Ses mines d'or et decuivre sont parmi les plus productives au monde, dont lamine de Grasberg.
La région de Nouvelle-Guinée occidentale est peu densément peuplée, puisqu'elle compte un peu plus de 3,5 millions d'habitants en 2010. Toutefois, c'est la région d'Indonésie qui connaît la plus forte croissance démographique[12]. En l'an 2000, la région comptait 2 220 900 habitants, soit une croissance de 61,8 % sur dix ans. Dans le même temps, la population indonésienne totale a connu une croissance de seulement 15,1 %.
Les habitantsautochtones sont traditionnellement appelésPapous, bien qu'ils ne parlent pas tous deslangues papoues. Les politiques indonésiennes detransmigration depuis les îles les plus peuplées du pays, en particulierJava, ont sensiblement changé la démographie de ce territoire. On estime ainsi que plus d'un tiers de la population totale n'est plus d'origine papoue.
Depuis 1963, le néerlandais, langue de l'ancien colonisateur n'est plus enseignée, et on ignore s'il reste des locuteurs de nos jours. L'anglais n'est pas très développé, car la région connait des mouvements indépendantistes, avec des faits armés, et où l'armée indonésienne est très présente, ce qui ne favorise pas le tourisme. Pour accéder à la Nouvelle-Guinée occidentale, les visiteurs doivent demander une autorisation, rarement accordée, et justifier le sens et l'objectif de leur visite. L'État indonésien souhaiterait étendre le tourisme en cette région, mais les événements ne le permettent pas.
On compte pour l'ensemble de la Nouvelle-Guinée occidentale 271 langues vivantes, dont 2 sont des secondes langues, non-maternelles[13].
Les langues de la province appartiennent à deux ensembles distincts :
Les principales religions d'après le recensement de 2000 sont le christianisme (78 %, dont protestantisme 54 % et catholicisme 24 %), l'islam (21 %), l'hindouisme et le bouddhisme (1 %).
↑Gabriel Defert,L'Indonésie et la Nouvelle-Guinée occidentale: maintien des frontières coloniales ou respect des identités communautaires,L'Harmattan, Paris, 1996,p. 133