La nostalgie de l'Union soviétique, opinion positive envers le passé soviétique, y compris par des personnes nées après 1991 et n'ayant pas connu la réalité dusystème soviétique, est due à plusieurs facteurs[4],[5],[6],[7],[8],[9],[10] :
la période soviétique correspond à la jeunesse de nombreuses générations, or lessouvenirs de jeunesse sont naturellement magnifiés ;
ces générations s'étaient adaptées àce régime et savaient y vivre et y survivre, tandis que les règles (ou l'absence de règles) dupost-communisme les a désorientées : comme le soulignaitLev Goudkov directeur duCentre analytique Levada,« Les gens ont tendance à idéaliser le passé. Ils oublient le déficit, la pauvreté, la répression, à l'époque de l'URSS. Ils expriment davantage un sentiment de mécontentement par rapport à la situation actuelle »[3] et notamment en raison de la perte du statut de grande puissance égale aux États-Unis après 1991, jamais acceptée par les autorités russes[9] ;
durant la période soviétique, ladictature bien structurée duPCUS et duKGB entretenait certes uneinsécurité politique, mais offrait en compensation la sécurité économique de l'économie planifiée d'État qui ne laissait personne sans emploi, tous les actifs étant fonctionnaires puisqu'il n'existait pas d'entreprises privées[11] ; cette économie d'État était en outre doublée d'uneéconomie informelle nécessaire à la survie, qui tissait entre les citoyens desréseaux desolidarité et des relations amicales[11]. Depuis ladislocation de l'URSS en revanche, latransition socio-économique vers l'économie de marché a inauguré une insécurité économique aléatoire et imprévisible qui ne s'est accompagnée ni d'unedémocratisation politique ni d'une compensation des retraites et des salaires à la montée des prix, de sorte que leniveau de vie de la majorité de la population baissa.
la nostalgie de l'Union soviétique peut aussi exprimer le rejet de la frénésie de consommation, de l'étalage de richesses et de l'égoïsme desoligarques, alors que leurs prédécesseurs de lanomenklatura communiste (qui sont souvent leurs ascendants) étaient beaucoup plus discrets, et souvent plus « partageurs » dans les réseaux de l'économie informelle ;
l'absence d'untravail de mémoire historique et juridique sur les conditions difficiles de vie en vase clos au sein de l'ex-empire soviétique avec la répression politique et idéologique permanente, participe à une idéalisation de ce dernier, doublée d'un sentiment de nostalgie sur une puissance surestimée[10]; les actions entreprises par le pouvoir politique russe, comme la manifestation duRégiment Immortel, visent à rendre aux Russes la fierté de leur passé soviétique[13], contribuent à cultiver la nostalgie de l'URSS et de son empire, source alorsd'expansion territoriale[13],[14] en occultant, par la fermeture des archives et lacensure, ses côtés sombres comme le système duGoulag, lesprocès truqués, larussification des pays voisins. Viatcheslav Bakhmine, co-président dugroupe Helsinki de Moscou déclarait que« toute la politique du pays aujourd'hui vise à glorifier le passé de l'Union soviétique, dans lequel nous étions forts, puissants, sur un pied d'égalité avec les autres grandes puissances, et nous pouvions dicter notre position. Ce message est diffusé par les médias qui dominent dans notre pays » ;
Sans forcément idéaliser le passé soviétique, la nostalgie de cette période peut exprimer un rejet des idées et des valeurshumanistes modernes, perçues comme étrangères aux racines identitaires de la « Russie éternelle » (nationalisme,suprémacisme russe,homophobie,christianisme orthodoxe…) tout comme, à l'époque soviétique, elles étaient présentées comme« factices » et contraires aucommunisme[19]. Ce rejet maintient laRussie, sesÉtats-satellites (soit la plupart de ses voisins, autres que laFinlande, lespays baltes et l'Ukraine) dans un modèle politique et social qui n'intègre pas les règles desdroits de l'Homme, dudroit, de ladémocratie et de lajustice sociale ; ce modèle considère les valeurs universelles (parce qu'elles répondent auxbesoins fondamentaux de tout être humain, quelles que soient ses origines et sa culture[20]) comme une ruse ducapitalisme pour asservir les peuples, une idéologie exclusivement occidentale et inadaptée aux pays de l'espace post-soviétique[21] ; laChine communiste partage ces positions en cultivant toujours officiellement la mémoire dumaoïsme, même si elle déroge aujourd'hui à la plupart des principes duPetit livre rouge[22].
« I think most of us simply concluded that this is a kind of nostalgia politics. But I think most of us didn’t see or didn’t want to conclude that this [Russian] obsession with history was actually ablueprint for war. »
« Je pense que la plupart d'entre nous ont simplement conclu qu'il s'agissait d'une sorte de politique nostalgique. Mais je pense que la plupart d'entre nous n'ont pas vu ou n'ont pas voulu croire que cette obsession [russe] pour l'histoire était en fait un plan pour la guerre. »
Il faut également noter que si le phénomène est important en Russie, en revanche, comme le rappelle Galina Polonskaya, correspondante d'euronews à Moscou :"Plusieurs anciennes Républiques de l'URSS se sont radicalement éloignées du modèle soviétique,les symboles de ce passé étant interdits. Ce n'est pas le cas en Russie où les autorités affirment que l'ère soviétique fait partie de l'histoire de la Russie et qu'elle ne doit pas être effacée"[3].
Ceci est du au fait qu'aucun travail historique sur la déliquescence de l'État russe à partir de 1991 ou de procédures judiciaires n'ont été effectués sur les crimes de lapériode soviétique, à la différence des pays européens engagés dans une déconstruction des romans nationaux[14],[13],[10].