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Le terme degoy ougoï (héb.גוי,nation) apparaît dans laTorah afin de désigner une « personne non juive »,Mais ce mot est également utilisé dans la torah pour parler du peuple juif "goy kadosh" peuple saint[Où ?]. LeDictionnaire encyclopédique du judaïsme donne au mot goy la signification degentils, du latin "gentiles", c'est-à-dire de non-Juifs et stricto sensu de nation selon[1], ensemble de personnes déracinées de leurs identités ethniques au profit d'une institution politique (État).
Le pluriel du mot goy est « goyim » ou « goym »[2] ou « goys »[3] est admis dans des dictionnaires français depuis les années 1980 — terme présent dans leGrand Dictionnaire encyclopédiqueLarousse de 1985, avec une connotation péjorative[pourquoi ?][2].
Le sens du terme a évolué selon les époques, l'usage biblique du terme n'étant ainsi ni celui duTalmud, ni celui de la période contemporaine[4] selonGeoffroy Wigoder, directeur duDictionnaire encyclopédique du judaïsme, Les éditions du Cerf, 1993.

La première référence à ce mot estbiblique : dans laGenèse (10:5), le plurielgoyim (גוים) est employé pour désigner les nations, plus souvent non israélites. Il peut être utilisé pour désigner Israël, notamment lorsque Dieu promet àAbraham de faire de sa descendance un « grand peuple » (goy gadol - Gen. 12:2) et à Israël de devenir une nation sainte (goy kadosh —Exode 19:6)[4].
Le termegoy apparaît plus de 550 fois dans leTanakh. Il se réfère le plus souvent au peuple d'Israël dans les premiers livres[Où ?] puis, moins souvent et en particulier dans les derniers livres, aux autres peuples[4]. La traduction parfois adoptée en français est de parler des serviteurs pour désigner les nations non juives[Où ?]. La mention de Goyim dans Genèse 14:1 n'est généralement pas traduite, et désigne, selon certains[Qui ?], lesGutis[5].
Qu'il soit au singulier, ou au pluriel, le motgoy renvoie toujours à une collectivité, jamais à des individus. Des non-Israélites ou non-Juifs commeRuth,Laban ouAbimelekh sont désignés en fonction de leur pays d'appartenance. Le terme désignant un étranger estnokhri[6], également traduit paresclave ouimpure.
Le termegoyim est calqué en grec, tant dans laSeptante que dans leNouveau Testament, selon le termeethnè, qui a le même double sens. Il signifie la plupart du temps, d'après le contexte, les « non Juifs »[7].
LesTalmuds ont été compilés à une époque où les Juifs avaient perdu leur autonomie politique et territoriale. Ils étaient en contact fréquent avec desGentils, d'où l'importance que ceux-ci tiennent dans ces sommes de tradition rabbinique. Le motgoy désigne désormais non seulement les nations, mais aussi les individus ; il acquiert même la forme féminine,goya[8],[4]. Quant au rôle desgoyim ou leur représentation aux yeux des Sages,
« [il] est important, ditLeo Rosten en définissant le termegoy[9], de noter que l'idée de respect d'autrui et des valeurs de la société pluraliste sont partie intégrante dujudaïsme. Les rabbins enseignaient que tous les hommes sont égaux devant Dieu, s'ils respectent Sa volonté[10]. »
En effet, selonShimon ben Azzai (en)[11], le principe le plus important de laTorah est « Ceci est le livre des générations d'Adam etc[12]. » Il n'y a qu'un homme, dont descend toute l'humanité,enfants d'Israël comme ceux des 70 nations[13].
Étrangers au peuple juif, lesgoyim ne sont pas pour autant dispensés de leur part dans le monde à venir[Quoi ?]. N'ayant pas reçu la Torah, ils ne sont pas astreints au joug de sesmitzvot (prescriptions),qu'une tradition rabbinique évalue à 613. La même tradition rabbinique déduit de deux versets de laparashat No'ah (Genèse 9:4-6) sept prescriptions, énoncées dans leTalmud[14] :
Ces sept prescriptions, appeléeslois noahides, passent pour être l'alliance contractée par Dieu avec Noé et ses fils. Elles sont donc pour lejudaïsme les plus générales et les plus anciennes et sont supposées s'appliquer à l'ensemble de l'humanité, puisque celle-ci tout entière descend, selon la Bible, de Noé[4]. Lesenfants d'Israël en sont une branche apparue postérieurement etchoisie par Dieu pour recevoir Sa Loi, ainsi que ses commandements plus nombreux.
Lehassid oumot haolam, « juste parmi les nations[15] » est celui qui respecte ces sept lois noa'hides et a donc sa part aumonde à venir[16], quand les Juifs doivent en observer six cent treize. Dieu est supposé avoir un attachement particulier pour Son peuple, et Sa miséricorde compense la difficulté[Quoi ?].
Au Moyen Âge, chrétiens et juifs convertis au christianisme lancent des accusations envers le Talmud au cours dedisputations publiques, disant y trouver des passages démontrant le rejet inhérent au judaïsme envers lesgoyim. Certaines reviennent de façon récurrentes :
La première de ces accusations, qui connaîtra une grande longévité puisqu'elle figure encore dans leprocès de Mendel Beilis auXXe siècle, repose sur une citation deKeritot 6b, réitérée dans Yebamot 61a : « Vous êtes nommésadam (homme), et les nations du monde ne sont pas nomméesadam ».
Ce passage duTalmud rapproche en fait deux versets bibliques,Lévitique 18:5 qui porte le termeha-adam, c'est-à-dire l'homme en général et Ézéchiel 3/fr4:31, dans lequel figureadam, c'est-à-dire, selon le Talmud,Adam, la lignée messianique qui descend du premier homme au fils de l'Homme, seule soumise à l'ensemble des lois de la Torah[17].
L'accusation chrétienne se base donc sur une traduction identique de deux termes différents,ha-adam etadam, qui se lit « Vous êtes nommésadam (homme), et les nations du monde ne sont pas nomméesha-adam » (la lignée messianique soumise à laHalakha). C'est d'ailleurs en conséquence de cette exonération des règles de laHalakha qu'il était decoutume parmi lesJuifs d'employer desGentils qui accomplissaient les tâches interdites aux Juifs leSabbath, comme allumer un feu, bien que cet usage fûtstricto sensu déconseillé par le Talmud. Cesgentils étaient appelésgoy chel chabbath ou selon une appellation yiddisch plus couranteshabbes goy, et de nombreuxrabbins rédigèrent desresponsa en faveur du maintien de cet usage[18].
La seconde accusation (interdiction sous peine de mort d'enseigner le Talmud aux gentils) est basée sur la sentence d'un Sage dansSanhédrin 59a, « un Goy qui étudie laTorah et un Juif qui l'y aide devraient être mis à mort. » Outre le fait qu'il n'y est pas question du Talmud mais de la Torah, il ne s'agit pas d'une décision mais d'une discussion entre deux collègues, dont le second (auquel le Talmud donne raison) rétorque qu'« un Goy qui étudie la Torah est comme unGrand-Prêtre » (Cohen gadol)[4].
Les apologues du Talmud enseignent ailleurs que la Torah fut proposée aux 70 nations, avant Israël[19], et que lescommandements furent enseignés en 70 langues[20], ceci afin de souligner l'universalité de son message.
La troisième accusation (les Juifs ont juré une guerre éternelle aux chrétiens) est basée sur la sentence « c'est une règle connue, qu'Esaü haitJacob[21] ». Or, Esaü est allégoriquement associé àRome. Les chrétiens inversaient donc la sentence. En disant que Rome (la chrétienté) haïssait Jacob (le peuple juif), les Juifs voulaient justifier leur haine de Rome (la chrétienté). On peut cependant remarquer que l'accusation implique une inversion de la phrase, et surtout que la Rome de celle-ci est la capitale de l'Empire romain païen, et pas celle de la chrétienté. En effet, le Sage à l'origine de cet enseignement vécut en, à l'époque où Rome venait de détruire la Judée après l'insurrection deBar Kokhba[22] ; c'est donc la Rome deHadrien, ses généraux et successeurs qu'il visait. En outre, le commentaire deDeutéronome 16:20 par Rabbenou Be'haye précise que « la Torah exige du juif qu'il applique le même niveau dedroiture envers les goyim qu'à l'égard de ses frères juifs »[4].
La quatrième accusation (les Juifs remercient Dieu tous les jours de ne pas les avoir faitsgoyim) est basée sur labénédictiondu matinchèlo assani goy (Qui ne m'as pas fait goy) qui fut rédigée aux temps oùgoyim était synonyme depaïens et « priaient un Dieu qui ne sauve pas[23] ».
Ainsi que l'explique un rabbinconservative,« nous sommes reconnaissants à Dieu de nous avoir illuminés, de sorte qu'à la différence des païens, nous honorons le vrai Dieu et non des idoles. Il n'y a pas de supériorité inhérente à être Juif, mais nous affirmons bien la supériorité du monothéisme sur le paganisme. Bien que le paganisme existe encore de nos jours, nous ne sommes plus les seuls à croire en un Dieu [Un][24] », bien qu'auXIe siècle,Rachi doive rappeler aux Juifs que lesGoyim ne sont plus des païens[9]. Cette méfiance envers les païens n'exclut pas que ceux-ci puissent être détenteurs de grands savoirs[25], ni qu'il y ait des hommes justes et pieux dans ces nations[26], et que tous les justes, Juifs et gentils, ont leur part aumonde à venir[10],[4].
LeSeferHassidim, écrit auXIIIe siècle enseigne : « Si un Juif tente de tuer un non-Juif, aide le[9]. » Et, selon le commentaire duOr Ha'hayim[27], datant duXVIIe siècle, les 70 nations sont la clé de la symbolique de laMenorah : « Les sept chandelles de la Menorah [dans leBeit Hamiqdach] correspondent aux nations desgentils, qui sont au nombre de 70. Chacune [des chandelles] fait allusion à dix [nations]. Ceci fait allusion au fait qu'elles brillent toutes face à la [chandelle] occidentale, qui correspond au peuple juif. »
Juda Halevi, se demandant ce qui a valu aux enfants d'Israëlleur élection divine, en conclut à une prédisposition innée des Juifs à la prophétie.
L'opinion de Juda Halevi fut suivie par de nombreux rabbins[28], mais combattue par d'autres, dontMoïse Maïmonide et des rabbins modernes[29], qui pensent au contraire qu'Abraham ne fut élu qu'à la suite de ses recherches intenses sur la vérité[30]. De plus, elle fut largement abandonnée, à l'exception de certainsharedim[29], après laShoah[28].
SelonLeo Rosten[9], au fil de l'histoire juive, legoy devint pour les Juifs ce que lebarbare était aux Romains, et le mot acquit des sens secondaires, dont certains déplaisants (de même que leJuif fut affublé de certains traits détestables, au point d'en devenir l'archétype, et que le motjuif, qui ne désignait à l'origine qu'un membre de la nation judaïte ou un adhérent à la doctrine judaïque, acquit certains sens figurés insultants[31]). Ces sens secondaires étant tributaires des siècles de persécution par différentes nations, legoy est souvent synonyme d'antisémite, d'une personne obtuse, insensible, sans cœur[9].
Legoy est souvent représenté dans l'humour juif comme un stéréotype de grossièreté brutale et d'inintelligence, dont il est possible de triompher avec un peu de finesse. Par exemple :
« Uncosaque entre dans une auberge et commande un café. Il observe que le serveur est juif. Il décide de s'amuser un peu à ses dépens :
— Un café, mais je veux le boire dans un ustensile qu'aucun Juif n'a jamais porté à sa bouche !
Le serveur s'exécute : il lui apporte son café dans un pot de chambre. »
Ou encore :
« Moïse Mendelssohn avait ses entrées dans le palais deFrédéric le Grand.
Il fut cependant un jour hélé par un officier prussien :
Eh, Juif ! De quoi fais-tu commerce ?
D'une chose dont vous n'avez certes pas usage : l'esprit. »
Par ailleurs, ainsi que l'écritHillel Halkin (en)« Le goy stéréotypique agit impulsivement ; le Juif stéréotypique pense avant de réfléchir »[32], qui commente un sketch deJack Benny : agressé par un voyou qui lui pointe une arme et lui demande la bourse ou la vie, l'humoriste proteste : « J'y réfléchis ! »
Le termegoy demeure plus neutre et plus commun que, par exemple, les insultesShegetz (en) ouShiksa, qui décrivent un jeune homme ou jeune fille non-juive ayant des relations amoureuses avec une personne juive et sont tirés de la racinescheketz, « abomination[33], ». Les termessont utilisés aux États-Unis au second degré, par les Juifs comme les Non-Juifs[réf. nécessaire].
Goy,schiksa etschaygetz, furent également utilisés entre Juifs après laHaskala pour railler un Juif qui ne suit pas les règles religieuses et le mode de vie juifs[9],[34].
Enhébreu moderne et enyiddish, le motgoy est le terme consacré pour legentil. Il n'y a pas d'autre terme en yiddish, et il est souvent utilisé de façon neutre. En français, en revanche, comme le termegentil existe (bien que vieilli)[4], l'usage degoy peut être considéré comme injurieux, même s'il reste à simplement désigner le non-juif[35],[36]. Il en est de même en anglais[37],[38]. Certaines structures « politiquement correctes » sont désormais utilisées plus fréquemment, comme « Gentil » ou « non-Juif ».
Certains auteurs généralement qualifiés d'antisémites utilisent désormais lenéologisme « antigoyisme » pour désigner un rejet effectif ou supposé d'un non-juif de la part de la communauté juive ou d'un membre de celle-ci.
Le terme « antigoyisme » (on trouve aussi parfois « antigentilisme ») est unnéologisme construit autour du motgoy et désigne une attitude présumée de méfiance, de mépris, de rejet, d'hostilité ou de haine de la part de la communauté juive ou d'une partie des individus s'y rattachant contre des communautés ou individus ne faisant pas partie de celle-ci. Il est surtout utilisé dans une optique de dénonciation d'un aspect particulier dujudaïsme.Henry Ford, dans son livreLe Juif international, emploie le terme pour le combiner de manière cyclique au terme « antisémitisme », l'un étant le pendant de l'autre[39]. Jean-Pierre Graf et Bernard-Claude Gauthier, dans un chapitre du livre du collectif d'auteursLawrence Durrell[40], emploient le terme de la même façon. En2006, enFrance, l'humoristeDieudonné, qui sera condamné pour des propos incitant à la haine raciale[41], s’est indigné de l’« antigoyisme » tout-puissant en France.John Spritzler, chercheur à l'université Harvard, emploie le terme « antigentilisme »[42].Erich Ludendorff, qui avait participé auputsch de la Brasserie avecHitler, l'emploie dans son livre de 1934 :Deutsche Abwehr: Antisemitismus gegen Antigojismus.
« - JUIF. s. m. On ne met pas icy ce mot comme le nom d'une Nation; mais parce qu'il s'employe figurément en quelques phrases de la Langue. Ainsi on appelle, Juif, un homme qui preste à usure. C'est un Juif, il preste à dix pour cent.
- On dit prov. qu'Un homme est riche comme un Juif, pour dire, qu'Il est fort riche. Et cela ne se dit guère que d'un gros Marchand, d'un Banquier &c.
- On dit aussi prov. d'Un homme qui va & vient sans cesse çà & la, que C'est le Juif errant.
- Judaïque. adj. de tout genre. Qui appartient aux Juifs. La Loy Judaïque. les Antiquitez Judaïques.
- Judaïser. v. n. Suivre & pratiquer en quelques points les cérémonies de la Loy Judaïque. C'est Judaïser que de garder le jour du Sabbat. Ces Hérétiques Judaïsoient en s'abstenant de manger de la chair de pourceau.
- Judaïsme. s. m. La Religion des Juifs. Faire profession du Judaïsme. »