Lenominalisme est une doctrine d'après laquelle les idées générales, les catégories, les genres et les espèces, les concepts n'ont d'existence que dans les mots servant à les exprimer. Alors que le nominalisme incite à penser que les idées générales ne sont que des mots, leréalisme pense que les idées générales supposent quelque chose de réel[1].
Cette doctrine s'oppose aussi à l'essentialisme qui consiste à penser que les objets naturels sont intrinsèquement porteurs d'une essence idéelle qui les transcende. L'idée, ou les concepts, ont une existence indépendante qui préexiste aux objets auxquels ils se rapportent. Il s'oppose davantage auréalisme.
Formulé parRoscelin (1050-1121), le nominalisme est né dans lascolastique médiévale en tant que réponse possible auproblème des universaux : les mots renvoient-ils à des états d'existence généraux doués d'une existenceontologique réelle ? Le nominalisme soutient que les noms ne sont que des instruments permettant de décrire commodément le réel.
Le nominalisme ressemble auconceptualisme dePierre Abélard, avec lequel il peut être confondu. Le conceptualisme postule des états généraux abstraits, à partir d'une réalité singulière : lesconcepts. Cette définition desétats d'existence généraux[Quoi ?] comme abstractions le rapproche du nominalisme. Mais le conceptualisme s'éloigne du nominalisme au sens où les concepts ne sont pas de simplesnoms : ils sont des formes réelles, des opérations propres de la pensée.
Le problème qui donne naissance au nominalisme est celui de la nature desuniversaux dans lessyllogismes d'Aristote (par exemple, dans :tous les hommes sont mortels, quelle est la nature dehomme ?).Pierre Abélard tente une synthèse qui donne une importance de premier ordre ausujet, par rapport àl'objet.Les nominalistes rejettent la conceptionidéalisteplatonicienne (nommée aussiréalisme dans la thèse :universalia sunt realia ante rem), selon laquelle ils ont une existenceimmanente a priori, et lui opposent que ces universaux sont définis essentiellement par leursnoms (« nomina »). Donc, les nominalistes n’accordent aucune universalité aux concepts de la psyché, en dehors de l’esprit qui les observe.
En ce sens, les systèmes philosophiques d’Épicure, deGuillaume d'Ockham, deGeorge Berkeley, deDavid Hume, deJohn Stuart Mill peuvent être qualifiés de nominalistes, du fait qu’ils n'attribuent pas d’universalité à des catégoriestranscendantes, mais simplement à ce qui estconstruit par l'esprit de l'observateur, comme le construit également l’analyse linguistique contemporaine. Pour eux,le particulier existe, et le général n'est qu'invention humaine établie pour notre commodité de réflexion.
Paul Valéry fit remarquer[réf. nécessaire], bien plus tard, dans le même état d'esprit, quela nature ne connaît pas l'expression « et cetera", et que celle-ciest propre à la perception de l'esprit humain, qui n'affectionne pas la prolixité.Leclassement automatique et l'exploration de données (data mining) ont enseigné (dans lesannées 1990) aux machines à construire l'équivalent de leurs propres universaux[réf. nécessaire].
Bertrand Russell observe[réf. nécessaire] qu'aujourd'hui, nous permuterions volontiers ces deux appellations, puisque les « réalistes » s'avèrent manier en vérité surtout des mots, tandis que les « nominalistes » ne veulent les utiliser qu'en se référant au réel.
Le nominalisme trouve également de nombreux relais dans laphilosophie analytique contemporaine.Nelson Goodman s'est efforcé de développer un langage nominaliste ne recourant qu'à des réalités individuelles[2].
Dans sa forme maximaliste, pratiquement équivalente ausolipsisme, le nominalisme pose que n'existe rien que ce qu'unindividu perçoit. L'ensemble des pensées d'un individu forme un tout cohérent, qu'il lui est impossible de réellement et consciemment analyser.
Sous un jour plus modéré, il reconnait une existence indépendante à (au moins) certains objets, mais considère que cette existence est dépourvue d'effet pratique tant que le sujet n'arrive pas à en intégrer consciemment la pensée. Donc, par exemple, n' « existent » pour l'homme que les animaux qu'il a nommés lors de la création, et, tant que le concept de « microbe » et le mot « microbe » lui étaient étrangers, il fut intérieurement troublé et confronté à tant de mystères ; mystères toutefois résolus, non par l'acte de nommer « microbes » de tels « mystères », mais bien après avoir illustré l'imputabilité d'un phénomène à une catégorie tangible et observable de la vie organique, qui a pu être nommée par l'homme.
Le nominalisme scientifique s'interroge sur la valeur des connaissances scientifiques : s'agit-il de vérités (découvertes) ou de conventions arbitraires (construites) par certains scientifiques ? Si c'était vrai, cela donnerait à la connaissance scientifique la même « valeur » perçue et estimée (sous un point de vue observable) que le langage humain (v.Le Cru et le Cuit).DansLe hasard, l'Imprévu,Ivar Ekeland à propos de la critique de lathéorie des catastrophes deRené Thom cite cette boutade du mathématicien argentin Hector José Sussmann[3] : « En mathématiques, les noms sont arbitraires. Libre à chacun d'appeler unopérateur auto-adjoint un « éléphant » et unedécomposition spectrale une « trompe ». On peut alors démontrer un théorème suivant lequel « tout éléphant a une trompe ». Mais on n'a pas le droit de laisser croire que ce résultat a quelque chose à voir avec de gros animaux gris. »
Martin Heidegger (1889-1976) est un philosophe, qui, à l'époque moderne, a le plus contesté le nominalisme, l'accusant tout à la fois de mener tout droit à l'« oubli de l'être » et à encourager le « nihilisme », selonJean Grondin[4].
Jean Largeault,Enquête sur le nominalisme, Paris, Publications de la faculté des lettres et sciences humaines de Paris-Sorbonne, série « Recherches », tome 65 ; éditions Nauwelaerts, 1971. Ouvrage retraçant la diversité des pensées de type nominaliste, de la philosophie antique grecque à la logique mathématique du20e siècle.