Les deux visages de Nicolas Flamel : en pieux donateur tel qu'il s'était fait représenter en 1402 sur le portail deSainte-Geneviève-des-Ardents (gravure de l’Histoire critique de Nicolas Flamel et de Pernelle sa femme de l'abbé Villain en 1761), et en alchimiste dans le portrait romantique de laGalerie historique des Célébrités populaires (1840)
Sa carrière prospère, son mariage avec Pernelle, une veuve ayant du bien, et ses spéculations immobilières lui assurèrent une fortune confortable, qu'il consacra, à la fin de sa vie, à des fondations et constructions pieuses. Cette fortune, que la rumeur amplifia, est à l'origine du mythe qui fit de lui unalchimiste ayant réussi dans la quête de lapierre philosophale permettant de transmuter les métaux en or. À cause de cette réputation, plusieurs traités alchimiques lui furent attribués, de la fin duXVe siècle auXVIIe siècle, le plus célèbre étantLe Livre des figures hiéroglyphiques paru en1612. Ainsi, « le plus populaire des alchimistes français ne fit jamais d'alchimie[2] ».
Il commença à Paris une carrière decopiste et d'écrivain public, dans une petite échoppe adossée à l'église Saint-Jacques-la-Boucherie[8], dans larue des Écrivains. Il était peut-être le frère aîné, ou un parent, deJean Flamel, secrétaire et bibliothécaire du grand bibliophileJeanIer de Berry (celui desTrès Riches Heures du duc de Berry)[t 1],[9]. Il acheta par la suite une maison en face de l'échoppe, au coin de la rue des Écrivains et de la rue de Marivaux (renomméerue Nicolas-Flamel en1851[10]), dans laquelle il habita et installa son atelier, à l'enseigne deLa fleur de Lys[7]. Cette maison, décorée de gravures et d'inscriptions religieuses, et de la maxime « Chacun soit content de ses biens, Qui n'a souffisance il n'a riens », témoigne de l'aisance alors acquise par Flamel, sans que celle-ci, par comparaison avec d'autres demeures bourgeoises bien plus luxueuses de l'époque, semble avoir été exceptionnelle[11]. Larue de Rivoli, bien plus large, recouvre aujourd'hui la rue des Écrivains, l'emplacement de la maison de Flamel et la majeure partie de l'église, dont il ne reste que latour Saint-Jacques (construite au début duXVIe siècle, un siècle après la mort de Flamel).
Probablement après1368[12], il devintlibraire-juré (juré parce qu'il dut prêter serment à l'université de Paris)[13], membre de la catégorie privilégiée des « libraires, parcheminiers, enlumineurs, écrivains et lieurs de livres, tous gens de métier appartenant aux diverses sciences et connus au Moyen Âge sous l'appellation générique de clercs. Ils dépendaient de l'Université et non de la juridiction du prévôt de Paris, comme les autres marchands »[14]. Ils sont notamment exemptés en principe destailles (impôts directs). Flamel essaya d'ailleurs en 1415 de faire valoir ce privilège pour éviter de payer une taxe[15].
Portail de l'église Saint-Jacques-la-Boucherie, financé en 1389 par Nicolas Flamel, et sur lequel il s'était fait représenter avec son épouse.
Vers1370, il épousa une femme deux fois veuve, Pernelle[16], et en1372 ils se firent devant notaire un legs mutuel de leurs biens, don qui fut renouvelé à plusieurs reprises, et qui excluait de l'héritage de Pernelle sa sœur et les enfants de celle-ci[17]. Eux-mêmes sans enfants, les deux époux Flamel commencèrent à financer des œuvres et constructions pieuses.
Afin de vider les fosses ducimetière des Innocents, les bourgeois de Paris firent construire tout autour, auXIVe siècle etXVe siècle descharniers où les ossements exhumés étaient entassés et mis à sécher, en hauteur, au-dessus d'arcades. En 1389, Nicolas Flamel fit construire et décorer l'une de ces arcades, du côté de larue de la Lingerie, où se trouvaient également des échoppes d'écrivains publics. Y étaient gravés, autour d'un homme noir figurant la mort, les initiales de Nicolas Flamel enlettres gothiques, un poème et des inscriptions religieuses, « escriptures pour esmouvoir les gens à dévotion » selonGuillebert de Mets dans saDescription de Paris (1434)[18]. La même année, il finança la réfection du portail deSaint-Jacques-la-Boucherie, en s'y faisant représenter en prière avec sa femme, au pied de laVierge Marie, desaint Jacques et desaint Jean.
Pernelle mourut en1397. Juste avant sa mort, sa famille essaya de faire annuler le legs mutuel entre les époux. Il s'ensuivit un procès entre les héritiers de la sœur de Pernelle et Nicolas Flamel que ce dernier finit par gagner[19]. Après la mort de son épouse, il continua à financer des constructions dévotes, et s'engagea dans des investissements immobiliers à Paris et dans les alentours.
La même année, il fit construire une nouvelle arcade (celle qui allait principalement retenir l'attention desalchimistes), cette fois du côté du charnier de larue Saint Denis, et la fit décorer de sculptures. Il y était à nouveau représenté avec sa femme, en prière au pied duChrist, desaint Pierre et desaint Paul, entourés d'anges, et avec ses initiales NF dans des écritoires. Au-dessous, se trouvait unefrise de cinqbas-reliefs représentant diverses figures religieuses conventionnelles : un lion ailé, des anges, une scène de résurrection, deux dragons combattant, etc. Au-dessous encore, trois panneaux représentaient leMassacre des Innocents, qui avait donné son nom au cimetière. L'iconographie de ces sculptures est similaire à celle d'autres monuments funéraires du cimetière des Innocents[21]. Ces constructions et ornementations étaient courantes à l'époque : en 1408, leduc de Berry fit sculpter sur le portail de l'église du cimetière leDit des trois morts et des trois vifs et, en 1423-1424, il fit peindre la grande fresque de laDanse macabre, sur les arcades du charnier sud (le long de larue de la Ferronnerie). En1786, lors de la destruction complète du cimetière des Innocents, plusieurs dessins en furent réalisés par Charles-Louis Bernier (1755-1830), dont l'arcade de Flamel[22].
Flamel possédait en outre un certain nombre de maisons à Paris et dans les villages environnants, certaines lui rapportant des rentes, mais d'autres abandonnées et en ruine[23]. Avec le succès de son activité de copiste et de libraire, et l'apport de sa femme Pernelle, deux fois veuve avant de l'épouser, ces investissements immobiliers, faits dans le contexte de dépression économique de laguerre de Cent Ans, ont probablement contribué à sa fortune[24].
Il mourut le, et fut enterré à l’église Saint-Jacques-la-Boucherie où sapierre tombale fut installée sur un pilier au-dessous d'une image de la Vierge. L’église fut détruite à la fin de la périoderévolutionnaire, vers1797. La pierre tombale fut cependant conservée, et rachetée par un antiquaire à une marchande de fruits et légumes de larue Saint-Jacques-la-Boucherie, qui l’utilisait comme étal pour ses épinards[25]. Rachetée en1839 par l'hôtel de ville de Paris, elle se trouve actuellement aumusée de Cluny[26] : « Feu Nicolas Flamel, jadis écrivain, a laissé par son testament à l'œuvre de cette église certaines rentes et maisons, qu'il avait fait acquises et achetées à son vivant, pour faire certain service divin et distributions d'argent chaque an par aumônes touchant les Quinze Vingt, l'Hôtel Dieu et autres églises et hospitaux de Paris. Soit prié ici pour les trépassés[t 3]. »Ses ossements, ainsi que ceux de son épouse Pernelle inhumée avec lui, sont alors transférés auxcatacombes de Paris[27].
Le nombre et le caractère ostentatoire de ses fondations pieuses, en fait relativement modestes, et l'accumulation dans son testament (conservé aujourd'hui en original auxArchives nationales[28] après le versement des archives de l'hôpital des Quinze-Vingts[29], ainsi qu'en copie à laBibliothèque nationale)[30] de legs de montants peu élevés ont probablement contribué à amplifier l'importance de sa fortune dans la mémoire de l'époque[31]. Peu après sa mort,Guillebert de Mets dans saDescription de la ville de Paris (1434) parle de Flamel comme l'« escripvain qui faisoit tant d'aumosnes et d'hospitalitez et fit plusieurs maisons ou gens de mestiers demouroient en bas et du loyer qu'ils paioent, estoient soutenus povres laboureurs en haut ». Et dès1463, lors d'un procès concernant sa succession, un témoin disait déjà que « [Flamel] estoit en renom d'estre plus riche de moitié qu'il n'estoit »[31]. C'est dans ce contexte qu'apparut la rumeur qu'il avait dû sa richesse à la découverte de lapierre philosophale des alchimistes, capable de transformer les métaux en or.
Le mythe de Nicolas Flamel alchimiste est le résultat de plusieurs phénomènes de la tradition alchimique. Tout d'abord, à partir duXVe siècle, la croyance en l'origine alchimique de certaines fortunes bourgeoises du Moyen Âge : outre Flamel (le plus connu), ce fut le cas deJacques Cœur (c. 1400-1456)[32], deNicolas le Valois (c. 1495-c.1542) (la plus grosse fortune de Caen et fondateur de l'hôtel d'Escoville)[33], ou encore du marchand allemandSigmund Wann(de) (c. 1395-1469)[34]. Ensuite lapseudépigraphie, par laquelle on attribua des traités alchimiques à des autorités antiques (Aristote,Hermès Trismégiste, etc.) ou médiévales (Albert le Grand,Thomas d'Aquin,Raymond Lulle,Arnaud de Villeneuve…), pour compenser « la marginalité d'une discipline qui ne fut jamais vraiment intégrée au savoir universitaire »[31]. Enfin, avec laRenaissance, « le recours au langage allégorique et au symbolisme pictural devient systématique » dans les textes alchimiques ; cela entraîne, à partir du milieu duXVIe siècle une « exégèse alchimique » qui recherche un sens caché tant dans les textes bibliques que dans les récits de lamythologie gréco-romaine (notamment la légende de laToison d'or), et enfin dans les décorations symboliques de l'architecture médiévale[31].
La plus ancienne trace de cette légende est un texte de la fin duXVe siècle,Le Livre Flamel[35], qui est en fait la traduction française d'un traité en latin duXIVe siècle, leFlos florum (La Fleur des fleurs), attribué alors àArnaud de Villeneuve[36]. Ce texte connut une certaine diffusion, et une version courte en fut traduite en anglais au milieu duXVIe siècle[37]. D'autres traités furent attribués à Flamel au cours duXVIe siècle[38]. C'est notamment le cas duLivre des laveures, qui est en fait la traduction française duRosarius traité latin duXIVe siècle de l'alchimiste anglaisJohn Dastin[39] : sur un manuscrit duXVe siècle[40], le nom du possesseur a été gratté et remplacé par celui de Flamel[41].
La figure des deux dragons, à l'origine de l'interprétation alchimique de l'arcade de Nicolas Flamel, à qui l'on attribua le poème duSommaire Philosophique : Ces deux spermes-là, sans doubtance, Ont figurez par deux dragons, Ou serpens pires, se dict-on: L'un ayant des ailes terribles, L'autre sans aile, fort horrible. Le dragon figuré sans aile, Est le soulphre, la chose est telle, Lequel ne s'en vole jamais Du feu, voilà le premier mets. L'autre serpent qui ailes porte, C'est argent vif, que vent emporte, Qui est semence feminine, Faicte d'eau & terre pour mine. Pour tant au feu point ne demeure, Ains s'envole quand veoit son heure[42].
Dans le même temps apparaît l'idée qu'un sens alchimique est caché dans les figures allégoriques religieuses qui ornent les arcades ducimetière des innocents. La première trace se trouve dans le livreDe antiquitate et veritate artis chemicæ (De l'antiquité et de la vérité de l'art chimique) (1561) de l'alchimisteRobert Duval (traité qui sera placé en tête du premier volume de la grande anthologie alchimique leTheatrum Chemicum de 1602) : « À cette catégorie de fictions appartient l'énigme de Nicolas Flamel, qui figure deux serpents ou dragons, l'un ailé, l'autre non, et un lion ailé, etc. » Cette idée se retrouve également dans des commentaires en prose de la seconde moitié duXVIe siècle du poèmeLe Grand Olympe (qui fait une interprétation alchimique desMétamorphoses d'Ovide)[43]. Toujours en 1561, Robert Duval, dans son recueil de poèmes alchimiquesDe la Transformation métallique : Trois anciens tractés en rithme françois, attribua à Flamel leSommaire philosophique, sans doute parce qu'il présentait également le motif des deux dragons (le dragon étant un des principaux symboles alchimique)[43]. Le poème, qui s'adresse à « Qui veult avoir la cognoissance / Des metaulx & vraye science / Comment il fault transmuer / Et de l'un à l'aultre muer »[44], reprend la théorie alchimique classique qui veut que tous les métaux soient composés de deux « spermes » : le soufre, fixe et masculin, et le mercure (vif-argent), volatil et féminin.
La légende fut reprise plusieurs fois de 1567 à 1575 par l'influent médecinparacelsienJacques Gohory[45]. Il s'y mêla alors un destopos les plus éculés de la littérature alchimique depuis laTable d'émeraude, et qui convenait bien au libraire Flamel : la découverte d'un ancien livre contenant le secret de lapierre philosophale[46]. C'est tout d'abordNoël du Fail qui l'introduisit en 1578 en citant, à l'appui des guérisons miraculeuses deParacelse, les plus célèbres alchimistes parmi lesquels « Nicolas Flamel, Parisien, lequel de pauvre escrivain qu'il estoit, & ayant trouvé en un vieil livre une recepte métallique qu'il esprouva fut l'un des plus riches de son temps, temoings en sont les superbes bastiments qu'il a faicts au cemetiere S. Innocents, à Saincte Geneviefve des ardens, à S. Jaques la Boucherie, où il est en demy relief, avec son escritoire au costé, & le chaperon sur l'espaule estimé riche luy & sa Perronelle (c'estoit sa femme) de quinze cens mille escus, outre les aumosnes & dotations immenses qu'il feist »[47]. L'idée fit son chemin, car on la retrouve en 1592 dans une note en fin d'un manuscrit d'un texte alchimiqueLa Lettre d'Almasatus[t 4],[48],[31].
La légende se popularisa à tel point qu'elle se vit moquée en 1585 parNoël du Fail (qui avait semble-t-il changé de position) dans sesContes et Discours d’Eutrapel (1585)[49], cependant que Flamel apparaissait comme alchimiste et auteur duSommaire Philosophique dans les notices desBibliotheques françoises deLa Croix du Maine (1584) et d'Antoine du Verdier (1585). La Croix du Maine rapporte d'ailleurs des rumeurs qui couraient alors, selon lesquelles la richesse de Flamel ne venait pas de ses talents d'alchimiste, mais du fait qu'il se serait approprié les créances des Juifs, alors chassés de Paris (CharlesVI avait signé un édit d'expulsion en 1394). C'est pour dissimuler ce fait qu'il aurait fait croire qu'il avait découvert la pierre philosophale, et aurait financé des fondations pieuses.
Elle passa les frontières en 1583, le paracelsien belgeGérard Dorn, traduisant en latin des passages duSommaire philosophique[50], et on la retrouve en Allemagne en 1605 et en Angleterre en 1610[51].
Tous les ingrédients étaient réunis pour qu'apparaisse en 1612 l'ouvrage le plus connu attribué à Flamel :Le Livre des figures hiéroglyphiques.
Page de titre duTrois traités de la philosophie naturelle.
En 1612, paraît à ParisTrois traitez de la philosophie naturelle non encore imprimez, par Pierre Arnauld sieur de la Chevallerie, Poitevin[52]. Outre deux traités en versions latine et française d'Artéphius et deSynésius, on y trouve un texte en français : « Les figures hierogliphiques de Nicolas Flamel, ainsi qu'il les a mises en la quatrième arche qu'il a battie au Cimetiere des Innocens à Paris, entrant par la grande porte de la rue S. Denys,& prenant la main droite ; avec l'explication d'icelles par iceluy Flamel ».
L'ouvrage se présente comme la traduction du latin d'un texte de Flamel écrit entre 1399 et 1413. Reprenant letopos de la littérature alchimique de la découverte d'un livre ancien[53], Flamel y raconte qu'il a acquis pour deuxflorins un mystérieux et ancien livre en latin, fait de « trois fois sept feuillets » d'écorce reliés dans une couverture de cuivre « toute gravée de lettres et de figures »[54]. Sur le premier feuillet on trouve le titre « Le livre d'Abraham le Juif, prince, prêtre lévite, astrologue et philosophe, à la gent des juifs par l'ire de Dieu, dispersée aux Gaules, salut. D. I. »[55]. Ce livre, écrit par un « homme fort savant », explique que, « pour aider sa captive nation à payer les tributs aux empereurs romains, et pour faire autre chose, que je ne dirai pas, il leur enseignait la transmutation métallique en paroles communes […] sauf du premier agent duquel il ne disait mot, mais bien […] il le peignait, et figurait par très grand artifice »[55]. Le texte dulivre d'Abraham le juif explique donc le processus duGrand œuvre (que Flamel ne répète pas) sans en préciser l'ingrédient initial, lamateria prima (matière première des alchimistes), qui n'est donné que par des enluminures mystérieuses, qui sont décrites mais non reproduites dans leLivre des figures hiéroglyphiques.
Malgré l'aide de son épouse Pernelle, Nicolas Flamel échoue au Grand œuvre pendant vingt-et-un ans (soit le même nombre d'années que le livre compte de feuillets) faute de comprendre les enluminures[56]. Il part alors en pèlerinage àSaint-Jacques-de-Compostelle, où il rencontre un vieux médecin juif converti, qui lui explique enfin les illustrations[57].
De retour à Paris, il parvient enfin à transmuter du mercure en argent, puis en or, le :« Je fis la projection avec de la pierre rouge sur semblable quantité de mercure […] que je transmutais véritablement en quasi autant de pur or, meilleur certainement que l'or commun plus doux et plus ployable »[58].
L'arcade du cimetière des innocents dansLe Livre des figures hiéroglyphiques.
Avec la fortune ainsi acquise, Flamel et sa femme ont « fondé et renté quatorze hôpitaux en cette ville de Paris, bâti tout de neuf trois chapelles, décoré de grands dons et bonnes rentes sept églises, avec plusieurs réparations en leurs cimetières, outre ce que nous avions fait à Boulogne, qui n'est guère moins que ce que nous avons fait ici »[59] (bien plus que les dons et œuvres du Flamel historique). Et Flamel fait peindre sur une arcade du cimetière de innocents des « figures hiéroglyphiques » qui ont à la fois une interprétation théologique et une « interprétation philosophique selon le magistère d'Hermès »[60]. Il donne tout d'abord brièvement l'explication théologique ; ainsi « les deux dragons unis […] sont les péchés qui naturellement sont entrecathénés [enchaînés l'un à l'autre] ; car l'un à sa naissance de l'autre : d'iceux aucuns peuvent être chassés aisément, comme ils viennent aisément, car ils volent à toute heure vers nous. Et ceux qui n'ont point des ailes ne peuvent être chassés, ainsi qu'est lepéché contre le Saint-Esprit »[61]. Il donne ensuite, de façon nettement plus étendue l'explication du sens alchimique, explication dans laquelle la symbolique des couleurs prend une grande place : « ce sont les deux principes de la philosophie que les sages n'ont pas osé montrer à leurs enfants propres. Celui qui est dessous sans ailes, c'est le fixe, ou le mâle ; celui qui est au-dessus, c'est le volatil, ou bien la femelle noire et obscure […] Le premier est appelé soufre, ou bien calidité et siccité, et le dernier argent vif, ou frigidité et humidité. Ce sont le soleil et la lune de source mercurielle[62]… »
Le Voyage des Princes Fortunés (1612) roman alchimique deBéroalde de Verville[63], le possible véritable auteur duLivre des figures hiéroglyphiques.
Aucun original médiéval, ni duLivre des figures Hiéroglyphiques, ni duLivre d'Abraham le juif[64], n'a été retrouvé. Deux manuscrits latins duLivre des figures ont récemment été mis au jour, mais il s'avère qu'il s'agit de « traductions latines » du texte français de 1612 faites au début duXVIIe siècle[65].
En fait tout indique qu'il s'agit d'un texte écrit entre la fin duXVIe siècle et le début duXVIIe siècle[66] : le vocabulaire (à commencer par le motHiéroglyphe), les anachronismes (le texte cite le nom de l'alchimisteLambsprinck, mentionné pour la première fois parNicolas Barnaud en 1599). La véritable source en est un célèbrerecueil de traités alchimiques médiévaux l'Artis auriferae, paru en 1572 (DansLes figures hiéroglyphiques, les théories alchimiques sont souvent présentées dans le même ordre, mais parfois à contresens).
Pour Claude Gagnon, P. Arnaud de la Chevallerie serait le pseudonyme deBéroalde de Verville (1556-1626) (sous la forme de l'anagramme imparfaite « Arnauld de Cabalerie »), écrivain s'intéressant à l'alchimie et la cabale, et surtout connu aujourd'hui pour sa satireLe Moyen de Parvenir (1617). À l'appui de cette thèse, Gagnon a retrouvé dans une note d'un bibliographe duXVIIe siècle sur un exemplaire de laBibliothèque françoise deLa Croix du Maine, le titre d'un ouvrage de Béroalde :Les aventures d'Ali el Moselan surnommé dans ses conquêtes Slomnal Calife, Paris 1582, traduit de l'arabe de Rabi el Ulloe de Deon[67]. « Slomnal Calife » étant l'anagramme de « Nicolas Flamel », et « Rabi el Ulloe de Deon » celui de « Béroalde de Verville ». Un autre élément est que Béroalde de Verville publie, la même année et chez le même éditeur queLes Figures hiéroglyphiques, lePalais des curieux dans lequel il met en garde ses lecteurs alchimistes contre « ceux qui vous déçoivent, et qui sous les beaux contes de Flammel & d'autres espient vos ames, pour les ruiner »[68].
Cette attribution n'a cependant pas convaincu certains spécialistes de Béroalde de Verville[69]. Par contre, Bruno Roy reprend l'hypothèse de Gagnon sur l'auteur desFigures hiéroglyphiques : « En fin de compte, le Flamel de Béroalde est beaucoup plus séduisant pour nous que le véritable bourgeois bigot, mégalomane et procédurier qui vivait auXIVe siècle »[70]. Une autre piste est la découverte parFrançois Secret dans des manuscrits alchimiques du début duXVIIe siècle du nom d'un « Sieur de la Chevalerie de Chartres » (donc beauceron plutôt que poitevin), mais dont on ne sait rien de plus[71].
Les figures hiéroglyphiques de l'arcade du cimetière des Innocents entourées des figures dulivre d'Abraham le juif.
Ce texte connut un succès immédiat et popularisa largement le mythe de Flamel, qui devint l'alchimiste français par excellence[72]. Outre le fait que sa fortune, supposée fabuleuse, dont les traces encore visibles dans Paris témoignaient de sa réussite dans la recherche de la pierre philosophale, ce succès est peut-être en partie dû au fait qu'à l'époque de laContre-Réforme, Flamel offrait une figure d'alchimiste révérant la Vierge et les Saints[73], alors que la discipline était dominée par les alchimistesréformés du « renouveau paracelsien », au sein duquel naquirent d'ailleurs d'autres mystifications littéraires alchimiques promises elles aussi au succès :Salomon Trismosin (apparu en 1598), le prétendu maître deParacelse (1493/4-1541),Basile Valentin (1600), qui aurait été un moine bénédictin duXVe, ainsi que les manifestesRose-Croix (1614-1615) etLes Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz (1616).
LeLivre des figures hiéroglyphiques connut de nombreuses rééditions et traductions[74]. Comme déjà indiqué, de pseudo-originaux latins furent forgés. Les figures duLivre d'Abraham le juif qui sont simplement décrites dans l'édition de 1612 furent rapidement représentées dans des manuscrits[75] et dans les éditions ultérieures. Cette tradition se poursuivit jusqu'auXVIIIe siècle, où l'on vit paraître en allemand àErfurt dans unUraltes chymisches Werck (1735) : « Une très ancienne œuvre chymique du Rabbi Abraham Eleazar, que l'auteur a écrit partie en latin et en arabe, partie en chaldéen et en syriaque, et qui fut ensuite traduite dans notre langue allemande par un anonyme »[31], et qui contient une nouvelle versions des figures duLivre d'Abraham[76].
« Des déserts, au milieu desquels coulaient plusieurs belles fontaines, dont sortaient plusieurs serpents, qui couraient par-ci, et par là »[55].
« Un jeune homme avec des ailes aux talons, ayant une verge caducée en main, entortillée de deux serpents, de laquelle il frappait une salade qui lui couvrait la tête, […], contre icelui venait courant et volant à ailes ouvertes, un grand vieillard, lequel sur sa tête avait une horloge attachée, et en ses mains une faux comme la mort, de laquelle terrible et furieux, il voulait trancher les pieds à Mercure »[77].
« Une belle fleur en la sommité d'une montagne très haute, que l'aquilon ébranlait fort rudement, elle avait le pied bleu, les fleurs blanches et rouges, les feuilles reluisantes comme l'or fin, à l'entour de laquelle des dragons et griffons aquiloniens faisaient leur nid et demeurance »[77].
« Un beau rosier fleuri au milieu d'un beau jardin, échelant contre un chêne creux, aux pieds desquels bouillonait une fontaine d'eau très blanche, qui s'allait précipiter dans les abîmes, passant néanmoins premièrement, entre les mains d'infinis peuples qui fouillaient en terre, la cherchant : mais parce qu'ils étaient aveigles, nul ne la connaissait, fors quelqu'un, considérent le poids »[78].
« Un roi avec un grand coutelas, qui faisait tuer en sa présence par des soldats, grande multitude de petits enfants, les mères desquels pleuraient aux pieds des impitoyables gens d'armes, le sang desquels petits enfants, était puis après recueilli par d'autres soldats, et mis dans un grand vaisseau, dans lequel le soleil et la lune se venaient baigner »[79].
D'autres textes furent attribués à Flamel. En 1619 parut, avec leTraicté du Soulphre du polonaisMichael Sendivogius, unThresor de Philosophie ou Original du Desir desiré de Nicolas Flamel, qui n'est autre qu'une version française duThesaurus philosophiae d'Efferarius Monachius (XIVe). L'attribution est probablement liée auLivres des laveures qui commence par « Le désir désiré, et le prix que nul ne peut priser »[80]. Il en est de même pourLe Grand Esclairsissement de la Pierre Philosophale pour la transmutation de tous les métaux (1628), traduction française du traité italienApertorio alfabetale (1466 ou 1476) de Cristoforo Parigino (Christophe de Paris)[80].
Nicolas Flamel Philosophe François parBalthasar Moncornet (1600-1670), prétendument d'après une gravure deRembrandt.
En 1655,Pierre Borel, médecin ordinaire deLouisXIV, et premier bibliographe de l'alchimie, rapporte dans sonTresor de recherches et antiquitez gauloises et françoises[81] un certain nombre de bruits et rumeurs qui couraient alors sur Flamel : le roiCharlesVI aurait envoyé, pour s'enquérir de sa richesse, sonmaître des requêtes M. de Cramoisy, dont Flamel aurait acheté le silence avec un matras (vase) plein de poudre de projection (une des formes de lapierre philosophale) ; la maison de Flamel aurait été fouillée à la recherche duLivre d'Abraham le juif, qui aurait été finalement retrouvé par lecardinal de Richelieu peu avant sa mort en 1642[t 5]. On racontait par ailleurs que Richelieu avait fait exécuter un alchimiste nommé Dubois qui se présentait comme l'héritier du secret de Flamel[t 6].
À la même époque, l'historien de ParisHenri Sauval (1623-1676), est plus dubitatif : « Les hermétiques qui cherchent par tout la Pierre Philosophale sans la pouvoir trouver, ont tant médité sur quelques portaux de nos Eglises, qu'à la fin ils y ont trouvé ce qu'ils pretendent. […] Ils se distillent l'esprit pour quintescencier des vers Gothiques & des figures, les unes de ronde-bosse, les autres égratignées, comme on dit, sur les pierres tant de la maison du coin de la rue Marivaux, que des deux Hopitaux qu'il [Flamel] a fait faire à la rue de Montmorenci[t 7]. »
L'alchimie ne disparut pas avec leXVIIIe siècle et lesLumières. Mais si elle garda une certaine caution scientifique (Newton, au cours de ses études alchimiques, s'intéressa aux « hiéroglyphes » duLivre des figures et duLivre d'Abraham le juif[82]), car il ne semblait pas possible de montrer l'impossibilité théorique de la transmutation, l'échec de sa réalisation pratique accentua progressivement son discrédit moral et social au cours du siècle. Elle fut de plus en plus perçue comme une chimère ruineuse, comme chezFontenelle (Histoire de l'académie des sciences 1722) et chezMontesquieu dans l'une de sesLettres persanes (1721)[83] : Rica raconte qu'il a rencontré un homme en train de se ruiner parce qu'il croit être parvenu au grand œuvre, et qui lui affirme :« Ce secret, que Nicolas Flamel trouva, mais que Raymond Lulle et un million d'autres cherchèrent toujours, est venu jusques à moi, et je me trouve aujourd'hui un heureux adepte ».
Avec la transmutation des métaux, la prolongation de la vie a été l'autre but de l'alchimie, sous la forme d'élixir de longue vie (parfois aussi appeléor potable). À l'époque duComte de Saint-Germain qui se faisait passer pour immortel, apparut la croyance que Nicolas Flamel et sa femme Pernelle vivaient toujours. En 1712,Paul Lucas, antiquaire du roi et grand voyageur, rapporte sans trop y croire dans sonVoyage du Sieur Paul Lucas, fait par ordre du roy dans laGrece, l'Asie Mineure, laMacedoine et l'Afrique : Contenant la description de laNatolie, de laCaramanie, & de la Macedoine[84], qu'underviche rencontré en Turquie lui a affirmé que la pierre philosophale prolonge la vie de mille années, avec comme preuve qu'il aurait rencontré Nicolas Flamel aux Indes trois ans plus tôt. Sa femme Pernelle ne serait pas morte non plus en 1397 mais se serait installée en Suisse, rejointe en 1418 par son mari. La légende continua et on raconta que Flamel avait rencontré le comte Desalleurs, ambassadeur de France en Turquie de 1747 à sa mort en 1754[85], et 1761, avec sa femme et leur fils, il aurait été vu à l'opéra[t 8].
En 1758, l'abbé Étienne-François Villain, publia une étude fouillée sur l'histoire de sa paroisse de Saint-Jacques la Boucherie, dans laquelle il rejetait la légende de Flamel alchimiste, en affirmant premièrement que la richesse de Flamel était loin d'avoir été aussi considérable que ce que l'on racontait, par exempleNicolas Lenglet Du Fresnoy dans sonHistoire de la philosophie hermétique (1742) qui affirmait que les fondations pieuses de Flamel avaient été « plus considérables que celles mêmes que faisoient les Rois & les Princes ». D'autre part Villain soulignait que leLivre des figures hiéroglyphiques était unapocryphe dû à son prétendu traducteur, Pierre Arnauld de la Chevallerie[86]. Il fut vigoureusement attaqué parAntoine-Joseph Pernety, dit Dom Pernety, ancien bénédictin féru d'hermétisme, relayé parFréron dans son journalL'Année littéraire, alors que Villain, soutenu par les jésuites duJournal de Trévoux, publiait en 1761 une étude plus complète :Histoire critique de Nicolas Flamel et de Pernelle sa femme; recueillie d'Actes anciens qui justificent l'origine et la médiocrité de leur fortune contre les imputations des alchimistes. Pernéty critiquait notamment la méthode historique de Villain : « Peut‑on raisonnablement s’imaginer qu’un Philosophe Hermétique doive s’afficher tel ? Et M. l’abbé V… a‑t‑il pensé trouver Flamel Philosophe dans les contrats de rentes, les quittances, etc. de Flamel homme privé ? […] Falloit‑il employer plus de 400 pages pour nous accabler du détail minutieux de ces rentes, de ces quittances, etc. de Flamel se conduisant comme Bourgeois bon Chrétien ? M. l’abbé V… pour se convaincre que Flamel mérite le nom de Philosophe, voudroit‑il que dans les contrats qu’il a faits, dans les quittances qu’il a reçues ou données, il est signé, Nicolas Flamel, Philosophe Hermétique[87] ? » Pernéty soutient qu'il existe unBréviaire de Flamel, daté de 1414. CeBréviaire qu'on trouve dans deux manuscrits illustrés duXVIIIe siècle[88], qui utilise du vocabulaire et une syntaxe inconnus auXVe siècle et qui citeLe Livre des Figures Hiéroglyphiques, est lui aussi un apocryphe postérieur[89].
Extraits de l'Alchimie de Flamel, par le Chevalier Denys Molinier - manuscrit du dix-huitième siècle.
Les conclusions de l'abbé Villain furent aussi vigoureusement attaquées par l'alchimiste ardennais Onésime Henri de Loos (1725-1785)[90] dans sonFlamel vengé, son adeption défendue, et la tradition rétablie dans sa vigueur contre les atteintes, les insultes de l'ignorance, contre les fictions et les impostures de la critique[91]. Il conclut :« Le commentaire sur les hiéroglyphes n'est pas et ne saurait avoir été l'ouvrage d'un philosophe spéculatif, qui ne combine que des idées, qui tâtonne des principes, et tâche d'en tirer adroitement des conséquences. C'est au contraire le chef-d'œuvre d'un homme consommé dans la pratique, un recueil des observations les plus fines et les plus délicates d'un maître accoutumé à voir et bien voir ; et qui, par la force d'un génie aidé de l'habitude, devine tout, explique tout, et remonte jusqu'aux causes secrètes des crises de la nature. Aucun livre n'est aussi rempli de ces traits qui caractérisent un témoin oculaire : aucun livre ne convient moins à un commençant, il n'est fait que pour les adeptes. Par là, sans doute, il est plus précieux et plus estimable. Personne ne reprochera à Flamel de l'avoir conduit dans un labyrinthe, puisqu'il déclare d'abord qu'il en ferme la porte, et qu'on ne l'ouvrira jamais, à moins que d'avoir trouvé la clef ailleurs. Tout ceci, bien considéré, et y référant les autres raisons que j'ai dites, donnent l'exclusion au sieur de laChevallerie et àGohorry ».
Nicolas Flamel - portrait duNicolas Flamel (1893) d'Albert Poisson d’après la gravure du portail deSainte-Geneviève-des-Ardents de l'Histoire critique de Nicolas Flamel et de Pernelle sa femme de l'abbé Villain (1761) : « Cet adepte n’est-il pas le type du véritable alchimiste, travaillant sans cesse, jamais lassé, jamais rebuté, partageant son temps entre la prière, l’étude et le laboratoire, ne désirant la science que pour elle-même, puis parvenu au but, employant la richesse acquise en de bonnes œuvres, continuant pour lui-même à vivre sobrement. Quel autre alchimiste pouvait nous offrir une vie aussi bien remplie. D’autres, Sethon, Kelley, Bacon, nous offrent une existence plus mouvementée, plus dramatique, mais moins riche en documents psychologiques[94]. »
Le fondateur de l'occultisme,Éliphas Lévi, assure dans sonHistoire de la magie :« La tradition populaire assure que Flamel n'est pas mort et qu'il a enterré un trésor sous la tour Saint-Jacques-la-Boucherie. Ce trésor contenu dans un coffre de cèdre revêtu de lames des sept métaux, ne serait autre chose, disent les adeptes illuminés, que l'exemplaire original du fameux livre d'Abraham le juif, avec ses explications écrites de la main de Flamel, et des échantillons de la poudre de projection suffisants pour changer l'Océan en or si l'Océan était de Mercure »[95].
En1929, Nicolas Flamel inspira simultanémentAndré Breton dans leSecond manifeste du surréalisme etRobert Desnos dans un article « Le mystère d'Abraham Juif » pour la revueDocuments[99]. Breton établit une « analogie de but » entre les recherches alchimique et surréaliste[100] et, reprenant à son compte l'idée d'un Flamel alchimiste, compare ce que « Abraham Juif » et « Hermès » ont été pour lui à ce que représentent notammentRimbaud etLautréamont pour les surréalistes, à la fois des précurseurs et des initiateurs[101]. Toutefois, en « ramenant la "pierre philosophale" à être le symbole du triomphe de l'imagination, Breton ne se conduit nullement en adepte [mais] détourne la tradition alchimique et la vide de sa portée métaphysique au bénéfice de sa valeur poétique »[102].
Du côté des historiens universitaires, dès1941, le médiévisteLynn Thorndike[103] rejetait complètement le mythe de Flamel alchimiste, ce que confirmaient les travaux de Claude Gagnon, Robert Halleux et Didier Kahn.
La vision de l'alchimie aujourd'hui reste cependant largement tributaire des points de vue antagonistes et complémentaires du positivisme et de l'occultisme duXIXe siècle, et Flamel est, avecParacelse, la figure à laquelle se réfère Zénon, le médecin, astrologue et alchimiste duXVIe siècle del'Œuvre au Noir (1968) deMarguerite Yourcenar[t 10], qui s'est fondée notamment sur « trois grands ouvrages modernes [à l'époque] sur l'alchimie :Marcellin Berthelot,La Chimie au Moyen Âge, 1893 ;C.G. Jung,Psychologie und Alchemie, 1944 ;J. Evola,La Tradizione ermetica, 1948 »[104].
Le personnage de Flamel alchimiste apparaît toujours aujourd'hui dans la littérature ésotérique, mais aussi dans la littérature populaire, la bande dessinée et même les jeux vidéo[105].
Dans le feuilleton téléviséLes Compagnons d'Eleusis (1975), Nicolas Flamel et la dame Pernelle sont souvent évoqués.
Il est également mentionné dans l'épisode 3 de la saison 1 de la série téléviséeFlynn Carson et les Nouveaux Aventuriers (The Librarians) : « L'Antre du Minotaure ».
Nicolas Flamel est capturé par l'Ombre Jaune dans le roman deBob Morane,Les captifs de l'Ombre Jaune, écrit parHenri Vernes en 1968.
Martine Basso et Jean-Jacques Lujan,Le Testament de Nicolas Flamel, C.R.S éditions coll. LiberFaber, 2015(ISBN9782365802031). Ce roman situe son histoire en 1916, lors de la bataille de Verdun : un mystérieux étui est exhumé. En 1968, Antoine, jeune étudiant reçoit cet objet. Il a hâte de faire la lumière sur ce don afin de découvrir qui est Nicolas Flamel...
Évelyne Brisou-Pellen,La griffe des sorciers, 1996, Éditions Rageot : apparition de Nicolas Flamel et Pernelle.
Marie Desplechin,Verte, 1996,L'École des loisirs : l'équipe contre laquelle Soufi joue au football, quand il est rendu invisible, vient du collège Nicolas Flamel.
Henri Loevenbruck,Les Cathédrales du vide, 2009,Flammarion, Nicolas Flamel dans le cadre d'une lettre-testament dont des extraits sont distillés tout au long du roman nous raconte sa véritable histoire, rappelle qu'il n'a été aucunement alchimiste et révèle qu'il a pourtant découvert un secret.
La Guerre des génies, 1983, dans la sérieLéonard : il apparaît lors de disputes entre Léonard et Albert.
Le Secret de Nicolas Flamel, 1989, histoire courte réalisée par Bom et Seron dans l'album d'hommage àGil Jourdan etMaurice TillieuxLes Enquêtes de leurs amis.
Willy Vassaux,Les Philosophes par le feu / Nicolas Flamel, 1990 : personnage principal.
Assassin's Creed Unity, 2014, une série de trois missions intituléesLe secret de Flamel vise à retrouver le laboratoire de Nicolas Flamel dans Paris et à s'emparer de sonÉlixir de vie avant les membres d'un culte monastique.
Full Metal Daemon Muramasa, 2009.
Artus et le Grimoire Secret, 2004.
L'école de Nicolas Flamel, 2021, deLalex Andrea, publié par Jyde Games.
↑« Libraire (juré). Marchand chargé de vendre les copies des manuscrits originaux sous la surveillance de l'Université, devant laquelle il a prêté serment » —entrée « Libraire » duTLFi, sur le site duCNRTL.
↑Description de la pierre tumulaire placée anciennement au-dessus de la sépulture de Nicolas Flamel dans l'église Saint-Jacques-la-Boucherie par M. de Lagilleville - Mémoires et dissertations sur les antiquités nationales et étrangères publiés par la société royale des antiquaires de France, tome V, 1811,p. 379-387sur googlebook.
↑abcde etfRobert HalleuxLe Mythe de Nicolas Flamel ou les mécanismes de la pseudépigraphie alchimique -Archives internationales d'histoire des sciences -Oxford, 1983, vol. 33,no 111,p. 234-255.
↑Sylvain Matton,Quelques versions du Flos florum du pseudo-Arnaud de Villeneuve. Textes édités par Sylvain Matton et présentés par Antoine Calvet, Chrysopoeia, n° VI (1997-1999),p. 207-271.
↑L'Œuvre de Nicolas Flamel libraire à Paris, lequel fit plusieurs grands biens par ceste science a la dicte ville qui donnaThe Warcke of Nycolas Flamyng bowke prenter in Paris be the wiche is done great goodeKahn 1993,p. 102.
↑ce texte est d'ailleurs aussi parfois attribué àArnaud de Villeneuve. Avant d'être attribué à Flamel commeLivre des laveures il avait été traduit en français sous le titreLa Vraie Pratique de la noble science d'alchimie.
↑Jacques Gohory :Theophrasti Paracelsi Philosophiae et Medicinae utriusque universae Compendium (1567) - édition commentée duLivre de la Fontaine perilleuse (1572) - préface de la traduction duQuatorzième livre d'Amadis de Gaule (1575) - cités parKahn 1993,p. 105.
↑en annotations de sa traduction latine des traités deBernard le Trévisan et deDenis Zachaire :Bernardus Trevisanus, De alchemia liber (De chymico miraculo) - Dionysius Zacharias, Opusculum philosophiae naturalis metallorum - Annotata quaedam ex Nicolao Flamello (Summarium philosophicum) (1583), reprise en 1602 dans leTheatrum Chemicum) - cité parKahn 1993,p. 107.
↑Heinrich VogelOffenbarung der Geheymnussen der Alchimy (1605) - Thomas RawlinAdmonitio Pseudo-Chymicis (Londres 1610) -Kahn 1993,p. 107.
↑le prénom est donné dans leprivilège (livre) voir édition de 1682 sur Gallica.
↑Frank GreinerL’Alchimie mise en roman : aperçus sur Nazari, Béroalde de Verville et Andreaeen ligne surComètes - revue des littératures d'ancien régime.
↑Claude Gagnon,Description du Livre des figures hiéroglyphiques attribué à Nicolas Flamel, Montréal (Canada), L'aurore, 1977 ;Nicolas Flamel sous investigation, Éditions du Loup de Gouttière, 1994.
↑Gilles PolizziBlanc est le champ, noire la semence, l'énigmatique littéraire à la Renaissance -Réforme, Humanisme, Renaissance, 2004 Vol. 59,no 59,p. 49-62.
↑Claude Gagnon ; de la cabale des philosophes à la philosophie des cabalistes, Philosophiques, vol.7,n.1, 1980,p. 77-84.
↑Essai d'une histoire de la paroisse de Saint Jacques la Boucherie, oú l'on traite de l'origine de cette eglise; de ses antiquités; de Nicolas Flamel et Pernelle sa femme, et de plusieurs autres choses remarquables; avec les Plans de la construction et du Territoire de la Paroisse, gravés en taille-douce. Ouvrage intéressant pour les Paroissiens, et pour les Personnes qui aiment l'Antiquité. Par M.L** V**[illain]. Paris, 1758. -Histoire critique de Nicolas Flamel et de Pernelle sa femme; recueillie d'Actes anciens qui justificent l'origine et la médiocrité de leur fortune contre les imputations des alchimistes. On y a joint le Testament de Pernelle et plusieurs autres Pieces intéressantes. Par M. L. V***, Paris, 1761.Vie de Nicolas Flamel et de Pernelle sa femme…, Paris, 1762 (rééd. 1782).
↑sur cette polémique voir Wallace KirsopAlchemists and Antiquaries in Enlightment France Australian Journal of French Studies 12, 1975, 168-191.
↑Paris BnF (Mss.) : Français 14765,Alchimie de Flamel, par le Chevalier Denys Molinier "pensionnaire du Roy, amateur de la Science hermétique" - Yale University Library collection Paul et Mary Mellon Ms 100 c. 1750-1779.
↑Voir abbé BoulliotBiographie ardennaise, ou Histoire des Ardennais qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs vertus ou leurs erreurs (1830)[lire en ligne]p. 137-143.
↑Didier KahnAlchimie- Occident moderne inDictionnaire critique de l'ésotérisme.
↑Nicolas Flamel - Le Livre des figures hiéroglyphiques. Le sommaire philosophique. Le désir désiré, avant-propos deRené Alleau, étude historique parEugène Canseliet, texte revu et annoté par Maxime Préaud, Denoël, 1970sur esoblogs.
↑Marie-Claire Dumas1929 - Lieux de rencontres à propos du Mystère d'Abraham Juif de Robert Desnos inÉcrits d'ailleurs: Georges Bataille et les ethnologues Publié par Éditions MSH, 1987[lire en ligne].
↑« Je demande qu'on veuille bien observer que les recherches surréalistes présentent, avec les recherches alchimiques, une remarquable analogie de but : la pierre philosophale n'est rien d'autre que ce qui devait permettre à l'imagination de l'homme de prendre sur toutes choses une revanche éclatante et nous voici de nouveau, après des siècles de domestication de l'esprit et de résignation folle, à tenter d'affranchir définitivement cette imagination par lelong, immense, raisonné dérèglement de tous les sens et le reste. » peut-on lire sous la plume deBreton dans leSecond manifeste du surréalisme (Œuvres complètes I, Paris, Gallimard,Bibliothèque de la Pléiade, 1988,p. 819.
↑« Tout se passe de même, à notre époque, comme si quelques hommes venaient d'être mis en possession, par des voies surnaturelles, d'un recueil singulier dû à la collaboration de Rimbaud, Lautréamont et de quelques autres et qu'une voix leur eût dit, comme à Flamel l'ange : “Regardez bien ce livre, vous n'y comprenez rien, ni vous, ni beaucoup d'autres, mais vous y verrez un jour ce que nul n'y saurait voir.” Il ne dépend plus d'eux de se ravir à cette contemplation. »André Breton,op. cit.,p. 818-819.
↑Guillebert de MetsDescription de la ville de Paris (1434) : « Gobert le souverain escripvain qui composa l'art d'escripre et de taillier plumes, et ses disciples par leur bien escripre furent retenus des princes, comme le jeune Flamel, du duc de Berry ; Sicart, du roy d'Angleterre ; Guillemin, du grand ministre de Rodes ; Crespy, du duc d'Orléans ; Perrin de l'Empereur Sigemundus de Romme » - « Item Flamel l'aisné, escripvain qui faisoit tant d'aumosnes et d'hospitalitez et fit plusieurs maisons ou gens de mestiers demouroient en bas et du loyer qu'ils paioent, estoient soutenus povres laboureurs en haut. »
↑Inscription de la pierre tombale de Nicolas Flamel :
FEU NICHOLAS FLAMEL IADIS ESCRI VAIN A LAISSE PAR SON TESTAMENT A LEUVRE DE CESTE EGLISE. CERTAINES RENTES ET MAISONS QUI AVOIT ACQUESTES, ET ACHATES A SON VI VANT. POUR FAIRE CERTAIN SERVICE DIVIN. ET DISTRIBUTIONS D'ARGENT CHASCUN AN. PAR AUSMONE TO CHANS LES QUINZE VINS. LOSTEL DI EU ET AUTRES EGLISES ET HOSPITAUX A PARIS. SOIT PRIE POUR LES TREPASSEZ
↑« Nicolas Flamel Parisien trouva ce livre composé par Almaseti, ce que ledit Flamel mesme tesmoigne par ce qui s'ensuyt qu'on a trouvé signé de sa main en un vieil exemplaire. Je Nicolas Flamel, pauvre escrivain et libraire natif de Paris, demeurant au coing de la rue de Marivaulx, par la souveraine bonté et grace de Dieu, trouvay en reliant un libre le livre cy dessus transcript, auquel me suis esbatu de cest long tems le contenu, lequel livret par la grande grace de Dieu m'a donné tant de biens, que j'ay conquis seigneurie de sept paroisses autour Paris […], et tant en ay fait qu'en mon testament j'ay laissé en peuses aulmosnes plus de quatre mil escus d'or, comme peult aperre par mong testament signé et escript de ma main. »
↑« Aussi vint‑elle (sa richesse) aux oreilles du Roy, qui envoya chez luy Monsieur de Cramoisy, Me des Requestes, pour sçavoir si ce qu’on luy en avoit raconté estoit veritable ; mais il le trouva dans l’humilité, se servant mesme de vaisselle de terre. Mais pourtant on sçait par tradition, que Flamel se declara a luy, l’ayant trouvé honneste homme, & luy donna un matras plein de sa poudre, qu’on dit avoir esté conservé long‑temps dans cette famille, qui l’obligea a garantir Flamel des recherches du Roy ».
↑récit raconté par l'auteur anonyme de la biographie de l'astrologueJean-Baptiste Morin (1583-1656)La Vie de maistre Jean-Baptiste Morin, docteur en médecine et professeur royal aux mathématiques à Paris (1660)p. 41-44 cité parAlbert PoissonNicolas Flamel: sa vie - ses fondations - ses œuvres (1893)p. 112-114 « L'autre personne avec laquelle Morin a souvent pris plaisir de s'entretenir estM. de Chavigny, qui avoit esté présent à l'espreuve que du Bois fit de sa poudre de projection, à la veüe et soubs la main du Roy, et qui fut chargé de cet or nouvellement fabriqué pour en faire faire l'examen par l'essayeur de la monnoye, qui après la dernière espreuve, le déclara plus fin que celui dont on se sert ordinairement, et ce qui le surprit, quoy qu'il soit aisé d'en donner la raison, fut qu'il le trouva plus après l'opération qu'il ne l'estoit auparavant. Or, comme cette histoire, l'une des plus curieuses sans doute de celles qui ont entretenu le siècle présent, a eu des faces bien différentes, j'ay creu qu'il ne seroit pas tout à faict hors de propos de luy son véritable jour et de dire à l'honneur de la chymie et pur amour de la vérité qu'il n'y eut aucune fourbe à l'espreuve que du Bois fit de sa poudre ; le Creuset fut pris sans affectation chez un marchand, M. de Chavigny ramassa dans les bandoüillières des gardes des balles de plomb qui furent fondues et sa Majesté mit elle-même la poudre qui luy fut donnée en très petite quantité dans un peu de cire, après l'avoir entortillée dans du papier pour la tenir plus facilement; mais d'où vient donc le traitement que l'on fit à Dubois, c'est un ressort caché de la Providence, ce que j'en ay apris, est que l'on voulut tirer son secret et soit qu'il s'oppiniastra à ne point le donner, ou qu'il ne fut pas l'autheur de la poudre, comme il y en a bien de l'apparence, on se lassa de ses remises, on le fit arrester à Ruel, où il alloit souvent conférer avec son Eminence et sous prétexte de la seureté de sa personne, on luy donna lebois de Vincennes et des gardes du corps pour luy tenir compagnie. Le régal luy sembla bien fascheux et lui parut d'autant plus rude qu'il n'avoit point cherché, au contraire qu'il avoit fuy autant qu'il avait peu, se faire cognoistre à la Cour. La nécessité seule et fatale de conserver la liberté qu'il s'estoit procurée par la sortie de son couvent, luy ayant fait consentir de se déclarer aupère Joseph qui après un examen fort exact et chez les religieuses du Calvaire, le déféra à sonEminence, ainsi donc au lieu de profiter de ce traictement, il en devient moins traictable, et enfin s'échappa par ses paroles en de si grandes extrémités qu'on ne vit plus rien à faire que de luy donner des commissaires ; comme sa vie n'avoit pas esté régulière, quoy qu'il eust faict profession dans un ordre très régulier et très sainct, il ne leur fut pas difficile de trouver des sujets d'exercer la rigueur de la justice souveraine, dont ils estoient dépositaires. Dubois fut condamné à mort pour divers crimes et la souffrit par les mains du bourreau. Mais tant s'en faut que l'on faict le procès à son secret, que le cardinal de Richelieu, qui n'estoit point une duppe, l'a depuis faict rechercher dans un laboratoire, qu'il fit construire à ce dessein dans le château de Ruel, et dans lequel on a travaillé plusieurs années sur les papiers qui furent saisis à Paris, dans le temps que l'on arrêta ce malheureux à Paris. ».
↑Henri SauvalHistoire et recherches des antiquités de la ville de Paris qui ne fut publiée qu'en 1724 :Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris Paris, Charles Moette et Jacques Chardon, 1724. 3 tomes : « Les hermétiques qui cherchent par tout la Pierre Philosophale sans la pouvoir trouver, ont tant médité sur quelques portaux de nos Eglises, qu'à la fin ils y ont trouvé ce qu'ils pretendent. […] Tandis que ceux-ci ravis de découvrir tant de merveilles à Notre-Dame n'en sauroient sortir, de leur côté quelques-uns d'entre eux contemplant attentivement le Cheval de bronze du Pont-Neuf ; & d'autres encore au haut de la Tour Saint-Jacques la Boucherie mirent de près les figures des quatre coins pour y trouver les hieroglyphes de Flamel, bien qu'il soit mort en 1417 & que la Tour n'a été commencée qu'en 1468, ni le bœuf, ni l'aigle ni le lion posés qu'en 1526. Car ce Flamel ici est en telle réputation parmi eux qu'ils ne l'estiment guère moins que Guillaume de Paris, & veulent qu'en 1332 il souffla de sorte que son creuset valut bien le sien, aussi ne sont-ils pas paresseux à visiter souvent tous les lieux qu'il a bâtis. Ils se distillent l'esprit pour quintescencier des vers Gothiques & des figures, les unes de ronde-bosse, les autres égratignées, comme on dit, sur les pierres tant de la maison du coin de la rue Marivaux, que des deux Hopitaux qu'il a fait faire à la rue de Montmorenci. De là ils vont à Ste Genevieve des Ardens, à l'Hopital St Gervais, à St Côme, à St Martin & à St Jacques la Boucherie, où l'on voit des portes qu'il a fait construire, & où presque à toutes et encore ailleurs, se remarquent des croix qu'ils tiennent pour mystérieuses. Quatre gros chenets de fer dressés près le portail de l'Hopital St Gervais & à la rue de la Feronnerie, font encore de lui ce qu'ils pretendent, sans savoir pourquoi, ni ce qu'ils signifient. Ils en disent autant des demi-reliefs, des figures de ronde-bosse & de quelques peintures des Charniers de St Innocent ; et que même il les a expliqués dans le livre des figures Hieroglyfiques. Cependant, il est certain que ce livre est la traduction d'une piece Latine qu'on n'a jamais vue. » tome III,p. 56-57.
↑[…] il avait risqué peut-être son âme, et s'était assis dans la caverne à cette table mystérieuse des alchimistes, des astrologues, des hermétiques, dont Averroès, Guillaume de Paris et Nicolas Flamel tiennent le bout dans le Moyen Âge, et qui se prolonge dans l'Orient, aux clartés du chandelier à sept branches, jusqu'à Salomon, Pythagore et Zoroastre.C'était du moins ce que l'on supposait, à tort ou à raison.Il est certain que l'archidiacre visitait souvent le cimetière des Saints-Innocents où son père et sa mère avaient été enterrés, il est vrai, avec les autres victimes de la peste de 1466 ; mais qu'il paraissait beaucoup moins dévot à la croix de leur fosse qu'aux figures étranges dont était chargé le tombeau de Nicolas Flamel et de Claude Pernelle, construit tout à côté.Il est certain qu'on l'avait vu souvent longer la rue des Lombards et entrer furtivement dans une petite maison qui faisait le coin de la rue des Écrivains et de la rue Marivaux. C'était la maison que Nicolas Flamel avait bâtie, où il était mort vers 1417, et qui, toujours déserte depuis lors, commençait déjà à tomber en ruine, tant les hermétiques et les souffleurs de tous les pays en avaient usé les murs rien qu'en y gravant leurs noms. Quelques voisins même affirmaient avoir vu une fois par un soupirail l'archidiacre Claude creusant, remuant et bêchant la terre dans ces deux caves dont les jambes étrières avaient été barbouillées de vers et de hiéroglyphes sans nombre par Nicolas Flamel lui-même. On supposait que Flamel avait enfoui la pierre philosophale dans ces caves, et les alchimistes, pendant deux siècles, depuis Magistri jusqu'au père Pacifique, n'ont cessé d'en tourmenter le sol que lorsque la maison, si cruellement fouillée et retournée, a fini par s'en aller en poussière sous leurs pieds.
↑ch.Les enfances de Zénon : « Pourtant Zénon s'inscrivit à Louvain, à l'École de théologie. […] Les adeptes de Nicolas Flamel reconnurent bientôt dans l'écolier frileux, toujours aussi à lire sous le manteau d'une cheminée, les signes d'une préoccupation alchimiques : une petite société d'esprits plus fureteurs et plus inquiets que les autres ouvrit ses rangs pour l'accueillir. Avant la fin du terme, il regardait de haut les docteurs en robe de fourrure […]. Peu à peu ce dédain s'étendit à ses amis cabbalistes eux-mêmes, esprits creux, gonflés de vent, gavés de mots qu'ils n'entendaient pas et les régurgitant en formules » - ch.L'abîme : « Jeune clerc, il avait lu dans Nicolas Flamel la description de l'opus nigrum, de cet essai de dissolution et de calcination des formes qui est la part la plus difficile du Grand Œuvre ».
Étienne François Villain,Essai d'une histoire de la paroisse de St. Jacques la Boucherie: où l'on traite de l'Origine de cette Église, de ses Antiquités, 1758,[lire en ligne]
Étienne François Villain,Histoire critique de Nicolas Flamel et de Pernelle sa femme: recueillie d'actes anciens qui justifient l'origine & la médiocrité de leur fortune contre les imputations des alchimistes : on y a joint le testament de Pernelle & plusieurs autres pièces intéressantes, 1761,[lire en ligne]
M. Vallet de Viriville,Des ouvrages alchimiques attribués à Nicolas Flamel inMémoires de la Société nationale des antiquaires de France, 1857,p. 172–197[lire en ligne]
Albert Poisson,Nicolas Flamel, sa vie, ses fondations, ses œuvres. Suivi de la réimpression du Livre des figures hiéroglyphiques de N. Flamel et de la lettre de dom Pernety à l'abbé Villain avec la réponse de ce dernier, 1893, rééd.Nicolas Flamel Histoire et légende[lire en ligne] (extraits)
Nicolas Flamel - Le Livre des figures hiéroglyphiques. Le sommaire philosophique. Le désir désiré, avant-propos deRené Alleau, étude historique parEugène Canseliet, texte revu et annoté par Maxime Préaud, Denoël, 1970
Élie-Charles Flamand,Nicolas Flamel, sa vie, ses œuvres. Le Sommaire Philosophique - Le Livre des Laveures - Le Brévière - Les Figures Hiéroglyfiques, Éditions Pierre Belfond, 1973, réédité par Le Courrier du Livre en 1989
Claude Gagnon,Description du 'Livre Des Figures Hiéroglyphiques' attribué à Nicolas Flamel - Suivie d'une réimpression de l'édition originale et d'une reproduction des sept talismans du Livre d'Abraham, auxquels on a joint le Testament authentique dudit Flamel., Éditions de l'Aurore, Montréal, 1977
Robert Halleux, « Le Mythe de Nicolas Flamel ou les mécanismes de la pseudépigraphie alchimique », inArchives internationales d'histoire des sciences, Oxford, 1983, vol. 33,no 111,p. 234-255.
« La place de Nicolas Flamel dans l'histoire des sciences », inComprendre et maîtriser la nature au Moyen Âge, Mélanges d'histoire des sciences offerts à Guy Beaujouan, Champion, 1994,[lire en ligne]
« Isaac Newton lecteur de Nicolas Flamel », inChrysopoeia, tome V, 1992-1996.p. 733-738.
« Le 'Livre d'Abraham le Juif' ou l'influence de l'impossible » in Kahn et Matton,Alchimie : art, histoire et mythes, 1995.
« Comparaison des deux versions latines duLivre des Figures hiéroglyphiques attribué à Nicolas Flamel »,p. 61-70 in Richard Caron,Antoine Faivre, Joscelyn Godwin, Wouter J. Hanegraaff,Ésotérisme, gnoses & imaginaire symbolique : mélanges offerts à Antoine Faivre, Peeters Publishers, 2001.
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