Unnetsuke maintient uninrō fiché dans l'obi, palliant l'absence de poches duhakama, du kimono et dukosode.
Lenetsuke(根付?) est un objet vestimentaire traditionnel japonais servant à maintenir lessagemono (littéralement « objets suspendus »). Le mot se décompose étymologiquement enne(根?,« racine »), ettsuke(付?,« attacher »).
Sur le plan artistique, il n'est pas exagéré de dire que lenetsuke représente la tradition artistique naissante duJapon[1].
Lekimono n'ayant pas de poche, les différents objets usuels — matériel pour écrire (yatate), la bourse, l'étui à pipe (kiseru-zutsu), la boîte à médicaments ou à sceaux (inrō) ou la boucle de l'obi (obidome) — sont transportés dans des sortes de petites boîtes dénomméessagemono. Ces objets sont suspendus à l'obi de leur propriétaire par une cordelette. Lenetsuke, placé au-dessus du bord supérieur de l'obi sert à maintenir lesagemono tel untaquet.
Il sert à retenir le sachet contenant une pierre àbriquet (hiuchi-bukuro) qui permet d’allumer un feu, la nuit, afin d'écarter les animaux sauvages[1].
À l'époque Kamakura, l'usage duhiuchi-bukuro s'étend aux bourses (kinchaku) contenant l'argent et les médicaments puis lesrosaires[1].
Avec le temps, les bourses en tissu font place aux bourses en cuir (doran) et enfin auxinrō.
Lenetsuke évolue lui aussi. Au cours de toute lapériode Edo, il connaît un essor important. Alors que l'ostentation des richesses est réprimée et que l'aspect vestimentaire est strictement contrôlé par les lois dushogun, c'est un simple morceau de bois ou de bambou sans forme particulière ou encore un coquillage percé pour laisser passer la cordelette qui ferme la bourse. Il se porte passé dans l'obi. Avec l'enrichissement d'une partie de la population, lesnetsuke sont faits de matériaux de plus en plus onéreux et richement sculptés portés discrètement à l'obi de leur propriétaire.
À partir de l'ère Meiji, le Japon s'ouvre au monde occidental. Lekimono est peu à peu abandonné au profit des vêtements occidentaux plus faciles à porter et munis de poches. Ce changement d'habitudes entraîne, à terme, la disparition de ce petit objet dans son utilisation primitive. Toutefois, de nombreuxnetsuke-shi (sculpteurs denetsuke) continuent de sculpter ces pièces traditionnelles pour l'exportation en direction de l'Occident où il est très prisé et aussi pour une demande intérieure persistante. En effet, les Japonais mettent un point d'honneur à arborer traditionnellement uninrō lors des grandes occasions.
Le matériau dont est fait lenetsuke destiné à retenir uninrō doit être léger pour ne pas abîmer la surface laquée de celui-ci. Il est alors fait de laque ou de rostre de narval.A contrario, pour lesnetsuke destinés à accrocher des bourses en tissu ou en cuir, le poids importe peu.
Le bois est le matériau de prédilection pour lesnetsuke-shi :ébène,cyprès,paulownia,bambou, etc. Bon marché, il existe en grande quantité dans la nature. Parmi toutes les essences, le buis reste le plus couramment utilisé. Il est dur, donc résistant à l'usage, mais se prête bien à la sculpture. Certainsnetsuke en bois seront peints oulaqués. D'autres seront simplement vernis.
C'est un matériau très difficile à travailler car très dur. Il présente en outre de nombreuses zones spongieuses que l'artiste devra éliminer au maximum au cours du travail de sculpture. Par contre, il est bon marché car on trouve l'animal sur place.
Il n'y a pas d'éléphant auJapon. L'ivoire est importé deChine ou deCorée. C'est donc un matériau cher et par conséquent réservé aux personnes les plus fortunées. Mais il est plus facile à travailler que la corne de cerf car moins dur et d'une texture plus uniforme. Par contre, il est plus vulnérable à l'usage et perd peu à peu ses reliefs.
Lemétal. Ce dernier matériau est plutôt utilisé avec les blagues à tabac en cuir. Il est évité avec lesinrō enlaque car il pourrait abîmer le revêtement en le heurtant.
Lapierre brute (c'est-à-dire non sculptée mais naturellement polie) « montée » sur un anneau permettant de passer une cordelette. Il est également à proscrire avec l'usage de l'inrō.
Le bec decalao. La face externe couleur de l'ivoire possède par endroits des plages de couleur allant du rouge franc au rouge orangé. Bien utilisée, cette particularité permet des effets surprenants : masque d'un individu grimaçant et rouge de colère, masque d'un autre individu aux cheveux roux, etc. Ce matériau est cependant rare.
Il faut au sculpteur environ deux à trois mois pour réaliser une belle pièce. La plupart du temps, il s'agit de la représentation d'un animal. Non seulement les animaux duZodiaque[3] mais également ceux rencontrés dans la vie courante.
À côté de ce bestiaire, on trouve aussi des animaux mythologiques :dragons,shishi (chien de Fō), leskappa ou encore des personnages mythologiques (Hoteï,Shôki,Ashinaga,Tenaga,Daruma, Otofuku (encore appeléeOkame ouUzume) ouFukurokuju), des personnages de la vie courante (pêcheurs, marchands, samouraïs) ou ceux ayant existé par le passé (Kwanyu).
Une catégorie à part est constituée par les masques (acteurs du théâtrenô oukabuki, Otafuku, etc.).
Lenetsuke doit être compact, sa surface lisse, exempte d'aspérités qui pourraient blesser le propriétaire ou déchirer sonkimono.
Lesnetsuke sont sculptés suivant la technique dite enronde-bosse.
Ichiraku netsuke : ce sont desnetsuke tressés (lanières de bambou, canne, fil métallique). Ils ont des formes variées. Un d'entre eux, en forme de cendrier couvert (kurawa), est utilisé comme tel.
Kagamibuta (également appeléskanabuta dans les régions d'Osaka et deKyoto),netsuke formé de deux parties :
un cercle en ivoire enserrant ;
un disque de métal fait de différents alliages et décoré selon diverses techniques : gravure à l'eau-forte,incrustation,laque, sculpture en relief,dorure à la feuille, etc.[4]. L'intérêt dukagamibuta réside plus dans le travail du métal que dans celui du pourtour (encore qu'on trouve des cercles admirablement sculptés). Pour cette raison, nombre dekagamibuta ont été sculptés par des fabricants de sabres qui avaient perdu leur travail après que la loi, édictée à l'époqueMeiji, eut interdit le port du sabre. Un œillet situé au verso du disque permet de passer la cordelette de l'inrō. Leskagamibuta ont surtout été réalisés au cours de l'ère Ansei (1854-1859).
Katabori :netsuke en forme d'êtres humains ou d'animaux. Les surfaces en sont planes.
Manju netsuke :netsuke de forme arrondie et aplatie. Il est ainsi nommé en raison de sa forme générale qui n'est pas sans rappeler celle du gâteau japonais du même nom. Il est fait à partir de divers matériaux (ivoire, corne, bois, bambou, etc). Habituellement plein, le décor est appliqué à la surface soit par sculpture directe en relief, soit par gravure à l'eau-forte. Il peut être composé de deux parties de taille identique qui sont ensuite assemblées. À côté de ces formes rondes, typiques, coexistent des formes carrées ou ovales. Le passage de la cordelette est assuré par un anneau fixé sur lenetsuke ou, plus souvent, par des trous dehimotoshi. Lesmanju ont été surtout réalisés au cours de lapériode Meiji.
Ryusa netsuke : il s'agit d'une variété particulière demanju. Les différentes arabesques, fleurs et/ou oiseaux qui le composent sont obtenues en taillant et en perforant le matériau. Lorsqu'il est en deux parties, leryusa netsuke est fréquemment ajouré sur une roue de potier. Dans le cas contraire, il est évidé et sculpté au couteau. Cette technique a été mise au point au cours de la périodeEdo par un sculpteur nommé Ryusa.
Go : pseudonyme d'artiste. Un artiste peut choisir plusieurs pseudonymes au cours de sa vie
Hanko : cf.in.
In : sceau (à cacheter) imprimé.
Inkoku : caractères ressemblant à ceux d'un sceau et sculptés sur l'œuvre d'art pour simuler un sceau.
Kaimyo : nom posthume. Ce nom est conféré à l'issue d'une cérémonie bouddhique après la mort.
Kaisho : caractères quadrangulaires imprimés sur l'objet.
Kakihan oukao : sceau sculpté. Lekakihan est souvent accompagné de la signature de l'artiste et ne pose alors aucun problème d'identification. Unkakihan isolé est impossible à identifier à moins que l'artiste ne soit très connu.
Kanji : caractères chinois que les Japonais utilisent dans l'écriture.
Kao : cf.kakihan.
Kondoku : caractères chinois utilisés dans le langage japonais.
Mei : nom avec lequel l'artiste signe ses œuvres.Chomei n'est utilisé que pour les sculpteurs alors quemei s'applique à tous les artistes.
Mosha : fac-similé de la signature.
Na : nom donné.
Ondoku : prononciation japonaise de caractères chinois.
Raku-in : sensiblement identique àyaki-in. La signature est gravée sur un sceau en cuivre et appliquée sur l'œuvre à chaud.
Sosho : écriture cursive.
Tensho : style d'écriture utilisée pour l'impression avec un sceau.
Tsusho : nom sous lequel l'artiste est connu.
Uji : nom de famille.
Yago : raison sociale. Ces noms se terminent toujours par le suffixeya.
Yaki-in : nom apposé à chaud. Habituellement sur les porcelaines ou les poteries.
↑ab etcUeda Reikichi ,The Netsuke Handbook, adapté par Raymond Bushell, Charles E. Tuttle Company of Rutland, Vermont & Tokyo, Japan, 1961.
↑PourKyuchi Takeuchi,« lesnetsuke étaient déjà utilisés au cours de la période Ashikaga pour suspendre les clés à la ceinture [du kimono]. À cette époque, lesnetsuke étaient également des sceaux [à cacheter] en ivoire appeléstobutsu [articles chinois]. Même le décor de ces pièces était de style chinois [tōbutsu, karamono]. »
↑Il faut signaler à ce propos la représentation fréquente du tigre. Cet animal fait partie des animaux du zodiaque mais n'existe pas au Japon. Il s'agit d'une « importation » chinoise.
↑Le relief est obtenu en frappant l'envers de la plaque de métal à l'aide d'une boule, elle aussi métallique, fixée au bout d'un balancier. En appuyant avec le doigt à l'autre extrémité du balancier, on lève la boule qu'on lâche ensuite afin qu'elle vienne heurter la plaque de métal.
Laque pour ce qui se rapporte aux techniques impliquant l'utilisation de la laque. Seules les techniques utilisant le produit naturel, la laque, sont applicables aunetsuke laqué.
Musée d'Ennery, à Paris, où se trouve une grande collection denetsuke.