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Neptune (en latinNeptūnus) est, à l'origine, un dieu entièrement latin. Dans lamythologie romaine, il est le dieu des eaux vives et des sources[1]. Il est aussi le protecteur des pêcheurs, des bateliers et des chevaux d'aprèsVirgile. Il apparaît dans lelectisterne de, associé àMercure, et en aux côtés deMinerve.
C'est seulement à partir de l'époque desguerres puniques (264 à) que les Romains démontrent leur supériorité navale et assimilent Neptune au dieu grecPoséidon. Ainsi, en adéquation avec les mutations de leur civilisation, les Latins ont su transformer une ancienne divinité des eaux douces en dieu des Mers. Neptune est donc totalement confondu avec celui-ci : il reprend les légendes grecques du dieu, ses attributs, les mêmes descendances, c'est pourquoi peu de choses subsistent de son caractère propre.
Cette transformation s'illustre notamment par l'association de Neptune à la déesseSalacie[2], divinité de l'eau salée et donc de la mer, qui complète les attributs de Neptune.
Chez lesÉtrusques, son nom estNethuns[3], dieu de l'eau et des océans, clairement inspiré de Poséidon. Cependant on ignore quelle influence exerce l'un sur l'autre.
L'étymologie de Neptune est complexe et loin d'être totalement élucidée. Plusieurs hypothèses coexistent aujourd'hui. Le nom de Neptune pourrait provenir de laracine indo-européenne*nebh, signifiant « humide », « mouillé » ou « relatif aux nuages »[4]. Cependant,Georges Dumézil a rapproché le nom de Neptune du dieu de la mythologie indo-iranienneApam Napat, « le Descendant des Eaux ». Les deux noms proviendraient de la racine indo-européenne*nepot-, « le descendant »[5], que l'on retrouve dans le latinnepos, « le neveu ». Neptune serait donc un avatar d'un dieu d'origine indo-européenne, qualifié de « Descendant [des Eaux] », qui repose sur l'énigme du « Feu des eaux », basée sur la conception de la présence d'un feu latent qui passe de l'eau dans les plantes[6],[7].
Les légendes et mythes au sujet de Neptune proviennent essentiellement de la réappropriation par les Romains des mythes grecs. Ainsi, on ne sait pas précisément si Neptune possédait à l'origine une mythologie d'origine latine. Neptune apparaît en tout cas de façon claire dans au moins une légende proprement romaine.
Les informations directes sur Neptune sont extrêmement réduites[8].
La reprise du mythe grec dePoséidon fait de Neptune le fils deSaturne et deOps (assimilée àCybèle) et le frère deJupiter et dePluton. Saturne, ne souhaitant pas avoir de descendance, mangeait ses enfants dès leur naissance. Un jour, Cybèle mit au monde des jumeaux et, voulant sauver au moins l'un de ses enfants du tragique sort qui leur était destiné, elle en cacha un dans une bergerie d'Arcadie et le remplaça par une pierre qu'elle enveloppa dans des langes : c'était Jupiter qui, par la suite, obligea Saturne à régurgiter ses frères et sœurs. Dans le partage de l'univers que firent Neptune, Jupiter et Pluton, Neptune eut pour lot la mer, les îles et tous les rivages.
Son épouse estSalacia, fille deDoris et deNérée. Cette nymphe refusa d'abord d'épouser Neptune et se cacha pour se soustraire à ses poursuites. Mais un dauphin, chargé des intérêts de Neptune, la trouva au pied du mont Atlas, la persuada d'accéder à la demande du dieu, et, pour sa récompense, l'animal fut placéparmi les astres. Elle eut de Neptune un fils appeléTriton et plusieurs nymphes marines : elle fut aussi, dit-on, la mère desCyclopes.
Il participa à la fondation de la muraille de Troie mais le roi Laomédon refusa de le payer ; alors Neptune prit parti pour les Grecs. De plus, Neptune apaisa la colère de Junon face aux Troyens. En effet, celle-ci s'acharna contre Énée en demandant à Éole, dieu des vents, de déchainer les vents sur les eaux. Neptune, furieux que les vents se déchaînent sans son ordre, ordonna aux Océans et à Éole de ramener le calme en disant : « sans mon ordre, vous osez […] bouleverser ciel et terre […], hâtez-vous de disparaître […], c'est à moi que l'on a donné l'Empire de la mer et le trident »[9].
Dans les récits romains, cet événement historique, teinté de légende, nous montre l'un des rares cas dans lesquels les Romains interprètent leur Histoire par une intervention divine. En effet, la date historique du débordement soudain du lac Albain puis de la domestication de ses eaux est associée par les Romains à la date officielle de la célébration de Neptune, lesNeptunalia le 23 juillet[10]. Cette légende correspond bien avec les attributs d'un dieu originellement maître des eaux douces « vives ».
Neptune était honoré à Rome à l'occasion desNeptunalia, pendant deux jours à partir du 23 juillet de chaque année. Cette cérémonie, réalisée en pleine chaleur, est assez obscure et difficile à interpréter : d'aprèsVarron[12], les Romains construisaient à cette occasion des huttes de bois vert pour se procurer de l'ombre, et avaient des activités festives. Cette fête était liée aux Lucaria (fêtes des bois). On sacrifiait un taureau à Neptune. En outre, les jeux du cirque, àRome, lui étaient consacrés sous le nom d'Hippius.
On reconnaît Neptune grâce à ses caractéristiques. Celles-ci permettent de l'identifier sur ses différentes représentations dans la littérature, la sculpture, la poterie, la peinture, les mosaïques ou encore les fresques.
Ses attributs sont letrident, lechar tiré par des chevaux ou des hippocampes, la barbe, qui est la plupart du temps drue et complète, la chevelure ondulée, souvent hirsute et libre.
Les animaux qui lui sont attribués sont le cheval, l'hippocampe (animal mythique mi-poisson et mi-cheval), le dauphin, les poissons, le taureau, le bélier.
Dans l'art comme dans la littérature, Neptune est confondu avec Poséidon. Neptune est la plupart du temps représenté sur des fontaines comme laFontaine de Neptune à Madrid ou laFontaine de Neptune à Florence. Ainsi, comme son homologue grec, le dieu Neptune est représenté nu, avec une longue barbe et le trident à la main. Il peut être tantôt assis, tantôt debout sur les flots de la mer et souvent sur un char traîné par deux ou quatre dauphins ou chevaux. Ceux-ci sont quelquefois ordinaires, quelquefois marins et ont la partie inférieure du corps terminée en queue de poisson.
Neptune est aussi représenté avec son cortège marin ou aux côtés de son épouseAmphitrite. Sur l'une des mosaïques des thermes de Neptune àOstie : leTriomphe de Neptune, le dieu se trouve au centre avec ses quatre chevaux. Il tient son trident de la main gauche et de l'autre tient les rênes des chevaux. Il est nu, musclé, barbu et le bas du corps est à cheval sur la queue de poisson du destrier. Il est fier et entouré des néréides.
La confrontation entre Neptune etMinerve (Athéna) est bien représentée. Neptune et Minerve se disputent la possession de l'Attique. ÀAthènes, Neptune frappe le sol de son trident et en fait jaillir une source d'eau salée, ou, selon les versions, il apprend l'art de monter à cheval aux athéniens. Quant à Minerve, elle offre au peuple un olivier. Les Athéniens choisissent Minerve car ils jugent plus utile le présent de la déesse.
Ce combat est représenté sur l'amphore d'Amasis conservé auCabinet des Médailles de la bibliothèque nationale de France[13].
Cette confrontation se trouvait aussi en sculpture sur le fronton ouest duParthénon mais il n'en reste pratiquement rien.
Neptune est lié avec certains héros de la mythologie. Pour satisfaire la vengeance de Minerve il tueAjax par l'intermédiaire de son filsNauplios. Il apaise la tempête qui menaceÉnée.
Au premier plan se trouve Neptune sur son cheval ; au second plan, Minerve se tient debout, regardant son père Jupiter. À ses pieds un olivier prend forme. En arrière-plan, les dix dieux de l'Olympe assistent au combat. En bas à gauche du tableau, nous apercevons l'Acropole qui identifie le lieu de la confrontation.
Des opérations militaires, souvent amphibies, font écho au dieu marin :
la première phase duDébarquement de Normandie, c'est-à-dire le bombardement, les parachutages et le transport des troupes et du matériel sur les plages avait pour nom de codeNeptune[23] ;
↑Cf : latinnebula, voir Michiel de Van,Etymological dictionary of Latin and the other Italic languages, Boston : Leiden, 2008,p. 406.
↑Michiel de Van,Etymological dictionary of Latin and the other Italic languages, Boston : Leyde, 2008,p. 19 et 406.
↑Jaan Puhvel,Comparative Mythology, Baltimore 1987, p. 277-283
↑Dominique Briquel, « Le thème indo-européen du feu dans l'eau. Application en Grèce », in Gérard Capdeville (Éd.),L'eau et le feu dans les religions antiques, 2004, p. 11-23
↑G. Dumézil dans Mythe et épopée notait : « Notre information directe sur ce dieu et sur sa fête est en effet l’une des plus misérables de la théologie et du culte de Rome » citéin Mireille Cébeillac-Gervasoni et Cinzia Morelli,Les conductores du Campus Salinarum Romanarum, Mélanges de l'École française de Rome - Antiquité, 126-1, 2014, mis en ligne le 2 juillet 2014, consulté le 4 mars 2019.
↑Virgile,L'Enéide, Jacques Perret, 496 p., chant I.