Mâles et femelles possèdent deux dents. Chez les femelles, elles restent à l'intérieur de la boîte crânienne, chez les mâles, la canine de gauche s'allonge pour donner la « corne »[3].
La « corne » du narval est en réalité une dent très allongée, souvent prise pour une incisive, mais elle est en fait la canine gauche du maxillaire[3],[4],[5],[a]. Elle commence à pousser au travers de la lèvre supérieure gauche dès la puberté, à l'âge d'un an, et son rythme de croissance augmente jusqu'à la maturité sexuelle du narval (vers 8 ou 9 ans). Cas d'hypertélie de ladissymétrie animale, elle acquiert une longueur considérable (2,5 à 3 m pour un poids de 10 kg[7]). Elle est toujours torsadée dans le sens opposé à celui d'une vis indiquant probablement la latéralité de l'animal : il serait majoritairement droitier comme les éléphants[8]. Les torsades augmentent la surface d'échange et donc la sensibilité et favorisent la croissance rectiligne (les cornes non torsadées de nombreux mammifères ont une croissance en spirale). Leur forme hydrodynamique assure une meilleure progression du narval dans l'eau[9]. Sa partie enchâssée dans la mâchoire est creusée dans une vaste cavité pulpaire contenant une énorme papille qui en assure un accroissement continu correspondant à l’usure de l’extrémité libre. Presque tous les mâles ont cette dent, et environ 15 % des femelles[10]. Environ 1 mâle sur 500 possède deuxdéfenses[11].
Micrographie électronique d'un tube qui transporte les terminaisons nerveuses vers le centre de la dent.Un groupe de narvals auGroenland.
La fonction de la dent du narval, discutée depuis plus de500 ans[12], fait toujours l'objet de discussions au sein des spécialistes[13]. On a suggéré, notamment, qu'il s'agit d'une sonde acoustique, d'un régulateur thermique, d'un harpon pour attraper les proies, d'une arme contre les mâles conspécifiques ou les prédateurs, d'un outil pour briser la glace ou pour creuser les sédiments, ou encore d'uncaractère sexuel secondaire[14].
Aucune de ces hypothèses n'est complètement satisfaisante. Cette dent étant relativement fragile et très innervée, il est peu probable qu'elle serve à briser la glace ou se battre. Le fait que les femelles en soient parfois dotées permet de douter de sa fonction de caractère sexuel secondaire. Des mâles ont été observés en train de se frotter mutuellement les dents, un phénomène appelétusking en anglais. De plus, certains ont des cicatrices sur la tête.Charles Darwin a fait l'analogie avec la ramure des cerfs[15]. Toutefois, aucune étude n'est venue étayer cette hypothèse. On pense maintenant que ces mâles qui se frottaient les défenses cherchaient plutôt à en éliminer les algues et parasites[16].
Selon une étude menée par des chercheurs en médecine dentaire d'Harvard, l'hypothèse principale est que cette dent serait en fait un organe sensoriel extrêmement sensible. En effet, elle est criblée de près de dix millions de tubules qui renferment un fluide et une terminaison nerveuse qui permettent au narval de détecter des particules spécifiques aux espèces animales constituant son alimentation grâce à des capteurs hydrodynamiques. Elle permettrait aussi aux mâles de trouver les femelles en détectant leurs hormones spécifiques dans l'eau. Elle est également sensible aux variations de pression, température et salinité de l'eau, facteurs clés dans la formation de la glace qui conditionne la migration du narval[13].
La forme torsadée de cette corne augmente sa surface, donc le nombre de terminaisons nerveuses et la sensibilité. La disposition spiralée permet également à la dent de pousser de façon rectiligne, ce qui limite la résistance dans l'eau[17].
Le narval vivrait jusqu'à50 ans. Les mâles atteignent la maturité sexuelle entre 8 et 9 ans et les femelles entre 4 et 7 ans. La période de gestation est d'environ15 mois. Les accouplements se font au printemps en avril et les naissances arrivent l'année suivante en juillet, où les femelles allaitent leur petit pendant4 mois. Comme pour plusieurs autres cétacés, on constate que le taux de reproduction est affecté à la baisse par l'activité humaine et ses polluants.
Ce sont des baleines très vocales qui émettent différents sons tant pour communiquer entre elles que pour naviguer. Le narval peut produire une grande variété de chants, de bruits et de grognements. Certains sons rappelant unchant d'oiseau lui ont valu le surnom de « canari des mers »[18].
Les narvals vivent en groupes de 4 à 20 individus dans les régions arctiques. On les retrouve principalement dans leseaux arctiques duCanada, duGroenland et de laRussie. Ces groupes sont en constantemigration selon les saisons, cherchant à devancer la prise des glaces et à suivre les bancs de poisson qui constituent leur alimentation. Quand ils migrent, les groupes peuvent se joindre, donnant lieu à des rassemblements imposants et impressionnants.
On les observe très exceptionnellement dans des localisations plus méridionales, telles en1912 dans leZuiderzee auxPays-Bas, ou en2016 dans l'embouchure de l'Escaut enBelgique[19]. Un narval mâle juvénile (6 ans) a intégré un groupe debélugas dans l'estuaire du Saint-Laurent au Canada en 2016 et il en fait toujours partie en 2022. Il serait en bonne santé[20]. Son accouplement avec une femelle béluga est envisageable, sachant que l'on a découvert, auGroenland en 1990[21], le crâne d'unnarluga issu du croisement inverse.
Le nom comporte le radicalwal provenant d'une langue nordique et signifiant « baleine »[22], ainsi que le radicalnár duvieux norrois signifiant « cadavre », en référence à la couleur grise du corps du narval, similaire à celle des marins noyés[23]. Le narval a été décrit parLinné dans sonSystema Naturae. Le nom latinMonodon monoceros est dérivé du grec et signifie « dent unique, corne unique ».
Depuis 2010 environ, on commence à savoir identifier des individus d'après photos subaquatiques ou prises en surface ; en fonction des taches de leur peau et/ou de cicatrices[24],[25].
Plusieurs causes, bien que non exhaustives, peuvent expliquer le déclin des populations du narval :
La chasse par ses principaux prédateurs que sont l'ours polaire et l'orque ;
Le réchauffement planétaire engendre des changements de comportement chez les bancs de poissons qui constituent la nourriture des narvals, et engendrent des variations de température et de salinité de l'eau qui doivent déstabiliser le narval et changent ses habitudes ;
Paradoxalement, les changements climatiques des dernières décennies engendrent une augmentation de la glaciation de surface des eaux dans labaie de Baffin (un de ses territoires hivernaux), ce qui contribue à emprisonner quelques groupes de narvals, causant leur perte ;
L'augmentation de diverses activités humaines sur ses territoires contribue aussi à son déclin : la pêche au flétan entre en compétition alimentaire directe avec lui, l'augmentation du trafic de bateaux de marchandises et des exploitations/explorations de ressources premières (qui deviennent de plus en plus faciles et attrayantes avec la fonte des glaces due au réchauffement planétaire) sont des causes d'accidents, de stress et de pollution sans précédent ;
Les polluants de plus en plus nombreux qui affectent le taux de natalité ;
La chasse qui n'est pas réglementée chez les populations autochtones du Grand Nord. Le narval y est chassé pour la nourriture des hommes et des chiens de traîneau avec sa peau bouillie, appelée « maktaq », mais aussi pour son ivoire qui sert à faire des sculptures représentant une importante source de revenus. Seules quelques initiatives didactiques visant à enseigner aux Inuits une gestion sensée des populations de narvals ont été mises en place pour l'instant.
La légende de lalicorne date de la Grèce antique. La corne des rhinocéros était vendue comme étant une corne de licorne, jusqu'à ce que l'on découvre celle des narvals : longue et torsadée. La dent du narval (canine gauche de la mâchoire supérieure) a beaucoup contribué à forger l'image que l'on se donnait de la licorne au Moyen Âge. Les navigateurs, surtout lesnordiques (et notamment lesdanois), revendaient cette corne pour plusieurs fois son poids en or. En 1576,ÉlisabethIre d'Angleterre aurait payé une corne10 000 livres, soit 600 000 euros actuels ou la valeur d'un château à l'époque[27]. Les gens attribuaient des vertus à ces cornes, telle la faculté de neutraliser les poisons, et se faisaient donc faire des gobelets dans cet ivoire. Il a fallu attendre 1704 pour que le lien soit établi avec le narval.
↑Magnus A. 1495. Diui Alberti magni De animalibus libri vigintisex novissime impressi. Impressum Venetiis perJoannem et Gregorius de Gregoriis fratres, 21 mai 1495, 254 ff. Bookstamps of Emperor Franz I and of the Nationalbibliothek, Vienna. From the William Norton Bullard Collection.
↑Jaques Prescott et Pierre Richard,Mammifères du québec et de l'est du canada, Québec, éditions michel quintin,, 480 p.(ISBN978-2-89435-653-1,lire en ligne), La page sur le Narval
↑référence citée par Wikipédia en anglais : Heide-Jørgensen, M. P. and K. L. Laidre (2006).Greenland’s Winter Whales: The beluga, the narwhal and the bowhead whale. Ilinniusiorfik Undervisningsmiddelforlag, Nuuk, Greenland.(ISBN978-87-7975-299-3).
↑Auger-Méthé, M., M. Marcoux and H. Whitehead. (2010).Nicks and notches of the dorsal ridge: Promising mark types for the photo-identification of narwhals. Marine Mammal Science 26:663–678.
↑Auger-Méthé, M., M. Marcoux and H. Whitehead. 2011. Computer-assisted photo-identification of narwhals. Arctic 64:342–352.